CHAPITRE IT
SAINT JEAN DANS L'ILE DE. PATMOS. — ANALYSE DU MANUSCRIT ATTRIBUÉ À PROCHORE, INTITULÉ : (Ai repiodot TOÙ Deokéyou qu‘y> Jpapsioc rap Hpoyépeu.) — LE MËME OUVRAGE ABRÉGÉ PAR NIKRITAS, ARCHEVÈQUE DE THESSALONIQUE, — UN MOT SUR LE
EvvaEapiTTas.
Îl existe, dans la bibliothèque du couvent de Patmos, un manuscrit curieux intitulé : (Aï meptodor rod 0eoÀdyou guyypaseiron raoa Mpoycpou.) « Voyages de Jean le théologien, composés par Prochore. » Un manuscrit semblable se trouve, m’a-t-on affirmé, dans un des monasières du mont Athos. Celte légende, remplie ou plutôt surchargée de merveilleux, et regardée généralement
comme apocryphe par l'Église latine, passe cependant
pour authentique aux yeux d’une grande partie de l’Église d'Orient, et à Patmos, en particulier, elle fait le fond de toutes les traditions qui régnent encore dans le pays, et les moines y ajoutent une foi entière, comme à l'écrit même du disciple de saint Jean.
Je vais en présenter l’analyse succincte, et, à travers beaucoup de faits invraisemblables, nous pourrons recueillir plusieurs détails précieux sur la vie de
saint Jean, à Patmos, et, en même temps, sur la géographie de lile.
— Après la mort du Sauveur, les apôtres réunis à Jérusalem tirent au sort pour savoir dans quelle partie du monde chacun d’eux devra porter les lumières de l'Évangile. sp teens
L’Asie mineure échoit à saint Jean. Prochore, son. disciple, s’y rend le premier, avec l’ordre d’attendre son maitre. Il le rejoint bientôt lui-même, après avoir essuyé une longue et terrible tempête. |
Je passe ici sous silence le récit de divers miracles opérés par saint Jean, à Éphèse, et j'arrive aussitôt à son exil dans l'île de Paimos, où il avait été relégué par l’empereur Domitien, avec son disciple Prochore.
Il aborde à Phora, et, entrant dans la ville, il se dispose immédiatement à y prêcher l'Évangile. Accueilli par un certain Myron, son premier miracle est la délivrance d’Apollonides, fils aîné de son hôte et que tourmentait un esprit malin. Myron et toute sa famille se convertissent. Sa fille, mariée au gouverneur, demande elle-même le baptême.
Jean, cependant, ne tarde point à être en butte aux intrigues et aux cabales des prêtres du temple d’Apollon, qui tremblent pour leur dieu et pour leur culte, ainsi qu'aux prestiges et aux piéges d’un fameux magi- : cien nommé Kynops. Ce Kynops habitait à l'extrémité de l’île une caverne" qui Servait en même temps d'asile aux esprits impurs.. | |
4. Les gens dû pays la montrent encore de loin avec effroi aux
Kynops donc, à la prière des prêtres d’Apollon, envoie contre Jean un des démons qu’il avait sous sa dépendance, avec l’ordre de lui apporter l’âme de l’apôtre de Dieu. Celui-ci commande à l'esprit de ténèbres de quitter l'ile et de n’y plus reparaître. L'esprit obéit. Un second démon, envoyé par Kynops avec la même mission, recoit du saint le même commandement et l’exécute. Le magicien lance alors deux démons à la fois : l’un devra attaquer l’homme de Dieu, et l’autre examiner de loin ce qui aura lieu, afin de pouvoir en rendre compte à son maître. Jean enjoint le même ordre au démon chargé de s'emparer de lut, et qui, aussitôt, disparaît de l’île; l’autre court à la caverne raconter ce qu’il a vu. Kynops, qui avait dédaigné jusque-là cet adversaire et qui ne l'avait pas cru digne d’une lutte personnelle, se résout enfin à marcher lui-même contre Jean, avec toute la cohorte des démons qui lui restent.
Le saint était en ce moment dans un endroit nommé Votryi’. Là il baptisait ceux qu’il avait convertis par sa parole. | à
Kynops s'approche de saint Jean, et, pour le confondre devant la foule, il le provoque à une espèce de duel de prodiges. Il s'adresse d’abord à un jeune
voyageurs, et ils n’osent pas s’en approcher, de peur de devenir la proie de quelque génie malfaisant.
1. Ce lieu est appelé actuellement Pernera. On y voit deux petites chapelles bysantines, consacrées l’une à saint Jean et l’autre à saint Polycarpe, et près de ces chapelles sont les restes d'unes sorte de bassin carré ayant 3 mètres sur chaque face et désigné encore par les habitants sous le nom de xohuuo#üpa, baptistère : ils prétendent que saint Jean y a baptisé.
homme qu'il aperçoit au milieu de la multitude, etil lui demande où est son père: « Mon père est mort, répond celui-ci ; 1l a été englouti dans une tempête. » Le magicien, se tournant alors vers saint Jean : « Voyons, dit-il, retire des flots le pére de ce jeuné homme. » — « Je ne suis point venu ici, répartit l’apôtre, pour ressusciter les morts, mais pour arracher les vivants à leurs égarements. »
Soudain Kynops se précipite dans la mer, et il en sort bientôt avec un fantôme qui ressemblait parfaite-
ment au père du jeùne homme qu’il avait interrogé. Puis s'adressant à un autre assistant: « Avez-vous un
fils. » — « Non, il à été tué par un assassin. » Le magicien s’élance de nouveau au milieu des flots, etil reparaît, aux applaudissements de la foule, avec deux fantômes qui étaient les images fidèles, l’un de ce fils assassiné et lPautre de son meurtrier.
À la vue de ces prodiges, la plupart des spectateurs se prosternent devant Kynops et l’adorent comme une divinité en s’écriant : « Tu es grand, Ô Kynops, et nul autre n’est plus grand que toi sur la terre! »—Kynops, triomphant d’orgueil et de joie, regarde et insulte avec mépris le saint apôtre, qui se contente de lui dire avec aulorité que ses prestiges allaient avoir une fin.
En entendant ces mots, la foule s’indigne contre Jean, et, se jetant sur lui comme sur le blasphémateur d’un dieu, elle le frappe de coups redoubtés et le laisse comme mort, couvert de plaies et de meurtrissures, — «Retirez-vous maintenant, dit Kynops; cette nuit,
les chiens et les oiseaux de proie vont dévorer son cadavre. » .
. Cependant Prochore était resté près de son maitre, et il pleurait amérement, lorsque, vers la deuxième heure de la nuit, il entend tout à coup ces paroles : «Prochore, monfils! »—«Quoi!vous vivez, mon père?» —« Oui, et va dire à Myron que je respire encore.»— Prochore y court. À cette nouvelle, Myron etlles fidèles qui élaient avec lui changent leurs larmes en Joie, et ils s’empressent de se diriger vers saint Jean. Celui-ci était en prières, la tête tournée vers l'Orient, dans un endroit appelé Lithovoli. Ils remercient tous ensemble le Seigneur, et ils confondent leurs actions de grâces et leur bonheur. | |
Kynops, apprenant le lendemain que saint Jean était vivant, ordonne qu’on s'empare de lui, afin qu’il assiste à des prodiges qui surpasseront les précédents. On va donc le chercher dans la maison de Myron, et on le conduit à l'endroit même qui avait été le théâtre, Ja veille, des premiers prestiges du magicien. — La foule assiége tous les alentours du port. La curiosité est à son comble, et chacun a les yeux fixés sur Kynops. — « Regardez bien! » dit-il, et il se précipite dans les flots comme auparavant. Au même moment, Jean adresse à Dieu une prière, et l’on entendun grand bruit au milieu des ondes. Tous s’imaginent que. Kynops va reparaitre; mais peu à peu les ondes se calment, et Kynops demeure à jamais englouti au fond des eaux.
La multitude ne peut croire que celuf qui avait, de-
DE L'ILE DE PATMOS. 5, à
vant elle, ressuscité les morts, ait péri lui-même si misérablement, et, pendant trois jours et trois nuits, elle reste autour du rivage, pleurant et gémissant, et appelant Kynops avec de grands cris, mais en vain; rien ne surnage au-dessus des ondes. (Aujourd’hui encore, quand la mer est calme, on montre près de la petite chapelle de saint Jean, dans la partie occiden-— tale du port, un rocher sous-marin, qui offre, à une imagination crédule, quelque apparence de forme humaine. C’est là, affirment les habitants du pays, le corps du magicien, qui à été ainsi métamorphosé en pierre par la puissance du saint évangéliste. Cette tradition est due aux moines, qui ont cru pouvoir ajouter ce nouveau miracle à ceux qui sont racontés dans le manuscrit de Prochore.)
Aux prodiges opérés par Kynops succèdent mainte— nant ceux qui chaque jour signalent la présenée de saint Jean à Patmos. Ainsi, il commence par ressusciter trois enfants qui étaient morts de faim et d’épuisement, pendant que la multitude, dans sa douleur, n’avait pas voulu durant trois jours et trois nuits s’arracher des bords de la mer. Ce miracle est bientôt suivi de beaucoup d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici. Les conversions se mulüplient, et enfin presque tous les habitants de la. ville croient en Jésus-Christ et re çoivent le baptème.. | |
Domitien est tué : Nerva, son successeur, permet à Jean de quitter son exil. Avant son départ, les habitants lé conjurent de leur laisser par écrit l’histoire du Rédempteur. Il condescend à leurs prières.
(Ce passage m'a paru le plus remarquable de louvrage, et je le transcrirai tout à l'heure en entier.)
Saint Jean ne veut pas non plus abandonner l’île sans en parcourir les différents bourgs. Il se rend d’abord avec son disciple à un endroit nommé Agrikia. Dans un autre bourg, dont le manuscrit n’indique nrle nom ni la place, il guérit le fils d’un prêtre de Jupiter. Puis, à Myrrhinousa, il a à lutter contre les enchantements et les embüches d’un magicien nommé Notianus. Les habitants lui ayant demandé à recevoir le baptême, il les conduit près d’un fleuve‘. Au moment où 1l se dispose à les baptiser, le magicien transforme en sang l’eau du fleuve; mais, à lasprière du saint, le sang redevient de l’eau, et Notianus estfrappé de cécité. Cette punition divine le fait rentrer en lui-même, et il implore humblement la grâce du baptême. Pendant que Jean le baptise, il recouvre la vue.
L’apôtre visite ensuite le bourg de Caro. De Caro, il retourne à la ville.
Jusque-là, suivant le manuscrit, Jean éfait déjà resté dix ans à Patmos, ce qui est formellement démenti par saint frénée et par saint Jérôme. Il y séjourne encore assez longtemps. Une nouvelle cabale est ourdie contre lui par les prêtres d’Apollon. L’apôtre invoque le secours du ciel, et le temple tombe et s’écroule en sa présence. La fureur et la haine des prêtres redoublent, et, àleurinstigation, Achillas, gouverneur de l'île, met
1. Ce ne pouvait être qu'un simple ruisseau; car l’île n a jamais eu de fleuve proprement dit.
Jean en prison. Myron obtient son élargissement, el il recommence ses courses et ses prédications.
Dans un village nommé Tykhi, il guérit un paralytique; dans un autre appelé Proclos, un juif du nom de Caros lui propose des énigmes sur l’Écriture Sainte ; il les résout aussitôt, et Caros, devenu sourd et muet, se convertit et demande le baptême. Saint Jean le guérit et le baptise. À Myrrhinousa, il délivre d'un esprit malin un jeune homme qui envétait tourmenté. Dans la capitale de l’île, il ressuscite un enfant qu’un démon avait étouffé : à sa prière un temple consacré à Bacchus s'écroule sur sur les douze prêtres qui le desservaient, et les écrase, etc., etc.
Enfin, averti par un songe, 1l quitte Patmos et fait voile vers Éphèse. Après un laborieux apostolat, sen tant sa mort prochaine, il fait creuser son tombeau en sa présence, non loin de ville, puis, quand la fosse est achevée, 1l y descend, s’y couche lui-même, adresse à Dieu une dernière prière et rend lâme. Le lendemain,-son corps n’est plus retrouvé dans son cercueil. Il avait, dit Prochore, été transporté au ciel.
Tel est le résumé exact, mais irès-abrégé de cette légende. J'en ai extrait deux passages que je vais transcrire ici et dont je donnerai également [a traduction. Voici d’abord celui où Prochore rapporte dans quelle occasion saint Jean composa son évangile.
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Je traduis ainsi ce beau morceau.
« Jgan, voyant donc que tous avaient cru au Christ, désirait revenir à Éphèse. À cette nouvelle, les frères se réunissent et tous d’un commun accord l'en détournent avec larmes en lui disant : Père, ne nous laisse point ici orphelins, nous en supplions la sainteté, mais reste toujours avec tes enfants. » Jean les consolait en ces termes : — « Que faites-vous, gémissant et vous lamentant et ne connaissant pas ce qui est.opportun? Le Christ, auquel vous croyez, m'a ordonné lui-même, dans une-vision, de retourner à Éphèse, pour y soutenir la faiblesse de nos frères. »
Les frères voyant donc qu'il n’était point persuadé par leur discours lui disent : « Nous te conjurons de nous exposer par écrit ce qui concerne lincarnation el
les mystères du Fils de Dieu, afin que, nous appuyant sur ce livre, nous devenions fermes et inébranlables dans la foi et qu'aucun des frères ne se montre négligent et ne retourne en arrière pour suivre Satan. » — « Vous avez appris en diverses circonstances, leur répondit Jean, tous les prodiges que le Fils de Dieu a opérés en ma présence ; car je vous les ai fait connaître. Contentez-vous donc de cela et que le Scigneur vous accorde la vie éternelle. » Ayant entendu ces paroles, les frères le suppliaient avec larmes, en disant : « Nous ne nous relèverons point d'ici que tu ne nous aies pro— mis d’éxaucer notre demande. » Jean vaincu par l'abondance de leurs larmes : « Retirez-vous, mes enfants, dans vos maisons, leur dit-il, et puisse avec la volonté du Seigneur votre pieux désir êtré satisfait! » — Tous se retirèrent bénis par lui. Alors il me prit, et, nous éloignant à la distance d’un mille, nous nous arrêtâmes dans un lieu tranquille appelé le Repos. Il y avait là une montagne élevée, nous la gravimes et nous y restâämes trois jours. Jean demeurait sans nour=" riture, priant et implorant Dieu au sujet du don de l'Évangile qui allait être accordé aux frères. Le troisième jour, il me dit : « Prochore, mon fils, va à la ville, prends du papier et de l'encre, apporte-les moi ici, et ne découvre point aux frères où je suis. » y allai, et, ayant pris du papier et de l'encre, je revins vers lui, et 11 me dit : « Dépose l'encre et le papier, va à la ville, et, dans deux jours, tu reviendras. » Je lui obéis, et, au bout de deux jours, je revins comme il me lavait commandé, Je le trouvai debout et priant,
et il me dit : « Prends le papier et l’encre et tiens-toi à ma droite, » Je le fis, et aussitôt jo vis un éclair et j'entendis un grand coup de tonnerre qui fit trembler la montagne. Je tombai à terre etje demeurai comme mort. Mais Jean étendit la main, me saisit et me releva en disant : « Assieds-toi à ma droite sur le sol. » Et il se mit de nouveau en prière; après sa prière 1l ajouta : Écris sur des feuilles de papier tout ce que tu entendras sortir de mes lèvres, » et, ouvrant la bou che, debout comme il était et en prière, les yeux élevés vers le ciel, il commença ainsi : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu, » et il continua de la sorte sans s’interrompre, debout comme il était, et moi assis près de Jui j'écrivais.
Voici maintenant une partie du second morceau dans lequel Prochore raconte la mort de son maitre : « Éon perà Tadra T® Bâpo° Ilaoaxlaboy uv ao &vdpas vo Éyovras AODIYOUS LA Caaqia, dxohoüdn y -puou ‘ 0 0€ Bâpos ph ellous, duempaéaro © éxekeuoOn ùmo Tob dovlou rod. Oeod * rpose}bow oUy 0 poxdoros Tâs oinids ECATTLGE TpO Toy ruGY, eipnus Tois TAGIY drooTñval dm” aÜTOÙ nai yen vôpevos eiç To pynmeioy, Égn Toïs veaviozos. Exdbate, Texva” ranetvor Écaantoy * 6 dE uälloy érénherto avrois Ayo * € Badutepoy ÉdTo To cxdpua * AGKEÏVOY CHATTOTOY, Qui Âer auroïs Toy Àdyoy rod soiree dl ds dE éTéAeGaY TO cxUUX oi veavionot, dmodverar T4 ILÉTIX AUTOÙ à AUDLATATO Kai éme ar momoas Garep arpomyny y T@ Gader rod dkduparos Aa y pôve T@ dixporain Tac, dYATEVAS TS
xEipas Hpéaro ebyesdar ai Aéyeuy oùToce
32 HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE Suit une longue prière.
Kai Ünocrpooas Tœ ipadrior aTOU, AOTATAUEYOS MLÈSS taTezAlOn év T@ GAGUUOTI * ÉVÉVAAVTES oùv uv dva, ATAGdope move) aUTOÙ, not ciceAdvTes Ev Th noÂE, TA ÉTLOUTN uso éÉehldvres, oùx eupopey To cua avrob * pereréün yap TÈ duvauer roù Kupiou nuôv Incod XproToù & à Joëx Hal TO XPATOS, VÜY KL del na eis TOUS diva TOY ALOYOYS Any.
Il dit ensuite à Virus (c’est le nom d’un des disciples avec qui il habitait) : « Prends avec toi deux hommes munis de paniers et de pioches, et suis-moi.» Virus, sans tarder, exécuta ce qui lui avait été ordonné par le serviteur de Dieu. Le bienheureux donc, étant sorti de sa maison, baptisait devant les portes de la ville, après avoir commandé à la foule de s'éloigner de lui. Puis, quand il se fut rendu à l'endroit où devait être son tombeau, 1l dit aux jeunes gens : « Creusez une fosse, mes enfants. » Et ils se mirent à l’œuvre. Jean les pressait en leur disant : « Que la fosse soit plus profonde. » Et, pendant que ceux-ci continuaient à creuser, il s’entretenait avec eux de la parole de Dieu. Lorsque les jeunes gens ont terminé la fosse, il se dépouille de ses vêtements, les jette au fond, en les étendant comme une sorte de couverture, et, debout, en simple tunique, il élève les mains et commence à prier en cés termes. |
Suit une longue prière.
«Ayant donc étendu ses vêtements, il nous em brassa et se coucha dans la fosse. Nous apportons un linceul et nous le déployons au-dessus de lui; puis
nous rentrons dans la ville. En étant sortis le lendemain, nous ne trouvâämes plus son corps; il avait, en effet, été transporté au ciel par la puissance de Notre- Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l’empire, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Amen. »
Quel est l’auteur présumable de cette légende? Ellé porte le nom de Prochore, disciple de saint Jean, et l'Église d'Orient l’admet généralement comme authentique. Des doutes fondés peuvent étre FIRE élevés sur cet ouvrage.
Et d’abord, que faut-il penser de tous les prodiges qui y sont racontés? Loin de moi, assurément, cé scepticisme qui rejette indistinctement tous les miracles comme des fables bonnes seulement pour les femmes et pour les enfants. Personne ne s'incline avec plus de respect devant les faits de ce genre qui s’appuient sur des preuves irrécusables et, en particulier, sur le témoignage de nos Livres Saints; maïs j'ai quelque peine, je l’avouerai, à accorder une créance énère à plusieurs de ceux qui sont rapportés dans ce manuscrit : 1l en est même qui sont évidemment faux. Ainsi, par exemple, il est dit que Jean, pendant son premier séjour à Éphèse, ayant été entraîné par la multitude devant le temple de Diane pour y être im molé, adressa une prière au ciel et qu'aussitôt lé temple entier s’écroula en sa présence. Or, personne n'ignore que ce fameux monument, l’admiration et l'orgucil de l'Asie, subsislait encore en 268 après J.-C; car il fut alors pillé par les Goths, et ensuite
incendié, Cela seul suffirait pour diminuer notre confiance dans la véracité de l’auteur, quel. qu'il soit, de cet écrit et pour nous inspirer des doutes sur les autres miracles.qu'il raconte. Il me semble impossible de croire que le disciple de saint Jean eût osé, pour glorifier et exalter son maître, ayancer une assertion qui pouvait être démentie à l'instant par la réalité elle-même.
Comment expliquer aussi le silence du panégyriste sur le voyage de saint Jean à Rome et sur le martyre qu'il y subit près de la Porte Latine, l’année même où il fut exilé à Patmos? Assurément, Prochore n’eût pas manqué d'en parler,
I n’est également pas dit un seul mot de l’Apocalypse, et cependant la composition de Apocalypse par saint Jean nous est aliestée, et par saint Irénée, lequel avait connu et entendu saint Polycarpe, l'un des plus zélés disciples de cet apôtre, et par saint Jérôme, dont le témoignage a tant de poids auprès de tous les esprits sérieux, et par d’autres Pères de V'Église, qui tous ont regardé cet écrit comme l’œuvre même de saint Jean.
Saint Jrénée, en effet, dans son | ouvrage contre les hérésies", nous dit :
« Sed et Joannes Domini a in Asia « sacerdotalem et gloriosum regni ejus videns adven-