‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 20 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

RÈGLE DU MONASTÈRE DE PATMOS, TELLE QU'ELLE A ÉTÉ ÉTA- BLIE PAR SAINT CHRISTODULE ET RÉDIGÉE DE SA PROPRE MAIN, 1096 APRÈS J.-C.

L'original de cet écrit précieux de saint Christodule ne se trouve plus au monastère de Patmos; mais il en existe une copie qui a été imprimée à Venise en 1756 et que je vais résumer ici.

Le saint commence par raconter brièvement sa vie

DE L'ILE DE PATMOS. GO et ses voyages et par indiquer les différents monastères dans lesquels il était entré avant de fonder celui de Gos et ensuite celui de Patmos.

Une bulle d'or lui est accordée en 1088 par Alexis Comnène qui lui concède l'île de Patmos tout entière avec les petites îles voisines de Narki (actuellement Arki) et de Lipso et deux fermes dans l'île de Lerno (aujourd'hui Lero) :

<( Éiïospffî'n àé p.01 à icc y^pvao^O'jllov BûcgiÏmoïj z6 te vvjffiov 'h Udty.o<; iï\ 61ovJ:ripov , twv d-ny-OGiocYMv ùïKodfoy y.ocQdlirocZ aTiOaucc^ïv , y,cl\ roc tïIyigiocÇovtcx tovtm vnGiâicc 01 Napxioi xcà 'h Àv^cù, êrt de y.ck\ cvjxgc toc èv vr\ Àspvw iùo npooca-cciv. ' cpy/p.i de to UapQéviov y.où rb Tepevtov. »

Pour préserver ses moines de tout contact dangereux, il avait fait insérer dans cette bulle une clause spéciale qui interdisait à tout jamais l'île de Patmos aux femmes, aux enfants et aux eunuques.

Ici, il avoue que, dans l'impossibilité où il a été de garder longtemps dans l'île des ouvriers et des serviteurs célibataires , il a dû consentir à y admettre des hommes mariés , mais voici les conditions qu'il leur impose : ils devront habiter loin du monastère, dans la partie septentrionale de l'île, entre le cap Vaeon et le cap Saint-Nicolas , sans dépasser au S. la chapelle d'Hagia Marini ; leurs femmes et leurs enfants ne pourront jamais franchir ces limites sous aucun prétexte ; ils resteront eux-mêmes cinq jours de chaque semaine au monastère ou dans tel autre endroit qui leur sera désigné par l'hégoumène ou par l'économe, pour va- t quer à leurs travaux et à leur service.

Le vendredi soir ils retourneront dans leurs maisons, où ils passeront en famille le samedi et le dimanche; mais le lundi matin, dès la pointe du jour, ils reviendront au monastère, afin d'y reprendre leurs occupations.

Christodule défend, d'un autre côté, aux moines de pénétrer dans les maisons des laïques. L'économe seul est excepté, et encore celui-ci ne pourra y aller que rarement et accompagné de deux moines, quand les besoins du monastère l'exigeront.

Si un laïque franchit les limites marquées plus haut avec sa femme ou ses enfants, il sera immédiatement expulsé de l'île, lui et toute sa parenté.

Si un moine se rend sans l'économe et sans une permission de l'hégoumène dans une maison laïque où il est à présumer qu'il rencontrera une femme, qu'il soit condamné pendant vingt jours à se nourrir d'aliments secs et à boire de l'eau. S'il retombe plusieurs fois dans la même faute, qu'il soit chassé du couvent et que son exemple instruise les autres à ne point transgresser les règles établies.

La vie doit être commune. Rien n'est plus parfait que ce genre de vie où le tien et le mien n'existent pas, où règne une douce harmonie d'âmes, de pensées et de sentiments, où tout est à tous, où l'on participe aux mêmes luttes, aux mêmes espérances et aux mêmes couronnes.

<( Kqivojvlol pîv êtou tèkèïtàrâtti Ttohréicx koctovo paierai,

dnel'/ilaToci P xoivà de roc (Jvy.nocvrocp ^v^at, yv^yau..,.

y.oivoc roc ày^vic^ocra ? xoivov to Txfè èlftiâoç èjmépwp.(&9 kolvoï xocl ol orecpavoi... »

Que les prières soient fréquentes ; car il faut que la vie des moines soit une louange continuelle adressée à Dieu : les jeûnes seront aussi souvent renouvelés.

L'hégoumène sera élu par tous les frères réunis. Quand il aura été choisi , qu'on se rende à l'église et qu'on y chante les psaumes 50% 69* et 90°. Ensuite le moine appelé à cette haute dignité recevra sa houlette pastorale des mains du prêtre officiant. Celui-ci l'embrassera et tous les autres moines en feront de même tour à tour. Dès lors, il deviendra chef absolu du monastère et chargé de tous ses intérêts. ïl doit être le père de tous les moines, qui auront pour lui un profond respect et une soumission complète.

Si l'hégoumène ne remplit pas bien ses fonctions , s'il administre mal les intérêts du couvent ou qu'il cherche à détourner quelque chose à son profit, que d'abord l'économe, l'ecclésiarque et les autres prêtres lui adressent des remontrances douces et respectueuses. Que s'il ne les écoute pas et qu'il persévère dans le mal, qu'alors, sans tumulte et sans scandale, on en élise un autre, suivant le mode accoutumé.

L'hégoumène choisira parmi les frères un économe pour gérer les biens du couvent, un ecclésiarque qui sera chargé de l'église et de la, bibliothèque et plusieurs autres moines qui auront différentes fonctions.

Aucun frère ne peut rien posséder en propre que ce qui lui est indispensablement nécessaire pour vivre.

La richesse du moine, c'est une pauvreté volontaire

qui procure toutes les vertus.

Comme l'île est déserte, si quelque moine aspirant à la vie contemplative demande à se retirer dans la solitude, l'hégoumène pourra lui en accorder la permission, mais ce moine ne sera point affranchi pour cela des règles qui le liaient auparavant ni de l'obéissance qui l'enchaîne à l'hégoumène. Saint Ghristodule décrit ici le régime austère auquel il devra être soumis. Pendant cinq jours de la semaine, il ne se nourrira que d'aliments secs fournis par le couvent, et il ne prendra qu'un seul repas par jour, vers la neuvième heure. Le samedi il se rendra au couvent, où il sera admis à la table des frères ; il passera la nuit dans la veille, et le dimanche il assistera aux offices sacrés et participera aux saints mystères, si l'hégoumène l'y autorise; puis il jouira de nouveau de la table commune des frères; et vers le soir du dimanche, prenant avec lui ce dont il aura besoin pour la semaine suivante, il regagnera son ermitage. Si pendant la semaine survient quelque fête, il pourra venir au monastère pour la célébrer. Bien entendu qu'il ne devra jamais se diriger vers la partie de l'île habitée par les laïques : il ne lui sera libre de rien faire, sans l'assentiment et l'ordre de l'hégoumène. Sinon, celui-ci aura le droit de le faire rentrer sous le joug de la vie commune. S'il résiste à l'hégoumène, qu'il soit chassé de l'île.

Si quelque laïque veut devenir moine, qu'il soit longtemps éprouvé et qu'ensuite, s'il est jugé digne, on le reçoive selon les règles tracées par saint Basile.

DE LUE DE PATMOS. 73 Christodule termine par de sages conseils donnés à ses moines et en prenant soin d'indiquer qu'il a rédigé ce règlement de sa propre main l'an 1096 de J.-C.

<( Xpidroàovloç 6 Aocrp-nvo^ oiv.ZLoydpteç ïypwhoL zarà to

1096 ZYtÇ 70V KvpLOV 0"ap-/W(7£MÇ. »

Ce règlement de saint Christodule, qui interdisait à ses moines tout contact avec les laïques, qui leur défendait de rien posséder en propre et enfin qui leur prescrivait la vie commune , a été violé depuis longtemps sur ces trois points principaux ; je vais, dans le chapitre suivant, signaler les circonstances qui expliquent ces infractions.

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