Polyæn., Stratag., 1. 1, ch. xxin
parts et les tours, dont quelques parties subsistent encore, portent l'empreinte d’un art déjà perfectionné, et les belles ruines de la forteresse d’'Eleuthères, sur les confins de la Béotie et de l’Attique, sont loin d’être plus remarquables. Il faut croire que, si des fortificaions primitives et plus grossières avaient précédé celles-là, elles ont été détruites ou remaniées par Polycrate, pour devenir plus uniformes et d’un aspect plus régulier et plus'élégant.
C'est également à Polycrate que j'attribue les remparts de la grande acropole, dont la construction est identique à celle de cette forteresse.
Un fait qui me paraît digne d'observation, c’est que la ligne occidentale des murs, c’est-à-dire celle qui s'éloigne le plus de l’ancienne Astypalæa, et qui, par conséquent, n’a dû être reportée si avant qu'à une époque où la petite cité des Lélèges, concentrée d’abord vers l'E. autour du port, s’étendit ensuite de plus en plus vers l’O., est cependant ceile dont les blocs offrent la régularité la moins parfaite et qui, par le caractère de leur construction, en partie polygonale, et par les dimensions énormes de ses matériaux, se rapprochent davantage du système cyclopéen on pélasgique. C’est là, à mon sens, une des raisons les plus décisives en faveur del'opinion que j'ai émise, à savoir que le système rectangulaire, une fois mis en usage, n’a pas fail disparaître complétement Te système polygonal qu'il remplaçait; car il m'est difficile d'admettre que cette partie des remparts, qui a dù être le plus souvent attaquée, détruite et relevée, puisqu'elle regarde la
plaine, et qui, en outre, ne délimitait certainement point la ville primitive, dont l'extension ne pouvait être si grande , soit, néanmoins, la plus ancienne de toutes.
Les tours qui flanquaient cette ligne occidentale ont été complétement rasées, à lexception de la tour supérieure que J'ai décrite, et qui, du reste, est un peu plus à l'O. et formait un poste avancé de défense. Sur la pente de la montagne, l'emplacement d'une grande porte est encore bien marquée; plus bas, une autre porte donnait aussi, de ce même côté, entrée dans la ville, et enfin, à l'angle S. O., on remarque de belles ruines, consistant dans quatre piliers gigantésques, regardant le S. et la mer, et, chose singulière, inégalement espacés entre eux. Carrés à leur base, ils se courbaient ensuite à leur sommet, qui est à moitié démoli. | j
M. Ross se demande si ce ne seraient pas là les débris de la tour avoisinant la mer que mentionne Héro-— dote dans son livre [IT, ch. Liv. |
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C’est, à mon avis, une supposition erronée, car ces piliers présentent tous les caractères d’une reconstruction romaine avec des matériaux grecs, el, en second lieu, il m'est impossible de voir les restes a’une tour dans ces ruines, que Je regarde plutôt comme ayant appartenu à des espèces de propylées, par lesquels on pénétrait dans un vaste édifice rectangulaire, dont les fondements seuls se distinguent encore.
La ligne méridionale du mur, celle qui longeait la mer jusqu’au port, et qui se rejoignail ainsi avec la ligne orientale, n'offre plus que des vestiges peu considérables. Au-dessus des fondations grecques se montrent, en certains endroits, des reconstructions romaines elles-mêmes détruites. En continuant à marcher vers l'E., on rencontre, le long de la plage, des voûtes romaines à moitié renvérsées et rangées Îles unes à côté des autres; elles me rappelaient celles que J'avais remarquées dans la province d'Alger, prês du port de l’ancienne Tipasa : les unes et les autres ont servi très- probablement de remises pour Îles nets na— vires. | | Le monticule peu élevé et arrondi qui vient ensuite, et dont j'ai déjà parlé, était jadis entouré d’un rempart. On en retrouve encore quelques traces qui semblent indiquer différentes époques, car la brique et le ciment romain y adhérent ça et à à des assises inférieures qui sont helléniques. Aujourd'hui, cette colline, espèce de promontoire qui contribue à constituer avec la pointe plus allongée de Cavophonea le bassin de Tigani, est occupée en partie par un fort moderne qui date de 41821 et qui a été construit sous ladministralion du prinapal chef de linsurrection à cette époque, nommé Lycurgue. Énvironné d’un mur, 1l renferme un châtesu, une église et plusieurs bastions avec créneaux et machicoulis. Ces constructions, qui n’ont jamais été achevées, ont été faites avec les matériaux antiques qui couvraient la colline. Ainsi, tam-— bours de colonnes, architraves, linteaux de portes,
blocs de pierre et blocs de marbre ont été mêlés confusément dans ces bâtisses exécutées à la hâte, mais qui ne manquent pas cependant d’une certaine élégance. L'église surlout est fort gracieuse ; svelte et légère dans son architecture, elle serait devenue la plus belle de l'ile, si on avait pu ia terminer.
Après avoir décrit un demi-cercle autour de ce promontoire, le mur méridional reprenait sa direction vers VE., jusqu'à ce qu'il eût atteint la ligne orientale.
Telle était cette vaste enceinte, dont les ruines peuvent rivaliser avec ce que l'antiquité nous a laissé de plus remarquable en ce genre. Qu'on relève par limagination ces murs épais et massifs avec leurs nombreuses tours, qu’on rétablisse aussi ces fossés qu’avaient creusés les prisonniers Lesbiens tombés au pouvoir de Polycrate, et l’on avouera qu’à l'abri de cette formidable ceinture de remparts les Samiens pouvaient être fiers de leur puissance et que Périclés, qui les réduisit à force d’habileté et de machines de guerre, eut le droit de se vanter que, tandis qu’Agamemnon avait mis dix ans entiers à prendre une ville barbare, lui, il avait conquis en neuf mois la cité la plus riche et la plus redoutable de l’Ionie : et, ajoute Plularque *, ce n’était pas sans fondement qu'il s’en glorifiait ; car, outre que cette guerre fut très-périlleuse et le succès longtemps disputé, peu s’en fallut, suivant Thucydide, que les Samiens ne fissent perdre à Athènes l'empire de la mer.