‹ Description de la cathédrale de Chartres suivie d'une Courte notice sur les églises de SaintPierre, de SaintAndré et de SaintAignan de la même villeChapitre 11 sur 23 · E CAMA REGIS · texte numérisé non relu

E CAMA REGIS

que M. de Lasteyrie rétablit de cette manière : Vitrea Colini de caméra Régis ; Vitre de Colinus de la chambre du Roi. Ce Colinus est sans doute le même dont parle une charte de Hugues , datée de 1225 , laquelle fait connaître que Colinnus de Mannoi a donné à Robert Foart une terre située à Marchéville *. — Au second tableau, c'est la Naissance de Jésus : Marie dort dans son lit; Jésus tout emmaillotté repose dans la crèche ; Tàne et le bœuf le réchauffent avec leur haleine ; saint Joseph est assis et s'appuie sur son bâton , au pied du lit de sa virginale compagne ; deux lampes éclairent l'étable de Bethléem. Le troisième tableau figure la Fuite en Egypte : Marie tenant son Enfant emmaillotté est monté sur un âne blanc ; le bon et cher saint Joseph tient la bride , et de plus porte sur un bâton les petites provisions de voyage; sa tête n'est point nimbée; une Main divine émerge des nuages. Le lecteur sait que cette Main représente Dieu le Père.

Dans la rose , Robert de Beaumont est monté sur un cheval brun et porte un écu d'or à deux lions passants de gueules ; son guidon est blasonné de même.

XLIII. (Dans le transsept méridional.) Deux grandes figures: 1° Saint Christophe, en robe jaune foncé et en manteau bleu, tient un livre; une inscription semi-grecque porte : s. xpofor. 2* Saint Nicaise , en robe verte et manteau bleu , avec un livre ; on lit: s. nichasivs. Dans le bas, se voit le donateur du vitrail, le prêtre Geoflroi, Gaufridus, ou comme le porte l'inscription : iefroi ; il est debout et joint les mains devant un autel chargé d'une grande croix bleue ; ses vêtements sacrés sont l'amict vert , l'aube blanche , la dalmatique jaune et la chasuble bleue.

XLÏV. Deux grandes figures : 1° Saint Denis , en habits pontificaux, donne l'oriflamme à Henry Clément, dit le Petit-Maréchal;

» Voyez le Cartulaire de Saint-Père . lome II.

2" Henry Clément est vêtu d'une cotte de mailles d'or et d'un surtout bleu blasonné. Dans le bas , se voient les armoiries de Henry Clément entre deux chandeliers.

Dans la rose, saint Jean-Baptiste , en tunique de peau verte et en manteau bistré, tient l'Agneau divin, et dit: Ecce Agnus Dei. Un pétale contient les armes de Henry Clément , d'azur à la croix ancrée d'argent et à la bande de gueules brochant sur le tout.

XLV. Deux grandes figures : 1° Saint Protais, en robe blanche et manteau bleu foncé , tient une épée et un livre, s. protasivs. 2* Saint Gervais vêtu de la robe jaune et du manteau vert, avec un livre; s. gervasivs. Dans le bas, le même prêtre Geoffroi; sur l'autel il y a une croix et un calice couvert du purificatoire.

XLVI. Deux grandes figures : 1° Saint Côme qui a pour vêtements une robe verte et un manteau bistre ; un livre dans les mains ; s. cosma. 2° Saint Damien en robe rouge et en manteau bleu de ciel; s. damiaihvs. Dans le bas, encore le même ecclésiastique avec cette inscription : iefoi.

La rose représente la très-sainte Vierge assise et tenant Jésus sur ses genoux; derrière elle , un ange qui éclaire ; à sa droite une dame en robe bleue, baretle et voile blanc, et en manteau rouge doublé d'hermine , est en posture de suppliante ; Jésus la bénit.

XLVÏÏ. La grande figure a perdu son nom ; c'est un saint en robe verte et en manteau jaune d'or. Dans le bas , Jean de Bretagne est à genoux et porte une robe blasonnée en Dreux-Bretagne.

XL VIII. Le prophète Osée ; il est revêtu d'une tunique violette et d'un manteau bleu , il porte le nimbe ; dans sa main gauche il tient une banderolle ou se trouve : osée. Dans le bas , il y a un écusson aux armes de Dreux-Bretagne.

Dans la rose, la sainte Vierge est assise sur un trône et vêtue d'une robe violette et d'un manteau ; Jésus enfant se tient debout sur les genoux de sa tendre Mère et bénit de la main droite ; pour vêtement il a une tunique blanchâtre.

(Grande rose méridionale décrite plus haut , page 194).

XLIX. La grande figure représente le prophète Malachie, en robe bistre richement bordée et en manteau d'azur ; le nimbe est bleu foncé ; on lit : m alachies. p. Dans le bas , un écusson aux armes de Dreux-Bretagne.

L. Ce vitrail figure le prophète Michée ; pour vêtement il a une

robe blanche et un manteau bistre doublé d'azur; à la main il tient une banderolle où se trouve écrit : michee. Au-dessus de sa tête, on lit : zachârias pfete. Au bas du vitrail, la donatrice, Iolande de Bretagne , est à genoux et joint les mains ; elle est vêtue d'une robe blasonnée.

La rose renferme le donateur, Pierre Mauclerc , monté sur un cheval et armé de toutes pièces. Tous les pétales de la rose et les quatre-feuilles sont aux armes de Dreux-Bretagne.

LI. Les vitres peintes ont été remplacées en 1786 par du verre blanc pour éclairer le chœur provisoire établi au centre du transept, durant les travaux de la décoration du chœur. D'après le Manuscrit de Pintard , il y avait deux prophètes ou deux saints en tunique et manteau ; dans le bas , on voyait un écusson aux armes de Dreux- Bretagne.

LU. Deux grandes figures : 1° Un saint en robe d'azur et en manteau jaune ; 2° Saint Antoine vêtu d'une robe violette et d'un manteau blanc , tenant un livre ; sous ses pieds , on lit : sent oein, pour saint Ouen? Le donateur est représenté debout au bas de son vitrail; c'est un diacre revêtu de l'amict, de l'aube blanche et de la dalmatique rouge ; il joint les mains devant la croix posée sur un autel.

La rose représente un saint archevêque, probablement saint Ambroise; il est debout, en habits pontificaux; il bénit de la main droite et porte un livre dans la gauche ; deux flambeaux brillent à ses côtés. Un pétale de cette rose est garni d'un panneau provenant de la chapelle absidale.

LUI. Saint Paul; il est chauve, vêtu d'une robe et d'un manteau bistre; il tient le livre et l'épée. La bordure en verre blanc a été placée en 1769.

LIV. Saint Pierre en robe blanche et manteau d'azur , la chevelure et la barbe blanches ; il est nimbé de bleu ; dans ses mains , il tient les clefs. Bordure en verre blanc.

Dans la rose , se trouve le donateur du vitrail ; c'est un diacre vêtu d'un amict jaune , d'une aube blanche et d'une dalmatique bistre ; il porte le livre des évangiles sur la poitrine.

LV. (Dans la nef.) Ce vitrail a été défoncé en 1786 pour éclairer le chœur provisoire ; la grande figure représentait saint Symphorien debout avec la palme ; cette figure est placée aujour-

d'hui dans la fenêtre de la chapelle de Vendôme. Dans le bas , se voyait le martyre de saint Symphorien : on lui tranchait la tête avec une hache.

LVI. Cette verrière est en partie cachée par le buffet des orgues. Elle contient les ligures de deux saintes dont les noms se lisent trop incomplètement pour les déterminer avec une entière certitude. 1° Sainte Justine debout, tête voilée, nimbée de rouge, longue robe violette et manteau blanc ; elle tient un livre fermé ; on lit avec peine : s. iv...n.... 2° Sainte Colombe assise, tenant un livre ouvert où se trouvent des lettres indéterminables; elle est vêtue d'une robe bistre.

La rose montre le grand saint Hilaire , évèque de Poitiers ; il est assis sur un siège. Il bénit de la main droite , et tient la crosse dans la gauche ; à ses côtés sont deux fidèles qui le supplient en joignant les mains ; on lit : sanctus ilarivs.

LVII et LVIII. Ces deux fenêtres ont perdu leurs vitraux depuis 1648 ; elles sont aujourd'hui bouchées avec une grossière maçonnerie. Dans la rose , saint Grégoire-le-Grand est assis sur un trône; il est vêtu pontiûcalement , la tiare pointue sur la tète ; il bénit de la main droite , et tient la croix pastorale dans sa main gauche ; on lit : s. gregorivs. Le panneau du centre est renversé.

LIX. Deux grandes figures assises : 1° Saint Barthélémy , apôtre; il est vêtu d'une robe verte et d'un manteau jaune ; dans sa main droite il a le couteau de son martyre , et dans sa gauche un livre; on lit cette inscription: s. bartolomevs. 2° Moïse, en robe blanche et manteau bistre ; il porte le nimbe vert et de longues cornes, et tient en ses mains une banderolle jaune; on lit : moïses. Ce vitrail et le suivant ont été donnés par la corporation des tourneurs ; l'on voit ici un tourneur qui travaille sur son tour; de légers copeaux tombent de la pièce de bois qu'il façonne.

LX. La grande figure est saint Calétric, évèque de Chartres; il a de riches habits pontificaux ; il bénit de la main droite et tient sa crosse dans la gauche; l'inscription porte, s. caletricvs. Dans le bas , un tourneur vêtu d'une blouse ; il est devant son tour , sur lequel il ajuste une pièce de bois.

La rose offre saint Augustin , en habits pontificaux ; il est assis, et bénit de la main droite; à ses côtés deux anges l'encensent; l'inscription porte : s. avgvstews.

LXI. Saint Philippe, apôtre, debout et tenant un livre; il est vêtu d'une robe verte et d'un manteau bistre, et nimbé de rouge. Dans le bas, un prophète est assis sur un siège ; il porte le bonnet juif et le nimbe rouge ; dans sa main gauche , il tient une banderolle où se lit : ieremias pra.

LX1I. Saint Jacques-le-Mineur placé dans une niche coquillagée ; il tient une palme d'or à la main ; et pour vêtements il a une tunique blanche et un manteau d'azur; on Ht: s. iacobus. Dans le bas , se voient les donateurs , probablement les Gaufridus , avec la bannière chargée d'une chausse rouge ; ils sont à peu près figurés comme dans la verrière du rond-point du chœur.

La rose représente saint Jérôme , sanctvs geronimvs ; il est en habits sacerdotaux , et assis entre deux tables ; l'une porte un livre sur lequel il écrit , l'autre a un long volume déroulé ; c'est encore pour nous redire que saint Jérôme a traduit l'ancien Testament , a pris la science de la Synagogue pour la donner à l'Église catholique. Le saint docteur tient une plume dans sa main droite et un canif dans sa gauche.

LXIII. Ce vitrail est consacré à sainte Foi, vierge d'Agen, et dont les actes nous ont été transmis par notre illustre Fulbert. La grande figure représente cette courageuse Vierge, debout, tenant un sceptre fleuronné dans la main droite et un livre dans la main gauche ; pour vêtements , elle a une robe violette avec deux bandes d'or et de pierreries , et un manteau rouge doublé de blanc; l'inscription porte: sa. fides. Dans le bas on voit son martyre : la sainte est couchée sur un gril enflammé ; deux bourreaux activent le feu avec des soufflets ; deux autres bourreaux versent de la graisse sur le feu ; le proconsul Dacien tenant l'épée haute assiste au spectacle des tortures qu'il fait subir à une jeune vierge; saint Caprisius se voit aussi près de la sainte. Au-dessus, une colombe blanche descend du ciel tenant au bec une riche couronne d'or et de gemmes , qu'elle doit poser sur la tête de sainte Foi 1 .

LXIV. La grande Ggure représente la très-sainte Vierge debout et tenant son Enfant; elle aune riche couronne sur la tête, et

1 Miroir historial , lib. xii, cap. 133.

elle est vêtue de la robe violette et du manteau vert ; elle tient à découvert le sein droit; le petit Jésus bénit, comme à l'ordinaire; l'inscription est : sa.ncta maria. Sous la grande figure de Marie , il se trouve une scène évangélique : Jésus apparaît à Madeleine après sa résurrection ; il lui dit : Ne me touchez point ; Madeleine est agenouillée et joint les mains. Au bas de la bordure , on voit deux femmes debout avec les mains jointes ; ce sont probablement les donatrices du vitrail.

Dans la rose , on voit saint Solemne assis et bénissant , entre deux jeunes Saints au nimbe jaune et blanc ; l'inscription est un peu fruste : s. solle...s.

LXV. Saint Pierre, s. petrvs, en robe verte et en manteau bleu ; il a la tête chauve et il tient en mains les clefs et le livre de la Doctrine. Ce vitrail et le suivant ont été donnés par les pâtissiers ; ici on voit l'un d'eux vendre des galettes ou gâteaux.

LXVI. La grande figure représente saint Jacques-le-Majeur , s. iacobvs; il tient une petite croix dans ses mains; sa tunique est jaune et son manteau bleu est coquillagé d'argent. Les panneaux inférieurs offrent deux scènes : 1° Un pâtissier travaillant au milieu de ses moules et autres ustensiles ; 2° Deux garçons pâtissiers transportent, dans un panier, les gâteaux sortant du four.

Dans la rose, Jésus-Christ, en robe blanche et manteau bleu, bénit de la main droite et porte le globe du monde dans la gauche ; près de sa tête , il y a l'alpha et l'oméga ; à ses côtés , deux anges thuriféraires.

LXYII. Saint Laumer, abbé, en habits sacerdotaux ; il bénit de la main droite , et dans sa gauche il porte une crosse simple ; l'inscription est incomplète : saino..arvs. Au bas du vitrail, saint Laumer est couché sur son lit ; il est malade â la mort , et reçoit la visite de saint Malard , évêque de Chartres , qui bénit le saint abbé; saint Malard est accompagné de deux clercs.

LXVIII. Le dernier vitrail est consacré à sainte Marie l'Egyptienne , s. egiptiaca ; en commençant par le bas on trouve : au premier tableau, Marie assise; sur ses genoux, elle a le manteau de Zozime; elle raconte l'histoire de sa vie; saint Zozime est assis et écoute avidement. Au second tableau , est figurée la sépulture de sainte Marie l'Egyptienne; voici comme ce fait est ra-

conté par Jacques de Voragine : « Tandis que le vieillard essayait » de creuser la terre, mais qu'il ne pouvait y parvenir, il vit » venir un lion très-doux , et lui dit : Cette sainte m'a commandé » de l'ensevelir , et je ne puis creuser la terre , car je suis vieux , » et je manque des instruments nécessaires. Toi donc, creuse » cette terre , et gratte tant que nous puissions ensevelir le corps. » Et le lion commença aussitôt à creuser et lit une fosse suffi- » santé ; et lorsque le corps y fut déposé , il s'en retourna aussi » paisible qu'un agneau ; et le vieillard revint à son monastère en » glorifiant Dieu. » Ici le lion aide saint Zozime à mettre dans la fosse le corps de la sainte pénitente. Le haut de ce vitrail est occupé par une grande figure de sainte Marie égyptienne, vêtue d'une robe bleue : dans la main gauche elle tient un sceptre fleuri.

Dans la rose , le peintre-verrier a figuré une seconde fois saint Laumer; le saint est vêtu de la chasuble, de la dalmaticelle et de la tunicelle comme un évêque ; dans sa main droite il tient un livre ; dans sa gauche il porte la crosse. A ses côtés sont deux moines assis , vêtus d'une tunique verte et tenant un livre ouvert ; l'inscription est fruste : eroisms.

§ 3. — Les Vitraux de V étage inférieur.

Les vitres peintes de l'étage inférieur offrent avec profusion les ' scènes de la Bible , de la vie des Saints et de l'histoire ecclésiastique. Cinq verrières seulement sont ce que les savants auteurs de la Monographie de Bourges appellent des verrières théologiques, présentant les grandes vues du symbolisme chrétien; ces compositions théologiques sont les vitraux de Noé , de Joseph , de la Nouvelle-Alliance, de l'Enfant prodigue et du Samaritain.

De tous ces splendides vitraux , nous ne donnerons aujourd'hui qu'une légère esquisse, nous contentant de décrire rapidement chaque panneau. Pour avoir des détails sur les faits des verrières légendaires , on peut consulter : le Miroir historial par Vincent , évêque de Beauvais et précepteur des enfants de saint Louis ; la Légende dorée , par Jacques de Voragine , archevêque de Gênes ; le Catalogue des vies des Saints, par Pierre de Natalibus, évêque d'Equilin ; la Chronique de saint Antoine , archevêque de Florence ;

les Vies des Saints, par le milanais Monbrizio; les Vies des Saints, par Lippomani, évèque de Bergame; les Vies des Saints, pari* chartreux Surius; les Fleurs des vies des Saints, par le jésuite Ribadeneira ; les Annales ecclésiastiques du cardinal Baronius; les Acta Sanctorum, par les Bollandistes belges; les Actasincera Martyrum du bénédictin Ruinart; on peut aussi consulter deux hagiographes grecs : les Vies des Saints, par Siméon Métaphraste, et Y Histoire ecclésiastique, par Nicéphore Calliste. Tous ces écrivains se distinguent par la fidélité avec laquelle ils reproduisent la substance des actes primitifs , où nos pieux peintres-vitriers ont puisé leurs inspirations.

Dans les vitraux de l'étage inférieur, il y a beaucoup de panneaux déplacés ou retournés ; ces déplacements proviennent quelquefois du peintre qui s'est trompé ; mais le plus souvent ils sont dus à l'inadvertance du poseur et du vitrier-racommodeur. Nous décrirons chaque panneau à la place qu'il devrait chronologiquement occuper , sans que nous en avertissions chaque fois le lecteur; nous comptons sur son intelligence.

Pour lire un vitrail, il faut commencer en bas et aller de gauche à droite, comme pour lire un livre; c'est la méthode presque exclusivement suivie par les artistes du Moyen-Age.

Nous décrirons d'abord le vitrail placé près du clocher-neuf; puis nous continuerons en faisant le tour de l'église et en nous arrêtant au clocher-vieux.

I. Vitrail de Noé. — Au premier médaillon losangé, Dieu annonce à Noé qu'il va perdre la terre et lui ordonne de construire une arche. Dans les médaillons voisins, on voit la femme et les enfants de Noé , et plusieurs personnages qu'il est difficile de déterminer. — Noé construit l'arche ; ses fils lui aident. — Des animaux de toute chair, chevaux , chameaux , éléphants , lions , tigres, moutons, oiseaux, se rendent dans l'arche. — L'arche flotte sur les eaux; et les médaillons voisins offrent une foule d'hommes et d'animaux qui périssent dans les eaux. — Il y a déjà plus de onze mois que le déluge a commencé ; Noé ouvre la fenêtre de l'arche et lâche une colombe blanche qui revient bientôt après , portant à son bec un rameau vert. — D'après l'ordre de Dieu, Noé fait sortir de l'arche tous les animaux qui y étaient renfermés ; puis il sort lui-même avec toute sa famille. — « Or, Noé éleva un

» autel au Seigneur; et prenant de tous les animaux et de tous » les oiseaux purs , il offrit un holocauste sur l'autel. Et l'odeur » en fut agréable au Seigneur » qui se montre porté sur l'arc-enciel, signe de l'alliance qu'il conclut avec Noé. — Noé plante la vigne. — Il fait la vendange. — Il est assis , tient une coupe que son flls remplit de vin : il s'enivre. — Dans l'avant-dernier médaillon losangé, Noé assis apprenant ce qu'avait fait le plus jeune de ses fils, dit : « Que Chanaan soit maudit! qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères !» Et il bénit Sem et Japhet. Tel est l'exposé rapide de tous les médaillons qui composent cet immense tableau. En l'exposant à nos regards , le peintre-verrier voulait avant tout nous rappeler ce qui, d'après les saints Docteurs, est caché dans l'histoire du second père de l'humanité, histoire toute figurative et qui ne trouve toute sa réalité que dans Jésus-Christ.

En effet, Noé qui signifie repos ou consolation; l'arche qu'il bâtit pour le déluge , où il entre et d'où il sort; la colombe, avec son rameau d'obvier, qui lui annonce la paix du ciel ; le sacrifice qu'il offre ; la satisfaction avec laquelle Dieu l'agrée ; la bénédiction qu'il répand sur Noé et sur toute sa race ; l'éternelle alliance qu'il contracte avec lui et avec elle : tout cela s'est accompli plus réellement encore dans le Christ. Il est le vrai Noé, notre vraie consolation et repos ; il a bâti une autre arche , son Église , pour nous transporter de la mort éternelle à l'éternelle vie ; il est entré dans les eaux du Jourdain avec le monde coupable , et il en est sorti avec le monde régénéré; l'Esprit de sainteté et de grâce descend sur lui en forme de colombe, et une voix se fait entendre du ciel : C'est ici mon Fils bien-aimé ; il offre un sacrifice d'un prix infini ; il s'offre lui-même , et nous avec lui ; Dieu se réconcilie avec nous, nous comble de ses bénédictions, nous aime en lui d'un amour ineffable , et nous adopte pour ses enfants à jamais.

Le vitrail de Noé a été donné par les ouvriers en bois, charpentiers , charrons et tonnelliers ; on les voit travaillant de leur état dans les trois médaillons inférieurs.

II. Vitrail de saint Lubin l . — Le fenestrage ou l'ossature de

1 Les actes de saint Lubin , évêque de Chartres , ont été publiés par les Bollandisles d'après d'anciens Mss recueillis par André du Chesne ; voyez le tome II du mois de mars.

ce vitrail se compose de trois médaillons circulaires entourés de quatre lobes, et de deux médaillons semi -circulaires accompagnés de deux lobes. Les médaillons ont été réservés pour les donateurs du vitrail , et les lobes racontent la vie de saint Lubin ; c'est par celle-ci que nous commençons.

Les deux panneaux inférieurs offrent une scène difficile à déterminer; on y voit des gens à cheval suivis de laïcs, de prêtres . avec une croix, qui viennent de sortir d'une église. — Plus haut, Lubin, vêtu en pâtre, sort de Poitiers et conduit son troupeau. — Il reçoit d'un prêtre à cheval , l'alphabet tracé sur sa ceinture de berger. — Un moine lui donne des leçons , en présence de son père. — Il étudie sa leçon en gardant ses moutons. — Il entre au monastère de Noailles, près de Poitiers. — L'abbé vêtu d'une tunique verte lui donne la tonsure et le froc. — Lubin est visité par le diacre Carileffus et un moine; un livre ouvert est placé sur un prie-Dieu pour indiquer son grand amour pour la lecture.

— Accompagné des deux moines Enfronius et Rusticus, il retourne vers saint Avit. — Ils sont reçus par saint Avit qui les bénit. — Saint Lubin est fait célérier du monastère : pour lui conférer cette charge, saint Avit lui donne des clefs. — Saint Lubin est sacré évêque de Chartres. — Vêtu pontificalement et monté sur un cheval , il sort de Chartres pour aller visiter son diocèse.

— Dans les deux lobes supérieurs , saint Lubin en habits pontificaux, mitre et crosse, bénit une grande urne en présence de trois individus. Nous pensons que c'est une allusion au trait suivant : « Une maison située dans un faubourg de Chartres était » infestée par les démons et ébranlée jusqu'en ses fondements » par de fréquentes pluies de pierres. Les voisins effrayés aban- » donnèrent leurs demeures, et vinrent trouver saint Lubin. Le » serviteur de Dieu les encouragea, leur donna de l'eau qu'il » avait sanctifiée par un signe de croix , et leur enjoignit d'en » jeter sur les endroits les plus tourmentés. Aussitôt que cela fut » fait, l'ennemi effrayé prit la fuite et la maison fut délivrée de » ses maléfices ». »

Les médaillons circulaires et la bordure représentent les dona-

1 Voyez les Acta sanctorum, tomo II de mars , page 353.

leurs, les marchands de vin : dans le bas du vitrail, un marchand de vin ou tavernier sort de sa maison , qui porte un cerceau pour enseigne, et donne à boire à un individu assis sur un petit siège.

— Au second médaillon , un tavernier monté sur son cheval blanc mène un tonneau de vin placé sur une charrette. — Un tavernier tire du vin à un tonneau. — Au quatrième médaillon, la scène s'élève pour montrer que le vin se change au sang adorable de Jésus-Christ; les taverniers du XIIP siècle ont voulu que le peintre représentât un prêtre offrant le saint sacrifice de la Messe; le prêtre est assisté par un ecclésiastique qui tient les burettes.

— Au sommet, le peintre a figuré Jésus qui est le Vin qui fait germer les Vierges, Vinum germinans Virgines; Jésus est assis et bénissant. — Dans la bordure, il y a dix-huit petits taverniers qui tiennent des coupes pleines de vin.

III. Vitrail de saint Eustache l . — L'histoire merveilleuse de saint Eustache se déroule sur cette magnifique verrière , qui a été donnée par les drapiers et les pelletiers ; ils se sont fait figurer dans les quatre petits cercles qui entourent le second médaillon losangé. — Presque tous les médaillons sont déplacés; ce qui rend le vitrail très-difficile à lire.

Eustache et ses compagnons, accompagnés de leurs chiens, sont à cheval et poursuivent un troupeau de cerfs ; l'un des cerfs se distingue par sa taille et sa beauté ; dans les petits médaillons voisins , quatre veneurs tiennent des chiens en laisse , ou les excitent à la poursuite du gibier. — Le grand cerf s'est arrêté sur un rocher; il porte, au milieu de ses cornes, l'image de la sainte croix; Eustache est descendu de cheval et écoute à genoux Jésus-Christ qui lui parle par la bouche du cerf; on lit : placidas ; c'était le nom d'Eustachc avant son baptême. — Eustache est baptisé par l'évèque de Rome ; sa femme Theopista et ses deux fils , Agapitus et Théopistus , attendent aussi le baptême. — Après avoir perdu tous ses biens, il part de Rome, avec sa femme et ses enfants. — Il demande le passage sur un navire qui se rend en Egypte. — Il monte sur le navire avec sa famille. — Arrivé en Égypte et n'ayant

> Miroir hUtorial , lib. x, cap. 58 , 59 , 60 , 61 el 82. - Baronius, tome H, Annaiium, ad ann. 103.

pas de quoi payer le prix du passage , Eustache est obligé de laisser sa femme au capitaine du navire. Tout désolé, il descend du navire avec ses deux fils. — Il est au milieu d'un fleuve; un loup accourt, saisit Théopistus qu'il emporte dans sa gueule , mais des laboureurs le poursuivent de leurs clameurs. Un lion emporte Agapitus, que des bergers vont délivrer. — Deux soldats envoyés par l'empereur Trajan à la recherche d'Eustache , se disent : « Comme » notre hôte ressemble à celui que nous cherchons. » — Ils reconnaissent leur ancien général. — Trajan assis écoute les aventures d'Eustache. — On amène à Eustache ses deux fils, comme recrues. — Les deux frères s'embrassent et se reconnaissent. — Théopista sort de chez elle, pour aller trouver Eustache. — Eustache reconnaît sa femme et ses deux fils qu'il croyait perdus. — L'empereur Adrien exhorte Eustache à sacrifier à Apollon ; le généreux chrétien refuse. — Adrien adore Apollon , en action de grâces de la victoire remportée par Eustache. — « Cependant » l'empereur ordonna de chauffer un bœuf d'airain , et de les y » renfermer vivants. Les martyrs y étant entrés, supplièrent les » bourreaux de leur donner un instant pour prier; et étendant les » mains ils demandèrent au Seigneur d'ordonner que ce feu les » flt mourir. Ensuite ils se livrèrent avec joie au feu dont l'ardeur » les étouffa bientôt. Trois jours après , l'empereur les fit tirer du » bœuf, et ils furent trouvés intacts ; leurs cheveux n'étaient pas » même brûlés 1 . » Au sommet, on voit Eustache et sa famille dans le bœuf d'airain.

IV. Vitrail de Joseph 3 . — Joseph est couché sur un lit , et il voit en songe le soleil, la lune et onze étoiles qui l'adorent; on lit : iosep. — Jacob assis dit à Joseph : « Allez à Sichem , et voyez si » tout va bien pour vos frères et pour les troupeaux. » Joseph porte un vase et des pains. — Les frères de Joseph , au milieu de leurs troupeaux, l'arrêtent avec violence. — Ils le descendent dans une citerne. — Ils le vendent à des marchands ismaélites. — Des bergers envoyés par eux montrent à Jacob la robe de Joseph , et

1 Miroir historial , lib. x , cap. 82.

» Genèse, chap. xxxvh-l. — Le vitrail de Joseph se retrouve à Bourges ; voyez la Monographie des Vitraux de Bourges.

ils lui disent: Nous avons trouvé cela; voyez si ce n'est pas la robe de votre fils. — Les marchands ismaélites vendent Joseph à Putiphar; l'inscription porte : pvtifar. — Le chaste Joseph refuse de consentir aux infâmes propositions de la femme de Putiphar.

— Celle-ci l'accuse devant son mari, qui est assis sur un siège, tenant un sceptre en main. — Putiphar condamne Joseph à la prison; un valet tire Joseph avec force. — Joseph est jeté dans une prison , où l'on voit déjà deux officiers de la cour ; le geôlier lève un bâton pour frapper Joseph. — Le peintre a figuré ici les songes de ces deux officiers : l'échanson presse une grappe de raisin dans une coupe d'or ; le pannctier porte sur sa tête une corbeille remplie de pains qu'un oiseau becquette ; Joseph est au milieu. — Pharaon tout vêtu et couronné dort sur son lit; il voit en songe sept vaches grasses et sept vaches maigres et décharnées.

— Joseph est présenté à Pharaon et lui explique à genoux ses deux songes ; on lit : pharaon. — Les Egyptiens vannent le blé qu'ils recueillent durant les sept années d'abondance. — Ils emplissent de blé les greniers publics pour servir de nourriture durant les sept années de famine. — Jacob envoie une seconde fois ses fils en Egypte , pour y chercher du blé ; Benjamin est avec eux.

— Ils sont en marche , montés sur des ânes ou des mulets. — Joseph les reçoit avec bonté et il demande des nouvelles de son père Jacob. — Joseph leur donne un festin; et ses frères boivent et se réjouissent avec lui. — Cependant ils sont déjà sortis de la ville avec leurs sacs de blé; l'intendant de Joseph les a atteints, et, ayant examiné leurs sacs, il retrouve la coupe d'or dans le sac de Benjamin ; l'inscription porte : bengemmin. — Les frères de Joseph montés sur des chameaux sont revenus de l'Egypte et annoncent à Jacob que son fils Joseph vit encore et règne en Egypte. — Jacob monté sur un cheval part pour l'Egypte avec toute sa famille. — Joseph est venu à la rencontre de son père et l'embrasse tendrement ; les inscriptions portent : iacob , ioseph.

— Au sommet du vitrail , Jésus est assis entre deux (lambeaux ; il bénit de la main droite ; sa figure est un raccommodage du XVI' siècle.

Ce vitrail a été donné par les changeurs ou monnayeurs , qui , dans les deux médaillons inférieurs, pèsent des pièces d'or et d'argent.

V. Vitrail de saint Nicolas *. — Jeanne vient de mettre au monde son fils unique, Nicolas; elle est couchée dans son lit, et une servante lui présente un breuvage. — Le petit Nicolas est lavé dans un baquet par deux sages-femmes ; il se dresse dans le bain. — Il refuse le sein de sa mère. — Il apprend à lire dans une école. — Ayant appris qu'un père voulait livrer ses trois filles à l'infamie, Nicolas jette secrètement, par la fenêtre, de quoi doter les trois filles. — Le malheureux père s'est éveillé au bruit de l'argent qui tombait , et il a couru après Nicolas qui fuyait ; il s'agenouille en terre et il veut lui baiser les pieds. — Nicolas entrant dans l'église , est arrêté à la porte ; on lui déclare qu'il sera évêque de Myre; un évôque est à genoux devant un autel. — Saint Nicolas est sacré évêque; ce sujet se trouve, par déplacement, vers le haut du vitrail. — Les trois étudiants parlent avec un hôtellier armé d'une hache. — L'hôtellier , aidé de sa femme , assassine les trois étudiants. — Une femme présente à saint Nicolas le petit enfant qu'elle a obtenu du ciel par les prières du saint. — Quand cet enfant eut grandi , le père et la mère avec leur fils se sont embarqués pour aller à l'église de saint Nicolas; en puisant de l'eau avec la coupe d'or, l'enfant tombe dans la mer. — Le père et la mère désolés prient dans l'église de saint Nicolas ; en même temps leur fils apparaît portant en ses mains la coupe d'or ; saint Nicolas l'avait préservé de tout mal. — Des mariniers qui menaient des navires chargés de blé , donnent une partie de leur chargement pour soulager le peuple de Myre. — Saint Nicolas parle aux trois patrices , Népotien , Orsin et Apolin , qui sont assis. — Un homme ayant emprunté à un juif une somme d'argent, jure sur l'autel du glorieux saint Nicolas qu'il le rendra. — L'emprunteur de mauvaise foi ayant mis cette somme dans un bâton creux , prie le juif de tenir son bâton et prête serment devant la statue du saint qu'il lui a rendu plus qu'il ne lui avait prêté. — L'emprunteur est puni de son parjure : s'étant endormi dans un carrefour , un chariot l'écrase. — Un vandale qui avait mis tous ses biens , sous la garde d'une statue de saint Nicolas, bat cruellement

1 Miroir historial, lib. xni , cap. 67-81 . —Voyez aussi , dans la Mono graphie de Bourges, l'explication du vitrail de saint Nicolas.

l'image du saint évèque, parce que des voleurs ont dévasté sa maison.

Ce vitrail a été donné par les épiciers ou les pharmaciens représentés dans les trois médaillons inférieurs : 1° Un homme assis tenant une ceinture; sur une table, il y a deux sortes de graines. 2° Une femme tenant une balance s'apprête à peser ce que lui achète un homme; dans sa boutique, on voit pendus des paquets de cierges , des ceintures , etc. 3° Un homme assis pile dans un mortier; à côté de lui , il y a un vase au long col.

VI. Vitrail de la Nouvelle- Alliance. Ce sujet est un des plus savants , des plus grandioses , que le Moyen-Age ait traité ; aucun n'olïre une signification mystique plus étendue ; c'est le plus vaste ensemble d'idées qu'ait réalisé la peinture sur verre. On peut voir ce sujet expliqué avec un savoir profond par le R. P. Cahier ; il y a consacré cent trente-deux pages de la Monographie de Bourges. Quant à nous, nous n'essaierons même pas de donner une idée des significations mystérieuses qui y sont cachées; nous nous contenterons de désigner le sujet de chaque médaillon. Pour avoir l'ordre chronologique, il faut commencer par le haut du vitrail, qui a perdu en 1816 sept panneaux remplacés par du verre blanc,

Au sommet du vitrail , on voyait Dieu le Père dans un nuage — La crucifixion ; on vient d'élever la croix sur laquelle est cloué le Fils de Dieu ; à droite Marie et les saintes Femmes pleurent ; à gauche deux bourreaux , dont un tient une échelle , et l'autre une épée. — Jésus est couronné d'épines par deux bourreaux. — Il est attaché tout nu à une colonne , et deux bourreaux le battent cruellement. — Caleb et Josué portent sur un bâton une grappe de raisin. — Un ange apparaît à Gédéon. — Jésus meurt sur la croix ; à sa droite est l'Eglise couronnée comme une reine; dans ses mains elle tient un petit temple et une croix hastée ; à la gauche de Jésus, se voit la Synagogue aux yeux bandés; elle perd son étendard et sa couronne , et un petit diable lui décoche un trait dans les yeux. Sous la croix de Jésus , Adam tenait un calice pour

1 Voyez la Description des ruraux , Ms de Pintaid. Tous les sujets que nous écrivons en italique, manquent el sont remplacés par du verre blanc.

recevoir son sang. — Moïse montre le serpent d'airain aux Israélites. — Les juifs immolent l'agneau pascal, et avec son sang marquent les poteaux des portes. — Jacob bénit les deux (ils de Joseph ; le patriarche croise les bras. — Jésus est descendu de la croix. — Abraham tenant un vase enflammé et Isaac portant le bois du sacrifice se rendent à la montagne de Moria. — Abraham lève le glaive pour immoler Isaac ; un ange l'arrête. — Un pélican se déchire la poitrine pour nourrir ses petits; David est assis et tient une banderolle sur laquelle est écrit : factcs sum sicut pelicano. — Elysée ressuscite le fils de la Sunamite : elisevs. — Elie demande un peu de pain à la veuve de Sarepta ; cette veuve tient deux morceaux de bois en forme de croix ; son fils est derrière elle. — Jonas sort de la ville de Tarse. Jésus est placé dans sa sépulture par Joseph d'Arimathie et d'autres disciples. — David déchire un ours. — Samson emporte les portes de Gaza.

Les maréchaux et les forgerons sont les donateurs de cette verrière ; ils sont figurés dans l'exercice de leur métier : 1° Deux hommes versent du combustible dans les fourneaux de la forge. 2° Un maréchal ferre un cheval placé dans un travail. 3° Deux forgerons battent le fer sur une enclume.

VII. (Dans le transsept nord.) Vitrail de l'Enfant prodigue \ — Le peintre -verrier a quelque peu brodé sur le thème fourni par l'Evangile. Le lecteur en jugera par l'exposé rapide que nous lui offrons ici.

Le prodigue demande à son père la portion de son héritage. — Le père la lui donne; il est devant un coffre-fort d'où il tire un vase d'or et des pièces de monnaie; un serviteur qui garde les bœufs, est témoin éloigné de cette scène. — Le prodigue, monté sur un cheval et accompagé d'un valet de pied , quitte la maison paternelle. — Il continue sa route. Deux courtisanes l'engagent à entrer dans leur demeure. — Le prodigue festinc avec les deux courtisanes ; l'une d'elles le baise au front ; à droite et à gauche de ce tableau , on voit des valets et des servantes préparer les mets , les apporter sur des plats, etc. — Les deux courtisanes couronnent de fleurs le prodigue et l'embrassent. — Le prodigue est couché

1 Voyez l'explication de ce vilrail dans la Monographie de Bourges.

sur son lit; deux joueurs viennent lui offrir une partie d'échecs.

— Le prodigue presque nu (il ne s'est pas donné le temps de se vêtir) joue aux échecs; l'échiquier est posé sur les genoux des joueurs. — Deux adolescents (probablement les joueurs) et une courtisane dépouillent le prodigue et le battent sans pitié. — Une courtisane chasse de sa maison le prodigue ruiné; elle est armée d'un bâton. — Elle écoute à sa porte les plaintes du prodigue presque nu. — Le prodigue va s'offrir à un homme riche pour garder ses troupeaux. — Il garde les pourceaux, et abat des glands.

— Au milieu de ses pourceaux , il paraît profondément triste ; il prend la résolution de retourner vers son père. — Il s'est mis en route pour aller à la maison paternelle. — Il obtient le pardon de ses fautes; son père l'a relevé et le tient par la main. — Son père le revêt d'une belle robe. — Il fait tuer le veau gras. — On fait cuire le veau gras; le festin s'apprête. — Le père explique à son fils aîné la cause de sa joie; l'aîné porte un fer de charrue, pour rappeler qu'il revient des champs. — Le père festine avec ses deux fils ; un musicien joue du violon , et un enfant tient devant lui un cahier de musique ; un jeune serviteur apporte une coupe d'argent, et un autre tient un grand vase plein de vin. — Au sommet du vitrail, on voit Jésus bénissant et tenant la boule du monde; à ses côtes sont deux anges adorateurs.

VIII. Vitrail de saint Laurent. — Ce vitrail a disparu lors de la construction de la chapelle de la Transfiguration, en 1791; il a été remplacé par du verre blanc , afin de donner plus de jour à la chapelle. La bordure existe encore, et contient vingt-un anges thuriféraires. Jadis il y avait au pied de ce vitrail un autel des Saints Anges , fondé en 1258 par le roi saint Louis.

IX. Vitrail des Vierges. — Ce vitrail a été défoncé en 1791 , et l'ouverture de la fenêtre a été maçonnée. D'après le manuscrit de Pintard, on y voyait les dix vierges de l'Évangile; on lisait : virgines prudentes. Dans le haut paraissait Marie tenant son divin Fils; il y avait cette inscription : regina virgimm. Au sommet du vitrail et au-dessus de Marie, Jésus bénissait de la main droite.

X. (Dans le bas -côté du chœur.) Vitrail inconnu. — Malgré toutes nos recherches , nous n'avons jamais pu trouver le nom du saint évêque, qui est le héros des tableaux composant ce vitrail : nous l'abandonnons à plus savant ou plus heureux que

nous. — Le donateur est Gaufridus Chardonnel, chanoine de Chartres et archidiacre du Dunois en 1242 *; il est revêtu de vêtements pontificaux ; on lit : gavfrid* chardone.

XL Vitrail de saint Nicolas. — Ce vitrail a été donné par le cardinal Etienne , évêque de Palestrine , vers 1240 ; il est figuré dans le bas; il porte l'aube blanche, l'étole verte et la chape bistre; il est à genoux devant une image de la très-sainte Vierge. Dans un autre médaillon , on voit le frère et la nièce du cardinal également agenouillés devant une image de Marie. On lit l'inscription : steph : cardinalis dédit HÂc vitreà. — Dans les seize tableaux du vitrail on voit les sujets suivants :

Les habitants de Myre adorent la statue de Diane. — Saint Nicolas vêtu pontificalement , la mitre sur la tête , est dans une chaire carrée; un clerc tient la crosse; le saint évêque prêche son peuple et l'éloigné de l'idolâtrie. — Saint Nicolas renverse avec sa crosse la statue de Diane; on lit : diana. — Trois magiciens parlent à un démon qui leur commande de préparer une huile infernale appelée le Mydiaton. — Ils la préparent sur un fourneau. — Ils la transvasent. — Ils la donnent au démon. — Des pèlerins descendent d'un navire. — Le démon sous la figure d'une femme dévote leur donne du Mydiaton pour l'offrir à saint Nicolas. — Le Saint paraît sur le navire au milieu des pèlerins et leur recommande de jeter dans la mer cette huile infernale. — L'huile jetée dans la mer y allume un grand incendie. — Jctron va entrer dans l'église de saint Nicolas, pour lui demander un fils. — De nombreux pèlerins se trouvent en danger sur un navire. — Ils descendent de leur navire et reçoivent à genoux la bénédiction du saint évêque.

Dans la petite rose, Jésus assis bénit le monde; il est entouré des quatre animaux évangéliques : lion, bœuf, aigle et homme.

XII et XIII. Ces deux fenêtres sont garnies de magnifiques grisailles; l'une a sa bordure ornée de châteaux de Castille, sans doute pour nous dire que la reine Blanche est la donatrice du vitrail.

Dans la rose, on voit Jésus avec les animaux évangéliques.

XIV. C'est encore une belle grisaille avec une bordure aux jchàteaux de Castille.

1 Gallia christiana , tome VIII, col. 1393.

XV. Cette fenêtre est aussi garnie de vitraux en grisaille rehaussés de filets courants en couleur bleue et rouge. Dans le bas , on voit un médaillon circulaire où Ton a peint le martyre de saint Laurent: le saint diacre est placé sur un gril en losange; deux bourreaux soufflent le feu; un troisième retourne avec un croc le courageux martyr, et un quatrième jette du sel sur ses plaies. Le cruel Dacien est là debout et commandant aux bourreaux. Autrefois il y avait, près de ce vitrail, « l'Autel de sainct Laurent, au- » quel sont anssi les images saincte Cécile et saincte Apolline; » cet Autel est des dix anciens , qui ont leur revenu en commun 1 . »

La rose offre Jésus bénissant et accompagné de deux archanges avec sceptre, et de deux anges thuriféraires.

XVI. Vitrail de saint Thomas a . — Ce vitrail est assez difficile à lire parce qu'un grand nombre de panneaux ont été déplacés.

— Dans le premier tableau , Thomas met sa main dans la plaie du cœur de Jésus-Christ ; à côté , il y a deux panneaux aux armes de France 3 . — Jésus apparaît à Thomas , comme l'apôtre était à Césarée ; il lui ordonne de suivre le prévôt Abanès , chez le roi des Indes. — Jésus donne Thomas à Abanès, en lui disant que l'apôtre est très-habile en architecture. — Thomas et Abanès s'en vont aux Indes par mer; ils montent un navire. — Ils descendent du navire, et s'arrêtent à Andrinople , où le roi célébrait les noces de sa fille.

— Ils assistent au repas de noce; l'échanson frappe l'apôtre. — L'échanson en allant puiser de l'eau est dévoré par un lion ; un chien lui arrache la main, et la porte dans la salle du festin. — Enfin Abanès et Thomas sont arrivés aux Indes; ils paraissent devant le roi Gondoforus. — Le roi remet à l'apôtre de grandes richesses pour qu'il bâtisse un palais magnifique. — Le roi s'en va dans une autre province; il est suivi d'un cavalier qui porte un faucon sur le poing. — Le palais se construit ; Thomas parle aux ouvriers. — L'apôtre distribue aux pauvres tous les trésors du roi.

— Le roi est revenu; il fait enfermer Thomas dans une prison. —

1 Partliénie, 1 re partie, page 142.

» Miroir kûtorial, lib. îx, cap. 62-66. — Voyez le chap. u de la Monographie de Bourges.

* Toute celle zône inférieure de la fenêtre esl du XIV» siècle.

Le prince Gad, le frère du roi, meurt; un ange reçoit son âme.

— Thomas est délivré de prison ; six autres prisonniers sont derrière les barreaux. — L'apôtre et Abanès sont devant Gondoforus.

— Le roi est à genoux devant l'apôtre ; en même temps une vive clarté descend du ciel. — Cependant saint Thomas s'est rendu dans l'Inde supérieure; mais le roi l'a fait dépouiller de ses vêtements et l'oblige de marcher sur du fer ardent. — Il est jeté dans une fournaise enflammée, qui se refroidit bientôt. — Le roi veut lui faire adorer l'image d'or du soleil. — L'apôtre fléchit un genou devant l'idole, qui tombe en morceaux. — Le pontife du temple frappe l'apôtre avec le glaive. — Les chrétiens donnent à l'apôtre une honorable sépulture. — Le tombeau de saint Thomas est figuré au sommet du vitrail ; c'est un monument fort riche , élevé dans la ville d'Edcsse; il est éclairé par six lampes. Au-dessous on voit deux personnes renversées. Dans les deux médaillons voisins, des fidèles regardent le ciel.

XVII. Vitrail de saint Julien-l Hospitalier l . — Les donateurs du vitrail sont les ouvriers en bois, charpentiers, charrons et tonneliers; ils y sont figurés dans l'exercice de leur état. — Les deux premiers tableaux sont difficiles à déterminer; nous renonçons à leur trouver une signification appuyée sur l'histoire du saint, telle que nous la donnent les hagiographes du XIII' siècle.

— Julien s'est engagé au service d'un châtelain , casiellano servivit, dit Vincent de Beauvais; il le sert à table. — Le châtelain est malade à mourir ; Julien lui soutient la tête , pendant qu'un prêtre lui donne le saint viatique; la châtelaine pleure. — Le châtelain vient de mourir ; il est étendu sur son lit funèbre ; sa femme, Julien et un autre valet le pleurent. — Un prince offre un sceptre à Julien ; il le crée chevalier ; en même temps il lui promet de lui donner pour femme la veuve de son premier maître.

— Un prêtre revêtu de l'aube et du pluvial bénit le mariage de Julien avec la châtelaine; deux témoins assistent à la cérémonie.

— Ce médaillon nous offre le festin des noces ; un musicien joue du violon. — Saint Julien à la tête de plusieurs cavaliers va faire

1 Miroir historial , lib. !X, cap. H5; — La Légende dorée , do sancto Juliano; — voyez aussi tous les anciens hagiographes.

la guerre sainte contre les infidèles. — Il défait les Sarrazins, reconnaissantes à leurs casques pointus ; ils fuient à toute bride. —

— Au retour de la guerre, Julien, suivi d'un cavalier, frappe à la porte d'un chàteau-fort, et demande l'hospitalité. — Il repose tranquillement étendu sur un lit établi sous une espèce de tente.

— Un jeune écuyer lui offre son cheval. — Julien , monté sur un cheval, arrive le matin à la porte de son château. — 11 est entré chez lui , et trouvant dans sa chambre deux personnes qui dormaient ensemble , il les tue. — Il sort de chez lui tenant son épée ensanglantée ; il rencontre sa femme , et lui demande quels sont ceux qu'il a trouvés dans son lit. Et elle dit : « C'est votre père » et votre mère , qui vous ont cherché si longtemps , et je les ai » mis en votre chambre. » — Julien est dans le plus cruel désespoir; il se lamente devant les cadavres de ses chers parents.

— Il fait placer la dépouille mortelle de son père et de sa mère dans un beau mausolée ; un prêtre préside la cérémonie. — Julien et sa femme s'en vont ensemble vers un très grand fleuve, où beaucoup de gens périssaient. — Ils montent dans une barque pour traverser ce fleuve. — Ils bâtissent, près du fleuve, un hôpital pour faire pénitence et pour porter de l'autre côté de l'eau ceux qui voudraient passer. — Tous les pauvres sont admis dans cet hôpital ; ici Julien en introduit deux ; sa femme est à la porte pour les recevoir. — Julien et sa femme lavent les pieds de trois malheureux. — Jésus accompagné d'un ange thuriféraire appelle Julien, afin de passer le fleuve. — Julien, sans le savoir, passe Jésus dans sa barque ; sa femme à la porte de sa maison tient une lampe pour éclairer les passagers, car ceci se passe durant une nuit obscure de l'hiver. — Julien et sa femme étendus sur un lit, meurent; et deux anges emportent, sur une nappe blanche, leurs belles àmes dans le ciel.

XVIII. Cette fenêtre est garnie d'une fort belle grisaille rehaussée par des filets courants en couleurs.

XIX. Ce vitrail est le premier de la chapelle du Sacré-Cœur de Marie. Il est dédié aux deux premiers apôtres de Chartres, à saint Savinien et saint Potentien, et à sainte Modeste. — Ce vitrail , comme on l'a imprimé plus d'une fois , n'a pas été donné par les maçons, mais par les tisserands; l'un d'eux est figuré dans le vitrail; il lisse, et un enfant fait de petites bobines. Dans le panneau qui fait

le pendant de celui du tisserand , on voit un autel , et sur l'autel un tronc , où des pèlerins viennent déposer des pièces de monnaie. Ce médaillon rappelle sans doute que les offrandes des fidèles ont aussi contribué à payer ce vitrail. — Cette verrière est divisée en trois parties : la première se compose de tous les médaillons de gauche et renferme l'histoire de saint Savinien; la seconde est formée de tous les médaillons de droite et raconte l'histoire de saint Potentien ; le troisième , qui n'a que les trois médaillons du tympan, offre trois épisodes de la vie de sainte Modeste. — Un grand nombre de panneaux sont déplacés.

1° Histoire de saint Savinien *. — Jésus bénit saint Savinien et saint Potentien , qui sont agenouillés ; saint Pierre est debout. — Saint Pierre vêtu pontificalement bénit saint Savinien , saint Potentien et saint Edoald. — Saint Savinien accompagné de quatre saints missionnaires se dispose à entrer dans la ville de Chartres.

— Des maçons construisent une chapelle. — Saint Savinien consacre la chapelle qu'il a fait bâtir à Chartres , sur l'emplacement de la Cathédrale actuelle. — Saint Pierre et saint Paul apparaissent à saint Savinien durant son sommeil; le saint archevêque est vêtu pontificalement et couché sur son lit. — Saint Savinien avec saint Potentien et saint Edoald instruit Victorin et sa famille. — Entouré de tous ses saints compagnons , Savinien baptise Victorin.

— Saint Savinien et ses compagnons sont devant le proconsul Quirinus. — Sur plusieurs tableaux , on lit : savimanvs.

2° Histoire de saint Potentien. — Saint Potentien avec Altin et Aventin entre dans la ville de Chartres. — Potentien avec ses compagnons est monté dans une chaire carrée ; il prêche devant un nombreux auditoire. — Potentien vêtu pontificalement et accompagné de saint Altin et de saint Edoald. — Potentien baptise deux néophytes ; Altin et Edoald assistent au baptême. — Potentien et Edoald sont devant le proconsul de Sens. — Un bourreau tranche la tête de saint Potentien; le saint pontife a les yeux bandés. — On lit plusieurs fois potentiaihvs.

1 Miroir historial , lib. ix, cap. 41. — Voyez surtout les anciens bréviaires et les différentes hisloires de Chartres, parmi les mss. de la bibliothèque de la ville. — Voyez aussi Surius, au 31 décembre.

3" Histoire de sainte Modeste. — Sainte Modeste porte la nourriture à saint Potentien, saint Altin et saint Edoald. — Son père, le proconsul Quirinus , lui fait trancher la tête. — Un saint retire du puits des Saints-Forts les reliques de sainte Modeste; deux lampes sont suspendues à la voûte. — L'interprétation de ces trois tableaux nous paraît fort problématique : que le lecteur veuille bien ne pas y attacher plus d'importance que nous.

XX. Vitrail de saint Cheron 1 . — Il a été donné par les sculpteurs, les maçons et les tailleurs de pierre, que l'on aperçoit travaillant dans les médaillons inférieurs.

Saint Cheron, petit enfant, est mené à l'école d'un célèbre grammairien par son père et sa mère ; on lit sur une inscription incomplète : . . . .rama. . . — Il apprend sa leçon ; le maître est assis sur un faldistoire, et tient en main un paquet de verges. — On présente à saint Cheron une jeune vierge , Mlle d'un sénateur romain ; ses parents et ses amis le pressent vivement de l'épouser; mais enflammé d'un saint amour pour l'angélique virginité, Cheron refuse avec une admirable constance. — Par un signe de croix , il rend la parole à un jeune homme muet et aveugle. — Il guérit un aveugle en lui frottant les yeux avec de la salive. — Un saint assis instruit saint Cheron et une foule de chrétiens qui l'écoutent avidement. — Cheron rencontre une voiture que monte un petit diable; le cheval s'abat; le conducteur s'est jeté à genoux, et saint Cheron le bénit. — Trois voleurs assassinent le saint , qui est agenouillé; l'un d'eux lève le glaive sacrilège. — Le saint Martyr tient sa tôte dans ses mains, et marche entre deux anges, dont l'un le conduit, et l'autre l'encense. — Saint Cheron jette sa tête dans un puits. — Deux anges portent son àme sur une nappe. — Un évêque assisté de deux diacres et d'un lévite lui donne une sépulture honorable. Une foule de malades , de boiteux, de muets , d'aveugles et de possédés assistent à ses funérailles et sont guéris miraculeusement. — Le vénérable abbé Aper est en

1 Miroir historial, lib. x, cap. 24. — Voyez dans les Bollandistes, tome V du mois de mai, l'histoire de saint Cheron, d'après un vieux manuscrit du Chapitre , qui datait du X* siècle. — Voyez aussi {'Histoire de l'abbaye de Saint-Cheron . ms. de la bibliothèque de Chartres, pages i-9. — Baronius, ad ann. 98.

prière pour demander à Dieu où se trouvent les reliques de saint Cheron ; le saint lui apparaît et lui indique avec un bâton l'endroit où se trouve sa dépouille sacrée. — Un roi assis écoute un jeune homme présenté par deux autres ; nous ne savons quel fait le peintre a voulu figurer ici. — Le lils du roi Clotaire , malade et accompagné de Léodégésil , est agenouillé devant le tombeau du saint qui lui apparaît et le bénit; le prince recouvre la santé; on y lit : filivs régi. Deux médaillons représentent la suite du prince ; ses gens sont à cheval; un écuyer tient le cheval du prince et celui de Léodégésil ; un autre valet lient un faucon sur le poignet. — Un prêtre tient en mains un calice , qui provient de l'église de saint Cheron , et que l'évêquc Pabolus a pris , en promettant d'en donner un autre. — L'évêquc est malade et étendu sur son lit; on lui rapporte le calice , qu'il se hâte de faire rendre à l'église de saint Cheron ; il recouvre ensuite la santé.

XXI. Vitrail de saint Etienne *. — Dans les médaillons inférieurs , le peintre-verrier a représenté les cordonniers, donateurs du vitrail; les uns travaillent, et les autres présentent le modèle de la fenêtre.

Saint Etienne est ordonné diacre par saint Pierre assisté d'un autre apôtre. — Etienne, inspiré par le Saint-Esprit et accompagné d'un ange , dispute contre six docteurs juifs en présence du roi ; un petit diable inspire les docteurs. — Il est mené devant le juge , par deux faux témoins qui accusent Etienne d'avoir proféré des blasphèmes de quatre façons différentes. — Etienne se justifie devant ceux qui doivent le juger; en même temps des rayons de lumière descendent du ciel sur Étienne, dont le visage paraît resplendissant comme celui d'un ange. — On le mène violemment hors de Jérusalem pour le lapider. — Étienne est agenouillé , et des rayons célestes descendent sur lui , tandis que les juifs le lapident; Saul est assis sur les vêtements des deux faux témoins qui devaient jeter la première pierre. — Gamaliel, Nicodème et Abibas donnent à Étienne une sépulture honorable. — Julienne, femme d'Alexandre, sénateur de Constantinople, est aux genoux du pa-

* Miroir historial , lib. vu, cap. 21, etlib. xix, cap. 7-9. — Voyez le vitrail de saint Etienne , dans la Monographie de Bourges.

triarche de Jérusalem, qui est vêtu comme un pape; elle lui demande la permission d'emporter le corps de son mari 1 . — Elle se trompe ; elle prend le corps de saint Étienne et le dépose dans un coffre d'or. — Elle a mis le coffre sur un chariot , et emmène la précieuse relique. — Le coffre est déposé dans un navire — Les démons cherchent à mettre le feu au navire. — Le navire arrive heureusement à Constantinople ; le peuple accourt au rivage et de nombreux malades sont guéris; des morts même ressuscitent. — Le coffre qui contient le corps sacré , est porté sur les épaules; l'évêque et son clergé va au-devant des précieuses reliques.

— L'empereur Théodose est couché sur son lit; un démon lui dit que sa fille Eudoxie ne sera point délivrée , si Etienne ne va pa^ à Rome. — Théodose est à cheval; plusieurs cavaliers l'accompagnent.

— Au sommet du vitrail, deux anges portent l'àme de saint Étienne placée au centre d'une gloire de feu.

XXII. Vitrail de saint Quentin' 2 . — Le diacre, Nicolas Lescine, est le donateur du vitrail; il est à genoux devant une image de la très-sainte Vierge ; on lit : kicolavs lescine.

Saint Quentin reçoit des leçons d'un magicien, qui lui offre une fiole. — Saint Quentin est instruit dans la foi chrétienne par un saint prêtre. — Il est baptisé par ce même prêtre revêtu des habits sacrés ; un diacre tient les saintes Huiles. — Il fait périr un horrible dragon en faisant sur la bête un signe de croix. — Il guérit un aveugle en le signant sur les yeux. Il guérit un paralytique* — Il est mené devant le proconsul Rictius-Varus ; celui-ci porte le sceptre et la couronne. — Le saint est jeté en prison. — Il est plongé dans une chaudière d'huile bouillante. — Il est attaché à une croix de Saint- André , battu et brûlé avec des torches. — Il est exposé aux bêtes féroces, qui le caressent. — Il est torturé sur une roue. — Il est jeté dans une fournaise ardente. — Jeté une seconde fois en prison, il est visité par un ange. — Il est nu sur le bord de la Somme; Jésus-Christ le visite et l'encourage. — Il est ramené devant Rictius-Varus. — Un bourreau le frappe avec

• Voyez la Légende dorée, De inventione saocti Stephani.

» Miroir historial , lib. xu, cap. 136-139, — et tous les anciens hagiographes.

un bàlon. — En présence du proconsul, le feu du ciel tombe sur un païen et le renverse ; saint Quentin est ici nu et agenouillé. — Saint Quentin est encore devant Rictius-Varus. — Il va trouver un saint évêque assis et entouré de plusieurs personnages. — Un chrétien brise les idoles. — Le saint évêque suivi de Quentin et de plusieurs chrétiens parle à Rictius-Varus. — L' évêque est décapité avec plusieurs chrétiens. — Les fidèles ensevelissent ces martyrs.

— Saint Quentin reparaît devant le proconsul romain. — En allant au supplice, il guérit des aveugles qui se trouvent sur son passage.

— Il a fait sa prière à genoux; deux soldats vont lui donner le coup mortel; une colombe divine émergeant des nues lui parle et lui promet l'éternelle récompense. — Deux bateliers jettent son corps sacré dans la Somme ; une meule est liée à son cou. — Deux anges portent son âme sur une nappe; deux autres anges l'encensent respectueusement. — Au sommet du vitrail, Jésus, roi des Martyrs, bénit de la main droite, et tient le monde dans sa gauche; à ses côtés sont deux anges adorateurs.

XXIII. Vitrail de saint Théodore et de saint Vincent. — Les six premiers tableaux racontent l'histoire de saint Théodore; les autres renferment l'histoire du saint diacre de Sarragosse. — Ce vitrail a été donné par les confrères de saint Vincent, par les tisserands , que l'on voit représentés dans deux petits médaillons. On lit cette inscription très confuse :

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