CHAPITRE XIV
HISTORIQUE DES FOUILLES ENTREPRISES A LA FONTAINE DE SAINT-JEAN POUR DÉCOUVRIR L'AQUEDUC D'EUPALINUS DE MÉGARE.— AUTRES FOUILLES COMMENCÉES, MAIS FORCÉMENT INTERROMPUES SUR L'EMPLACEMENT DU TEMPLE DE JUNON.
Un passage d’Hérodote? nous apprend qu’il y avait à Samos trois des plus grands travaux que les Grecs eussent exécutés, le môle du port, le temple de Junon et le canal d’'Eupalinus. On connaît déjà les deux premiers; oceupons—-nous maintenant du dernier. Voici la description qu’en donne cet historien :
« OÙpeos dbno ëç mevrhzovra rat ExaToy Opyviae, TOUTOU To Gpuyua aaTWÜEY dpÉduevoy AUDIGTOUOY * TO JLËV HAKOS TOÙ GQUYPLATOS ERTÉ gradiot eioi® ro DE Dos Hoi PC OATO ÉRA= Tepoy rodas* dia ravros dE avrob GAo Gpuyua eixociTnyu JA er , AY \ ei NERENS SUTAN , ados popuatou, Tpimouy dE ro ebpos, O1 où rù Ddwp ôye-
1. Depuis que ces lignes ont été écrites, des troubles fomentés par la Russie ont éclaté à Samos ; ils ont été réprimés, et la Porte
a envoyé dans l'ile un autre gouverneur.
2, Hérodote, 1, HT, ch. 1x.
revouevoy dix TAÂVOY, TapaylVETOL ës TNY TOY GYOpLETO) aro peyains TNyhs GOYATERTOY de Toù OpUYLATOS TOUTOU ÉYÉVETO Meyopeuc Edraæivos Navgrpotou.
« Une montagne, haute de 150 orgyes, a été percée de part en part. Le souterrain commence au pied de la montagne et est à double ouverture. Sa longueur est de 7 stades; sa hauteur ainsi que sa largeur, de 8 pieds. Dans toute son étendue on a creusé un canal large de 3 pieds, et profond de 20 coudées, et par lequel, au moyen de tuyaux, les eaux d’une source abondante sont amenées à la ville de Samos. Celui qui a pratiqué ce souterrain est Eupalinus de Mégare, fils de Naustrophus. »
À peine arrivé dans lîle, je m'informai, auprès des habitants de Chora et de Tigami, de l'endroit où étaient les vestiges de cet ancien aqueduc. Ils m’indiquérent d'abord plusieurs grandes cavernes dans lesquelles je pénétrai; mais Je reconnus aussitôt qu'elles n'étaient pas à double ouverture, qu’elles ne répondaient nullement à la description d'Hérodote, el qu'elles n'avaient jamais pu servir à un canal. Je visitai ainsi les trois ou quatre que renferme le mont Kastro, j'examinai ensuite celles du mont Katarouga; mais je me convainquis également qu'il ne fallait point y chercher l’aqueduc d'Eupalinus, et que Tournefort s'élait trompé en s’imaginant que quelqu'une de ces cavernes, où plutôt de ces carrières, pouvait bien être la galerie souterraine de cet aqueduc. S'il y était entré, il aurait sur-le-champ reconnu son erreur, et il n'aurait pas supposé que la source qui alimentait
SUR L'ILE DE SAMOS. 307 le canal était celle de Mytilini. Je ferai observer aussi l'étrange méprise dans laquelle est tombé ce savant, lorsqu'il prétendait qu'au sortir de lune de ces ouvertures, l’eau passait sur le pont-aqueduc qui traverse le ravin de Saint-Jean, et dont les ruines attestent une construction romaine et, par conséquent, posté rieure de plusieurs siècles au canal décrit par Hérodote.
Trente-sept ans plus tard, Pococke ne fut pas plus heureux que Tournefort pour trouver cet aqueduc.
«La troisième merveille‘, dit-il d'après Hérodote, était un canal pratiqué à travers les montagnes. Je n'ai pu savoir où 1! était; on m'a dit seulement qu'il y avait des grottes qui aboutissaient sous l’ancienne ville; mais je n’en ai trouvé aucune qui m’ail paru
destinée à un pareil usage. »
Choiseul-Gouffier et Dallaway ne firent aucune re-
cherche à ce sujet.
M. Ross, dans sa lettre écrite de Samos, 26 août 1841, s'exprime ainsi?!
« Je désirais trouver le canal d'Eupalmus qui, d’après mon attente, devait s'ouvrir dans la ville à la pente de la montagne; mais aucune des ruines que je
rencontrai he me parul être celle d’un tel ouvrage, et les indications de mon guide et des autres habitants
de Potokaki, sur ce point, étaient confuses. La plupart voulaient qu'au N. de la montagne, dans la direction de Myülini, et près d’une chapelle consacrée à Saint- Jean, il y eût l'entrée de ce canal, mais les lois de Ja
4, Pococke, t. IV, p. 411. Description de l'Orient. 2.-Ross, Reisen auf den Griechischen Inseln., t. XF, p. 151.
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308 ÉTUDE quarantaine m’empêchèrent de vérifier l'exactitude de cette assertion. »
M. Ross ajoute en note : « Plus tard, à Athènes, M. Mussurus, ministre ture à la cour de Grêce, et qui avait 6té auparavant gouverneur de Samos, m'a dit que le canal d'Eupalinus coupait la montagne entre Myülini et Chora, et que de là, au moyen d’un aqueduc maçonné, l’eau était amenée à la ville. »
M. Ross avait été bien informé par ceux des habitants de Potokaki, qui pensaient que l’entrée de ce canal était près de la fontaine de Saint-Jean. Quant au renseignement que lui donna ensuite M. Mussurus à Athènes, et qu'il semble adopter comme vrai, 1} était complètement faux, et M. Mussurus n’avait fait que reproduire l’opinion erronée de Tournefort que J'ai déjà refutée.
Je ne connaissais point encore cette lettre de M. Ross, quand je fis le voyage de Samos; mais, au milieu de plusieurs indications contradictoires qui me furent données dans l'ile à propos de ce souterrain, quelques habitants de Chora et de Tigani m'apprirent, comme, douze ans auparavant, ceux de Potokaki à M. Ross, qu'il y avait eu autrefois, auprès de la chapeile d'Haiani” ou de Saint-Jean , un grand trou dont l'ouverture avait été ensuite bouchée, et le comman— dant militaire Alexis, entre autres, me dit qu'il SuPposait que là était le commencement de l’ancien aquedue, Je demandai, en même temps où était la source la plus
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