DESCRIPTION DU MONASTÈRE DE SAINT JEAN
En continuant à gravir la chaussée dont j'ai parlé, on arrive au haut de la montagne de Saint-Jean, dont le monastère occupe le point central et culminant, à une élévation d'environ 216 mètres au-dessus de la mer. Avec ses tours et ses murs épais couronnés de créneaux, il ressemble à une véritable forteresse. Sa forme est celle d'un polygone irrégulier, un peu plus long que large et flanqué de bastions et de puissants contreforts. Un grand escalier en pierre y conduit. Il est divisé en trois paliers. Sur la plate-forme du second palier est une petite chapelle bâtie en 1600 par l'hégoumène Nicéphore, et à côté une citerne très-abondante.
On monte encore quelques marches pour parvenir à la première porte du monastère, au-dessus de laquelle est une assez belle tête de saint Jean, peinte, encadrée dans une niche ogivale.
Cette porte ouvre sur un autre escalier tournant et voûté ; et, après avoir franchi une vingtaine de degrés et une seconde porte très-épaisse et revêtue de lames de fer, on se trouve dans la cour d'entrée, qui présente l'aspect d'un portique à jour, formé par trois rangées d'arcades gothiques.
A gauche est l'église, que précède un vestibule
soutenu par de petites colonnes de marbre, dont les fûts sont unis et paraissent antiques. Deux d'entre elles ont des chapiteaux ioniques, deux autres sont surmontées de chapiteaux bysantins, une cinquième porte des cannelures en spirale ; elles n'ont guère que 2 mètres 50 centimètres d'élévation. Les parois de ce vestibule voûté sont couvertes de vieilles peintures bysantines représentant des saints et des prophètes ; elles sont assez grossières, mais les couleurs en sont encore vives et bien conservées.
Le narthex intérieur est séparé du catholicon par deux colonnes en marbre, qui sont évidemment antiques, mais couronnées par des chapiteaux bysantins.
Le catholicon, comme dans la plupart des églises grecques de celte époque, a une coupole peinte.
Le templon est enrichi d'un grand nombre d'ornements dorés et de plusieurs peintures, dont quelquesunes ne manquent pas de mérite.
Dans i'hagion ou sanctuaire sont deux autres colonnes anciennes et du même style que les précédentes, c'est-à-dire ioniques. Les dalles de l'église sont également, la plupart, antiques.
De la nef on pénètre, à droite, dans deux chapelles latérales, dont i'une contient le corps de saint Ghris-todule renfermé dans une châsse. Il est entier, et les chairs desséchées enveloppent encore les os de la face, qui seule est visible. Il a été embaumé. Les moines prétendent que la bonne odeur qu'il exhale est un miracle permanent du ciel et une récompense des vertus de leur saint fondateur.
Les dimensions de cette église sont peu considérables, elle a à peine 10 mètres de long sur 8 de large. Elle occupe l'emplacement d'un temple antique consacré à Diane et que saint Christodule acheva de renverser pour construire avec ses débris l'église actuelle.
En sortant par une porte latérale, on traverse une petite cour qui mène à l'ancien réfectoire des moines. C'est la plus belle salle du couvent. Elle est voûtée avec une coupole au centre et avec des peintures murales à moitié effacées ou recouvertes d'une couche de chaux. Deux grandes tables en marbre blanc régnent dans toute la longeur de cette salle. À l'une des extrémités était la place et le trône de l'hégoumène ; c'est un fauteuil en bois sculpté.
Ce réfectoire est depuis longtemps abandonné; car le régime de la vie commune n'existe plus.
Autour et au-dessus des deux cours s'élèvent deux étages de chambres habitées par les moines. L'étage supérieur se termine en vastes terrasses que dominent çà et là les coupoles de plusieurs petits oratoires. Du haut de ces terrasses, la vue est une des plus belles qui puissent captiver le regard , et l'œil s'élance avec la pensée des rivages de l'Asie jusqu'aux îles les plus voisines de la Grèce.
La bibliothèque se compose de deux chambres précédées d'un petit cabinet. Dans l'un des murs de ce cabinet on a encastré une grande plaque rectangulaire de marbre blanc que recouvre une inscription antique en fort beaux caractères, mais malheureusement en partie effacée.
Cette inscription a été déjà copiée par M. Ross : la . voici :
ÂPAOHITYXHS AYTHnAPOENIKHEAA0HBOAO2ÀPHTEIPÀN OHKATOKYÀ . . rHNrAAYKIEOOYTATPA YÀPO0OPONHN • NI1ATN - n AP A BOMIAPEHAl 2nAIPONTnNÀirnNEMBPYAKAAAI0YTnN
• • riAI2HAETIOHNH
EKTEPESNH2HBH2EKTPO0O2E2TinATNO2 NH202A . AYP0TATHAHTfllÀ02H2nP0BEBHKE
BEN0E21N EAPANAPYOMENHr.
• • • . • • • . ... . vN . . NAPÉI02EI2ENOPE2TM2
SAM MH.TPOOONOYMANSH2
S.HNAEKATHN^ ATH P2O0OY1HTHPO2
TAAYKSEOY. . AYAAI2 APTE/VU AO22KY0IH2 AlfAiOYn AH2A2 AflOPOY AY2XEIMEPONOIAMA
OPfl AKOAA n20EMI2HrAAi2EN.
Âyaôvj Ty^yj.
AÛt*/î itapBsviY.ri E'ÀaçVîëoÂbç a p^reipav ©v^/aro Kvâ [imrjïîv Ylàvmêw Qvyocrpoc
[s]v n«Tv[»]
SiratpovToiv aîywv epiêpua zaAXiQurwv.
, rratç ? 77 $è tlQyivy]
Ez repeiV/jç ^êvjç èVrpotpoç ecrri ïïaryoç Nyjffoç a[a]auporaTy] Atjtmi^oç yjç 7rpoêsêyjîie Bev0eo"iv* ï'àpocvot puopsvyj.
. . . . . . . . v[y)o]v ÀpvjtOÇ £l(7£V dpeCTyjç
........ iiYiTpooovou [xavwç *
av^v? aryjp gqcqqv iriTYipoç
YlocvyJsM [sv] auAacç Aprsp^oç SîôiQnoç
OpiîOiK wç ©e^ttçj r\y\aï(7zv.
Nous apprenons par cette inscription mutilée qu'il y avait à Palmos un temple de Diane Scythique. Oreste, fils d'Agamemnon, en aurait été le fondateur. Remarquons que le nom primitif de l'île semble avoir été Patnos et non Patmos , observation que j'ai déjà faite.
(Éxrpocpoç serre ïïarvoc.) Cette inscription a été trouvée par M. Thiersch dans l'église du monastère; elle a été depuis transportée dans la bibliothèque. Il est vraisemblable qu'elle était d'abord placée au-dessous d'une statue d'Hécate dédiée dans le portique du temple de Diane Scythique par Cydippe , fille du médecin G 1 au ci as et prêtresse de ce temple, en reconnaissance d'un heureux voyage accompli par elle à travers la mer iEgée.
(Aiyxlov itk&GotGa Ttopov àvGyii^zpov ot^a.)
Les deux salles de la bibliothèque ont été disposées comme elles le sont aujourd'hui, dans le courant de l'année 1828. Auparavant, livres imprimés et manuscrits étaient entassés pêle-mêle, et les vers ainsi que l'humidité en ont détruit ou détérioré un trèsgrand nombre.
Actuellement les manuscrits, réduits à 240, sont placés dans deux armoires distinctes et vitrées *.