‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 43 sur 68 · PAR LES ANCIENS AUTEURS · texte numérisé non relu

PAR LES ANCIENS AUTEURS

DIMETN

SIONS.

LOXCCID».

Liicim.

iDtnci.

Diodore donne en stades . .

Quinte-Curce, idem

| Pline, xvMP.cn pas romains

Il est assez difficile, sans doute, de découvrir, dans ces diverses indications, la longueur de la mesure linéaire prise pour unité, puisque ces auteurs n'ont pas désigné le même stade ; car , au rapport de Strabon , on connaissait un grand nombre de stades différens : or, tous les anciens auteurs qui ont écrit sur Alexandrie, sont grecs ou romains; ont-ils toujours parlé des mesures de leur pays ? C'est ce qu'on pourrait penser , mais ce qui cependant ne paraît pas avoir été constamment, puisque souvent ils ont simplement rapporté les mesures égyptiennes telles qu'elles leur avaient été indiquées par les savans d'Egypte , ou par ceux qui les avaient précédés dans leurs voyages.

Si, avec le savant traducteur d'Hérodote, M. Larcher, nous admettons que Strabon n'a parlé que du

464 MÉMOIRE stade olympique, nous allons voir combien seraient trop grandes les dislances qu'il donne à la ville d'Alexandrie et aux lieux environnans

Les 5o stades olympiques que le géographe donne à la grande rue qui, de la porte de Nccropolis , se terminait à la porte Canopique, font une longueur de 285ol = 5554m75. Or le grand plan, dresse à l'échelle de om025 pour ioo mètres ne porte cette distance de la grande porte sur le port vieux à la porte de Rosette qu'à 5225 mètres ou i654l 4d'- M y aurait donc ici une différence de 1 196 toises , c'est-à-dire de 12 stades, en moindre distance dans la longueur de la ville moderne.

Josèphe évalue celte même distance à 20 stades de même espèce , c'est-à-dire de 125 pas chacun, qui sont le huitième du mille romain. La longueur de celte

* Slrabon, dans son livre Tir, auteurs portent à = i85mx58.

établit ainsi la longueur du stade Dans rédilion de Strabon publiée

indiqué dans sa -Géographie : Ab à Paris en 1G20 , in-fol. , typis regiis,

Apollonia in Macedoniam usque Casaubon , noie a du livre x , dit à

ad Cjrpselum et Ilebrum fluvium, ce sujet : Slrabonis enim sunima ne

commet mp. ID. xxxv. Quod si pro minorent quidem Plinianam ejficit,

mille passibus octo, ut receplum est, càm xx m. pas*, sint sladia clx ; at

stadia supputes , sladia habebis iv. xl m. puss. stadia conficiunt cccxx.

cid. ccxxc. Or, divisant 40000 pas par 3 jo sta-

On conclut de ce passage, que la des, on a iu5 pas pour la valeur du longueur du stade indiqué par ce stade grec de 9^ 3di ; valeur qui est géographe est de huit au mille ro- en effet le huitième du mille romain ; or, le mille que Pline dit con- main, et que lui donnent Josèphe tenir huit stades grecs , est géné- l'historien , et d'Anville d'après ces ralcmcnt reconnu valoir ^55l 4'1* 8°, autorités.

porte en compte rond par d'An- M. Lnrcher pense aussi que le

villeà756t=i473in47,dontlchui- stade désigné par Strahon est le

tièmeestg'tt 3<l» = i84mi84. Cette stade olympique. Voyez la traduc-

longuenr est bien celle du stade grec lion d'Hérodote, t. it, p. 107. ou stade olympique , que quelques

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. tf5

même rue n'aurait donc été , d'après cet historien , que

de 1900 toises ou 37o3mi 7, c'est-à-dire de deux stades et demi grecs, de plus que la ville moderne.

79. On voit donc que ces rapports ne s'accordent pas plus que les distances qui en dérivent. D'AnvilJc , voulant appuyer l'opinion qu'il a émise, que l'enceinte actuelle d'Alexandrie est beaucoup plus petite que l'ancienne, et n'ayant pas trouve', dans le plan qu'il avait de cette ville, les dimensions nécessaires pour en démontrer le fondement, cherche à. donner à un stade une longueur propre à en étendre les limites. Il prend, à çct effet, sur l'emplacement de l'Heptastade, dont la position est encore indéterminée, la distance que lui donne son plan, entre la tour nord, sur le pori vieux, et la tour située à l'est de la presqu'île de Pharos, sur le port neuf. Ce géographe trouve cette distance de 53o toises, et, divisant ce nombre par 7, ainsi que l'exprime en elle-même la dénomination d'Heptastadium, il trouve 76 toises de longueur qu'il donne pour être la valeur du stade propre à déterminer les justes dimensions de cette ancienne ville

On doit avouer que si la longueur de ce nouveau stade ne reposait que sur cette donnée , elle serait aussi erronée que la base qui aurait servi à la déterminer est incertaine, puisque le plan sur lequel elle est prise est iuexact, et que la digue de l'Heptastade, qui commu-

«D,Anville(^fem. surVÊgfpte, Pline a la ville d'Alexandrie, le

pages 10 et 5a) avait déduit anlé- stade étant de huit au mille ro-

rieurement la longueur de ce stade main , suivant cet ancien auteur,

du périmètre de xv mp que donne Or, i5ooo pas donnent 1 i3.'io toises,

E. M. XVIII. 3o

niquait de la ville à l'île Pharos, reste absolument perdue dans le banc de sable sur lequel la ville moderne est assise. Comment reconnaître , en effet , les deux points extrêmes de cette chaussée, qui avait, selon Hirtius , 900 pas de longueur, c'est-à-dire les neuf dixièmes du mille romain, ou 681 toises, et dont les deux extrémités étaient occupées chacune par une place défendue par un fort et un pont en avant ? Je croirais que les vieux murs de quai qui bordent les magasins de la marine dans le port vieux, sont les restes de THeptastade. Mais cette digue , qui se dirigeait vers la partie occidentale de l'île Pharos , suivait-elle une ligne directe ou brisée , comme celle qui communique aujourd'hui aji fort Phare? c'est ce que l'on ignore. De quel point faut-il d'ailleurs commencer à compter les sept stades ? c'est encore ce que l'on n'a pu reconnaître dans les trois années que les Français ont occupé l'Egypte. Néanmoins on peut observer ici que la distance donnée par le grand plan d'Alexandrie, dressée à l'échelle de om025 pour 100 mètres, entre les deux mêmes points pris par d'Anville, et que nous avons désignés ci-dessus, est de 665 toises (i2g6mi 1) , dont la longueur donne avec précision le nombre de sept stades grecs de 95 toises ou i85mi6.

80. Si nous poussons nos recherches sur d'autres espèces de stades, on trouve le petit stade égyptien que

c'est-à-dire 119 à 120 stades grecs existe à peu près entre le stade de 95

de95 toises; et, comparant ce nom- et celui de 76 toises, ce dernier ne

bre de 120 à 80, il trouve le rapport dormant plus que le dixième du

de 3 à 2 , qui est en effet celui qui mille romain.

d'An ville porte à 5i toises, ou 99m49*- Voici les résultats que donne l'application de ce petit stade à l'étendue actuelle d'Alexandrie. Nous avons vu plus haut que la longueur de la grande rue , de la porte du port vieux à celle de Rosette, était de 5225 mètres ou de i654l 4°s? quant à la largeur moyenne de la même enceinte, prise de la porte de mer, donnant sur l'esplanade du port neuf, à la porte de la Colonne au sud , elle est de 101 5 mètres, ou de.5i9*4d' 6°. Ces dimensions donnent une longueur de 52 stades sur 10 de largeur, à la dimension de 5i toises au stade.

Si , de plus , on prend successivement et avec la plus grande précision, par trois différentes ouvertures de compas, de 10, de 20 et de 5o toises chacune , le périmètre de l'enceinte moderne, comme nous l'avons fait sur le grand plan-minute de cette ville, on trouve un développement de 4^5o toises, qui donnent 85 stades de 5i toises.

81. Cette justesse dans la concordance du rapport de ces dernières dimensions trouvées sur un plan exact, dressé sur une grande échelle, celle de om25 pour 100

« Le petit stade égyptien avait, M. Gossellin dit (Géographie des

suivant quelques auteurs, 5ol 2d* 5°, Grecs, pages 5;, 86 et n4) que

et, suivant d'autres, 5ol 4'1"* C'est Strabon n'a pas toujours connu les

celui que d'Anville porte à 5i toises mesures qu'il a données d'après

de compte rond. Indépendamment Eratosthène , Hipparquc et Posido-

des trois stades de 95, de 76 U de nius : sans le savoir, dit ce savant,

5i toises, dont on vient de parler, Strabon indique tantôt des stades

Pauctoo en indique un de 85 toises ; de 700 , et tantôt des stades de 5oo

Rome de l'Isle en donne cinq autres au degré. L'on ne peut donc rien

différens : celte diversité de mesures conclure des mesures qu'il donne

doit jeter nécessairement de la con- d'Alexandrie, fusion dans l'intelligence des auteurs anciens.

mètres, avec les mesures appliquées par Strabon à une enceinte que nous prétendons, avec d'Anville, être moderne , semble devoir terminer la question , et décider que le stade désigne' par le géographe grec, touchant letcndue d'Alexandrie, serait le petit stade égyptien de 5i toises, et non le stade olympique de $5; et enfin , que l'enceinte actuelle de cette ville, que nous attribuons aux Arabes, serait celle qu'elle avait sous les Grecs et sous les Romains.

Il est évident que si ce sentiment, qui est assez répandu * , ne trouvait pas quelque fondement favorable au premier aspect dans le rapport exact des dimensions de l'enceinte actuelle avec celles indiquées par quelques anciens écrivains, on ne pourrait cependant pas s'en

' A'mrou Ebn cl-A's, lieutenant du khalife O'mar, apr<s quatorze mois <Tun siège dans lequel il perdit vingt-trois mille hommes, s'empara de la ville d'Alexandrie. Héraclius, empereur de Consta'ntinoplc , qui réunissait des forces considérables pour les envoyer au secoure de celle ville , ainsi que de Jérusalem, assiégée dans le même temps par O'mar, n'eut que !c temps de faire passer au prélat d'Alex and lie des pleins pouvoirs pour négocier. A'mrou, campé aux environs déjà ville, après avoir froidement écoulé les propositions du prélat, lui répondit, en lui montrant une grande colonne qu'ils avaient devant eux : « Vois-lu celle colonne ? nou3 ne sortirons do l'Egypte que quand tu l'auras avalée. » A'mrou , qui, quelques jours auparavant, avait été pris par les

Alexandrins dans une reconnais- «

sance, et heureusement relâc1^ par l'adresse du soldai qui l'accompagnait , ayant enfin emporté Alexandrie, écrivit au khalife qu'il avait trouvé dans celle ville 4ooo palais, autant de bains publics, 4oo cirques ou places pour les jeux, 12000 jardins, et 40000 Juifs payant le tribut. Ce féioce conquérant ienversa les temples et les églises, fit brûler la bibliothèque du Serapeum, démanteler les remparts, et transporta le siège du nouvel empire à Fostât, aujourd'hui le vieux Kaire.

( Histoire du Bas-Empire , t. xn , liv. lviii et lix.)

Il y a certainement beaucoup d'exagération dans ce passage, comme en général dans toute l'histoire des Orientaux* Comment croire en effet à l'existence de l\oo cirques ou places de jeux, 4°°° bains d autant de palais ?

prévaloir absolument pour rejeter l'autorité des historiens arabes, qui attestent que Am'rou Ebn cl-A's renversa de fond en comble cette enceinte , vers l'an 22 de l'hegire , ou 652 de notre ère , et que , 253 ans après, Ebn-Touloun , gouverneur de l'Égypte, fit reconstruire de nouveaux remparts à cette ville, qu'il réduisit à la moitié de sa primitive étendue \ Nous allons chercher à démontrer la vëritë de ces derniers témoignages.

82. Si nous adoptons le petit stade égyptien de 5i toises , on ne trouve plus cette immensité d'étendue que donnent à la ville tous les anciens auteurs que nous venons de citer ; on va s'en assurer par les recherches suivantes.

Strabon évalue à 60 stades la distance qu'il y avait de la porte occidentale d'Alexandrie à la petite ville de JVicopolis2, dont nous avons désigne l'emplacement au Qasr Kyasserah; ce nombre de 60 stades donne une longueur de 5o6o toises, ou 5964mo5, au stade de 5i toises, et de 5700 toises, ou 1 1 i09m5i , au stade de q5 toises. Or , la distance effective donnée par la

• L'an 260 de l'hégire ( 8;5 de citadelle du Kaire, fit faire aussi de

notre ère ) , Ebn-Touloun, dit El- grands travaux à Alexandrie,

macin, fit reconstruire les tour» et * Strabon indique à trente stades

les murs d'Alexandrie, tels qu'ils la distance de JNicopolis a Alexan-

existent aujourd'hui : c'est ce prince drie ; or, comme cette dernière ville

qui fit construire la grande et su- avait celte même longueur de la

perbe mosquée de son nom , située porte Canopique à celle de Necro-

au sud du Kairc , dans l'enceinte polis , nous ajoutons ici ces deux

d'un vieux clâleau qu'il habitait, distances, afin de partir d'un point

et qui porte encore le nom de fixe et connu, celui de la porte

Qaldat cl-Qabch; ce château de- occidentale d'Alexandrie, quand la

fendait la ville de FoslAt au nord, position de la porte de Canopc, op-

On doit penser qu'en Goo de Thé- posée ù l'extrémité orientale, resle

girc ( i2;'|i de notre ère) , le sultan encore indéterminée. Salah-el-dyn , qui fît construire la

i7o MEMOIRE

carte annexée à ce rae'moire est de 4ooo toises, ou 7796mi5.

On voit qu'il existe de part et d'autre, dans cette évaluation , une différence qui rend trop petit d'un quart le petit stade égyptien, quand le stade olym- ' pique est trop grand à peu près dans le même rapport, puisque l'on aurait les nombres de 78 stades égyptiens et de 42 stades olympiques.

83. Si nous faisons le même calcul pour la distance de 120 stades que le même géographe indique depuis la porte Canopique de la ville d'Alexandrie jusqu'à Canope, on trouve que ces 120 stades donnent 6120 toises, au petit stade de 5i toises, quand cette même indication serait portée à 11400 toises, au stade grec de g5 toises : mais nous avons dit ci-dessus (n°. 41 ) que les ruines de Canope se retrouvaient à 25oo mètres ou 1282 toises sur la côte, au sud-ouest du cap d'Ahouqyr, distant de la porte de Rosette de 20700 mètres ou 10620 toises 3 pieds ; or, 10620 toises moins 1282 donnent 9538 toises ou 18200 mètres, distance que donne en effet une carte de cette partie des côtes de l'Égypte'. r

On voit encore que ces deux espèces de stades ne sont pas applicables à la distance indiquée par le géographe grec : car, si Ton divise la distance effective de g538 toises , d'Alexandrie aux ruines de Canope , par 5x toises, on a i83 stades égyptiens, nombre beau-

1 Cette carte des côtes adjacentes est due à M. Tasquin , officier du à Test et au sud-ouest , dressée à génie militaire à Parmée d'Egypte. Téchclle de o°>oo5 pour 100 mètres ,

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 47i

coup trop grand; et ensuite par 95, on a 98 stades grecs, nombre trop petit.

Si l'on poursuit le même calcul pour la dislance de 70 stades, également indiquée par Strabon , de la porte de Necropolis à Chersonesus promontorium , cap sur la côte au sud-ouest d'Alexandrie , dont le fortin du Marabou occupe l'emplacement, on trouve que cette distance est de 5570 toises = 6958nio6 , au stade égyptien de 5i toises, et de 665o toises = i296iroc>9, au stade grec de 95 toises. Mais la distance donnée par la même carte que celle qui est indiquée ci-dessus porte 6o75toises=n84om4o, en suivant la côte de la rade.

On voit enfin que le stade égyptien serait beaucoup trop petit, puisque la distance qu'il donne n'est que moitié environ de la distance effective, mais que l'indication du stade grec donne la distance effective à un douzième d'approximation , dont la différence pourrait provenir de quelques détours ou sinuosités qui augmentaient l'ancien chemin dans ce rapport.

84. Je viens de démontrer , dans cet examen , que le stade égyptien était trop petit, et que le stade grec était trop grand , pour qu'on pût retrouver dans leur emploi l'étendue de l'ancienne Alexandrie et des villes environnantes; j'ai dit que d'Anville, qui partage ce sentiment, était parti d'une base incertaine, dans ses recherches sur la longueur moyenne d'un stade qu'il trouve dans le rapport de 3 à 4 en plus ou en moins avec ces deux anciennes mesures. Je vais présentement offrir dans un tableau l'indication de ces distances comparées à l'emploi de ces divers stades.

Si Ton compare ces diverses données entre elles et avec les indications des distances fournies par les anciens auteurs , on ne trouvera que des rapports discordans, et Ton sera convaincu, ainsi que la avance M. Gossellin dans ses Recherches sur la géographie des Grecs, que Strabon n'a donne' sur Alexandrie que de fausses dimensions, parce qu'il n'a pas connu lui-même la valeur des divers stades qu'il a désignés dans sa Géographie historique de l'Egypte.

Je serais plus porte à adopter pour mesure la valeur du stade que d'Anvillc porte à 76 toises = i48mi5, parce que cette longueur me paraît être une moyenne proportionnelle qui rapproche le plus les distances sur l'étendue qu'il est vraisemblable de donner à l'ancienne Alexandrie j mais je bornerai là mes recherches , parce qu'il serait superflu de vouloir asseoir ici les bases d'un nouveau stade, quand les savans en adoptent un si grand nombre d'espèces différentes, et qu'ils sont encore si partagés sur le système métrologique des anciens. Je me contenterai seulement d'observer, à ce sujet, que le texte des anciens auteurs doit avoir été bien altéré par leurs traducteurs ou commentateurs, ainsi qu'on doit en être convaincu par l'examen raisonné de la géographie d'Ératosthène, de Ptolémée et d'autres auteurs moins anciens.

85. Il me reste à démontrer que l'enceinte actuelle, dite des Arabes , n'est pas celle des Grecs, ainsi que le pensent, contre lavis de M. de Tott1, d'Anville,

1 M. de Tott ( Mémoires sur les que l'enceinte actuelle , dite des Turcs, tome 11, page 180) pense Arabes, est celle des Grecs. —

Pococke, Niebuhr, Sonnini et antres écrivains modernes, dont je partage le sentiment.

86. Les ruines considérables que Ion remarque aux environs d'Alexandrie, principalement sur toute la côte orientale du grand port, ainsi qu'au nord-est et au sud, entre l'enceinte et les rives du Mareotis , sont autant d'indices que cette ville a anciennement occupe' un espace de terrain beaucoup plus étendu. En effet, un point sur lequel s'accordent tous les écrivains, est celui qui détermine la largeur que la ville occupait entre la mer et le lac au sud. Amplexus quidquid loci est inter paludem et mare, dit Quinte-Curce 1 : « Alexandrie renfermait tout l'espace compris entre le lac et la mer. » Or, comme nous avons été à portée d'observer l'e'tendue des eaux de la submersion récente de ce lac par la mer, ainsi que les ruines des raonumens qui existent sur ses rives, quoique nous n'ayons pu connaître quelles en seraient les dernières limites, si, comme anciennement, le fleuve y versait des eaux qui en augmentaient l'étendnej néanmoins nous pouvons les assigner en les rattachant aux ruines de quais , de môles et de citernes , que l'on retrouve aux abords des rives sud du khaljg ou

D'Anville , Mémoires sur V Egypte, attribuent la construction aux prin-

Voyez ci-dessus. — Pococke [Voya- ces arabes. — Sonnini {Voyage dans

ges en Or ent, tome i*r, page ^93) la haute et basse Egypte, tome Ier,

dit au contraire que, Pan 600 de page 127) dit aussi que les inscrip-

l'hégire (1212 de noire ère), les lions koufiqueseï arabes qui existent

successeurs de Salah-el-dyn firent sur les différentes portes d'Alexan-

rclever les murs d'Alexandrie. — dric, en attribuent la construction

Niebuhr ( Voyage en Arabie ) dit à des princes arabes,

que les inscriptions koufiques qui 1 Quinte-Curce, Hist. Alex.,

existent sur les principales tours de lib. iv, cap. vu. l'enceinte actuelle d'Alexandrie , en

SUR LA VILLE D'ÀLEXÀNDAlE. i7S

canal d'Alexandrie. Strabon avait dit, avant Quinte- Curce, « que l'on n'arrivait à Alexandrie que par deux isthmes e'troits , quand , du côte' du lac , on n'y arrivait que par les ports du fleuve. » Le géographe ajoute : « Le Nil, dont la crue augmente le lac Mareotis, ne laisse à Alexandrie, lorsqu'il se retire , aucune partie marécageuse d'où il puisse s'élever de mauvaises exhalaisons. » Le lac, dans les basses eaux, baignait donc les murs et les quais des ports du fleuve et de l'enceinte sud de cette ville.

87. On doit être encore plus porte à croire que le cirque ou hippodrome, ainsi que le monticule sur lequel repose aujourd'hui la colonne de Septimc-Sevère , étaient renfermes dans la ville, à moins qu'on ne suppose que tous ces sites et les ruines nombreuses que l'on y trouve , n'aient forme autant d'îlots dans les eaux du Mareotis.

88. Un autre article sur lequel on s'accorde généralement, c'est que toute la partie au nord-est et hors de l'enceinte actuelle, donnant sur le port neuf, autrefois le portus Magnus, faisait partie de cette ancienne ville ; la description de Strabon , qui y place le quartier Bruchion, ou des Palais et du Port des Rois, et celle que Hirtius en donne dans sa Guerre civile d'Alexandrie, ne laissent aucun doute à ce sujet. Les ruines considérables que l'on retrouve et dont les vestiges rappellent encore tous les monumens décrits dans l'ordre d'emplacement que leur assigne notre géographe, confirment ces témoignages. Josèphe, qui écrivait son His~ toire des Juifs en cette ville vers l'an 70 de J.-C, dit

que les Juifs habitaient de son temps une partie du quartier des Palais. Saint Jérôme, qui écrivait dans la même ville vers Tan 42o, dit que ce même quartier, alors sépare de la ville, devint l'asile de quelques solitaires. 11 était absolument de'sert du temps de saint Jipipliane, qui vivait vers la fin de ce même siècle'.

Il suit de ces témoignages irrécusables , que l'enceinte actuelle de la ville est moderne, puisque toute celte partie, si habitée sous les Ptolemccs et jusqu'à la fin du ivc siècle, et qui sert aujourd'hui de sépulture exclusive a la nation juive , reste absolument déserte au dehors de celte même enceinte dont nous attribuons la construction aux princes arabes.

89. J'ai dit, dans la première partie de ce Mémoire, il0. 20, que Ton remarquait avec ctonnement l'emploi, absolument inusité partout ailleurs, d'un grand nombre de colonnes que I on a encastrées dans le corps de maçonnerie des tours et des murs de cette enceinte , et que ces colonnes, placées horizontalement de distance en distance, laissaient entrevoir leurs extrémités sur les laces de ces murs : voici les observations qui peuvent en résulter, et qui viennent à l'appui de notre raisonnement.

On ne s'imaginera pas que les fondateurs d'Alexandrie aient pu faire venir à grands frais de la Thebaïde, de Memphis, d'Heliopolis , et même de la Grèce ou d'Italie, cette immense quantité de colonnes de grès, de granit et de marbre de diverses espèces pour les employer dans les massifs de maçonnerie d'une enceinte

1 Joseph, contra Apion, lib. ir, a On dit que plusieurs de ers cocap. 11. lounes qui sont de marbre blanc.

forte , dans lesquels elles sont ainsi obscurément incorporées; car on n'aurait certainement pas pris la peine ni fait la dépense de les tailler et de leur donner ce poli qu'elles ont encore ou qu'elles ont eu , quand tous les historiens anciens parlent de ces palais, de ces temples, de ces portiques et de ces rues ornées de colonnades, que Ton admirait dans cette ville. Il faudrait alors croire aussi que les milliers de colonnes que l'on trouve aujourd'hui empilées de toutes parts pour former des quais et des moles à la mer, dans les deux ports de la ville moderne, ont été primitivement tàillées pour cet emploi. N'est-il pas plus simple et tout naturel de penser que cette cité superbe, que les temps et plus encore les guerres politiques et religieuses ont ravagée durant les premiers siècles du christianisme, et que le féroce A'mrou a achevé de renverser de fond en comble , ne présentant plus qu'une ville de décombres et de ruines aux successeurs de ce conquérant, aura été relevée avec ses propres matériaux ? Des milliers de colonnes brisées et renversées , désormais inutiles à l'embellissement des temples d'un culte aboli , ou des autres palais et monumens publics , auront été employées à lier et à soutenir la maçonnerie des remparts de cette enceinte1. Nous

ont dù être transportées de la Grèce murs du cojps de la place, avail un

ou de ritalie, parce qu'on snit que but utile , celui de suspendre ou

tous les anciens monumens de la d'arrêter la chute des parties supé-

haule Égypte ne renferment que drs rieurcs de ces murailles , dans le cas

colonnes de grès et de granit , cl que où les parties inférieures eussent été

d'ailleurs ou ne connaît pas de car- battues et sapées par Pcffctdcs mou-

rières de marbre blanc en Egypte. tons, béliers et autres machines de

1 On doit penser que l'emploi de guerre alors en usage dans les sièges, ces colonnes ainsi placées dans les

ajouterons que le caractère que porte l'architecture des murs et des belles tours d'Alexandrie, est absolument le même que celui des parties encore apparentes de l'enceinte, et surtout de la citadelle du Kaire. Or, l'on sait positivement que l'enceinte de la capitale de l'Egypte moderne, et de la citadelle de cette ville, appartient aux princes sarrasins y et notamment au sultan Salahel-dyn, qui la fit construire en grande partie dans les premières années du xme siècle.

go. Une dernière observatiou va porter la conviction en faveur de notre sentiment ; elle est fondée sur la disposition défensive de l'enceinte, depuis la tour dite des Romains, sur le port neuf, jusqu'à la porte de Rosette, dont le développement est de 1590 mètres (8i5l 4^' 8°). On remarque en effet que le système de toute cette partie se défend contre les dehors occupés aujourd'hui par le cimetière des Juifs, dont l'emplacement appartient, comme nous l'avons prouvé, à l'ancien quartier Bruchion, ou du palais des Rois. Or, on sait que ce quartier fut fortiflé par Jules- César contre la ville dans le système de nos citadelles , lors du siège qu'il eut à soutenir contre les forces des Ptolémécs et des Alexandrins. On ne peut donc pas présumer, en ce cas, que l'enceinte actuelle de cette portion de la ville ait jamais fait partie de celle des Grecs, puisqu'elle est construite dans un système de défense opposé, c'est-àdire qu'elle bat au contraire l'ancien quartier des Rois1.

1 On doit être si persuadé que tuelle, flanquée de cent tours, n'est, cette ville a été renversée de fond en grande partie, qu'un ouvrage en comble, et que son enceinte ac- moderne , que j'ai reconnu à la porte

91. On pourrait croire, d'après un auteur arabe, Ebn A'bd-Ollakym , cite par Alfragan , page i5(), que cette ville était munie de trois enceintes , ainsi que l'étaient presque toutes les anciennes villes; il serait possible alors que l'enceinte arabe dont nous parlons fût l'enceinte intérieure dé l'ancienne fortification , sur les ruines de laquelle les Sarrasins l'auraient reconstruite. Mais le silence des anciens écrivains au sujet de ces trois enceintes ne permet pas de s'arrêter à cette considération , qui ne prête qu'un faible appui à l'objet en question. 4

92. Je terminerai ici cette discussion , qui établit incontestablement, à ce que je pense, que l'enceinte actuelle, réduite à moitié environ de l'étendue qu'elle avait sous les Grecs , ne peut être en effet que l'ouvrage des princes arabes, ou peut-être des empereurs d'Orient: car on pourrait inférer du passage bistorique que nous avons rapporté sur le siège d'Alexandrie par A'mrou , que cette enceinte devait déjà avoir été réduite en partie, vers le milieu du vne siècle, à l'étendue qu'elle a aujourd'hui du cote sud , puisque ce conquérant était sans doute campe sur la hauteur de la colonne de Seplime-Sévère, quand il fil cette réponse si énergique au

de Roscitc, dans les fouilles que le enfouie à cinq pieds au-dessous du

génie militaire y a fait faire durant sol même de celle porte moderne,

le siège de cette ville, en juillet C'est ainsi que sont encombiées la

1801, pour couvrir cette porte d'une plupart des rues de Home, comme

demi-lune, défendue en avant d'un on le reconnaît aujourd'hui a la co-

fossé; que j'ai, dis-je, reconnu une lonne trajanc, à Tare de Septime-

chaussée pavée en quartiers de ba- Sévère , au Colisée et autres lieux

salle noir, à la manière des voies de celte ancienne capitale du monde, romaines. Cette chaussée se trouve

48o MÉMOIRE

prélat d'Alexandrie : Vois-tu cette colonne? nous ne sortirons de V Egypte que quand tu l'auras avalée1. Cette ville devait cependant être bien forte à cette époque, puisque ce prince, qui resta quatorze mois à en faire le siège, y perdit vingt-trois mille hommes. Je serais porte' à croire que la première reconstruction des remparts d'Alexandrie est postérieure de peu de temps aux divers sacs de cette ville sous les empereurs Claude n et Aurelien , en 269 et 275 de notre ère.

g3. Après avoir fait connaître que l'on ne peut rien établir sur les données des anciens historiens touchant rétendue primitive d'Alexandrie sous l'empire des Grecs, des Ptolémées, et sous celui des Romains, quand un désert a remplacé la plus grande partie du sol de cette ancienne capitale de l'Egypte, il me reste à motiver l'emplacement que j'ai assigné à quelques-uns de ses monumens sur la carte annexée à ce Mémoire.

Je n'établirai pas, après Cuper, une nouvelle discussion pour chercher à retrouver la forme de l'enceinte de cette ville, que Pline compare à celle d'un manteau macédonien a 5 cette recherche n'est pas d'un assez grand intérêt, quand on doit supposer d'ailleurs qu'elle devait être plus ingénieuse que précise : je dois donc prévenir que le tracé que j'ai indiqué sur la carte, est plutôt basé sur la configuration des localités dans leur état de ruine actuelle , que sur les dimensions données par les anciens auteurs, dont il est si difficile de concilier les differens

1 V jjrez la note page 468, n°. 8 r , mydis , orbe gyrato taciniosam , de ce Mémoire. dexirà lœvâque anguloso procursu.

a Ad effigiem Macedonicœ chla- Voyez Pline , liv. v, chap. x.

rapports, comme on pourra s'en convaincre au mojen des diverses échelles en mesures anciennes et modernes qu'à cet effet j'ai portées sur cette carte*

g4- J ai dit que je pensais que le fort Phare occupait l'emplacement de cet ancien monument, l'une des sept merveilles du monde; cette opinion est fondée sur des témoignages historiques et sur les raisonnemens suiva ns :

Les auteurs arabes attribuent la fondation du Phare 1 au dixième Pharaon, à Misraïm, fils de Bosseyr, le même qui fonda Rlmcotis ; ils l'attribuent encore à la reine Douleka , au vainqueur de Darius , à Ptolémée- Philadelphe, à Cléopâtre. Ce que ces écrivains disent de ses dimensions est sans doute exagéré ; mais toujours est-il vrai de dire que ce monument fut digne d'être compté parmi les sept» merveilles du monde. Il fut détruit en partie vers la fin du premier siècle de l'hégire, sous le règne du sultan Oualyd ben el-A'bd-el- Melek , en 705 environ de l'ère chrétienne , par les artifices d'un Grec, comme le rapporte Maqryzy. Le tremblement de terre arrivé l'an 177 de l'hégire, ou 793 de J.-C. , fit crouler une partie de son sommet* Le Phare était ainsi tronqué l'an 248 de l'hégire (862 de J.-C). Vers l'an 260 de l'hégire (873 de J.-C), Ahmed ben Touloun fit couronner le Phare d'un dôme en charpente. On trouva sur la face nord , celle qui regarde la mer, une inscription dont chaque lettre en plomb avait une coudée de hauteur sur un palme de

» Voyage tTÊgypte et de Nubie, par Nordcn , tome m, édition de LangKs, pages 16a et 169 j Paris, 1801.

É. M. xvni. 3i

iSi MÉMOIRE

largeur. Ces caractères, dont on ne donne pas l'explication , étaient sans doute ceux de l'inscription grecque que Sostratcde Gnidc y avait fait placer, 285 années avant notre ère 3 un effroyable tremblement de terre qui se fit ressentir en Barbarie, en Egypte et en Syrie, en détruisit encore une partie. L'an 675 de l'hégire (1274 de J.-C), des colonnes et piliers du Phare s'écroulèrent; une mosquée que Ton y construisit fut renversée en 702 de l'hégire (i3o3 de J.-C.) par un tremblement de terre qui endommagea encore le Phare et quelques parties des murs et des tours d'Alexandrie, au point qu'il n'exista presque plus rien de ce monument. El-Naser Mohammed ben Qalaoun fît reconstruire, l'année suivante, une mosquée qui subsistait encore du temps de Maqryzy , vers le milieu du xvc siècle.

On lit dans A'bd er-Rachyd , que Selym fit construire, en 1 5 1 7 , sur l'emplacement du Phare, alors entièrement ruiné , une mosquée et le château qui subsistent aujourd'hui sous le même nom

g5. On reconnaîtra assurément, d'après les détails de ces divers événemens, que l'ancien Phare n'a pu exister sur le rocher dit le Diamant, dont j'ai parlé dans la première section , n°\ 6 et 7, puisque les débris de ce monument colossal , que divers tremblemens de terre ont renversé de fond en comble, ont dû encombrer la mer aux environs de son emplacement , comme on l'observe en effet au pourtour du fort Phare, quand

1 Décade égyptienne, tome 1er, page 237; cl Mémoires sur tÉgypte tome 11 j page 54; Paris , 1800.

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on ne trouve au contraire qu'une grande profondeur d'eau autour du Diamant.

g6. En parlant de l'ancien Phare, je n'omettrai pas de traiter de l'île qui lui donna son nom , et dont la position a été le sujet de grandes controverses parmi les géographes et les écrivains modernes. Je n'en parlerai ici que pour terminer, s'il est possible, cette question , d'après le sentiment de Strabon et la parfaite connaissance que j'ai prise de la situation des lieux.

Strabon dit qu'Homère, qui avait voyage en Egypte, a souvent mêlé les mythes à son Histoire poétique. On peut, en effet, penser que ce poëte en a usé ainsi dans ce passage qui a donné lieu à ces controverses : « L'île Pharos, dit Homère, était éloignée du rivage égyptien, d'une distance égale à celle qu'un bâtiment poussé par un bon vent peut parcourir dans une journée1. » Ce passage , sur lequel plusieurs écrivains modernes se sont assez mal fondés pour constater les progrès de l'exhaussement du Delta, est bien loin d'avoir été suffisamment éclairci. Voici le raisonnement qui fixe mon opinion à ce sujet :

Si l'on ne veut entendre par l'île Pharos que cet îlot qui , situé tout près et au nord-ouest de Rhacotis, bourg maritime où Alexandrie fut bâtie, je suis fondé à assurer que ce passage est dénué de toute précision géographique ; car cet îlot n'était éloigné de la ville

1 Homère, Odyssée, livre iv, arrivée, selon Hérodote, Tan 3434 vers 354 ù 357. de la période julienne, ou 1284 an~

Homère vivait trois cent soixante- nées avant Père chrétienne, dix-sept ans après la guerre de Troie,

d'Alexandre que d'une distance de sept stades; ce qui équivaut à 665 toises, ou i296mn. Or, cette ville a été bâtie sur une longue péninsule qui , de l'embouchure Canopique, à l'est, s'étend au sud-sud-ouest, l'espace de dix myriamètres ou vingt lieues , et qui , formée par une chaîne de montagnes , se rattache à des hauteurs qui semblent terminer à la mer le Bahr belâ-mâ, ou Fleuve sans eau, dans les déserts de la Libye. Mais cette chaîne, qui n'est qu'une roche continue de nature calcaire , généralement élevée de 5 à io et jusqu'à 30 mètres au-dessus du niveau de la mer, existait, ainsi que l'îlot du Phare, du temps d'Homère, puisque ce poëte fait aborder Ménélas , prince grec, à Canope, ville qui était située vers l'extrémité orientale de cette même péninsule, près et à l'ouest du cap Héraclée, aujourd'hui Abouqyr, où venait déboucher à la mer la branche Canopique : or, l'îlot du Phare est moins élevé sur la mer que le sol de toute la péninsule d'Alexandrie; et sa distance de 21720 mètres (1 1 144 toises), calculée trigonométriquement et en ligne directe , du cap Héraclée, est évidemment trop inférieure à celle de la journée de navigation, qui était évaluée à 5oo stades, ou à lx milles romains1, lesquels répondent à 4^000

1 La journée denavigation, comme née de navigation, la lieue marine

le dit Dolomieu dans sa Dissertation étant de 2853 toises,

sur le même objet ( voir le Journal La journée de navigation d'un

de physique de 1793, tome xm, jour et d'une nuit est évaluée à 1000

page 176 ) , était évaluée à 5oo stades stades ou 94500 toises, selon Théo-

ou à 60 milles romains: or, 5oo stades phile, ainsi que le dit M. GosselJin

équivalent à 47250 toises, et 60 milles dans sa Navigation des anciens,

romains, à /t536o; ce qui fait seize tome ir, page 38. lieues marines et demie pour la jour-

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 485 ou 47000 toises , qui donnent seize lieues marines et demie.

On doit donc rechercher ailleurs que sur cette péninsule, d'Alexandrie à Canope et jusqu'à la bouche Canopique, la côte qu'a voulu désigner le poète grec dans cette indication purement géographique de la distance qui séparait l'île Pharos du rivage égyptien; si donc, d'après l'interprétation qu'ont cherché à donner à ce passage quelques sa vans critiques , parmi lesquels on peut citer M. Gossellin , on veut que l'éloignement de l'île Pliaros dont parle Homère doive s entendre de YjEgyptus, nom que le fleuve portait alors, et non point du pays de l'Égypte, dont les côtes maritimes n'étaient encore qu'un archipel, on voit qu'il aurait fallu que l'embouchure la pïus occidentale du fleuve, celle de Canope, dont elle prit le nom de brandie Canopique, ne fût, à l'époque du siège de Troie, qu'à Metelis ou à Hermopolis, aujourd'hui Foueh et Damanhour, situées à quatorze et seize lieues au sud-est. Il est difficile d'expliquer autrement le passage du poêle grec, qui, d'après Slrabon , avait connaissance de l'isthme de Soueys , qui existait de son temps. Mais comment alors Homère, en parlant de cette île Pharos, aurait-il oublié de parler de cette longue et étroite péninsule qui , située vis-à-vis et à sept stades seulement, renfermait les villes ou bourgs de Canope, de Rliacotis, de Nicia, de Plinthyne, des deux Taposiris, etc. , etc. , à moins qu'il n'ait appelé de ce nom cette péninsule elle-même? Mais ce silence sur l'existence de la péninsule à laquelle devaient se rattacher encore les diverses îles et toute la côte ro-

clieuse et élevée qui termine au sud le lac Mareoùs, doit faire penser que l'île Pharos dont parle le poëte grec , et qu'il dit avoir été située en haute mer, aura été submergée , ou bien n'est qu'une fiction ou licence poétique, pour ne pas dire une exagération; car elle ne peut certainement pas se rapporter, comme on le voit , a cet îlot sur lequel, plus de six cents ans après, un Ptolémée fit élever ce monument, l'une des sept merveilles du monde, connu sous le nom de Pharos. Cet îlot se trouve aujourd'hui réuni, par l'effet d'un atterrissement de sable , à la péninsule d'Alexandrie. Il semble que ce commentaire décide et termine enfin la question.

97. Je reviens au port neuf, dont l'entrée est défendue, à l'est, par un petit fort que sa position vis-à-vis et en regard du fort Phare a fait désigner sous le nom de Pharilloîi. Je ne pense pas que ce fortin occupe l'emplacement de l'ancien môle connu sous le nom d'^crolochias; car la tête de ce môle devait être anciennement beaucoup plus avancée en mer, dans la direction du Phare, si l'on s'en rapporte à un passage de la Pharsale de Lucain Ce poëte dit que Cléopâlre, voulant rejoindre César dans Alexandrie, y entra par le grand port, après avoir gagné le gouverneur du Phare, qui en fit ouvrir la chaîne et laissa débarquer cette reine dans le port du quartier des Rois, dont César habitait le palais. Il paraît que l'entrée du grand port était fermée par une chaîne dont l'usage aurait encore subsisté

1 Corvupto custode , Phari laxave catenas. Phars. lib. x, 57.

en i55o, suivant Léon d'Afrique, qui nomme ce port

Marsa es-Selsela, c'est-à-dire le port de la Chaîne. On a vu, clans la première section , n°. 4 7 que l'ouverture de ce port, qui existe entre les deux forts qui en défendent l'entrée, était de 1 789 mètres (917 toises 5 pieds). On ne s'imaginera pas sans doute que celte chaîne pût s'étendre d'un fort a l'autre sur cette largeur de passe : on doit donc présumer que X Acrolochias s'avançait davantage vers le Phare, suivant la ligne des récifs et bas-fonds que l'on a signalés sur le plan et sur la carte d'Alexandrie.

98. On a vu , dans cette section, n°. 79, que l'on croit avoir reconnu la direction de l'Heptastade dans la ligne passant par la tour nord de l'enceinte dans le port vieux , et le fort situé dans le port neuf, près et au sud-est du chemin couvert du fort Phare ; cette distance de 665 toises répond bien à celle de sept stades olympiques : mais sa direction ne satisfait pas à celle que lui donne Strabon , qui dit que l'Heptastade prenait du continent et se portait vers l'extrémité occidentale de l'île Pharos; en sorte que je serais porté à lui donner celle de la grande tour donnant sur l'esplanade du port neuf, vers le fortin situé dans le centre de l'anse que forme l'île Pharos au nord du port vieux. L'aquéduc , aujourdhui détruit, dont nous avons parlé dans la première section, n°. 29, et qui pourrait bien appartenir aux restes de celui qui , au rapport de Strabon , portait des eaux dans l'île Pharçs par l'Heptastade, donne quelque fondement à cette opinion. Mais comment les

eaux de cet aqueduc traversaient-elles les deux ponts

qui donnaient passage aux vaisseaux à travers l'Heptastade? Cette question présente quelques difficultés qu'il serait trop long d'examiner à fond.

99. Parmi les ruines qui bordent la côte orientale du port neuf, on reconnaît, en quittant la digue ruinée de YAcroîochias, aujourd'hui du Pharillon, un môle qui a dû appartenir à l'entrée du port fermé des Rois.

100. On ne retrouve plus les traces de la petite île Antirrhodos, qui, d'après Strabon , masquait l'entrée de ce port , à moins que cette île n'ait occugé la position de ces récifs à fleur d'eau qui existent encore vers le centre du port neuf, tirant à l'ouest-sud-ouest.

10 1. En suivant la côte au sud, on retrouve les restes d'un autre môle remarquable par sa construction en pierres de taille de fortes dimensions 5 ces ruines appartiennent sans doute à cette jetée ou galerie que Polybe appelle syrinx, qui communiquait au Posidium, dont j'ai désigné l'emplacement aux ruines les plus considérables de celles qui existent en cette partie sous l'indication de palais ruiné. C'est là qu'était élevé le temple de Neptune, en avant duquel Marc- Antoine , abandonné de son parti , et fuyant , avec Cléopâtre, Auguste, son implacable ennemi, fit bâtir un palais qu'il nomma Timonium, pour y vivre retiré du monde à l'exemple de Timon le misantrope.

102. On ne peut méconnaître la position du Cœsarium, ou palais des Rois, à l'existence des deux obélisques dont nous avons parlé dans la première section , n°. 19, d'après le rapport de Pline, qui dit : Duo obe-

lisci s tu il Alexanàriœ in -porta, ad Cœsarts templum, quos excidit Mesphees rex , quadragenûm binûm cubitorum **

1 o5#J'ai dit (note du §. 1 9 , p. 4 1 5 ) que ces deux obélisques , que Pline dit avoir l'un et l'autre quarante-deux coudées de hauteur, avaient 63d* 6° ol, ou 20m627 de longueur totale , de la base à la sommité' de leur pointe pyramidale. Si cette indication de Pline était parfaitement exacte, ce que l'on ne peut pas présumer, la valeur de cette coudée serait de id 6° i1, 8 = 49imi" a-

104. Jai cru devoir placer le Gymnase là où Ion trouve les vestiges considérables d'un palais ruiné, situé sur la grande rue , parce que l'alignement des grandes colonnes qui existent encore en cette partie, rappelle les portiques ou galeries couvertes que ce monument avait sur plus d'un stade de longueur.

105. Bonamy et d'Anville placent le Serapeum sous la montagne de décombres située au nord-ouest de l'enceinte, sur le port vieux, et sur laquelle était encore, il y a peu d'années, une tour d'observation. Je crois devoir reporter l'emplacement de ce monument, que Strabon dit avoir été à l'orient du canal, à une petite hauteur près et au sud de cette montagne, parce

1 Plin. Hist. Jib. xxxvi, cap. ix. on Pa rétablie selon l'édition d'Har-

a Cette rectification du texte de douin (in-folio j Paris, 1733), et on

la ire édition est une suite de celle a écrit quadragenûm binûm cubito-

qui a été faite à Paris, à Fin su de rum { quarante-deux coudées) , sans

Fauteur du mémoire , dans la cita- faire attention que ce changement

lion fautive du naturaliste latin , en entraînerait un autre dans le \.

selon laquelle (§. 102) on donnait io3, qni n'est qu'un commentaire

seulement aux obélisques quarante du passage en question, coudées ( quadragenûm cubitorum ) ;

4go MÉMOIRE

que Ton y trouve des ruines considérables d un vaste monument en briques rouges, semblables à celles du palais ruiné, près et à l'est de la mosquée dé Saint- Athanase. ,

106. J'ai placé à la hauteur de la colonne deSeptiine- Sévère le Panium, que Bonamy et d'Anville placent sous la butte ou montagne Sainte-Catherine, située vers le sud-est de l'enceinte arabe , parce que cette hauteur, sur laquelle on retrouve des restes de maçonnerie, convient assez bien à la description que Strabon donne du Panium, qui était un lieu élevé, non par la nature, mais par la main des hommes , et de la sommité duquel on apercevait aisément la ville et les ports sur mer et sur le lac.

Je serais porté à croire que la colonne colossale de Seplime-Sévère est une de celles qui formaient les deux ponts de l'Heptastade sous lesquels les vaisseaux passaient du Portus Magnus dans YEunostus : les colonnes de dimensions pareilles , ou du moins à peu près semblables , que M. de Maillet 1 dit avoir vues dans la mer à l'entrée du port neuf, rendent cette idée vraisemblable; car, si de grandes colonnes dressées dans le fond de la mer formaient, ainsi que le dit Strabon, les deux ponts des passes des vaisseaux par l'Heptastade, elles devaient être de dimensions extraordinaires.

107. Strabon parle d'un cirque qui existait vers la petite ville de Nicopolis; mais on n'eu retrouve de vestiges que près et au sud de la colonne de Septime. Y aurait-il eu erreur dans le texte ou de la part des

» Description de l'Egypte, tome ier , page 166.

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 49i

commentateurs, qui auraient écrit Nicopolis pour Ne~ cropolis ? car le cirque se trouve en effet place vers la porte de cette dernière ville, à moins qu'il n'ait été' postérieurement un ouvrage des empereurs de Rome ou de ceux de Constantinople.

108. Si nous avions pu appliquer , comme nous * lavons dit dans cette section , n°. 82 , une des dimensions des stades égyptiens ou olympiques à la distance de 4000 toises qui existe entre l'extrémité occidentale de la grande rue d'Alexandrie et la position actuelle du Qasr Kyasserah , où nous plaçons l'ancienne iVicopolis , nous n'établirions aucun doute sur la valeur du stade désigné par Strabon , puisque ce géographe porte à 60 stades cette même distance. Mais , quoique nous ayons vu que la longueur de Tune et de l'autre espèce de ces stades ne convenait pas à cette indication , nous n'hésitons pas à placer au Qasr Kyasserah la situation de cette ancienne ville ; les ruines considérables que l'on trouve en ce lieu , quelques statues de marbre blanc que nous y avons découvertes et retirées du sein de leurs décombres , nous confirment dans cette opinion.

10g. Il est à présumer que le Qasr Kyasserah, ou château des Césars, appartient au règne de Justinien, qui, dans le milieu du vic siècle, fit construire un ' grand nombre de monumens dans les déserts de la Syrie, au mont Sinaï, en Ègypte, et dans la Pentapole africaine. On lit dans Procope de Césarée, que cet empereur fit fermer de fortes murailles un lieu nommé Phiale, et qui, situé près d'Alexandrie, servait à ren-

fermer les approvisionnemens de grains qui arrivaient par le canal de Cnérée, où venaient se jeter les eaux

du lac Marea (Marcotis). Ce passage se rapporte parfaitement avec la forme et la position de cette forteresse, dont il ne reste plus qu'une enceinte de murailles d'une grande épaisseur ' , ainsi que nous l'avons dit dans la première section de ce mémoire, n°. 58.

1 10. Les catacombes dont nous avons parle dans la première section , n°. 46, et dans la seconde, n°. 74 7 sont incontestablement l'ouvrage d'une population nombreuse et d'une longue suite de générations. M. Olivier dit à ce sujet qu'on ne doit pas attribuer aux Grecs ni aux Romains leurs successeurs les travaux immenses de ces grottes sépulcrales, puisque ces peuples brûlaient les corps au lieu de les embaumer à la manière des Egyptiens. Ce savant conclut de cette proposition , que la ville d'Alexandrie devait être déjà bien considérable avant le conquérant qui lui donna son nom , puisque ces travaux doivent, selon lui, être évidemment attribués aux peuples qui l'habitaient avant Alexandre. Quoique j'aie établi que Rhacotis devait être un bourg de quelque importance avant la conquête de l'Egypte par ce prince, je dirai , contre l'avis de M. Olivier, que ces catacombes appartiennent à la population de cette ville sous les Grecs et même sous les Romains, qui laissaient aux peuples qu'ils avaient soumis , leurs usages et surtout leurs cérémonies religieuses et funéraires. On sait, en effet, que les Romains, bien loin de pro-

Procopc de Césaréc , traduit du grec par Cousin , tome 11 , livre vi.

pager leur culte en Égypte, élevèrent au contraire à Rome des temples à Isis et à d'autres divinités égyptiennes; d'ailleurs, le temple souterrain , improprement connu sous le nom de bains de Cléopâtre , tient du style grec , et non du style égyptien , par l'ordonnance régulière de son plan et de sa sculpture intérieure taillée dans une roche vive.

i ii. M. Olivier renferme, sans fondement, l'étendue de la ville de Necropolis dans celle d'Alexandrie, quand il avance que le canal qui existait, et dont on retrouve les restes au centre de la rade , doit avoir été celui qui , du lac Mareotis, se rendait dans le Kibôtos, situé dans YEunostus \ Ce savant me permettra de faire observer qu'une roche qui découvre à une distance de 100 à 120 mètres du débouché de cet ancien canal dans la rade, et qui forme une espèce de port que les hommes auraient voulu défendre par un môle en mer, si ces roches ne sont pas naturelles, ne suffit pas pour appuyer cette opinion , qui donnerait en effet à la ville d'Alexandrie proprement dite une étendue infiniment trop grande, quand l'existence des catacombes de toute cette côte place incontestablement dans cette partie son ancienne Necropolis, c'est-à-dire le lieu des sépultures de ses habitans.

Je terminerai ici les recherches que j'ai faites et exposées dans cette section , parce quelles me semblent avoir

1 M. Olivier, docteur en médecine a consacré , dans son troisième vo-

et membre de l'Institut de France, lume , à la description détaillée de

a fait paraître, en 1794» «on Voyage la ville d1 Alexandrie , un chapitre

dans Vempire othoman, V Égypte que Ton consultera toujours avec

et la Perse, 3 vol. in-8°. Ce savant intérêt. *

494 MÉMOIRE suffisamment démontre la difficulté de concilier les rapports des anciens sur la véritable étendue de Penceinte de cette ancienne ville.

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