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50 HISTOIRE ET GÉOGRAPHI1
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Deux lignes manquent, ou du moins il est impossible de les déchiffrer, le marbre, en cet endroit, étant trop mutilé.
Ce décret des Lampadistes, c'est-à-dire de ceux qui étaient préposés à la course des lampes, en faveur d'Hégésandre , leur trésorier et citoyen de Patinos, dont les services et les bienfaits sont énumérés ici, nous montre que les mêmes jeux qui étaient établis dans le reste de la Grèce l'étaient aussi dans cette île. Le manuscrit attribué à Prochore parle également d'un hippodrome dans la ville principale de Patmos.
Cette inscription ne peut être antérieure au règne d'Alexandre, attendu qu'il y est question' des monnaies d'or qui portaient le nom de ce prince.
Grotte de l'Apocalypse. — En descendant un escalier en pierre d'une trentaine de marches, à partir de la plate-forme sur laquelle est bâtie l'École, on arrive à la célèbre Grotte de l'Apocalypse. Elle est renfermée dans l'enceinte d'une chapelle consacrée à sainte Anne , et dont elle occupe la droite. Elle a treize pas de long sur quatre de large. Des piliers carrés et grossièrement construits la divisent en trois compartiments : dans le premier, qui est comme le vestibule ou le narthex, la voûte est à peu près ronde; dans le second, qui est plus long, elle s'incline vers la chapelle de Sainte-
DE L'ILE DE PATMOS. 51 Anne de l'O. à l'E. ; elle a 4 mètres de haut dans la partie la plus élevée, et 2 mètres 30 centimètres dans celle qui Test le moins. C'est là ce qu'on appelle dans les églises ou chapelles grecques le catholicon (KaSohyJv). On y remarque sur le sol deux rigoles creusées dans le roc, et qui servaient autrefois à l'écoulement des eaux, avant que la source qui distillait à travers les parois des rochers n'eût été obstruée ou tarie. Les moines n'oublient pas non plus de vous montrer à un certain endroit de la voûte une fente triangulaire, qui représente, suivant eux, la sainte Trinité, et par laquelle ils prétendent que les voix mystérieuses arrivaient à saint Jean.
Le templon (Jé^nlov), ou devanture en bois sculpté et doré, qui sépare le catholicon du troisième compartiment ou du sanctuaire (ri iyiov), est orné de vieilles peintures qui ont trait à l'Apocalypse.
Telle est la description exacte de cette grotte , que d'anciennes et respectables traditions nous présentent comme ayant servi de séjour à saint Jean pendant qu'il composait l'Apocalypse. Elle fut, dit-on, transformée en chapelle par saint Christodule. Celle de Sainte- Anne, qui est à gauche, et par la porte de laquelle on y pénètre, est d'une date plus récente.
Mais ne quittons point encore cette grotte , et que le lecteur daigne s'y arrêter un instant avec moi : alors même qu'il n'ajouterait point une foi entière à toutes les merveilleuses légendes qui l'entourent comme d'une auréole mystérieuse, qu'il me permette, du moins, de m'y prosterner devant la grande mémoire qui semble
l'habiter encore et d'y vénérer l'immortel évangéliste dont le nom y est attaché à jamais. Qui peut pénétrer, en effet, dans ce sanctuaire sans qu'aussitôt l'ombre auguste de saint Jean n'apparaisse à sa pensée? Car c'est là que le ciel lui a envoyé ces visions étonnantes qu'aucun autre prophète n'avait eues avant lui d'une façon aussi distincte et aussi complète. Chacun d'eux n'avait vu se dérouler devant son regard qu'une trèsfaible partie seulement des événements que l'avenir recelait dans son sein , et ils n'avaient pu qu'entr'ouvrir à peine le voile de la destinée ou plutôt de l'éternelle Providence. Mais devant les yeux de saint Jean ce voile semble se déchirer presque tout entier, et l'Esprit de Dieu le transporte d'une extrémité à l'autre du monde, à travers tous les peuples, tons les siècles et tous les événements , jusqu'à celui qui doit les terminer tous , et qui sera comme le dernier acte du grand drame qui se joue ici-bas.
Loin de moi la présomption d'entreprendre , après Bossuet et Newton, de commenter ce livre, qui a encore ses énigmes, et qui probablement en aura toujours , malgré les savantes et ingénieuses explications qu'on pourra en donner. Mais, si tous les interprètes ne sont pas d'accord sur les sens divers que cette prophétie présente ni sur la solution des secrets qui y sont renfermés, il est, du moins, une chose qui éclate à tous les yeux : c'est la grande et admirable poésie dont l'Apocalypse porte l'empreinte. Images vives et pittoresques, expressions énergiques et saisissantes, variété des tons, éclat des couleurs, rien ne
DE L'ILE DE PATMOS. 33 manque à ce poëme, qu'on pourrait appeler le poëme de l'avenir, tandis que les autres ne sont que les poèmes du passé. Si l'inspiration est le propre des poètes et s'ils invoquent d'ordinaire quelque muse pour leur suggérer ce qu'ils ont à dire et pour les soutenir dans leur vol sublime, quelle inspiration peut être comparée à celle qui illumina saint Jean , et quelle muse assimilerons-nous à cette voix retentissante comme le bruit d'une trompette , qui lui disait : « Je suis TA et l'Û, le premier et le dernier ; ce que tu vois, écris-le.»
Jean n'est ainsi que le témoin de ce qui se révèle à ses regards, et l'inspiration passe à travers son âme sans rien perdre de sa force et de sa puissance; elle se revêt seulement d'éblouissantes couleurs, et le monde immatériel et invisible, en se découvrant à son intelligence mortelle, prend un corps et s'enveloppe de formes et d'apparences visibles. Dans son extase, tout son être est saisi et comme envahi à la fois, et ce qui frappe sa pensée d'une façon tout intellectuelle atteint en même temps , par un contre-coup sensible , et ses yeux et ses oreilles. De là ces tableaux animés et vivants que sa plume retrace , en leur gardant ces traits de feu et ces couleurs enflammées avec lesquelles ils lui étaient apparus. Son livre est comme une suite non interrompue de rapides et mobiles images qui passent devant nos yeux, semblables à autant d'éclairs, et qu'une main magique nous présente tour à tour. Si quelques comparaisons paraissent un peu hardies à notre langue timide et réservée , qu'on songe aux hardiesses de la langue judaïque et aux audacieuses figu-
res du style oriental. Qu'on n'oublie pas que saint Jean, nourri dans la lecture de l'Écriture Sainte et plein des prophètes, prophète lui-même plus qu'eux tous, devait naturellement reproduire ces formes pittoresques de langage , qui peuvent nous sembler quelquefois étranges, parce que nous n'y sommes pas habitués, mais qui charment singulièrement l'imagination poétique et colorée des peuples qu'échauffe un soleil plus ardent, et pour qui l'hyperbole paraît l'expression ordinaire de la vérité.
Je ne veux pas m'appesantir davantage sur saint Jean ni essayer de caractériser plus longuement l'ouvrage qu'il composa à Patmos; mais je ne pouvais m'empêcher, après avoir décrit la grotte de l'Apocalypse, de dire quelques mots sur ce livre mystérieux et de m'incliner en passant devant son auteur; car la gloire de cette pauvre et misérable petite île, égarée au milieu de la Méditerranée, est tout entière dans cet apôtre. Enlevez-lui ce souvenir et faites que saint Jean n'y ait jamais abordé : aussitôt elle perd toute sa célébrité, et l'espèce de prestige religieux qui l'entoure s'évanouit à l'instant. Mais, au moyen de ce seul nom, elle surgit soudain au-dessus des flots et rayonne dans la mémoire des hommes, et tous les voyageurs qui passent devant elle la saluent avec respect, et ceux qui descendent sur ses rivages s'empressent d'aller visiter cette grotte, où l'on espère encore retrouver les traces des merveilles dont elle a été le théâtre.