‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 40 sur 68 · É. M. XVIII · texte numérisé non relu

É. M. XVIII

côte et à une distance de 25oo mètres environ au sudouest de ce fort , des hauteurs forme'es de décombres qui appartiennent au sol de l'ancienne Canope. Parmi quelques fragmens de granit et de marbre ëpars sur le rivage, on distingue des fûts de quelques colonnes, des chapiteaux, une cariatide, un sphinx et d'autres statues mutilées ou brisées. En descendant sur le rivage, on pénètre dans quelques souterrains dont le sol est élevé de 5 à 6 mètres au-dessus du niveau des eaux de la mer. On y remarque les restes d'un bain creusé dans la roche calcaire, qui forme et borde la côte d'Alexandrie jusqu'à Abouqyr, où elle cesse brusquement pour ue plus reparaître que sur la côte de Syrie à l'est. Ce bain , qui renferme diverses cellules régulièrement disposées , se termine au nord par une grande salle semi-circulaire dans laquelle les eaux de la mer arrivent par quatre ouvertures qui communiquent à une petite galerie tournante et concentrique à l'hémicycle. Cette galerie est elle-même percée extérieurement de quatre autres ouvertures qui débouchent à la mer, en suivant une autre direction que les quatre intérieures. Toutes les salles de ce bain , ainsi que ces galeries tournantes, sont taillées dans la roche. La disposition de ce plan, parfaitement entendu, tendait, comme on peut se l'imaginer , à briser et amortir la lame de mer, pour ne laisser entrer dans l'intérieur du bain que des eaux calmes et limpides. Je me suis baigné plusieurs fois dans ces bains, dont les salles, au nombre de sept à huit, sont entièrement ensablées, à l'exception de la plus grande, qui conserve encore

trois à quatre pieds d'eau vers les débouchés des quatre ouvertures intérieures de la galerie tournante. Ce bain , où Ton arrivait par des allées et des chambres souterraines , devait être couvert ; et il ne peut avoir appartenu qu'à un palais ou à un établissement public de quelque importance. On retrouve de semblables vestiges sur toute la cote des catacombes, au sud-ouest d'Alexandrie: les bains étaient sans doute d'une grande utilité' et d'un grand agrément dans ces parages, et l'on peut croire qu'ils contribuaient aux plaisirs de ces fêtes licencieuses auxquelles la jeunesse d'Alexandrie se rendait annuellement en foule dans les villes de Canope et de Taposiris. Mais revenons vers le château des Césars, dont nous ne nous sommes écartés que pour faire connaître en peu de mots tout le sol qui borde à l'est la ville d'Alexandrie.

42. Si du Qasr Kyasserah Ton se dirige vers le sud , en dehors de l'enceinte de la ville, on traverse une plaine basse et saline, dont la surface humide cède en pétillant sous les pieds du voyageur, comme le fait la neige gelée; puis , laissant à sa droite les hauteurs qui , comme nous l'avons déjà dit , ne sont que des amas . de décombres, on gagne le pont le plus oriental du khalig ou canal d'Alexandrie, sur les bords duquel on trouve un grand nombre de puits et de citernes. Pour bien connaître la forme de ce pont, semblable à celle des trois autres encore existans jusqu'à l'enceinte de la ville à l'ouest, il faut considérer le dessin qu'en a donné M. Balzac \ L'existence de ces quatre ponts,

1 Voir l'Atlas, É, M . , vol. n, pl. 99.

les seuls qui aient été construits aux environs d'Alexandrie sur tout le cours de ce canal , qui a q353o mètres de longueur jusqua Rahmânyeh, prouve combien les environs de cette ville ont dû être cultivés et habites sous les Romains et les Arabes leurs successeurs. On voyait encore, il y a peu d'années, quelques bois de palmiers sur les bords de ce canal, ainsi que sur la presqu'île qui s'e'tend jusqu'à Abouqyr; mais ces arbres , dont le faible ombrage est si recherche' et dont les fruits sont d'une si grande ressource en Egypte, ont disparu avec les armées ennemies qui ont successivement occupe et ravage les environs de cette ville, de 1798 à 1801 de notre ère.

45. Près et au sud de la colonne de Septime-Sévèrc, dénomination qu'il convient de rendre désormais à ce monument, on trouve un vaste emplacement : la forme oblongue qu'il conserve, ainsi que la saillie de son épine taillée dans la roche vive, ne permettent pas de douter que ce ne soient les restes d'un ancien hippodrome. Sa longueur est de 554m 1 7 sur 5im6i de largeur. Sa longueur prise extérieurement sur le grand axe était de 6i4m6o \ ce qui assigne trente mètres à la largeur des parties en amphithéâtre destinées aux spectateurs des jeux.

D'après ces dimensions, on voit que les chars qui disputaient le prix dans les jeux du cirque, avaient à parcourir en longueur 6 1/2 stades grecs ou olympiques A l'extrémité occidentale de l'épine, on voit un

1 Voir le plan de ce cirque par M; Balzac, A., vol. v, pl. 3(j.

trou profond, où aboutissait peut-être un canal de communication avec le lac Mareotis , et qui , dans cette supposition vraisemblable, servait à introduire les eaux dans l'arène du cirque.

44- Après avoir franclii le canal dans son coude le plus occidental , on rencontre un monticule compose d'une roche calcaire arénacée, et dans lequel on trouve des cavités taillées en forme de galeries ou grottes souterraines. Ces grottes, destinées à la sépulture, sont connues sous le nom de catacombes.

On remarque, sur les parois verticales de ces galeries et de leurs chambres , trois à quatre range'es de tombes creusées dans la roche, et qui, superposées les unes aux autres, ne présentent extérieurement que le petit côte appartenant à l'extrémité' inférieure des corps qui y étaient déposés. Cette disposition , la plus avantageuse de toutes, diffère de celle que l'on observe dans les catacombes de Malte et de Rome, que j'ai visitées, les premières, en juin 1798 , et les dernières, en mars 18 10, et dans lesquelles les cases ou niches sépulcrales sont creusées dans le sens longitudinal des galeries : on sent aisément qu'une telle disposition demandant beaucoup de place, elles devaient contenir moins de corps que si elles eussent été creusées à la manière des catacombes d'Alexandrie. L'analogie que celles-ci ont d'ailleurs avec celles de Rome et de Malte, doit faire penser qu'elles ont servi de sépulture aux premiers chrétiens, durant les persécutions de l'Eglise sous les empereurs d'Orient.

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