‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (volume 2)Chapitre 42 sur 122 · Diodore de Sicile, 1. V, ch. LxxxL · texte numérisé non relu

Diodore de Sicile, 1. V, ch. LxxxL

2, Strabon, 1. XIV, ch. 1, t. III, édit, Tchn. 3, Athénée, 1. XIV, p. 654:

sans doute, la guerre et les incendies les ravagérent ; mais, après la prise de Constantinople, l’île, ayant été complètement abandonnée par ses habitants, resta déserte pendant un siècle; alors les bois dont elle était parsemée s’'étendirent etse multüiplièrent, et, lorsqu'elle fut de nouveau colonisée, ils occupaient, Suivant une ancienne tradition, d'immenses espaces de terrain. Actuellement, la plus grande parle en a été coupée ou arrachée pour faire place à la culture ou pour être exploitée par les habitants, et ce n’est plus que cà et là, sur les flancs de quelques montagnes, qu’on trouve des cyprès, des adrachnés, des thuyas, des chênes, mais surtout des pins qui forment comme le fond des forêts encore subsistantes.

Les arbustes les plus ordinaires sont les myrtes, les lentisques et les arbousiers, et, sur le bord ou au milieu du lit des torrents, les agnus-castus et les lauriers-roses. En outre, des toufles de thym et d’autres herbes odoriférantes ont pris racine de toutes parts, et semblent le revêtement naturel du sol que l’homme n’a point encore conquis.

De gros et vieux oliviers sont épars à travers la campagne, et dans certains endroits même, notamment dans la partie occidendale de l’île, 1ls.Sont fort abondants. Ë |

Dans plusieurs villages, principalement à Castania, on remarque des châtaigniers; mais ces arbres sont aujourd’hui assez rares. |

Je n’oublierai pas non plus de signaler quelques gi. gantesques platanes, les plus beaux arbres, sans com-

SUR L'ILE DE SAMOS 133 paraison, que j'aie vus dans l’île, parce qu’ils sont les plus respectés. [ls s'élèvent, en général, près des fontaines. C’est, en effet, comme on le sait, l'arbre hospitalier qui, en Grèce et dans toute l’Asie mineure, annonce de loin l’existence d’une source; et il faut avoir voyagé pendant l'été, à travers ces contrées brülantes, pour comprendre la joie qu’à cause de cela inspire sa vue et l’espèce d'affection dont il est l’objet. Et puis la grâce de son large feuillage, ses vastes rameaux, qui peuvent abriter sous leur ombre une caravane entière, et la majesté de son port, tout concourt à le rendre comme sacré et à protéger sa vieillesse conire les ravages de l’homme.

S1 J'ajoute autour de Chora et de plusieurs autres villages des müriers, des amandiers et des figuiers, J'aurai énuméré la plupart des arbres de l’île de Samos. Qu’on ne s'étonne point si je ne fais pas mention des orangers,.des citronniers, des greénadiers et des caroubiers que d’autres voyageurs y avaient observés avant moi, car l’hiver de 1849 les à fait presque tous périr.

La culture principale de Pile est celle de l'olivier, mais surtout de la vigne. La vigne est basse et rampe à terre; elle n’est point soutenue par des échalas, comme cela se pratique dans une grande partie de la France, elle ne monte pas non plus aux arbres comme en certains endroits de l'Italie, mais elle s’élève à peine de irente-cinq à quarante centimètres au-dessus du sol. Du reste, le vin qu’on en récolte est excellent, il passe même pour un des meilleurs de l’Archipel ; 41 parait qu’autrefois 11 n’en était pas ainsi, car Strabon

134 ÉTUDE et Apulée s'accordent à déclarer que de leur temps la vigne n’y réussissail point.

» Éorr d'oùx eüouvos, dit Strabon’, xaimep edotyoucéy Toy axe vo, ai Tac Arelpou cyedoy Ti Th TOOGEYOÙS Téons TOUS apisTous ÉxPEPOUTNS OÙVOUS. D

Et Apulée * s'exprime de la manière suivante : « Sa « mos Icario in mari modica insula est... ager fru- «mento piger, aratro irritus, fecundior oliveto, nec « vinitori, nec olitori scalpitur. »

Toutefois, il ne faudrait pas prendre à la lettre cette assertion; car la grande chaîne de l’Ampelos a dû probablement son nom aux vignes qui croissaient à ses pieds et sur ses flancs. Seulement, la réputation des vins de Samos était alors de beaucoup éclhipsée par celle des vins dé Lesbos, de Chios, de Cos, ainsi que des montagnes de l’Ionie et de la Carie.

D'après ce que je viens de dire, on voit qu'il ne faut pas s’imaginer que Samos soit aussi nue etstérile qu’elle le paraît de loin, et, à mon sens, ce serait être fort injuste envers les îles de l’Archipel que de vouloir les juger à première vue et d’une manière définitive, sans avoir «bordé sur leurs côtes ; car, autrement, on serait tenté naturellement d'en tracer une peinture défavorable et non méritée. En effet, lorsqu'on traverse pour la première fois les flots de cette mer célèbre qui sépare la Grèce de l'Asie, on s'étonne d’abord de la stérilité apparente et quelquefois réelle de la plupart des iles dont elle est semée, et, comparant la nudité

‘4: Strabon, L.'XTV, en. ref) p° 170, Edit, Ten. 2. Apulée, Florides, t. XV.

de leurs contours et de leurs flancs souvent décharnés avec les charmantes et poétiques descriptions dont notre-esprit a été bercé de bonne heure par la lecture de l’antiquité, on éprouve involontairement je ne sais quel désenchantement cruel, et l’on s’en veut presque à soi-même d’avoir détruit, par le spectacle de la réalité, ces gracieuses illusions qui aimaient à voltiger dans notre souvenir et que caressait notre imagination. Gardons-nous cependant de prononcer trop vite un irrévocable arrêt contre ces îles et contre les poëtesqui les ont chantées ; car, même après tous les ravages qu’elles ont subis et malgré tous les changements que les atteintes répétées du fer et du feu ont dû y apporter, elles conservent toutefois encore assez de vestiges de leur primitive beauté et de la richesse de leur sol pour justifier leur antique renommée; mais ces vestiges ne se montrent guère qu’à ceux qui y pénétrent et qui en parcourent l’intérieur.

Cette remarque générale s'applique d'une manière toute particulière à l’île de Samos. En effet, lorsqu'on passe seulement devant elle, en doublant le cap Saint- Dominique et franchissant le détroit qui la sépare de Nikaria et du groupe des Fournis, on est uniquement frappé de l’effroyable nudité du mont Kerki, dont les horribles pentes et les immenses précipices semblent faire croire que l’île entière n’est qu'un prodigieux chaos de rochers entassés, où la culture ne peut trouver place et où toute végétation est morte ou languit. C’est la première impression que je ressentis moi-même, lorsque je traversai ce détroit pour me rendre de

Smyrne en Syrie, et que, les bois de pins et d’oliviers qui entourent les pieds du Kerki s’effaçant par la distance et n’apparaissant que comme une simple et faible lisière de verdure, mon regard était absorbé tout entier par la masse énorme et affreuse qui se dressait devant moi. Je me demandais si c'était bien là la patrie de Pythagore et de Polycrate, la terre qu'avait habitée et chantée Anacréon et qu’un poëte ancien, Denys le Périégète', appelle l’aimable séjour de Junon Pélasgique.

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Quelques mois après, quand je débarquai à Vathy”, mes yeux se portèrent d’abord sur des côtes abruptes et sur des montagnes dépouillées de végétation. Quelle ne fut point ensuite ma surprise, lorsque, m'avançant dans l’intérieur de l’île, je découvris une nature variée et pittoresque, mêlant à la grandeur et à la sévérité des paysages d’agréables et douces perspectives qui flattent et reposent la vue !

Comme l'ile est tout entière montagneuse, elle est coupée par un grand nombre de vallées, qui semblent se révéler soudain à chaque pas et à chaque détour des sentiers sinueux que l’on parcourt. Les eaux, en descendant des montagnes avec l’impétuosiié que leur communiquent des pentes très-hautes et fortement inclinées, se sont creusé ça et là des ravins profonds, ‘ dont les uns, privés de verdure, ressemblent à des canaux taillés à pic entre deux murs de rochers, et les

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