‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 41 sur 68 · La mosquée située près et à l'ouest de ces pre · texte numérisé non relu

La mosquée située près et à l'ouest de ces pre

mières catacombes est fréquentée par les Alexandrins comme par les Arabes Bédouins, qui vont y faire des prières et des aumônes à certaines époques de l'année. 46. La côte qui court au sud en contournant la

rade du port vieux, offre une roche calcaire que les eaux battent et détruisent depuis des siècles : son élévation varie depuis 5 jusqu'à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer. On découvre aujourd'hui sur cette rive une infinité de grottes souterraines qui , partie ouvertes et partie comblées, appartiennent, sans aucun doute, à la ville des tombeaux de l'ancienne Alexandrie : c'est par cette raison que j'ai donné à toute cette partie le nom de cote des Catacombes.

La plus remarquable de ces catacombes, qui communiquaient toutes à la mer, et qui avaient des salles de bain plus ou moins spacieuses, se trouve située à 35 10 mètres au sud-ouest de la colonne de Septime-Sévère : elle était appelée vulgairement, mais improprement, du nom de bains de Cléopâtre; nous l'avons désignée au plan sous celui de Temple souterrain. Ce n'est qu'avec peine et à l'aide de flambeaux que l'on peut pénétrer dans ce temple à demi comblé par les sables du désert et par les décombres des monumens qui l'environnaient. Le plan en est vaste , l'ordonnance régulière, et l'architecture simple et convenable à sa destination K Des monceaux d'ossemens qui ne peuvent avoir appartenu qu'à des moutons, chevaux, chameaux et autres bestiaux, indiquent que ces asiles de la mort servent

• Voyez le plan de ce Lemple sou- et Marlin , ingénieurs des ponts et terrain, levé avec soin par MM. Faye chaussées, A. , vol. v, pl. t\2.

de repire à des animaux carnassiers qui y traînent des cadavres. Ce n'est qu'avec précaution qu'on doit pe'ne'trer dans ces demeures souterraines , parce qu'on peut y être surpris par ces animaux sauvages, qui n'en sortent que pour chercher, dans l'obscurité des nuits , leur pâture qu'ils trouvent souvent dans les tombeaux des villes.

On trouve plus fréquemment, dans cette partie et aux environs, une grande quantité de fragmens de porphyre et de marbre de toute espèce ; ce qui atteste que ces lieux renfermaient des monumens funéraires de quelque importance. On ne doit regarder que comme, un conte le récit des Arabes , qui prétendent que ces catacombes passent par-dessous le bassin du Mareotis, et qu'elles prolongent leurs galeries souterraines jusqu'à celles des pyramides. Cependant ces galeries sont assez étendues et doivent avoir formé des espèces de labyrinthes.

47- En poursuivant sa marche au sud-ouest, on trouve , au-delà de cette dernière catacombe , les vestiges d'un canal qui, situé à 585o mètres (3ooil 3d') de la colonne de Septime-Sévère , dut servir à communiquer de la rade au lac Mareotis. La longueur des rives de la mer à celles du lac est de 1416 pas ou 1 i33 mètres mesurés. Ce canal est comblé , et n'a pas plus d'un mètre d'élévation moyenne au-dessus des eaux de la mer \ Pour le rétablir, il suffirait de quelques travaux dont l'exécution serait aussi facile qu elle serait

1 Voir le profil do nivellement que j'ai fait du sol de ce canal, A, , vol. v, fig. a.

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avantageuse au commerce et à la navigation d'Alexandrie.

48. Tout le reste de la côte, jusqu'au Marabou, n'offre plus qu'un désert. La chaîne calcaire qui la borde, commence, au-delà des restes du canal dont nous venons de parler, à laisser entrevoir les nombreuses carrières qui ont e'te' anciennement exploitées , et dont les pierres ont sans doute e'te' employées à la construction de la ville d'Alexandrie.

On cultive, dans les environs dune lagune d'eau saîëe que l'on trouve avant d'arriver au Marabou , des .plants de pastèques et de melons d'une excellente qualité'; cette culture suppose que les eaux de cette lagune proviennent de la pluie en grande partie, puisqu'elles servent à l'arrosage de ces champs d'une nature sablonneuse.

49. Le Marabou est un fortin bâti sur la pointe des re'cifs à fleur d'eau d'un cap qui termine au sud-ouest la rade d'Alexandrie. Ce fort, dont la distance directe au fort Phare est de 1 1 7 28 mètres ( 60 1 7 1 2 ds ) , ne défend que faiblement l'accès de la grande passe de la rade. C'est aux environs de ce cap que l'armée française opéra son débarquement le 1 3 messidor an vi (ier juillet 1798 ).

50. On trouvera , dans mes Mémoires sur la partie occidentale de la Bahyreh et sur le lac Mareotis , la description du reste de la côte, qui, jusqu'à la tour des Arabes, au sud-ouest, constitue et termine en quelque sorte le sol d'Alexandrie. Il me reste à parler de la nature ingrate du sol de cette ville.

51. Le sol d'Alexandrie et de toute la presqu'île du cap d'Abouqyr, à l'est, jusqu'à la tour des Arabes, au sud-ouest , sur une longueur de 6 à 7 myriamètres , n'est forme' que d'une roche calcaire blanchâtre, recouverte, en grande partie, de dunes de sable mobile.

Quoique ce sol soit d'une nature sablonneuse, aride et saline, on y trouve cependant, ainsi que sur la côte de la presqu'île, au nord-est et au sud-ouest, de l'eau saumâtre, plus ou moins potable, en fouillant de quelques pieds seulement les sables de ces déserts. L'armée anglo-turque a été réduite à en faire usage pendant les six mois qu'elle fut obligée d'employer au siège d'Alexandrie.

Parmi les plantes sauvages qui croissent naturellement sur le sol du désert environnant, on trouve la nitraire , les ficoïdes , et diverses autres espèces de soudes, dont les cendres alcalines sont recueillies et portées par le commerce en Europe , où elles sont employées dans la fabrication des savons '.

52. Avant que le Mareotis fût submergé par les eaux de la mer, on voyait, sur les bords de ce lac, dont le bassin était rempli par les eaux de pluie et par celles que le fleuve, dans le temps de la crue, verse dans les canaux qui en sont dérivés, on voyait, dis-je, sur ses bords , ainsi qu'on le voit sur ceux des autres lacs de la

1 On trouve dans 1rs relations de environnent cette ville. Voyez le

Sonnini et d'Olivier, dont le voyage Voyage en Egypte dans l'année

en Égypte a précédé de peu d'an- 1778 par Sonnini, tom 1", ch. vu,

nées l'expédition française, des dé- vin, ix et x, pag. 100 à i56; le

tails intéressans sur ce qui regarde Voyage dans l'empilé othoman,

l'histoire d'Alexandrie, son cora- l'Egypte et la Perse, en 179a, par

merce et la nature des déserts qui Olivier, tom. m, pag. 1 à 78.

basse Égypte , un grand nombre d'oiseaux de toute espèce, tels que le héron blanc, l'ibis, le flammant, le canard sauvage, la sarcelle, le goéland, le pe'lican et autres; c'est alors que les Arabes apportent à Alexandrie

une grande quantité de canards et de sarcelles, qu'ils prennent au moyen de filets. Il est une autre espèce d'oiseaux dont on fait une grande consommation dans cette ville, et dont la chasse ne demande aucune peine : ce sont les cailles, les alouettes, les beefigues et autres oiseaux de passage, qui, affaiblis par les fatigues du trajet de mer qu'ils font annuellement vers le mois d'octobre, tombent exte'nue's sur les premières terres de l'Égypte, où ils se laissent prendre à la main. Notre retour en France eut lieu du 27 au 29 septembre 1801 5 et, pendant que nous nous rendions des côtes de l'Égypte à celles de la Natolie, nous pûmes observer les migrations périodiques des oiseaux voyageurs; ils s'abattaient par bandes sur les mâtures et les cordages de notre navire, et cependant ils avaient à peine traverse' la moitié' de la Méditerranée : quelques autres se reposaient par instans sur la surface de la mer, avec la précaution de ne pas trop laisser baigner leurs ailes; car nous en vîmes quelques-uns qui, parce que leurs ailes avaient e'te' trop mouillées, ne furent plus en état de se relever, quelques efforts qu'ils fissent pour reprendre essor dans les airs.

55. Enfin, parmi les quadrupèdes qui s'approchent des environs d'Alexandrie, dans l'enceinte de laquelle ils pe'nètrent souvent , on citera le chacal et la hyène : ces animaux sauvages font habituellement leurs re-

paires dans le fond des grottes et des cavités souterraines; ils n'en sortent que de nuit pour aller chercher dans les tombeaux et les voiries leur proie , qu'ils traînent à d'assez grandes distances jusque dans leurs retraites. On peut encore citer parmi ces animaux voraces le chien d'Égypte, qui, bien qu'il habite de jour et en les villages et les faubourgs des villes les plus peuplées, y vit libre et sans maître, par tribus ou familles séparées » : de nuit , il se répand dans les environs des habitations pour y chercher sa pâture.

Toute la partie inférieure du khalyg comprise entre les quatre ponts , sur une longueur de 6 à 7000 mètres, était cultivée par les Arabes, au moyen des eaux qu'ils retirent des puits et des citernes nombreuses qui bordent les digues de ce canal : ainsi l'on y voit quelques

1 Les chiens ne sont pas en Je rappellerai ici que, dans les Egypte, comme dans tout autre premiers temps de notre séjour en pays, des animaux domestiques ; on Égypte, on fut obligé d'envoyer de remarque qu'ils y vivent au milieu nuit, comme on l'aurait fait par une des villes et des villages, libres et mesure de sûreté militaire, à Alexansans maîtres, mais en familles dis- drie, au Kaire, a Rosette, à Patinctes, qui adoptent exclusivement miette, et dans d'autres villes, des tel ou tel quartier, et qui poursui- patrouilles nombreuses qui avaient vent et maltraitent les individus des ordre de surprendre et de détruire autres tribus qui veulent pénétrer ces bandes de chiens affamés et erdans leur domaine. On sait qu'il rans, dont les cris lugubres et vraiexiste en Égypte des fondations ment effrayans semblaient exciter pieuses pour fournir a la nourriture de nuit les habitans au combat. On des chiens et des oiseaux. Ces der- ne pensait pas en effet que les baniers, d'espèce granivore, trouvent bilans eussent jamais, avant nous, journellement du grain dans des va- laissé multiplier une espèce d'aniscs en forme de petites nacelles , que maux aussi incommodes , si ces anil'on place au sommet des flèches de maux avaient été habitués à trouquelques minarets des mosquées, blcr ainsi le silence des nuits par Cet usage tient à un reste du respect des cris et des hurlemens, qui ne pousacré que les anciens Egyptiens vaienlctre causés que par une terreur avaient pour les animaux. inconnue avant notre arrivée.

444 MÉMOIRE champs de trèfle, de foin, d'orge et de blé; ils y cultivaient encore quelques plantes potagères que Ton retrouve plus abondamment dans les jardins de l'enceinte arabe, telles que le pois, la fève, l'aubergine, le câprier , la laitue, l'ognon et autres.

54. Tel est le tableau de la situation qu'Alexandrie offrit à l'armée française vers la fin du xvme siècle, plus de deux mille ans après sa fondation.

Je terminerai ici la description de Pe'tat moderne de cette ville pour passer à la seconde section de ce mémoire, celle qui a pour objet la connaissance de son ancien état dans les temps de sa splendeur et de sa prospérité, sous l'empire des Grecs et des Romains.

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