Thévenot, Voyage dans le Levant, lre partie, p
et qui, parlant de cette flamme mystérieuse, pense que c'est tout simplement un dégagement de gaz hydrogène enflammé qui s'échappe par cette ouverture.
Deux autres grottes creusées sur les mêmes flancs de la montagne, à une hauteur de 500 mètres audessus de la mer, sont consacrées l'une à l'Hagia- Trias ou à la Sainte-Trinité, et l'autre à la Panagia-Macrini ou à Notre-Dame-Lointaine.
On parvient à la première en suivant une espèce de rampe étroite, pratiquée dans le roc. Elle est précédée d'un grand vestibule cintré, long de vingt pas et large de quinze, sous lequel est une chapelle dédiée à la Sainte-Trinité : puis s'ouvre la caverne dont la largeur varie de 7 mètres à 3 mètres et la hauteur de 3 mètres à l mètre. Au bout de soixante-dix pas, elle s'abaisse ensuite tellement qu'on ne peut plus y pénétrer qu'en rampant.
J'y ai remarqué de magnifiques blocs d'un marbre très-fin et très-blanc, et je la regarde comme une ancienne carrière jadis exploitée.
Le sentier pour arriver à la seconde est bordé d'effroyables précipices et mériterait encore plus que celui qui mène càla Panagïa-Cacopérata, le surnom de mauvais passage. Un petit retranchement protège l'entrée de cette grotte, dont l'ouverture est de forme triangulaire et haute de 10 mètres. Là se trouve la chapelle de la Panagia. Une inscription indique qu'elle a été bâtie en 1765.
Cette caverne contient un grand nombre de stalactites et plusieurs grands vases en terre cuite recueillent
SUR L1LE DE SAMOS. 281 l'eau qui distille des parois des voûtes. On y trouve aussi des ossements véritablement gigantesques qui sont regardés comme sacrés et comme ayant appartenu à d'anciens ascètes : un crâne sert de coupe près d'un hagiasma, pour les pèlerins qui veulent se désaltérer à cette eau sainte.
Des superstitions très-singulières ont pris racine dans la croyance des habitants au sujet des hôtes mystérieux et invisibles qui, à les entendre, hantent ces différentes cavernes. Ils s'imaginent qu'elles sont peuplées d'ascètes dont la vue échappe aux visiteurs qui y pénètrent, mais dont les voix pieuses et les chants harmonieux révèlent quelquefois la présence. Mon guide me disait qu'au moment d'entrer un jour dans l'une de ces grottes, il avait aperçu un blanc fantôme prosterné qui s'était enfui à son approche.
En redescendant de la Panagia-Macrini , on rencontre un plateau sur lequel s'élève une chapelle consacrée à Sainte-Catherine. Trois platanes, une dizaine de pins ombellifères et une source embellissent ce lieu. Un kilomètre plus loin est \e village de Kalabacte qui renferme quarante-quatre maisons, une église et une école mutuelle. Il y a cinquante ans, il consistait seulement en quatre cabanes, et ce lieu s'appelait Scania, du nom du premier habitant qui s'y était fixé. Suivant les uns, le mot Kalabacte serait Turc et signifierait amas de pierres; mais je croirais plutôt que c'est une corruption du mot grecKaraêaTVîç, épithète qu'on donnait autrefois au Kerki \ comme qui dirait la montagne des Préci-