CHAPITRE PREMIER
ASPECT GÉNÉRAL DE L'ILE DE SAMOS. — SES DEUX GRANDES CHAINES DE MONTAGNES RELIÉES PAR UNE CHAINE INTER- MÉDIAIRE. — SA VÉGÉTATION, SON CLIMAT.
S'il est une île dans l’Archipel qui offre de loin aux regards du voyageur un paysage grand et austère, une mâle et sévère beauté dans la coupe et dans les coniours de ses montagnes et une sorte de fierté imposante dans sa masse et dans l’escarpement d’une partie de ses côtes, c’est assurément l’île de Samos.
Plus élevée que l’île de Céphallénie, jadis Samé, mais un peu moins que celle de Samothrace, elle mérite donc presque autant que la seconde et beaucoup plus que la première le nom qu’elle porte encore et qui lui fut donné jadis à cause de cette élévation même. En effet, nous n’ignorons pas que les anciens Grecs appelaient ainsi les lieux qui dominent.
Deux grandes chaînes de montagnes la traversent de l'E. à l'O., l’une plus étendue est l’Ampélos et l'autre plus haute est le Kerki, appelé aussi Kala-
bacte, l’ancien Kerketeus de Strabon, le Cercetius de Pline. |
L’Ampélos projette au N. et à l'E. quatre rameaux différents qui s’avancent dans la mer et forment quatre caps principaux : le cap Tio et le cap Dascalio au N., le cap Prason et le cap Gatos à l'E. Ces promontoires, qui constituent plusieurs baies larges et profondes, ne s’inclinent pas à leur extrémité d’une pente douce et insensible, mais ils conservent encore, à l'endroit où ils s'arrêtent, une hauteur et un escarpement considérables, et ils semblent se précipiter dans les flots.
Ensuite la chaîne marche vers l’O., et c’est quand elle a atteint le centre de l’île qu’elle acquiert sa plus grande élévation, qui est de 4,200 mètres : alors élle fait un coude, se dirige presqu’en droite ligne vers le S. et «aboutit, comme une sorte de triangle gigantesque, à la pointe Colonni, l’ancien cap Ampélos, comme je le montrerai plus tard. ni
Dans cette première partie de l’île ou partie orientale, s'étendent au S. les deux plus belles plaines de Samos, celle de Meso-Cambo et la plaine plus vaste encore de Chora.
Au delà de l’Ampélos règne une chaîne intermédiaire qui le rattache au Kerki, Au N. et au S. de cette chaîne mitoyenne se déroulent les plaines accidentées de Carlovassi et de Marathro-Cambo.
Puis nous arrivons au Kerki, qui n’est pas seulement une montagne, mais un système de plusieurs montagnes réunies et étagées, pour ainsi dire, les unes audessus des autres, qui vont s’abaissant vers le N. E.
SUR L'ILE DE SAMOS. 131 etse-dressant vers le S. O., par des gradins de plus en plus élevés, jusqu’à la hauteur de 4,570 mètres.
Le Kerki s’arrondit à l'extrémité occidentale de l’île, et. il se termine par deux caps peu avancés, le cap Catavasis autrefois Cantharium; et le cap Saint-Dominique ou cap Fourni.
Ces différentes chaînes étaient couvertes, dans les temps primitifs, de bellestet épaisses forêts, comme lindiquent les noms de Dryusa, de: Melamphyllos et de Kyparissia que l’île de Samos porta jadis. Lors— qu’elle fut colonisée, la culture dut diminuer cette riche végétation qui ornait les flancs de ses monts, mais elle devint l’une des îles les plus fertiles de la Méditerranée. Car Diodore de Sicile “raconte que la vertu de son terroir lui avait valu le nom d’îile des Bienheureux. Au dire de Strabon*, tout y prospérait, exceptè la vigne, et le poëte, Ménandre lui avait appliqué le proverbe grec : les'poules mêmes y donnent: du lait. Cette fécondité, ajoute le géographe, n’avait pas peu contribué à enfanter les tyrannies qu’elle subit et à lui atürer la haine des Athéniens.
S'il faut en croire Aethlius, cité par Athénée:, ses figuiers, ses vignes, ses pommiers el ses rosiers se couvraient deux fois l’an de fleurs et de fruits:
Quand l’île, à l’époque de sa décadence, fut de moins en moins habitée et-cultivée, les forêts reparurent.et-envahirent de nouveau:le sol: Plusieurs fois,