‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (volume 2)Chapitre 99 sur 122 · Haiani est un mot barbarc dérivé de "Ayuos Loduvrs · texte numérisé non relu

Haiani est un mot barbarc dérivé de "Ayuos Loduvrs

SUR L'ILE DE SAMOS. 309 abondante des environs, et on me répondit que c'était celle qui avoisinait cette chapelle. Comme mes autres recherches avaient été infructueuses, et que j'avais reconnu que touies les cavernes qu’on m'avait montrées n'avaient jamais eu la destination d’un aquedue, je me dirigeai vers la chapelle de Saint-Jean.

Elle est située au N. du mont Kastro, à une demilieue de Chora, vers le S. E. Pour s’y rendre, on descend un peu au S.; puis, tournant à l’E., on suit un ravin au fond duquel coule un torrent et qui sépare le mont Katarouga du mont Kastro. Un autre sentier contourne la pente méridionale du mont Katarouga et domine ce ravin qui porte le nom de vallée de Saint- Jean. Les flancs en sont abruptes, et l’on y admire les belles ruines romaines du pont-aqueduc dont j'ai déjà eu plusieurs fois occasion de parler. C’est huit minutes environ plus à l'E. qu’est la source d'Haïani. Autour d’elle on aperçoit sept à huit maisons délabrées, deux chapelles et quelques arbres qui forment un ombrage agréable à droite et à gauche du ravin. L'eau sourd de terre : elle se rassemble dans une sorte de bassin naturel assez profond, mais actuellement à moitié rempli de sable et de pierres : puis elle déborde, et, franchissant un petit mur, elle tombe en cascade dans le ravin où elle s'écoule sous le nom de torrent de Saint- Jean. Ce même bassin recoit les eaux d’un autre torrent dont les bords ont été taillés autrefois par la main de l’homme de manière à ce qu’il pût déverser son tribut dans le réservoir de la source.

- À quinze pas vers la droite, s'élève la petite cha-

310 ÉTUDE pelle de Saint-Jean, On m'apprit qu’elle avait été construite au-dessus d’une vaste citerne, et effectivement je vis de l’eau qui découlait du bas de celte chapelle, par plusieurs ouvertures pratiquées dans l’un des murs latéraux, Le commandant Alexis ayant fait desceller intérieurement une des dalles dont elle est pavée, je reconnus bientôt dans celte citerne un trèsbeau réservoir antique. Il était plein d’eau, parce qu'il communique encore avec la source par un conduit qui n’a point été bouché. Sa profondeur est de 2 mèt, 30 cent.; des piliers carrés, consistant en de magnifiques blocs rectangulaires, le divisent en trois compartiments parallèles, dont là largeur est de 80 centimètres, du moins J'en juge ainsi par celui du milieu que j'ai seul pu mesurer, les autres étant recouverts par les dalles de la chapelle. La largeur totale de ce réservoir est de 4 mètres et sa longueur de 6, si toutefois il a étendue de cette chapelle, ce que je ne puis affirmer d’une manière positive, mais tout porte à le croire. Cette source abondante, ce bassin antique et Ia position qu'il occupe derrière le mont Kastro, étaient déjà pour moi une présomption favorable qui se changea aussitôt en certitude, lorsqu’au dehors de la chapelle, dans la direction du sud, c’est-à-dire de là montagne même qui domine Tigani, je remarquai une rainure large de 35 centimètres, pratiquée dans lé roc, rainure qui se perd et disparait bientôt sous une bätisse moderne, pour reparailtre ensuite l’espace de quelques pas; puis le terrain s’élevant, toute trace s’évanouit.

Or, à cetendroit même, quelques habitants se rappelaient avoir vu jadis louverture d’un grand trou, alors complètement comblé ; et le commandant Alexis, entre autres, pensait que là pouvait être l'entrée du souterrain que je cherchais. Je n'avais plus aucun doute depuis l’examen attentif que je venais de faire de cette rainure et de ce réservoir antique, et embrassant avec ardeur et conviction les conjectures du commandant Alexis, à qui je me plais ici à rendre pleine et entière justice, je demandai immédiatement à M. Conéménos l'autorisation d'entreprendre des fouilles.

Monsieur Coniménos se prêta à ce projet avec beaucqup d’empressement, et avec sa bienveillance accoutumée. [me dit que je n’avais qu'à m’entendre avec son commandant militaire, et qu'il mettait à ma disposition ses condamnés et plusieurs soldats. Grâce à cette - protection efficace. sans laquelle tous mes efforts eussent été inutiles ; grâce aussi au même commandant Alexis, dont le concours actif et intelligent m'était assuré, et qui, pendant un mois que ces fouilles durérent, ne cessa de me seconder avec zèle et dévouement, j'avais les moyens de réussir, et je réussis; je rapporte donc loyalement à chacun sa part d'honneur.

Les travaux commencèrent le 26 janvier, à 30 pas environ de la source. Au bout de deux jours, une tranchée fut ouverte, et je m’aperçus aussitôt que le rocher avait été taillé en forme de voûte dans une largeur de 80 centimètres. Cette espèce de tunnel était rempli de gravois et de terre, et au milieu des débris de toute sorte dont il‘était encombré, je décou

vris dans le fond quelques fragments considérables de gros tuyaux en terre cuite. N’était-ce point là le reste des tuyaux mentionnés par Hérodote? |

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Le commandant Alexis et moi, nous fimes déblayer le souterrain dans le sens de sa longueur, encore plus que de sa profondeur, afin d'arriver plus vite à l’endroit où, selon Hérodote, il a une largeur de 8 pieds.

Le 2 février, on put s’avancer intérieurement l’espace de 24 pas. M. le gouverneur, faisant trève un instant à ses occupations, vint alors avec un de ses secrétaires, M. Dendrino, honorer et encourager ces fouilles de sa présence. [1 voulut pénétrer lui-même dans ce bas et obscur souterrain, et, après lui, presque tous les habitants de Chora accoururent et désirérent y descendre tour à tour. La curiosité générale était vivement excitée par ces travaux; nous les continuâmes malgré le mauvais temps , animés toujours par lespoir de rendre à l’île, au moins en partie, l’une des merveilles dont elle se glorifiait jadis.

Arrêtés à l'extrémité de cette première voûte par des éboulements considérables et par des pierres énormes qu'il eût été long et difficile de transporter dehors, nous jugeâmes plus à propos de creuser par en haut, et un peu au delà de cet endroit, uné ouverture circulaire. Effectivement, à 3 mètres de profondeur, nous retrouvâmes la suite du souterrain. Le roc cessant alors, le canal est formé par deux murs, que sépare l’un de l’autre une largeur de 890 centimé-

tres, mais qui diminue au bout de quarante pas, parce que ces murs.:se sont rapprochés, à cause de la presion qui pesait sur eux. De beaux blocs , parfaitement équarris et adaptés, reposent horizontalement sur les deux murs latéraux. De nouveaux éboulements nous forcèrent de remonter, et, considérant que le terrain allait s’élevant de plus en plus, que, quinze pas plus loin, un torrent coulait dans un ravin, et qu'il était à croire que, sur ce point, l'aqueduc était complétement ruiné, les eaux ayant considérablement rongé le sol et miné, par conséquent, les murs du.éanal, nous comprîimes que, dans ce ravin, nos fouilles. seraient sans résultat, et nous cherchâmes si, sur la même ligne, nous ne pourrions point praüquer plus avant, et dans des, conditions plus favorables, une troisième ouverture. Fort heureusement, par-delà une colline plus élevée que la précédente et un second torrent, nous découvrimes sur un monticule couvert de broussailles un puits creusé dans le roc. Ce puits avait 10 mètres de profondeur et À de diamètre. Le commandant Alexis et moi nous pensimes, en.le trouvant dans la direction du canal, qu'il avait été autrefois ouvert à. dessein, afin de permettre au jour et à l’ar de pénétrer dans le souterrain, et nous espérâmes qu’en le débarrassant de toutes les pierres qui y avaient été entassées, nous finirions par @rriver à notre tunnel. Deux hommes y descendirent et y travaillèrent pen— dant quatre jours, plaçant dans un panier, que deux autres hommes faisaient monter au moyen d’un câble attaché à une poulie, les matériaux qu’ils enlevaient.

Comme le temps s'était remis au beau et qu'il me restait une ou deux excursions à faire dans Pile pour en avoir achevé l'entière exploration, je m’absentai de Chora dans cet intervalle, et le commandant Alexis voulut bien me remplacer et se charger en tout de l’opération. Je partis donc avec le fidèle soldat Comnénos qui m'avait accompagné et guidé jusque là, à travers presque tous les villages de Pile. À mon retour, j'appris que le puits était déblayé. Je m'y transportai aussitôt, et les condamnés m'annoncérent qu'il communiquait avec une voûte. J’y descendis avec le commandant Alexis, etnous marchämes sous cette voûte environ : vingt-neuf pas. C'était la continuation évidente de l'aqueduc. Elle était, de même qu'au commencement, taillée dans le roc, arrondie en demi-cercle et large de 80 centimètres. La hauteur variait de 1 mêtre à 2 mètres, à cause des amas plus ou moins considérables de pierres et de terre qui exhaussaient le sol. Comme on le voit, le problème était loin d’être résolu ; car nous n’étions point encore parvenus à cette partie du sou= terrain qui, d’après la description d'Hérodote, devait avoir 8 mêtres de haut sur 8 de large. Tout ce que nous avions découvert, c'était simplement le canal au fond duquel étaient les tuÿaux qui amenaient Peau à la ville.

Les condamnés essayèrent de nettoyer le souterrain et de s’avancer vers le S$ c’est-à-dire vers l’ancienne ville; mais nous nous aperçümes bientôt que le roc cessait, et que le mur, recommençant à droite et à gauche, nous opposait un obstacle insurmontable de blocs éboulés. 3

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