‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 9 sur 116 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

SAINT JEAN DANS L'iLE DE PATMOS. — ANALYSE DU MANUSCRIT ATTRIBUÉ A PROCHORE, INTITULÉ I (Ai mpiaSot toû Oi'jloyov c-jyyp^tpm -OipàUpoyJpov.) — LE MÊME OUVRAGE ABRÉGÉ PAR NIKITAS, ARCHEVÊQUE DE THESSALONIQUE. — UN MOT SUR LE

Il existe, dans la bibliothèque du couvent de Patmos, un manuscrit curieux intitulé : (Al nepioàot rov Beoléyov cvyyo^iivzi Kctpà Epoyépov.) à Voyages de Jean le théologien, composés par Prochore. » Un manuscrit semblable se trouve, m'a-t-on affirmé, dans un des monastères du mont Athos. Celle légende, remplie ou plutôt surchargée de merveilleux, et regardée généralement comme apocryphe par FÉglise latine, passe cependant pour authentique aux yeux d'une grande partie de l'Église d'Orient, et à Palmos, en particulier, elle fait le fond de toutes les traditions qui régnent encore dans le pays , et les moines y ajoutent une foi entière, comme à l'écrit même du disciple de saint Jean.

Je vais en présenter l'analyse succincte, et, à travers beaucoup de faits invraisemblables, nous pourrons recueillir plusieurs détails précieux sur la vie de

DE L'ILE DE PATMOS. 21 saint Jean, à Patmos, et, en même temps, sur la géographie de l'île.

— Après la mort du Sauveur, les apôtres réunis à Jérusalem tirent au sort pour savoir dans quelle partie du monde chacun d'eux devra porter les lumières de l'Évangile.

L'Asie mineure échoit à saint Jean. Prochore, son disciple, s'y rend le premier, avec l'ordre d'attendre son maître. Il le rejoint bientôt lui-même, après avoir essuyé une longue et terrible tempête.

Je passe ici sous silence le récit de divers miracles opérés par saint Jean, à Éphèse, et j'arrive aussitôt à son exil dans l'île de Patmos, où il avait été relégué par l'empereur Domitien, avec son disciple Prochore.

Il aborde à Phora, et, entrant dans la ville, il se dispose immédiatement à y prêcher l'Évangile. Accueilli par un certain Myron, son premier miracle est la délivrance d'Apollonides, fils aîné de son hôte et que tourmentait un esprit malin. Myron et toute sa famille se convertissent. Sa fille, mariée au gouverneur, demande elle-même le baptême.

Jean, cependant, ne tarde point à être en butte aux intrigues et aux cabales des prêtres du temple d'Apollon, qui tremblent pour leur dieu et pour leur culte, ainsi qu'aux prestiges et aux pièges d'un fameux magicien nommé Kynops. Ce Kynops habitait à l'extrémité de l'île une caverne1 qui servait en même temps d'asile aux esprits impurs.

1. Les gens du pays la montrent encore de loin avec effroi aux

Kynops donc, à la prière des prêtres d'Apollon, envoie contre Jean un des démons qu'il avait sous sa dépendance, avec l'ordre de lui apporter l'âme de l'apôtre de Dieu. Celui-ci commande à l'esprit de ténèbres de quitter l'île et de n'y plus reparaître. L'esprit obéit. Un second démon, envoyé par Kynops avec la même mission, reçoit du saint le même commandement et l'exécute. Le magicien lance alors deux démons à la fois : l'un devra attaquer l'homme de Dieu, et l'autre examiner de loin ce qui aura lieu, afin de pouvoir en rendre compte à son maître. Jean enjoint le même ordre au démon chargé de s'emparer de lui, et qui, aussitôt, disparaît de l'île; l'autre court à la caverne raconter ce qu'il a vu. Kynops, qui avait dédaigné jusque-là cet adversaire et qui ne l'avait pas cru digne d'une lutte personnelle, se résout enfin à marcher lui-même contre Jean, avec toute la cohorte des démons qui lui restent.

Le saint était en ce moment dans un endroit nommé Votryi1. Là il baptisait ceux qu'il avait convertis par sa parole.

Kynops s'approche de saint Jean, et, pour le confondre devant la foule, il le provoque à une espèce de duel de prodiges. Il s'adresse d'abord à un jeune

voyageurs, et ils n'osent pas s'en approcher, de peur de devenir la proie de quelque génie malfaisant.

4. Ce lieu est appelé actuellement Pernera. On y voit deux petites chapelles bysantines, consacrées Tune à saint Jean et l'autre à saint Polycarpe, et près de ces chapelles sont les restes d'une sorte de bassin carré ayant 3 mètres sur chaque face et désigné encore par les' habitants sous le nom de v.olvpfffipa, baptistère: ils prétendent que saint Jean y a baptisé.

DE LILE DE PATMOS. 23 homme qu'il aperçoit au milieu de la multitude, et il lui demande où est son père : « Mon père est mort, répond celui-ci; il a été englouti dans une tempête. » Le magicien , se tournant alors vers saint Jean : « Voyons, dit-il, retire des flots le père de ce jeune homme. » — « Je ne suis point venu ici, répartit l'apôtre, pour ressusciter les morts, mais pour arracher les vivants à leurs égarements. »

Soudain Kynops se précipite dans la mer, et il en sort bientôt avec un fantôme qui ressemblait parfaitement au père du jeune homme qu'il avait interrogée Puis s'adressant à un autre assistant : « Avez-vous un fils. » — « Non, il a été tué par un assassin. » Le magicien s'élance de nouveau au milieu des flots, et il reparaît, aux applaudissements de la foule, avec deux fantômes qui étaient les images fidèles, l'un de ce fils assassiné et l'autre de son meurtrier.

À la vue de ces prodiges, la plupart des spectateurs se prosternent devant Kynops et l'adorent comme une divinité en s'écriant : « Tu es grand, ô Kynops, et nul autre n'est plus grand que toi sur la terre ! » — Kynops, triomphant d'orgueil et de joie, regarde et insulte avec mépris le saint apôtre , qui se contente de lui dire avec autorité que ses prestiges allaient avoir une fin.

En entendant ces mots, la foule s'indigne contre Jean, et, se jetant sur lui comme sur le blasphémateur d'un dieu, elle le frappe de coups redoublés et le laisse comme mort, couvert de plaies et de meurtrissures. — « Retirez-vous maintenant, dit Kynops; cette nuit,

les chiens et les oiseaux de proie vont dévorer son

cadavre. »

Cependant Prochore était resté près de son maître, et il pleurait amèrement, lorsque, vers la deuxième heure de la nuit, il entend tout à coup ces paroles : a Prochore, monfils ! » — a Quoi ! vous vivez, mon père?» — « Oui, et va dire à Myron que je respire encore.»— Prochore y court. A cette nouvelle, Myron et les fidèles qui étaient avec lui changent leurs larmes en joie, et ils s'empressent de se diriger vers saint Jean. Celui-ci était en prières, la tête tournée vers l'Orient, dans un endroit appelé Lithovoli. Ils remercient tous ensemble le Seigneur, et ils confondent leurs actions de grâces et leur bonheur.

Kynops, apprenant le lendemain que saint Jean était vivant, ordonne qu'on s'empare de lui, afin qu'il assiste à des prodiges qui surpasseront les précédents. On va donc le chercher dans la maison de Myron, et on le conduit à l'endroit même qui avait été le théâtre, la veille, des premiers prestiges du magicien. — La foule assiège tous les alentours du port. La curiosité est à son comble, et chacun a les yeux fixés sur Kynops. — « Regardez bien! » dit-il, et il se précipite dans les flots comme auparavant. Au même moment, Jean adresse à Dieu une prière, et l'on entend un grand bruit au milieu des oncles. Tous s'imaginent que Kynops va reparaître; mais peu à peu les ondes se calment, et Kynops demeure à jamais englouti au fond des eaux. ,

La multitude ne peut croire que celui qui avait, de*

vant elle, ressuscité les morts, ait péri lui-même si misérablement, et, "pendant trois jours et trois nuits, elle reste autour du rivage, pleurant et gémissant, et appelant Kynops avec de grands cris, mais en vain ; rien ne surnage au-dessus des ondes. (Aujourd'hui encore, quand la mer est calme, on montre près de la petite chapelle de saint Jean, dans la partie occidentale du port, un rocher sous-marin, qui offre, à une imagination crédule, quelque apparence de forme humaine. C'est là, affirment les habitants du pays, le corps du magicien , qui a été ainsi métamorphosé en pierre par la puissance du saint évangôliste. Cette tradition est due aux moines, qui ont cru pouvoir ajouter ce nouveau miracle à ceux qui sont racontés dans le manuscrit de Prochore.)

Aux prodiges opérés par Kynops succèdent maintenant ceux qui chaque jour signalent la présence de saint Jean à Patmos. Ainsi, il commence par ressusciter trois enfants qui étaient morts de faim et d'épuisement, pendant que la multitude, dans sa douleur, n'avait pas voulu durant trois jours et trois nuits s'arracher des bords de la mer. Ce miracle est bientôt suivi de beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici. Les conversions se multiplient, et enfin presque tous les habitants de la ville croient en Jésus -Christ et reçoivent le baptême.

Domitien est tué : Nerva, son successeur, permet à Jean de quitter son exil. Avant son départ, les habitants le conjurent de leur laisser par écrit l'histoire du Rédempteur. Il condescend à leurs prières.

(Ce passage m'a paru le plus remarquable de l'ouvrage, et je le transcrirai tout à l'heure en entier.)

Saint Jean ne veut pas non plus abandonner l'île sans en parcourir les différents bourgs. Il se rend d'abord avec son disciple à an endroit nommé Agrikia. Dans un autre bourg, dont le manuscrit n'indique ni le nom ni la place, il guérit le fils d'un prêtre de Jupiter. Puis, à Myrrhinousa, il a à lutter contre les enchantements et les embûches d'un magicien nommé Notianus. Les habitants lui ayant demandé à recevoir le baptême, il les conduit près d'un fleuve *. Au moment où il se dispose à les baptiser, le magicien transforme en sang l'eau du fleuve; mais, à la prière du saint, le sang redevient de l'eau, et Notianus est frappé de cécité. Cette punition divine le fait rentrer en lui-même, et il implore humblement la grâce du baptême. Pendant que Jean le baptise, il recouvre la vue.

L'apôtre visite ensuite le bourg de Garo. De Garo, il retourne à la ville.

Jusque-là, suivant le manuscrit, Jean était déjà resté dix ans à Patmos, ce qui est formellement démenti par saint Irénée et par saint Jérôme. Il y séjourne encore assez longtemps. Une nouvelle cabale est ourdie contre lui parles prêtres d'Apollon. L'apôtre invoque le secours du ciel, et le temple tombe et s'écroule en sa présence. La fureur et la haine des prêtres redoublent, et, à leur instigation, Achillas, gouverneur de File, met

i. Ce ne pouvait être qu'un simple ruisseau; car l'île n1a jamais eu de fleuve proprement dit.

Jean en prison. Myron obtient son élargissement, et il recommence ses courses et ses prédications.

Dans un village nommé Tykhi , il guérit un paralytique ; dans un autre appelé Proclos, un juif du nom de Caros lui propose des énigmes sur l'Écriture Sainte ; il les résout aussitôt, et Caros, devenu sourd et muet, se convertit et demande le baptême. Saint Jean le guérit et le baptise. À Myrrhinousa, il délivre d un esprit malin un jeune homme qui en était tourmenté. Dans la capitale de l'île , il ressuscite un enfant qu'un démon avait étouffé : à sa prière un temple consacré à Bacchus s'écroule sur sur les douze prêtres qui le desservaient, et les écrase, etc., etc.

Enfin, averti par un songe, il quitte Patmos et fait voile vers Éphèse. Après un laborieux apostolat, sentant sa mort prochaine, il fait creuser son tombeau en sa présence, non loin de ville, puis, quand la fosse est achevée, il y descend, s'y couche lui-même, adresse à Dieu une dernière prière et rend l'âme. Le lendemain, son corps n'est plus retrouvé dans son cercueil. Il avait, dit Prochore, été transporté au ciel.

Tel est le résumé exact, mais très-abrégé de cette légende. J'en ai extrait deux passages que je vais transcrire ici et dont je donnerai également la traduction. Voici d'abord celui où Prochore rapporte dans quelle occasion saint Jean composa son évangile.

« liïorj q-jv b; Iwaw/îç QTt itdvreç iniGTewocv xà Xptarco7 rr/»olovQ£i vTioŒTpé^ûu eiç E<pea"ov. Maôovrsç âï tqvto ol àâelcpo£ ? (JvvcIBovteç oy.oBvy.aâbv ? n:<xp£Y.a.lovv avrbv [j.eTtx $<x-

peSa, GOV T7JÇ xyiOTY}TOÇ * XâV ÏQ*0l y.ZTX TtoV (7WV TEZVWV dix

kxvtqç* 0 de ïcàxvvoç kapr]vù xbxoïç^ Izy^v' Tt ttoeeît^ T£xva? xAsaovrEç xcà o$vp6[j.EVoi , [xr\ <3oxipta£ovTsç to axiptfpspoV 0 yàp Xptoroç, cj) STrîfftsucraTe 5 oc-jtoç p.oi cbrexe&u^s nxliv tov u7ro<7Tpg(petv £iç Ea>£<70V? dix TTjv xœOeveixv TMV êz£i(7£ ovtwv à^eX^pwv. I^oVreç oûv oi â$£^(poi ôVi où tîelOetxl toïç Xoyoïç xvtûv ? Izyovaiv ôcvrû' Jxerevoy.év ge èyypxaaç rilJ.lv izxpxdovvxi n:zpl îyjç a,apxwa,e&)ç xal oixovoy.lxç tov vlov tov Szov? orrwç toutchç zvTvyyxvovTzç zâpxïoi yzvu>[Âz()x zat xy.zTxyJvnToi zv rfi txIcjtzi xaj yndzlç twv a$e)^pwv cAtywp^craç ànélQ'n otticw toO Hafôcffâc' 0 c3s lœavvviç £trr£ Trpog aùroùç* HxoveraTs oiaopopcoçj tzy.vx, iravrwv twv cryjpieiwv wv iizovfiGZV 6 vioç tov Qzov xafà Trpo(76ù7rov pwu ? zyvoïpiGx vyïv*

dp'AEÏdQz OVV XVTOÏÇ X«i T.XpXGyy TJpLtV Kupioç TVJV aidyjiov

Çgy/iv' TaOra $£ àxoua'avTss ot â$e)/pot pt£rà t^axpuwv fiâéovTo Izyovzzç' [j:a xvigtxœBxi "hy-xç lz toO s^a^ous, eî ptvj r/jv aïvriGiv r^ûv £7TtV£uvîç 7ror/3<rai • 0 <3s loidivvrtç dix xx liollx aùrwv àd.Y.p\)oi) eItïev avTotç* xt:é1Qets, T£xva? eiç tovç OÏY.OVÇ upiwv" xat Tv? x£/£UC££ toO Kuptou xat toûto upiwv TO Eucsêèç xÏTr\[xx yévrixxi. JL-KopEvB'fivxv $£ tïxvteç EvloynBÉvTEç izx-p xvtov ? xai TrapaXaêwv fxs? EçolQoy.EV xtcq yillov îvbç h tottcj) vio-u^co leyoyévo) Kxtxkxvgiç, Hv Oc exe? opoç u^yjXov*

«VS?.0OVTû)V OÛV 79|L/.WV eV TÔ) Ô'p£l? EKOVClS X\XZV 'f}[J.ÉpXÇ TpEtÇ* V.xi àlETzlzi XGITQÇ 6 ItoXVVYiÇ TtpQGEV)(p[A£VOÇ Y.0CI $e6[£VOÇ

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fJLEVOÇ zypcxyov. ))

Je traduis ainsi ce beau morceau.

« Jean, voyant donc que tous avaient cru au Christ, désirait revenir à Êphèse. A celle nouvelle, les frères se réunissent et tous d'un commun accord l'en détournent avec larmes en lui disant : Père, ne nous laisse point ici orphelins , nous en supplions ta sainte lé, mais reste toujours avec tes enfants. » Jean les consolait en ces termes : — « Que faites-vous, gémissant et vous lamentant et ne connaissant pas ce qui est opportun? Le Christ, auquel vous croyez, m'a ordonné lui-môme, dans une vision, de retourner à Ephèse, pour y soutenir la faiblesse de nos frères. »

Les frères voyant donc qu'il n'était point persuadé par leur discours lui disent : « Nous te conjurons de nous exposer par écrit ce qui concerne l'incarnation et

les mystères du Fils de Dieu, afin que, nous appuyant sur ce livre, nous devenions fermes et inébranlables dans la foi et qu'aucun des frères ne se montre négligent et ne retourne en arrière pour suivre Satan. » — « Vous avez appris en diverses circonstances, leur répondit Jean, tous les prodiges que le Fils de Dieu a opérés en ma présence ; car je vous les ai fait connaître. Contentez-vous donc de cela et que le Seigneur vous accorde la vie éternelle. » Ayant entendu ces paroles, les frères le suppliaient avec larmes, en disant : « Nous ne nous relèverons point d'ici que tu ne nous aies promis d'exaucer notre demande. » Jean vaincu par l'abondance de leurs larmes : « Retirez-vous, mes enfants, dans vos maisons, leur dit-il , et puisse avec la volonté du Seigneur votre pieux désir être satisfait! » — Tous se retirèrent bénis par lui. Alors il me prit, et, nous éloignant à la distance d'un mille, nous nous arrêtâmes dans un lieu tranquille appelé le Repos. Il y avait là une montagne élevée , nous la gravîmes et nous y restâmes trois jours. Jean demeurait sans nourriture, priant et implorant Dieu au sujet du don de l'Évangile qui allait être accordé aux frères. Le troisième jour, il me dit : « Prochore, mon fils , va à la ville, prends du papier et de l'encre, apporte-les moi ici, et ne découvre point aux frères où je suis. » J'y allai, et, ayant pris du papier et de l'encre, je revins vers lui, et il me dit : « Dépose l'encre et le papier, va à la ville, et, dans deux jours, tu reviendras. » Je lui obéis, et, au bout de deux jours, je revins comme il me l'avait commandé. Je le trouvai debout et priant,

DE L'ILE DE PÀTMOS 31 et il me dit : « Prends le papier et l'encre et tiens-toi à ma droite. » Je le fis, et aussitôt je vis un éclair et j'entendis un grand coup de tonnerre qui fit trembler la montagne. Je tombai à terre et je demeurai comme mort. Mais Jean étendit la main, me saisit et me releva en disant : « Assieds-toi à ma droite sur le sol. » Et il se mit de nouveau en prière; après sa prière il ajouta : Écris sur des feuilles de papier tout ce que tu entendras sortir de mes lèvres, » et, ouvrant la bouche, debout comme il était et en prière, les yeux élevés vers le ciel , il commença ainsi : « Au commencement était le Verbe , et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu , » et il continua de la sorte sans s'interrompre, debout comme il était, et moi assis près de lui j'écrivais.

Voici maintenant une partie du second morceau dans lequel Prochore raconte la mort de son maître :

« E^pyj [xeroc tozvtoc tco Brçpw* lîapaXaêwv gvv goi ocvdpaç

ÙVO ZJOVXaç, XOCptVOUÇ V.OÙ GY.CX.yiQt>) QiY.olovQriGOV [J.OI * 6 âï

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KQikêïVét ÏGY.CXKXQV ' 9 M ULÔcXkoV klîîlrCkUXO QCVTOLÇ léyodv '

« BaOvrzpov èVrco rb gyA^-cx ' y.cxyMvmv gy.qctït6vto)V) obpu—

Izt olvtoïç rov léyov rov Bzov * wç âï zrzlzGccv rb gy„ql\l\lol

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ittSétikit CXVrèt T.OlTiGCCÇ &GlZZp GZp(f)[JLV'hv ZV TW ÇczQzt rOV GyA[J.\J.CXXOÇ, Y.Qil êv [J.OVO) TÔ) àlY.pOGGl(ù GTCCÇ? œJQCZZWOCÇ Z0CÇ

Xeïpcxç ypçccTo zvyzG^ai *Àâ\ ïéyziv ovt&k.

Suit une longue prière.

Ka\ vTtQGTptâdaç zcc iyAria avrov, àvTtcctJocpevoç ripLdç^ TKxreyJdB-r] év zà gxgc[j.[1(XZi ' evéyyavzeç ovv aivdôva , ^ttAwva[j.ev e-rravw avroû, yloli eivslQovzeç iv rç Ttolei, zr\ èitiovcri riyÂptx è^elBovzsçy otfx, evpo[j.ev zb o-cbp.a avzov 9 y.ezszéQ-n yàp zri dvvoc[j.ei zov Kvplov t^mv lr\aov Xpiuzov ù> 77 âo'^àc Koà zb v.poLZOÇj vvv y*ûci àù y.oCi elç zovg àiMVocç zàv atcovwv?

Il dit ensuite à Virus (c'est le nom d'un des disciples avec qui il habitait) : « Prends avec toi deux hommes munis de paniers et de pioches, et suis-moi.» Virus, sans tarder, exécuta ce qui lui avait été ordonné par le serviteur de Dieu. Le bienheureux donc, étant sorti de sa maison, baptisait devant les portes de la ville, après avoir commandé à la foule de s'éloigner de lui. Puis, quand il se fut rendu à l'endroit où devait être son tombeau, il dit aux jeunes gens : « Creusez une fosse, mes enfants. » Et ils se mirent à l'œuvre. Jean les pressait en leur disant : « Que la fosse soit plus profonde. » Et, pendant que ceux-ci continuaient à creuser, il s'entretenait avec eux de la parole de Dieu. Lorsque les jeunes gens ont terminé la fosse, il se dépouille de ses vêtements, les jette au fond, en les étendant comme une sorte de couverture, et, debout, en simple tunique, il élève les mains et commence à prier en ces termes.

Suit une longue prière.

« Ayant donc étendu ses vêtements , il nous embrassa et se coucha dans la fosse. Nous apportons un linceul et nous le déployons au-dessus de lui ; puis

DE LUE DE PATMOS. 33 nous rentrons clans la ville. En étant sortis le lendemain, nous ne trouvâmes plus son corps; il avait, en effet, été transporté au ciel par la puissance de Notre- Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Amen. »

Quel est Fauteur présumable de cette légende? Elle porte le nom de Prochore , disciple de saint Jean , et l'Église d'Orient l'admet généralement comme authentique. Des doutes fondés peuvent être cependant élevés sur cet ouvrage.

Et d'abord, que faut-il penser de tous les prodiges qui y sont racontés? Loin de moi, assurément, ce scepticisme qui rejette indistinctement tous les miracles comme des fables bonnes seulement pour les femmes et pour les enfants. Personne ne s'incline avec plus de respect devant les faits de ce genre qui s'appuient sur des preuves irrécusables et, en particulier, sur le témoignage de nos Livres Saints; mais j'ai quelque peine, je l'avouerai, à accorder une créance entière à plusieurs de ceux qui sont rapportés dans ce manuscrit : il en est même qui sont évidemment faux. Ainsi, par exemple, il est dit que Jean, pendant son premier séjour à Éphèse, ayant été entraîné par la multitude devant le temple de Diane pour y être immolé, adressa une prière au ciel et qu'aussitôt le temple entier s'écroula en sa présence. Or, personne n'ignore que ce fameux monument, l'admiration et l'orgueil de l'Asie , subsistait encore en 268 après j.-C; car il fut alors pillé par les Goths, et ensuite

incendié. Cela seul suffirait pour diminuer notre confiance dans la véracité de l'auteur, quel qu'il soit, de cet écrit et pour nous inspirer des doutes sur les autres miracles qu'il raconte. Il me semble impossible de croire que le disciple de saint Jean eût osé, pour glorifier et exalter son maître, avancer une assertion qui pouvait être démentie à l'instant par la réalité elle-même.

Comment expliquer aussi le silence du panégyriste sur le voyage de saint Jean à Rome et sur le martyre qu'il y subit près de la Porte Latine, l'année même où il fut exilé à Patmos? Assurément, Prochore n'eût pas manqué d'en parler.

Il n'est également pas dit un seul mot de l'Apocalypse, et cependant la composition de l'Apocalypse par saint Jean nous est attestée, et par saint Irénée, lequel avait connu et entendu saint Polycarpe, l'un des plus zélés disciples de cet apôtre, et par saint Jérôme, dont le témoignage a tant de poids auprès de tous les esprits sérieux , et par d'autres Pères de l'Église, qui tous ont regardé cet écrit comme l'œuvre même de saint Jean.

Saint Irénée, en effet, dans son ouvrage contre les hérésies^ nous dit :

« Sed et Joannes Domini diseipidus in Apocalypsi <( sacerclotalem et gloriosum regni ejus viclens adven-

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