‹ Description de la cathédrale de Chartres suivie d'une Courte notice sur les églises de SaintPierre, de SaintAndré et de SaintAignan de la même villeChapitre 14 sur 23 · DE LA CRYPTE · texte numérisé non relu

DE LA CRYPTE

La Crypte de la Cathédrale est fort célèbre dans nos annales ; notre plan ne nous permet pas de retracer ici les faits dont elle fut témoin. Nous avons déjà raconté son origine druidique ; nous avons dit aussi que la Crypte actuelle est l'œuvre de l'illustre Fulbert, et qu'elle a été construite en deux années, de 1020 à 1022. Toutefois, après l'incendie de 1194, on ajouta quatre chapelles et quelques autres constructions que nous mentionnerons plus loin.

1 Hermas, De similit., lib. m, cap. 3 et 4.

La Crypte charlrainc est la plus vaste et la plus remarquable qui existe en France ; elle s'étend sous toutes les parties des basculés et des chapelles ; elle compte 110 mètres de longueur totale, ou 200 mètres de circuit, sur une largeur moyenne de 5 ou 0 mètres. Elle est bâtie en moyen appareil et blocage, avec une solidité qui peut encore affronter bien des siècles. La voûte est formée de voûtes partielles à plein-cintre , divisées par carrés de 5 à 6 mètres de côté ; les arceaux se croisent et vont retomber, avec les arcs-doublcaux , sur des pilastres fort larges et fort simples. Les trois chapelles absidales qui datent du XI e siècle , ont des voûtes en berceau. — Les fenêtres sont étroites et en plein-cintre. Les portes sont d'une grande simplicité; une seule, qui date du XII e siècle , est décorée de colonnes et d'archivoltes ; c'est celle qui se trouve au midi, près de la maîtrise.

« Il y a dans cette sainte Grotte des Chapelles et Autels fort » bien pavés, ornés et accommodés. L'on descend dans ces lieux » par quatre beaux Escaliers de pierre de taille ; et sitôt que l'on » y est entré , l'on se sent surpris d'une agréable horreur et d'une » dévotion extraordinaire , qu'inspire dans les cœurs , mesme les » moins tendres, la majesté de cette Caverne ou de celte sainte » Grotte. Ce lieu est clair presque partout , à cause qu'il est percé » et vitré en plusieurs endroits , par où le soleil darde ses rayons, » qui empêce que cette Grotte ne soit relcnte ny humide et n'ait .. aucune mauvaise odeur. 1 »

La Crypte fut entièrement dévastée en 1793, tous les autels furent renversés, tous les ornements furent pillés, les vitres des fenêtres furent défoncées, le pavé fut détruit, il ne resta debout que les murs ; ensuite on vit ce lieu si saint et si vénérable tomber entre les mains des tonneliers et des marchands de vin qui y établirent leur magasin. Aujourd'hui la Crypte est retirée de leurs mains ; mais elle se trouve dans le même état de dévastation où 1793 l'a laissée. Espérons toutefois qu'elle sera bientôt rendue au culte : le principe en a été admis par le Gouvernement. D'ailleurs il suffirait d'une somme peu considérable pour réaliser ce projet , qui a été reçu avec tant de joie par loule la ville.

1 Histoire He Chartres, parSabloii, page 40.

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On y comptait jadis treize chapelles ; nous donnerons leurs noms tels que le donne le plan de la Crypte, dressé en 1678, par Fclibien; ces noms dilïerent de ceux que l'on trouve dans la Parthénie. D'après Rouillard, les chapelles ou autels étaient ; « L'Autel de Nostre-Dame soubs-terre, des Saincts Forts autre- » ment de Saincte Savinc et Potentienne , de Sainct Jehan flapie liste , de Sainct Denis , Sainct Christoflc et Sainct Pierre aux « Liens , l'Autel de la bienheureuse Trinité , de S. Thomas , de » S. Clément, de Saincte Catherine, ou de la Magdeleine, de S. » Po), ou Saincte Marguerite, avec deux aultres, qui font treize » en tout. ' »

(Nous écrivons en italique tout ce que nous empruntons au plan de Félibien, conservé à la Bibliothèque publique de Chartres.)

I. Chapelle de la Vierge placée dans l'endroit où les Druides faisaient leurs assemblées et leurs sacrifices et où ils enlevèrent la figure qui se voit, qu'ils dédièrent à une Vierge qui devait enfanter, Virgini Pariturœ. — Cette chapelle n'existe plus; « elle » est, disait Sablon, en 1097, la première et la principale, eon- » sacrée par saint Potenlien , à l'autel où était l'image des anciens » Druides. Cette chapelle qui a esté jusqu'en nos jours dans une » simplicité qui ressentoit encore celle des anciens , est à présent » riche et ornée autant que chapelle du monde. Toutes ses mu- » railles sont revêtues de marbre, et son balustre est de la même » matière; ce n'est que jaspe et peinture à l'entour de l'autel , et > le lieu où le peuple se met pour prier la sainte Vierge est orné • de belles peintures, qui couvrent haut et bas toutes les mu- » railles, et môme toute la voûte 2 . » Ces peintures, faites vers 1G40, existent encore; sur les murs on voit quatre grands tableaux représentant l'Ascension de Jésus, la Pentecôte, la mort et l'Assomption de Marie; sur la voûte, on voit, en des médaillons, le Signe donné à Achaz, l'Annonciation de Marie, la Naissance de Jésus , l'Adoration des Bergers , l'Adoration des Mages , la Purification de la sainte Vierge , Jésus perdu dans le temple , le vœu de Louis XIII, etc. — « La plus grande dévotion des Clmr-

1 Purthénit, W- partie, pages 110 el HT.

* Histoire de Chartres, pag<- 17.

» trains et des Pèlerins est à ce saint Autel , que l'on appelle » Y Autel de Nostre-Damc sous-tene. Il ne sera point hors de pro- » pos de dire icy , comme est représentée la Vierge que nos an- » ciens Druides avaient élevée sur cet Autel : elle est assise dans » un trône , tenant son Fils ; elle est représentée d'une couleur » noire ou moresque comme le sont toutes les images qui la » représentent dans la ville de Chartres, et l'on croit que les » Druides l'ont ainsi dépeinte, parce qu'elle devait être d'un » pays plus exposé au soleil que le nôtre. » Cette image, ajoute Pintard, « est de bois de poirier, de 28 pouces et 9 lignes de » hauteur. » Elle fut brûlée en 1793 devant la porte royale, à la grande désolation des Chartrains. Il se voyait toujours devant l'autel de la Nostre-Dame-soubs-terre dix ou douze lampes qui brûlaient continuellement 2 .

A. Puits des Saints Forts dans lequel une grande quantité de martyrs ont esté jettés; il est à présent comblé et couvert du marchepied de l'autel. — « Autrefois, dit le chanoine Souchet, l'autel de » la Vierge estoit devant le puids , mais ayant esté reculé pour » rendre la chapelle plus grande, il est présentement derrière ce » puids lequel se trouve sous le marche-pied de l'autel , du costé » de l'épitre, il est comblé 3 . » Voici l'origine du puits des Saints Forts : « Ayant espié l'heure que les chrétiens de Chartres fai- » soient leurs prières accoutumées dans la grotte, le gouverneur » Quirinus se vint furieusement jetter dans icelle avec ses satel- » lites ; il lit massacrer sa fdle appellée Modeste , avec beaucoup » d'autres, de l'un et de l'autre sexe, forts et fermes en leur foi : » et furent leurs corps jettez dans le puits , attenant à l'autel de » la Vierge, qui toujours du depuis en a esté nommé le Puits des » SS. Forts *. » Des fouilles ont été faites en 1849 pour retrouver

1 Histoire de Chartres , page Al.

5 Ibid., par Souchet, page 208.

3 Ibid., page 208. — Une note ajoutée auxMss de Pintard dit: « Cepuy a esté comblé à cause des vapeurs dont il remplissait ces lieux souterrains (Histoire de Chartres, page 101). — En 1608 , le puits était comblé et trcillissé de balluslres. {Parthénie, page 119.)

v Parthénie, 1« partie, page 117.

ce puits si célèbre dans les annales de noire église; elles n'ont eu aucun résultat.

2. Chapelle de saint Savinien, dit le plan de 1678; mais Uouillard la nomme : Autel des Saincts Forts, autrement de saincte Savine et Potentienne 1 . La voûte est encore couverte des peintures qui ont été exécutées vers 1640.

3. Chapelle de sainte Véronique, convertie vers 1620 en sacristie. Cette chapelle est une des quatre qui ont été construites immédiatement après l'incendie de 1104; ses fenêtres sont ogivales; sa voûte l'est aussi avec des nervures à vives arêtes; la clef est ornée de folioles allongées. Dans l'ébrascment d'une ouverture qui communiquait avec la chapelle suivante , on voit des peintures murales du XIII r siècle, représentant Jésus et deux anges thuriféraires. On voit aussi une pierre qui fermait l'entrée f du grand caveau n° 13; cette pierre offre, grossièrement sculpté, un personnage vêtu de la robe et du manteau.

4. Chapelle de Saint-Charles-Borromee. — Avant 1661, elle était dédiée à saint Christophe. Ses parois, sa voûte en berceau, les ébrasemenls et les pendentifs de la fenêtre absidale sont couverts de peintures murales du XIII e siècle ; il y a entre autres figures celles de saint Christophe et de saint Jacques-lc-Majeur 2 .

5. Chapelle de saint Martin. — Elle a été construite à la fin du XII f siècle ; elle est ogivale dans toutes ses parties comme les chapelles n" 3, 7 et 0.

6. C'est la chapelle absidale de la crypte ; en 1661, elle fut mise sous le vocable de Y Annonciation.

7. Chapelle de sainte Catherine. — Après avoir, pendant six cents ans, servi aux divins Mystères, elle esl aujourd'hui convertie en cave à l'usage de la maîlrise.

8. Chapelle de saint Pierre-aux- Liens ou de sainte Véronique. - Elle sert aujourd'hui de magasin pour les lentures de l'église.

[). Chapelle de sainte Madeleine. — C'est là que l'on voit aujourd'huî tous les fragments brisés et informes de l'ancien jubé. 10 Chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours , ainsi appelée en

" Hislon e de Chartres , partie, page 1 17 .

- Voyez la planeli' 1 *>7 <!<> la M'awrjrnphie de la cathédrale de Chartres

1661. — C'est une construction de H94 et qui sert aujourd'hui de musée pour les sculptures assez bien conservées de l'ancien jubé, collection digne d'être visitée avec intérêt par l'archéologue 1 .

11. Chapelle de saint Clément. — Cette chapelle, qui date des premières années du XIII e siècle, a sa paroi septentrionale couverte de peintures à fresques , consistant en six statues colossales placées dans six niches aux arcades à plein cintre : en commençant à gauche , on trouve : 4° saint Vincent tenant une banderolle où on lit vinc, 2° un saint archevêque vêtu du pallium, tenant un livre, 3° un apôtre tenant un livre , 4" saint Jacques avec un manteau couvert de coquilles , 5° saint Nicolas en habits pontificaux et la crosse, 6" enfin un saint évèque avec les mains jointes. Au-dessus des niches, on voit deux hommes qui se battent avec la massue et le bouclier, et de nombreux oiseaux qui luttent entre eux 2 .

12. Chapelle du Saint-Esprit. — Un autre plan également conservé à la Bibliothèque publique désigne cette chapelle comme cave moyenne.

Entre l'entrée de celte chapelle et celle de la cave n° 18, on voit une piscine curieuse du XI e au XII" siècle; malheureusement elle a été dégradée et profanée en 1840 par les ouvriers qui travaillaient à la couverture de l'église. Au-dessus de la piscine , il y a un tableau mural peint au XIII' siècle et représentant la naissance de Jésus : Marie est couchée toute vêtue dans un lit recouvert d'une étoffe bleue ; elle tient son Enfant emmaillotté et bandeletté; saint Joseph est assis au pied du lit; au-dessus il y a deux anges thuriféraires. — Au-dessus de ce tableau on voit Jésus assis, nimbé, pieds nus.

La treizième chapelle a été supprimée vers 1620; a elle estait » près des fonts baptismaux, au milieu du passage; il y a encore » à la voûte une branche de fer où s'attachait le dessus de l'autel. » A cet autel les chapelains appelés des dix autels chantaient » leurs obits et fondations 5 . »

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