‹ Description de la cathédrale d'AmiensChapitre 5 sur 12 · Louis-François de laMothe(l · texte numérisé non relu

Louis-François de laMothe(l

Cet ordre chronologique ainsi que tous les autres , à partir

de St. -Beat jusqu'à Dado, est très-douteux, et il n'y a aucun accord entre les auteurs sur ce point.

(1) Les mêmes cérémonies observées a l'arrivée de Mgr. Feydeau (page 70

du dialogue 12e), ont été pareillement observées à celle de Mgr. De la Motbe, qui fut le 9 septembre 1734. ( V. tome IV, page 352.)

(Note au bas du manuscrit, probablement du fils de Pages.)

Il faut remarquer, au sujet des évêques d'Amiens, dont je viens de vous décrire la suite, que Ton voit, dans quelques manuscrits, que Jean, évêque de Bethléem, fut sufragant de Louis de Gaucourt , évêque commandataire de l'évêché d'Amiens, l'an 1478.

On voit encore que Nicolas de la Couture , évêque d'Hébron et religieux Cordelier, fut sufragant de François de Hallevin, évêque d'Amiens, en l'année 1504.

Il paroît de même que Jean De la Grenée , qui estoit abbé de St. -Jean d'Amiens , ayant esté fait évêque d'Hébron après la mort dudit Nicolas de la Couture , fut aussi sufragant dudit François de Hallevin , évêque d'Amiens, en l'an 1517.

On y apprend aussi que Jacques Ledoux, évêque titulaire d'Hébron , après la mort dudit Jean De la Grenée, en 1514, fut sufragant du cardinal de Givry, évêque d'Amiens, et qu'il continua de l'estre des évêques suivans, jusques au tems de sa mort, arrivée le 19a mars 1582. Ledit Jacques Ledoux estoit religieux bénédictin de l'abbaye de St.-Fuscien-lez-Amiens et abbé de Moreuil.

A l'égard de M«r François Faure , qui estoit nommé évêque de Glandeves et fut sacré le 7e mars 1651 , il n'a jamais pris possession ; l'évêché d'Amiens estant venu à vaquer dans ce tems-là, il en fut nommé évêque par le roi, le 7e mars 1653. Il en fit prendre possession par M. François Bernard , promoteur, fondé de sa procuration le 3e de juin 1654. Ce prélat fit son entrée dans Amiens , et prit possession en personne de son évêché, le 28« dudit mois de juin 1654.

Mb' Pierre Sabatier fut nommé à l'évèché d'Amiens le 15 aoust 1706; les bulles obtenues en cour de Rome sont du 11e jour d'avril 1707. Il fit prendre possession de cet évêché le 11e de may 1707, par M. François Moreau , chanoine de la cathédrale et depuis officiai et un de ses grands vicaires. Ce prélat fit son entrée dans cette ville et prit possession de son évêché le 24e du mois d'octobre 1707.

Quelques autres grands tombeaux et épitaphes qui sont assez beaux, et que l'on voit encore, sont en trop grand nombre pour vous entretenir de chacun d'eux en particulier; mais, pour contenter votre curiosité, je vais vous parler de quelques-uns qui sont les plus appareils , vous ayant déjà entretenu de plusieurs , au sujet de quelques mistères.

Contre la colonne à demi-engagée dans l'œuvre placée entre la chapelle de St.-Jean-rÉvangéliste et celle de St.-Michel , on voit une grande épitaphe de M. Jean Le Clerc, archidiacre et chanoine d'Amiens, mort le 8 décembre dans Tannée 1511. La statue isolée de ce chanoine est à genoux t présentée par saint Jean , son patron , à N.-S. Jésus-Christ , qui tient sa croix. Ces statues sont isolées et de grandeur naturelle, posées dans une haute et large niche de pierres , faite en pignon, délicatement travaillée en sculpture gothique , de même que les deux colonnes à six faces qui soutiennent tout l'ouvrage. On y voit l'écu de cet archidiacre , qui porte d'argent à 3 trèfles de sinople 2 et 1.

Dans cette même chapelle de St.-Michel , entre plusieurs autres épitaphes, est celle de M. Jean Mole,

chanoine, mort l'an 1308. Je ne vous parle de cette épitaphe qu'à cause de son antiquité

Une autre belle épitaphe de pierres blanches est élevée contre la muraille de la chapelle de St. -Louis , vis-à-vis l'autel. Deux statues isolées, bien sculptées, hautes d'environ 4 pieds, sont placées en pied aux côtés d'une grande table de marbre noir, dans laquelle une inscription , gravée en lettres d'or, nous apprend que M. Charles Houlon , mort le 29 août 1696, préchantre, chanoine et conseiller-clerc au bailliage , et vicairegénéral de M&r l'illustrissime et révérendissime François Faure , évêque d'Amiens , est enterré dans celte chapelle. L'une des deux statues , sous la figure d'une fille, représente la Religion , tenant le bâton de préchantre ; l'autre statue, encore sous la figure d'une fille, représente la Justice, tenant d'une main une balance et de l'autre un sceptre, figures symboliques de la charge do juge dans les affaires spirituelles que M. Houlon exerçoit.

On voit au bas , dans un cartouche rond , une autre table de marbre noir dans laquelle sont gravés le nom et les qualités de M. Nicolas Houlon , son frère, qui lui succéda dans la dignité de préchantre. Cette belle épitaphe et cet ouvrage de sculpture sont de la façon de M. Crescent, sculpteur de cette ville.

Dans la prochaine chapelle de Ste-Brigitte on remarque contre la muraille, devant l'autel, une autre épitaphe, faite de marbre de CharlemoDt ou de Givet, noir, veiné de blanc, dans laquelle est le portrait sculpté en demi-bosse de M. François Barboteau , prévost chanoine de la cathédrale, mort dans l'année 1660, le 99

des calendes de décembre , après avoir esté chanoine pendant 59 années.

Contre la colonne engagée dans l'œuvre au côté de la chapelle de St.-Pierre, proche le tombeau de Gérard de Conchy, dont je vous ai déjà parlé , on voit une grande épitaphe de pierres, haute de 25 pieds, dont le couronnement, fait en pignon , est d'une sculpture extrêmement délicate ; on voit dans la niche la statue de M. Guillaume Hamel de Pilli , prévosl et chanoine de la cathédrale, mort l'an 1545, placée à genoux avec d'autres statues, hautes d'environ 4 pieds. Cette épitaphe est du même goût et du même travail que celle de M. Le Clerc, dont je vous ai entretenu il n'y a pas longtemps.

Devant cette épitaphe, sur la porte du chœur, on voit, dans une grande niche de pierres blanches d'une trèsbelle sculpture, la statue isolée de M&r Jacques Le Doux (1), évêque titulaire d'Ebron dans la Palestine, et sufYragant de M&r Charles de Longui , évêque d'Amiens (2). Msr Le Doux est représenté à genoux devant un prie-Dieu , vêtu de ses habits pontificaux. Plusieurs maisons et bocages placés dans des campagnes

(1) M. Jacques Le Doux estoit religieux bénédictin de l'abbaye de St.-Fuscien et abbé de Moreuil.

(2) Msr Charles de Longui, évêque d'Amiens, estoit fils de Philippe de Longui , seigneur de Givry, baron de Paigny. Ce prélat est enterré dans la cathédrale de Langres , dont il estoit aussi évêque, et duc et pair de France. On y voit son tombeau très-superbe, où il porle d'azur à la bande d'or.

(Motes de la marge du manuscrit,)

dans lesquelles on voit des pèlerins, occupent le fond de celte niche. L'inscription qui est au bas nous apprend que M&r Le Doux mourut le 19e mars 1582.

Dans un grand cintre d'architecture placé sur la porte du chœur, proche de l'épitapbe de M. Le Doux, sont plusieurs belles statues en pied et isolées, de grandeur presque naturelle, sculptées, de pierres blanches, qui représentent un pape accompagné de cardinaux , d'évôques , d'ecclésiastiques et d'autres personnes vêtues d'habits et d'ornements convenables à leurs dignité et qualité qui font un très-bel effect dans cet endroit. On n'y voit point d'inscription qui puisse donner à connoître quelles sont les personnes représentées dans ce beau groupe.

L'autre côté extérieur de la même porte du chœur est orné d'une belle représentation en sculpture de pierres dorées et peintes, de cette vision mistérieuse que le disciple bien-aimé vit dans l'île de Pathmos , rapportée dans les 4e et 5e chapitres dé son apocalipse , où il est marqué que saint Jean estant ravi en esprit, vit un trône dressé au c:el sur lequel il y avoit quelqu'un assis, et qu'autour de ce trône estoient î 4 sièges sur lesquels 24 vieillards estoient assis , velus d'habillemens blancs, avec des couronnes d'or sur leurs testes; qu'autour de ce trône il y avoit quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière; que le premier animal esteil semblable à un lion, le deuxième à un veau ou bœuf, le troisième avoit une face comme un homme, et le quatrième estoit semblable à un aigle volant; que ces quatre animaux avoient chacun six aisles; qu'ils estoient

pleins d'yeux au dedans, et que n'ayant repos ny jour ny nuit, ils disoient : Saint, Saint, Saint. Le Seigneur Dieu tout-puissant qui estoit, qui est, et qui est à venir.

Ce saint apôtre continue de marquer qu'il vit, en la main droite de celui qui estoit assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de 7 sceaux; il adjoute plus bas qu'il vit, au milieu du trône, des quatre animaux et des vieillards, un agneau comme tué, ayant 7 cornes et 7 yeux, qui sont les sept esprits de Dieu

envoyés sur la terre ; il marque enfin que quand il

eut ouvert le livre, les 4 animaux et les 24 vieillards se prosternèrent devant l'agneau, ayant chacun des harpes et des phioles d'odeur, qui sont les oraisons des saints.

Vous voyez que je ne suis pas verset à verset les écrits de ce sacré écrivain , mais que je me contente de vous citer ceux qui expliquent ce qui est représenté dans l'ouvrage de sculpture de notre cathédrale; il fut donné par M. Nicolas Gaudran, chanoine et pénitencier, mort le 12e de febvrier 1616. Il est à préjuger que ce chanoine estoit fort content d'estre originaire d'Amiens, puisque par l'inscription de son épilaphe il donne à connoître la rue du quartier de cette Ville dans laquelle il estoit né; une autre inscription latine marque encore apparemment la profession de ceux à qui il devoit sa vie : Ut carduis lana> sic arduis virtus.

Au-dessus du grand bénitier placé contre l'angle extérieur de la chapelle de Ste-Marguerite, on voit une grande épitaphe de pierres peintes et dorées, faite en

forme de pignon d'une sculpture admirable pour sa délicatesse , des mêmes goût et travail gothique des deux autres épitaphes dont je vous ay déjà parlé. Elle fut faite par M. Jacques de Baisnart, chanoine, mort Tan

Il y a encore dans la cathédrale un grand nombre d'épitaphes et d'inscriptions de tombeaux, soit en cuivre, soit en pierres, desquelles, si je voulois vous parier eu particulier, leur description rempliroit un volume entier; ainsi, pour ne pas abuser davantage de votre patience sur un sujet qui me paroît déjà assez long , il faut passer à d'autres beautés dont il me reste à vous entretenir.

Tous les tombeaux et épitaphes dont je vous ay déjà parlé, sont des évêques ou des chanoines, ou de quelque citoyen d'Amiens, mais ce magnifique mausolée, que l'on voit dans une chapelle au côté du choeur, est de messire Christophe de Lannoy de la Boissière, qui ayant esté fait gouverneur de la ville d'Amiens , par le roi Henri IVe, sur la fin de l'année 1598, mourut à Paris, au mois de février 1600, où S. M. l'avoit fait venir avec d'autres gouverneurs , pour leur communiquer des affaires d'État.

Le corps de messire de Lannoy ayant esté apporté à Amiens, fut enterré dans la chapelle de N.-D.-de-1'Anglette , à présent plus connue sous le nom de la chapelle de la Boissière, dans laquelle on lui éleva ce beau mausolée , sur lequel il est. La statue de ce seigneur , de marbre blanc , de grandeur naturelle , représenté à genoux , couvert de son hocqueton ou cotte d'armes ,

par-dessus son armure (1) et habit de guerre, son casque et ses gantelets sont posés aux côtés. Six belles colonnes lisses d'ordre corinthien , de marbre de Rance, en Hainaut , d'un rouge sale, mêlé de veines et tâches blanches et bleuâtres , portent un riche entablement dont le couronnement de la façade et du derrière est orné de figures , tenant des couronnes ; les deux côtés sont surmontés d'un fronton brisé , au milieu duquel est l'écu des armes de ce seigneur ; les piédestaux des colonnes et les bases qui soutiennent tout ce bel ouvrage , sont enrichis de trophées en demi-bosses et en bas relief d'un marbre blanc, d'une sculpture délicate. Les trophées forment des ornemens d'architecture qui représentent des troncs d'arbres chargés et environnés d'armes et d'armures de toutes sortes. Sur les simaises des frontons sont deux figures de filles à demi-couchées^ tenant chacune une tête de mort.

L'origine des trophées vient des Grecs qui dressoient sur le champ de bataille, un tronc chargé des dépouilles des ennemis, pour témoignage de leur victoire qu'ils appelloient Tttxoto* du mot grec Tiono, qui signifie en françois, je tourne, voulant dire que c'étoit dans

(1) Le 2e octobre 1654, les entrailles de la princesse d'Harcourt, épouse du gouverneur de la province, morte à Amiens , furent apportées , par permission de MM. du chapitre , dans la chapelle de Notre-Dame l'Ang'ette, et furent enterrées en une cave, sous le tombeau dudit sieur de Lannoy de la Boissière , chapelle qui sert de sépulture aux ancêtres de ladite dame , dont le service fut fait solennellement dans la cathédrale le mardi suivant , km octobre.

ce lieu que les ennemis avoient tournés le dos. Ces monuments esloient consacrés à Mars , dieu de la guerre , et l'on ne pouvoit y toucher sans sacrilège. On voit un rare exemple de cette vérité dans Yitruve,au 8e chapitre du 2e livre , où cet architecte romain dit que la reine Arthémise ayant pris la ville de Rhodes, dressa un trophée dans la place avec deux statues de bronze, dont l'une (qui esloit la sienne), marquoit l'autre qui rcprésentoit la ville de Rhodes, au visage, en signe de servitude , et que les Rhodiens dans la suite , n'osant y toucher, parce que, dit-il, il n'est pas permis d'oster les trophées qui sont sacrés ; ils l'avoient enfermé dans une muraille tout à l'entour , pour en oster la veue , donnant à ce lieu le nom de l'inaccessible.

Les inscriptions gravées sur les tables de marbre nous donnent à connoître les noms et les qualités des personnes par lesquelles ce superbe mausolée a esté élevé; elles nous apprennent que l'amour conjugal de Mme Charlotte de Yillers-Saint-Pol, dame de Réglise (1), Silly et Morcourt, fille héritière de Claude et de la fille du vicomte de Boursonne-Capendu l'a excitée à faire cons-

(1) Ladite dame Charlotte de Villers-St.-Pol , après la mort de son époux Christophe de Lannoy, seigneur de la Boissière, fut gouvernante de Madame Elisabeth de France, qui fut reine d'Espagne , et estant de retour en ce royaume , elle fut encore dame d'honneur de la reine de France, Anne d'Autriche. Elle eut de son mariage Charles, comte de Lannoy, chevalier des ordres du roi, gouverneur de Montreuil , marié à Jeanne d'Aumont , fille du seigneur de Chappes ; Gilbertc de Lannoy, abbessc du Paraclit , proche d'Amiens , et autres enfants.

{.Yotc du manuscrit.)

truire ce superbe monument pour conserver à la postérité la mémoire de son cher époux. On voit derrière la statue de messire de Lannoy , un prie-dieu , sur lequel est sculpté en bas relief, l'écu mi-parti de Mlle de Villers- Saint-Pol , dont on devoit apparemment placer la statue derrière celle de son époux. Dans plusieurs endroits de ce riche mausolée, qui est d'une figure oblonque, ou d'un quarré long , on remarque l'écu de messire de Lannoy, qui porte d'argent à 3 lions de synople, armés, lampassés , et couronnés d'or, et celui de Mlle de Villers- Saint-Pol , qui porte d'argent à la bande de sable, chargée de 3 fleurs de lys d'or.

C'est une chose assez particulière que les deux plus beaux mausolées élevés dans Amiens sont ceux de deux illustres seigneurs portant le nom de Lannoy, qu'on pourroit croire n'être pas de la même famille , puisque celui qui est de la cathédrale est de messire de Lannoy, sieur de la Boissière, dont je viens de vous parler , et que le riche mausolée construit dans le chœur des R. P. Cordeliersestde messire de Lannoy, seigneur de Damereaucourt , qui porte entièrement échiqueté d'or et d'azur. Les deux terres sçavoir, la Boissière et Damereaucourt, dont les deux nobles familles portent les noms , sont scituées dans la Picardie à l'égard de Lannoy ; c'est une petite ville scituée dans la châtellenie de Lille qui a donné les noms à une très-ancienne maison dont quelques-uns font descendre les seigneurs des marquisats de Franchimont, au pays de Liège, et dont un cadet nommé Ilellin de Franchimont , fut seigneur de Lannoy.

Voilà ce qu'il me restoit à vous dire sur le mausolée

de messire de Lannoy de la Boissière. Il me reste encore à vous entretenir de plusieurs beautés de notre cathédrale , tant de celles qui composent quelques parties extérieures du chœur que de celles du jubé, des chaires, des ornemens de l'autel , des reliques , et de quelques autres beautés ; mais comme je vois que le soleil est beaucoup élevé sur notre horison , et que ce bel astre commence à nous faire sentir l'ardeur de ses rayons , malgré les feuillages de ces ormeaux , il est plus à propos que nous différions notre entretien , et que , revenant cet après-midi , sur ce charmant rampart , nous pourrons achever la description des beautés de notre auguste Temple.

Quis locus est templis augustior?

Ovid. Trist. lib. h, V.288.

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