XXXI. Jésus et les disciples d'Emmaûs. — Jésus voyage avec
1 Bossue», 1" sermon sur la Compassion de la Sainte Vierge.
les disciples d'Emmaûs , et il leur explique tout ce qui était prédit de lui dans les Écritures. Les disciples l'écoutent avec une sainte avidité. Les costumes sont assez curieux; l'un des disciples porte un chapelet suspendu au cou.
XXXII. Jésus et Thomas. — Jésus est au milieu de ses apôtres , cl il dit à Thomas : « Mettez ici votre doigt et regardez mes » mains ; approchez votre main , et mettez-la dans mon côté , et » ne soyez plus incrédule , mais fidèle. » Thomas s'est jeté à genoux , et met ses doigts dans la plaie du côté de Jésus , en disant : Mon Seigneur et mon Dieu! — Cette scène est bien rendue. Audessous il y a une petite porte en bois sans sculptures.
XXXIII. Chine Jésucrist ressuscité aparoist à la vierge Marie : telle est l'inscription qui se lit au bas de ce groupe. Dans la pensée de Vastin des Fugerais et de Jean Texier, tous les groupes historiés de la clôture devaient raconter exclusivement les traits légendaires ou évangéliques de la vie de la sainte Vierge ; et alors la scène qui est ici devant nous , aurait été placée après la descente de la croix : c'est Tordre chronologique. En effet une tradition constante et universelle nous apprend que Jésus , après sa sortie du tombeau , favorisa sa tendre Mère de sa première apparition , « afin d'essuyer les larmes de ses très-chastes yeux , qui n'avaient » point tary depuis sa Passion » 1 . Le divin Sauveur trouve sa Mère à genoux , devant un prie-Dieu sur lequel se voit un livre ouvert et un chapelet. Marie ouvre les bras pour exprimer sa joie et son heureuse surprise. — Depuis quelques années, on a placé, sans savoir pourquoi, un ange qui assiste à l'entrevue de Jésus et de sa Mère. Ce groupe et les sept qui suivent sont dus au pieux et chaste ciseau de Jean Texier.
XXXTV. Corne Nostre Seigneur monte ès deux. — La très-sainte Vierge et les Apôtres réunis sur la montagne des Oliviers sont tombés à genoux et regardent Jésus qui monte au ciel et dont on
1 Us Fleurs des vies des Saints , par Ribadeneira : De la glorieuse résurrection de Noslre-Seigneur. Voyez de plus saint Ambroisc , liber u, de Virginibus ; — Rupert, lib. vu, de Divino officio ; — Baronius , Annal, eccles. anno 34, § 183 ; — Bona , Vita Christ i , cap 87 , — Suarez , in 3* m pari, summae D. Thomee, disput. 20.
n'aperçoit plus que les pieds et le bas de la robe. L'empreinte des pieds du Sauveur a été figurée par le sculpteur, pour se conformer au récit des Pères de l'Église, qui assurent que ces vestiges sacrés y demeurent et n'ont jamais pu être effacés *.
XXXV. Corne le Saint-Esperit descent sus les aposlres. — La Mère de Jésus est assise au milieu des Apôtres; elle a un livre ouvert sur les genoux et joint les mains. Les Apôtres sont debout et regardent le ciel : la surprise et l'inspiration éclatent dans leurs gestes et leurs traits. L'Esprit-Saint, sous la forme d'une colombe, était jadis suspendu à la voûte de la niche.
XXXVI. Corne Nostre-Dame adore la croix. — « Tant que vécut » Marie, dit la Légende dorée, elle visita fréquemment les différents » endroits témoins de la passion de son Fils. » C'est une de ces visites que l'artiste a représentée ici ; Marie est agenouillée et prie avec ferveur au pied de la croix ; elle est accompagnée du disciple bien-aimé, de Madeleine et de Marie Salomé. La croix est fixée dans le sol ; la couronne d'épines et les clous y sont attachés , et au pied se voient le crâne et les ossements d'Adam. Au-dessous il y a une petite porte en bois sculpté.
XXXVII. C'est le trépassement Nostre-Dame J . — Par une permission divine , les Apôtres dispersés dans les diverses régions du monde , ont été enlevés sur des nuées et déposés dans la demeure de Marie, sur le versant de la montagne de Sion. La bienheureuse Vierge, entièrement vêtue, est couchée sur son lit; elle
1 Voyez sur celte empreinte des pieds de Jésus , saint Jérôme , Liber nominum ex actis ; — Saint Augustin , Tract. 47 in Joannem ; — Saint Paulin de Noie , Epist. Xi, ad Sulp. Sev.; — Bède , de Locis sanctis ; — Baronius, Annal. Eccles. anno34, § 232; — Benoit XIV , de Festis , lib. 1 , cap. 10. — Voyez aussi tous les voyageurs anciens et modernes ; Doubdan , Voyage de la Terre-Sainte , ch. 26 ; — Lacombe , Via Crucis , page 286 ; — Châteaubriand , Itinéraire de Paris à Jérusalem , pag. 165.
■ Voyez sur la mort , les funérailles , l'assomplion et le couronnement de la très-sainte Vierge , un récit fort intéressant et plein de merveilleux qui se lit dans le Miroir historial, lib. vu, cap. 75-79 ; dans la Légende dorée , de Assumptione B. Marirr . et dans les Fleurs des vies des Saints, au 15 août.
a fait sou testament, « commandant à sainct Jean de donner deux » robes 1 qu'elle avait à deux filles là présentes, et qui avaient » demeuré plusieurs années en sa compagnie » ; elle tient en ses mains un cierge bénit que lui a donné saint Pierre. Celui-ci est revêtu de l'aube, de l'étole et de la chape, et porte un goupillon pour asperger d'eau bénite la sainte Mourante. Saint Jean en pleurs s'appuie sur le lit de sa mère adoptive. Saint Jacques-le-Majeur à genoux récite dévotement son chapelet (depuis quelques années , les mains de l'apôtre sont brisées). Saint Jacques-le-Mineur prend ses lunettes pour lire dans son livre de prières. Tous les apôtres paraissent dans la plus amère tristesse. Cette scène est bien rendue et traitée avec soin.
XXXVIII. Le portement Nostre-Dame. — » La très-sainte Vierge , placée dans un cercueil recouvert d'un drap mortuaire, est portée sur les épaules des apôtres en son sépulcre de la vallée de Josaphat; saint Pierre préside au convoi funèbre. — Saint Jean ouvre la marche; il a un livre dans un étui. Dans sa main gauche, et sa droite (aujourd'hui brisée) tenait « le rameau vert envoyé du » ciel par un ange , en signe de la puissante victoire que la saincte » Vierge remporterait du péché, du diable et de la mort mesme. » Saint Jacques-le-Majeur porte le goupillon et récite le chapelet. Saint Jacques-le-Mineur tient le rituel et le bénitier.
XXXIX. Le sépulcre de No&tre-Dame. — Jésus accompagné de quatre anges est descendu du ciel vers le sépulcre de sa tendre Mère , et il donne la bénédiction à son corps virginal , qui revient à la vie. Marie se lève en joignant les mains ; des anges lui prêtent assistance, et vont la porter au ciel 2 . Les anges sont vêtus de
1 L'une de ces deux robes , la Tunique intérieure ou la Sancta Camisia, est conservée depuis 876 dans la Cathédrale de Chartres : c'est notre plus précieux trésor , et la tutèle de notre cité.
1 La vérité de l Assomplion corporelle de Marie est solidement établie par l'antique tradition de l'Eglise. Parmi les témoins de cette tradition , on compte les plus célèbres et les plus saints Docteurs : saint Augustin , saint Grégoire-le-Grand , Grégoire de Tours , saint Pierre Damien , saint Bernard , saint Thomas d'Aquin , etc , dans l'Eglise latine ; saint André de Crète , saint Germain de Constantinople , saint Jean Damascène, etc. ,
l'aube ceinte ; l'un d'eux a de plus l'étole croisée sur la poitrine et tient un cierge tors. — Sous ce groupe , il y a une belle porte sculptée en bois, qui ferme l'entrée de l'ancienne chapelle de Saint-Guillaume.
XXXX. Le Couronnement Nostre-Dame. — C'est une scène charmante. Agenouillée sur des nuages peuplés de petits anges, Marie reçoit sur la tête une élégante et gracieuse couronne , que lui posent ensemble les trois Personnes de l'auguste Trinité. Le Père est vêtu de l'aube , de la chape et de la tiare à triple couronne, et tient en sa main gauche la boule du monde; le Fils est en tunique et manteau, la couronne d'épines sur la tête; le Saint- Esprit se présente sous la forme d'une colombe tenant au bec la couronne de Marie. Celle-ci est vêtue de la robe longue et du manteau ; ses cheveux flottent avec grâce sur les épaules ; sa figure douce et grave respire le bonheur et la reconnaissance. Dans l'arrière-plan de ce groupe , on voit quatre anges qui prient en joignant les mains.
Ici s'arrête la série des faits racontés par la partie principale de la clôture du chœur. On y voit encore une infinité de sujets tirés de la Bible, de l'histoire locale, et de l'imagination de l'artiste ; nous n'osons les décrire ici, de peur d'être trop long. Toutefois il nous est impossible de ne pas dire quelques mots sur les 35 médaillons faisant tableaux , qui ornent le stylobate de la clôture dans sa courbure absidale. Tous ces médaillons ont beaucoup souffert de la main stupide des enfants et des barbares qui y ont gravé leurs noms avec la pointe d'un couteau. En commençant près de la porte latérale du midi , on trouvera les faits suivants placés sans aucun ordre chronologique.
1° Chartres assiégé par Rollon en 911. De nombreux soldats sont dans la vallée de Saint-Jean; ils courent vers les murs de la ville, figurés tels qu'ils existent encore. Au haut du mur, on voit l'évèque Gausselin, Wantelmus, vêtu pontificalement et accompagné de clercs et de moines; il montre aux assiégeants la sainte
dans l'Eglise grecque. Voyez Benoît XIV, de Canoniz.. lib. il., cap. xui, n° 15 ; — Suarez , In tertiam partent summœ D. Thomœ , tome îl , disput
Tunique de la Mère de Dieu. Parmi les clercs, l'un lient lu crosse del'évêque, et l'autre porte la croix. Ce fait est ainsi raconté par Jehan le Marchant :
Li charlain la chemise pristreut
Sus les murs au quaroeaus la mislrcnt
Eu leu denseigue et de benniere :
Quant la virent la gent aversiere
Si la pristreut moult a desprire
El entrelx a chufler et rire ,
Quarrcaus i trestrent et saeles
El dars lurquois el darbalestes ,
Mes Dex qui vit lor mescreance
I moslra devine venchauce ,
Si les avougla quil perdirent
La veue que il point ne virent ,
Si quil ne porent reculer
Ne ne porent avant aler ».
2° David et Goliath. Au premier plan , David lance une pierre au géant philistin qui tombe frappé à mort. Au second plan, David a coupé la tête de Goliath et la montre fièrement à Saûl.
3° Déroute des Philistins. C'est la suite du fait raconté au médaillon précédent. Les Philistins voyant que le plus vaillant d'entreux était mort, s'enfuirent. Et les Israélites et ceux de Juda s' élevant avec un grand cri , les poursuivirent jusqu'à la vallée et aux portes d'Accaron a .
4° Daniel dans la fosse aux lions. On voit Daniel entouré de plusieurs lions, dans une espèce de cachot; le prophète Habacuc (que l'archange Michel tient par la chevelure) lui apporte à manger. A l'ouverture de la fosse , le roi Evilmérodac appuyant sa tête sur la main droite, se lamente sur le sort de Daniel.
5° Pharaon ordonne de jeter dans le Nil tous les enfants mâles des Hébreux. Le cruel tyran est assis sur son trône; un Israélite demande grâce pour ses frères ; mais un héraut sonne de la trompette et publie l'édit de proscription. Thermut , la fille de
1 Le Poème des miracles de Noire-Dame , page 181 .
2 Rois. i. xvu. 51.
Pharaon , est debout a côté de son père et caresse un petit chien qu'elle porte sur son bras.
6° Moïse sauvé des eaux. Au premier plan , on voit Moïse , petit enfant, exposé sur le Nil dans une corbeille de jonc; son père Amram, Jochabed sa mère et Marie sa sœur se sont jetés à genoux et prient le Seigneur. Au second plan, Thermut, fille de Pharaon, prend la corbeille où se trouve Moïse. Un beau palais se dessine près de cette scène.
7° Moïse sauvé une seconde fois. Pharaon irrité veut tuer le petit Moïse qui foule aux pieds la couronne; mais sa fille l'arrête; une suivante de Thermut emporte l'enfant. La Bible est muette sur ce fait; mais Philon, écrivain juif du I" siècle de notre ère, le suppose.
8° Moïse au Sinaï. Au premier plan , Moïse est à genoux devant le buisson ardent; il a ôté ses chaussures. Sur l'arrière -plan , Moïse descend du Sinaï avec les tables de la loi.
.9" David à Nobé. îl reçoit du grand -prêtre Achimelech, les trois pains de proposition ; David est vêtu en guerrier.
10° Ce dixième médaillon est difficile à déterminer; c'est peutêtre la sage Abigaïl montée sur un âne et allant vers David.
11° David consulte le Seigneur. David en costume de guerrier est descendu de son cheval , et implore à genoux le Seigneur qui lui apparaît dans la nue.
12° Samson victorieux. Samson armé d'une mâchoire d'àne, lue mille Philistins; le sol est jonché do cadavres.
13° Samson livré. Samson a eu la faiblesse de découvrir à Dalila le secret de sa force ; aussi le voit-on ici emporté par les Philistins; il a la tête rasée, les pieds et les mains liés.
14° Sacrifice d'Abraham. Il y a ici une triple scène : 1° un ange commande à Abraham d'immoler son fils unique; 2° Abraham précédé d'Isaac , qui porte le bois , se rend à la montagne de Moria ; 3° un ange arrête le bras d'Abraham prêt à sacrifier son fils.
15° Samson à Gaza. Il a enlevé les portes de la ville et il va les porter sur le sommet d'une montagne. Gaza est fortifiée comme une ville du Moyen-Age.
16° Jonas. Après être resté trois jours et trois nuits dans le ventre d'un gros poisson , le prophète est rejeté sur le rivage de Joppé. Dans le lointain, on aperçoit le vaisseau flottant sur les ondes.
Les douze médaillons qui suivent , n'offrent que des sujets de pure fantaisie ou de mythologie, suivant la mode de Tépoque; on peut y remarquer entre autres choses , Antée étouffé par Hercule. Cacus volant à Hercule ses bœufs , etc., etc. Nous ne les décrirons pas ici. Enfin les sept derniers médaillons sont timbrés d'une tête d'empereur romain ; on y lit les inscriptions : Titvs César , Dowtianvs-Cesar , Ivlivs César, Néron le crvel César.
§ 7. — Le Choeur et le Sanctuaire 1 .
Le chœur de la Cathédrale de Chartres est le plus vaste qu'il y ait en France : il compte. 38 mètres 54 centimètres de longueur, sur plus de 16 mètres de largeur.
La disposition actuelle du chœur ne ressemble guère à celle qui existait avant 1763, époque des premiers embellissements faits au moyen des libéralités pieusement barbares de l'ancien Chapitre. Nous ne publierons pas aujourd'hui les nombreux documents que nous avons recueillis sur le chœur tel qu'on le voyait avant cette prétendue décoration que lui infligea la (in du XVIII e siècle : le but de noire livre est de déerire ce qui: existe actuellement. — Cette décoration , où la rocaille triomphe sans conteste , a été faite sous la direction du chanoine d'Archambault, et d'après les dessins de Louis, architecte du duc d'Orléans. Décrivons rapidement leur œuvre déplorable.
L'architecture du chœur et du sanctuaire a été défigurée : la noble simplicité des piliers, des colonnes, des arcades et des chapiteaux a disparu sous un luxe ou plutôt sous un gâchis de dorure, de stucage et de marbrerie, qui donnent au chœur le maniéré des salons modernes. Entre les piliers du sanctuaire, il y a des rideaux en stuc bleu et bordés avec des franges de plomb doré : il est impossible de choisir un ornement de plus mauvais goût. Les portes latérales du chœur nous offrent les formes lourdes et pesantes de l'art moderne.
1 M. Doublet du Boislhibault a récemment publié sur le chœur actuel un assez long mémoire ; nous y avons puisé plusieurs renseignements. (Voyez la Bévue ds l'architecture , et le Modéré du 10 et du 24 juin 1849.)
Le dallage acluet du chœur est fait avec des carrés de marbre blanc et noir disposés en échiquier; il a remplacé en 1786 l'antique dallage qu'avaient foulé saint Louis et tant de pieux et illustres pèlerins. Les trois marches circulaires qui montent au sanctuaire , sont en marbre de Languedoc. Le pavé du sanctuaire est un dallage composé de cinq sortes de marbres : bleu-turquin , blanc de Carrare, Malplaquet, Languedoc-rouge, et brèche d*Àlep. Les trois marches de l'autel sont aussi en Languedoc. L'autel est également en marbre ; il a la forme d'un tombeau , pour figurer le sépulcre d'où la très-sainte Vierge s'élance vers les deux; il est décoré de divers ornements en bronze doré , entre autres du chiffre de Marie accompagné de branches de roses et de lys ; cet autel fut solennellement consacré le 7 août 1773. Sur le milieu de l'autel se voit le tabernacle surmonté de la croix en bronze doré , et posé sur un socle en marbre griotte d'Italie. De chaque côté de l'autel , il y a trois gradins en marbre blanc veiné ; les deux faces intérieures de ces gradins sont ornées d'une cassolette suspendue par des chaînes et jetant des fumées qui représentent les parfums qui brûlent aux deux côtés de l'autel; c'est le spirituel symbolisme qu'y attachèrent les chanoines du XVIII e siècle Sur les gradins sont placés les siœ chandeliers en bronze doré, (for moulu fin, ciselés supérieurement , hauts de cinq pieds et un pouce non compris la flèche , avec les ornements indiqués; ce sont les termes du programme imposé à Louis Prieur, ciseleur et doreur à Paris , qui a fait ces pauvres chandeliers et tous les ornements en bronze , et qui reçut 22,000 francs pour le prix de son travail. Prieur fit aussi les deux lampadaires que l'on voit à l'entrée du sanctuaire. Nous mentionnerons ici ï Aigle en bronze doré, qui en 1726 a remplacé un lutrin en bois. Haut de 2 mètres 40 centimètres , le lutrin actuel se compose d'un pied richement ciselé, d'un globe et d'un aigle aux aites déployées; il a été exécuté par Pierre-Cristophe De la Maeque, maître fondeur à Paris.
L'Assomption. — Derrière l'autel se trouve , en guise de retable , le trop célèbre groupe de V Assomption. C'est « un groupe en
x M. Doublet de Boislhibault (loco laud.).
» marbre blanc slaluaire haul d'environ dix-sept pieds au-dessus » de la table de l'autel , sur environ douze pieds de large , le tout » suivant des proportions données par M. Louis , architecte de » l'église... Lequel groupe est composé de quatre figures de huit » pieds de proportion , savoir : la sainte Vierge s' élevant au ciel » soutenue par des nues et trois anges qui semblent l'enlever ou » la soutenir; plusieurs têtes de Chérubins sont répandues ça » et là , afin de rendre de la manière la plus naturelle , la plus » expressive et la plus auguste , l'Assomption de la sainte Vierge , » qui semble s'élever au ciel par quelque vertu qui lui soit propre » en même temps que par le ministère des anges que Dieu lui a » envoyés. » Tels sont les termes de la convention signée en 1767 entre les chanoines de Chartres et Charles- Antoine Bridan, sculpteur du roi et de l'Académie royale de sculpture.
« Bridan , dit M. de Boisthibault , se rendit à Carrare et se » mit en rapport avec un sculpteur nommé Vatale Finelli , qui » l'aida puissamment dans son premier travail. Deux mois furent » employés à parcourir les carrières de marbre blanc statuaire, » à mesurer et à faire découvrir un grand nombre de blocs. Ils » prirent le parti de faire tailler dans la cime d'une montagne six » blocs des plus gros. Enfin après un long travail» le plus gros de » ces blocs se détacha de la cime et se perdit; il fallut près de » cinq mois pour en détacher un autre. Bridan acheta d'abord » les marbres sur la montagne , à raison de 8 pauls la palme , et » traita séparément pour la descente au pied de la montagne, » en proposant de diminuer le poids des blocs par des épanne- » lures et levées qui approchaient de la forme dont il avait besoin. » Le prix de la décente fut fixé à 4 pauls par palme ; le transport » de la montagne à la ville (4 kilomètres) coûta 120 sequins de » Florence; on y employa quarante-huit ou cinquante bœufs. » Bridan tailla et ajusta les queues des blocs pour entrer l'un » dans l'autre , et ne composer qu'un tout solide ; ce travail » coûta 150 sequins. Puis il ébaucha les figures et diminua les » blocs de plus des deux tiers du poids de leur achat. Le tout fut » déposé dans sept caisses, conduit au port sur des traîneaux, » 1
1 M. Doublet de Boisthibault {loco laud ).
et chargé sur un navire qui mena les caisses jusqu'à Marseille; là un autre vaisseau les prit et les conduisit, en remontant la Seine , jusqu'à Marly , d'où il furent voilurés jusqu'à Chartres. Le prix total du marbre et de son transport s'éleva à 57,000 francs.
Bridan acheva entièrement son travail pour le jour de Pâques 1773. Lorsqu'il le découvrit , les chanoines en furent si émerveillés, qu'indépendamment des 30,000 francs, prix convenu du groupe, ils accordèrent à l'artiste une pension viagère de mille francs, réversible sur sa femme. L'admiration de l'ancien Chapitre était-elle bien légitime?
Nous n'osons avouer toute notre pensée sur la valeur qu'il faut attacher à ce groupe colossal de l'Assomption : nous nous permettons seulement de dire que le mérite de cette œuvre d'art a été autrefois beaucoup trop vanté et qu'il est aujourd'hui beaucoup trop abaissé.
Le Trésor. — Le Trésor est placé derrière le groupe de l'Assomption ; c'est une grande armoire moderne pratiquée dans le mur de la clôture du chœur, avec une porte en bois peint et doré. Autrefois le trésor ne servait qu'à renfermer les plus précieux reliquaires et les vases sacrés les plus riches ; aujourd'hui il les recèle encore , mais avec toutes sortes d'objets jetés pêle-mêle et que l'on ne devrait voir qu'à la sacristie.
Deux reliquaires seulement sont renfermés dans le Trésor. Le premier est une croix en vermeil qui contient un fragment de la vraie Croix sur laquelle Jésus-Christ a expiré. Ce reliquaire est nul comme objet d'art. — Nous demandons à nos lecteurs la permission de leur dire ici la croyance populaire au Moyen-Age sur la vraie Croix : rien de plus naïvement curieux. On prétendait, d'après certains rabbins , qu'Adam envoya un jour Séth aux portes du Paradis demander à l'ange une branche de l'arbre de vie ; et de cette branche enfoncée en terre , il naquit un bel arbre , qui fournit successivement la verge d'Aaron , celle de Moïse , le bois que Moïse jeta dans les eaux de Mara pour les rendre douces, et le support qui soutint le serpent d'airain. Plus tard le tronc de cet arbre servit dans les constructions du temple de Salomon; toutefois il n'y resta pas longtemps , et on lo plaça sur un ruîs-
seau où il servit de pont ; mais la reine de Saba ne voulut point mettre le pied dessus, parce qu'elle savait que le Messie devait y souffrir. Les Juifs le jetèrent alors dans un égoût, lequel devint la piscine miraculeuse dont parle l'Évangile. Retiré de là , il servit enfin à faire la croix sur laquelle Jésus-Christ a été cloué pour le salut du monde ' .
Le second reliquaire est la sainte Châsse; elle se compose d'un colïret et d'un édiculc soi-disant gothique qui sert comme de tente, de baldaquin pour recouvrir le coflret. Ce baldaquin en bronze doré a été fait en 1822 , au moyen des offrandes données par S. E. le cardinal Latil, alors évêque de Chartres, et par les fidèles du diocèse; « il forme, dit le procès-verbal dressé par
• ordre du même prélat, un monument gothique, soutenu par » huit pilastres, surmontés d'ogive en bronze doré et enrichi de » médaillons peints sur émail , représentant les douze apôtres a : » au-dessus des ogives règne une galerie formant un pourtour » garni de pierres bleues et rouges, au milieu duquel s'élève une
• tour carrée à jour, surmontée d'une flèche ou petit clocher » terminé par une croix : ledit clocher est décoré sur ses côtés de » quatre grosses topazes, et garni dans son pourtour de pierre- » ries semblables à celles de la susdite galerie. Deux inscriptions » en latin... sont gravées sur les deux faces latérales inférieures » de la dite tour, dans l'intérieur de laquelle est placée une » image de la très-sainte Vierge en argent doré. La dite châsse, » longue à sa base de 19 pouces sur environ 12 de largeur, porle
• 3 pieds de hauteur, depuis son socle ou sa base, jusqu'à la
1 Voyez Y Histoire de la pénitence d'Adam, traduit en français par Colard-Mansion , typographe de Bruges; — le Thésaurus hymnologicus de Daniel , tome H , page 80; — elles Poésies populaires latines du Moyen- Age , éditées par M. du Méril , page 320.
» Ces médaillons sont en porcelaine ; l'un d'eux figure Judas (reconnaissante à la bourse qu'il lient à la main) , avec le nimbe , attribut de la sainteté. On n'aurait pas dû soufTrir une telle canonisation de l'avare et traître disciple : les hérétiques Cérinthiens seuls l'ont honoré comme un saint. Nous savons qu'au XI e el XII e siècle on a quelquefois donné le nimbe h Judas; mais alors le nimbe n'avait pas la môme signification qu'aujourd'hui , puisque l'on nimbait le démon.
» croix placée sur le clocher: dans l'intérieur, à la hauteur des » ogives, elle est revêtue de verres bleus. » — Le coffret est aussi en bronze doré, enrichi de filigranes, d'émaux et de cabochons ; il a été fait par M. Cahier , orfèvre à Paris , et donné par feu mademoiselle de Byss , bienfaitrice de la Cathédrale ; sur le couvercle il y a deux cœurs en or unis ensemble. C'est dans ce coffret que se trouve la précieuse relique, gloire de l'église de Chartres ; pour la faire connaître , nous n'avons qu'à transcrire ici le procès-verbal de la dernière translation, faite le 1 er août
« Claude - Hippoly te Clausel de Montais, par la miséricorde » divine et l'autorité du Saint-Siège apostolique, évêque de » Chartres, — savoir faisons que la commission par nous ins- » tituée le 9 juillet dernier \ a fait l'ouverture du coffret renfer- » mant le précieux vêtement appelé tunique et plus tard chemise » de la bienheureuse vierge Marie, mère de Dieu, et qu'elle a » trouvé cette sainte Relique dans un état de conservation très- » satisfaisant; elle se compose de deux morceau* de la même » étoffe de soie blanche écrue, dont l'un est long de deux mètres » douze centimètres, sur quarante centimètres de largeur; et » l'autre, long de vingt -cinq centimètres sur vingt -quatre de » large. A cette tunique de la bienheureuse Mère de Dieu, telle » qu elle est décrite dans les procès-verbaux de nos prédécesseurs » Monseigneur Charles-François de Mérin ville, du 13 mars 1712 » et de Monseigneur J.-B.-Joseph de Lubersac, du 8 mars 1820, » se trouve joint un voile d'une étoffe plus légère et plus claire , » qui est désigné dans les procès-verbaux susdits comme l'cnve- » loppe delà Tunique de la sainte Vierge, et qu'on croit avoir » été un voile de l'impératrice Irène. Ce voile , remarquable par » plusieurs ornements byzantins qui le terminent aux deux extré- » mités, a été copié et dessiné avec soin par M. Paul Durand,
1 Celte commission était composée de Mgr Pie , alors vicaire-général , de M. Sureau , vicaire-général , de M. Olivier-Dengihoul , chanoine secrétaire-général , de M. Vilbert , chanoine secrétaire-adjoint, de M. Gerraond , chanoine secrétaire de Mgr, et de M. Baret , chanoine et premier vicaire de la Cathédrale.
» docteur-médecin et artiste archéologue , de notre ville épiscu- » pale, qui a été admis à l'ouverture de la sainte Châsse ou col- » fret susdit 1 .
» Cette première opération terminée , le saint vêtement de la » bienheureuse Mère de Dieu et l'enveloppe qui y était jointe , ont » été pliés soigneusement et placés sur un coussin de drap d'or , » de manière que le vêtement de la sainte Vierge formant plu- » sieurs plis gradués et placé au-dessus , fût facilement visible , et » que l'enveloppe pliée par-dessus laissât apercevoir une partie » des franges et ornements byzantins dont nous parlons plus haut. » Cette sainte relique est assujettie par six cordons d'or liés deux » à deux pardessus et terminés par de petits glands d'or. Le tout » a été déposé dans un petit coffret de bois de cèdre préparé » exprès, long de 35 centimètres, haut de 12, et large de 10 » centimètres , garni à l'intérieur de soie blanche , et pourvu de » six ouvertures , trois de chaque côté , ayant la forme de trèfles » à quatre feuilles , du genre de ceux du Moyen-Age. Ce coffret » qui a été béni avant le dépôt de la sainte Relique , a été du sceau » de nos armes apposé en trois endroits sur de la cire rouge , » aux points de réunion des rubans de soie rouge qui en empê- » chent l'ouverture. Et le dit coffret de bois a été placé dans le » nouveau coffret de cuivre ciselé et doré en forme de reliquaire » du Moyen-Age, que notre Cathédrale doit à la munificence de » Mademoiselle de Byss , etc. »
Cette précieuse Tunique a été donnée à l'église de Chartres par Charles-le-Chauve , vers 876. Depuis dix siècles elle y a toujours été l'objet de la plus fervente dévotion des fidèles , et de nombreux miracles ont confirmé leur confiance en cette Tutèle de Chartres a . — Autrefois la Sainle-Chàsse n'était exposée que dans les circons-
1 Le dessin de M. Durand sera reproduit par la gravure et publié dans la Monographie de la Cathédrale. Le même voile est figuré dans les Monuments inédits, de Wiltemin , pl. 16.
* Nous ne disons rien ici de l'histoire de cette précieuse et sainte Relique ; notre intention est de publier sur ce sujet un travail particulier, avec ce litre : Recherches historiques sur la sainte Tunique de la Mère de Dieu , et sur le pèlerinage de Notre-Dame de Cfiartres.
lances les plus solennelles ; il fallait une permission du Chapitre pour la montrer à des particuliers, et un chanoine en étole et surplis était présent à cette exhibition. Aujourd'hui tout est bien changé , les sacristains laïcs font voir la Sainte-Châsse à tous les curieux !
Le Trésor contient encore quelques vàses sacrés en vermeil, parmi lesquels on remarque un calice donné par Henri IV, un autre calice avec ses burettes et son plateau en style Louis XIII; le reste ne mérite pas qu'on en fasse mention. — Enfin , on y voit une charmante navette; c'est-là vraiment une œuvre d'art; elle a la forme d'un petit navire armé de ses agrès et dont la coque est une belle nautille nacrée ; elle est portée sur un pied délicatement ouvragé et enrichi de filigranes ; sur ce pied , il y a deux anges tenant un écusson aux armes du donateur avec la date de 1540 , et on y lit : Des biens de Monseigneur Mile d'Illiers évesque de Luçon y doyen de Chartres et nepveu de Messyeurs Mile et René d'Illiers évesques de Chartres.
C'est-là tout ce qui reste de l'antique Trésor de la Cathédrale de Chartres , l'un des plus riches et des plus célèbres de la chrétienté. Il n'entre pas dans notre plan d'en détailler ici les innombrables merveilles , qui ont disparu lors des dévastations sacrilèges de 1793.
Les Bas-reliefs du chœur. — La clôture du chœur est décorée à l'intérieur de huit tableaux de marbre blanc sculptés en relief par Bridan ; ils sont placés quatre par quatre de chaque côté du chœur, et complètent le dossier des stalles. Au point de vue de l'art, comme au point de vue de l'esthétique chrétienne, ces tableaux sont. fort médiocres, pour ne pas dire fort mauvais : rien de divin , d'inspiré dans les figures ; tout y est matérialisé , tout y est vulgaire, tout y est froid. Ces tableaux ont remplacé de magnifiques tapisseries. « Ce fut M. de Thou, évêque de Chartres, qui les donna à cette Église; et l'on peut dire que hors celles du Roy, il n'y en a point de plus belles. 1 »
1 Entretien sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres, par André Fclibien , de Chartres ; 2* édit., loine I , page 325.
En commençant à gauche, près de la grille du chœur, on trouvera :
1° Le signe donné à Achaz 1 . Le prophète Isaïe avec son fils Jasub est allé au-devant du roi Achaz ; il lui annonce d'abord que les rois de Syrie et d'Israël qui assiègent Jérusalem , ne pourront la prendre. Achaz ne veut pas croire le prophète : Demandez un signe au Seigneur votre Dieu, dit alors Isaïe. Achaz répondit : Je ne demanderai point de signe, je ne tenterai pas le Seigneur. Et Isaïe dit : Le Seigneur vous donnera un signe. Voici , une vierge qui concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. C'est le moment que le sculpteur reproduit dans le tableau que le lecteur a devant les yeux. Le prophète est grossièrement drapé dans une tunique et un manteau ; il ouvre les bras et indique du doigt un tronc d'arbre; son fils Jasub tient les mains jointes. Le roi de Juda est richement vêtu et porte turban et couronne ; il est accompagné d'un page et de deux officiers.
2° L'Adoration des Bergers de Bethléem. La divine Marie est à genoux devant son Enfant nu et couché sur la paille; elle le montre en souriant aux trois bergers : deux sont prosternés pour adorer le Sauveur; le troisième, qui est debout, porte sur l'épaule un agneau suspendu au bout de sa houlette et montre du doigt les anges qui chantent dans le ciel. Saint Joseph se tient debout derrière Marie. Le bœuf traditionnel mange au râtelier; l'àne a été oublié.
3° La Purification (te Marie. Le vieillard Siméon , en costume sacerdotal, tient Jésus dans ses bras et lève ses yeux au ciel. Marie est à côté de Siméon et regarde amoureusement son Fils. La prophétessc Anne s'est jetée à genoux et joint les mains. Saint Joseph parle avec un lévite ; un second lévite tient un livre et un calamus pour écrire. Derrière Marie, on voit un jeune garçon agenouillé et tenant deux tourtereaux.
4° Le Concile d'Ephèse. On sait que ce saint Concile analhématisa, en 431, l'impie Nestorius, qui osait enseigner que Marie n'est pas Mère de Dieu. Saint Cyrille, qui préside la vénérable assemblée, est assis sur une espèce de Irônc; il esl entouré de douze
1 Isaik vu , 1-25.
évèques. Le Saint-Esprit, sous la figure d'une colombe, plane audessus d'eux. Un diacre debout lit la sentence d'anathème contre Nestorius, qui au même instant est frappé par la foudre, qui le renverse et brise sa crosse. Il nous paraît difficile de rendre d'une manière plus ridicule une scène si imposante et si terrible ; les évèques ont tous des figures grotesques, et des costumes fort bizarres.
Retournons maintenant à l'entrée principale du chœur pour étudier les quatre tableaux placés à droite.
1° L'Immaculée conception. La pensée de ce tableau est heureuse ; mais l'exécution en est fort médiocre. On voit Marie debout, la tête couronnée de douze étoiles, les bras étendus, les pieds posés sur la lune, et écrasant de son talon le serpent infernal. Le Père éternel se montre assis sur des nuages et entouré de chérubins ; il pose sa main droite sur la tête de la Vierge immaculée , et il indique du doigt le reptile auquel il semble dire : Une femme t'écrasera la tête. Dans un coin du tableau , un ange armé d'un glaive étincelant chasse du paradis Adam et Eve.
2° L'Adoration des Mages. Jésus assis sur les genoux de sa tendre Mère , reçoit les présents mystérieux des trois rois , vêtus de riches et bizarres costumes. L'étoile miraculeuse brille à travers les nuages. Saint Joseph s'est placé derrière sa chaste épouse, et s'appuie sur un bâton. Derrière les Mages , on voit un page et un chameau.
3° Mater dolorosa. Jésus est descendu de la croix ; son corps inanimé repose sur les genoux de sa Mère désolée , qui ouvre les bras et regarde le ciel. Jean et Madeleine pleurent amèrement ; Marie de Cléophas soutient la Mère de Dieu. Le corps du Sauveur est une étude d'anatomie , où vous pouvez compter tous les muscles, mais où vous ne trouverez pas la plus légère trace d'une souffrance divine.
4° Le Vœu de Louis XIII. Le lecteur sait que, par un édit solennel daté du 10 février 1638, ce pieux monarque mit le beau royaume de France sous le patronage spécial de la très -sainte Vierge : c'est le sujet de ce tableau. La bienheureuse Vierge Marie est assise sur des nuages ; Jésus est sur ses genoux et porte une palme en guise de jouet. Louis XIII est prosterné devant la Mère de Dieu et lui offre sa couronne et son sceptre. Derrière le roi, on
reconnaît Condé et Richelieu avec deux autres personnages; il y a aussi un hallebardier qui se tient debout. Sur le sol , gît un écusson royal dont les fleurs de lys sont effacées. Dans un coin , on lit : Bridan, 1789.
Pour en finir avec le chœur, nous mentionnerons les cent dixsept stalles , disposées sur deux rangs ; elles sont assez commodes , mais elles n'ont aucun mérite artistique. A la première stalle de gauche on lit la signature du menuisier qui les a faites : Lemarchant, 1788. — Le trône épiscopal , qui se trouve à l'extrémité des stalles , a été exécuté en 1822 par Guittard , le froid menuisier de la chaire.
Nous demandons à nos lecteurs la permission de leur citer ici des paroles qui semblent avoir été écrites pour les anciens chanoines de Chartres , après la prétendue réforme artistique et liturgique qu'ils firent dans le vaste chœur de leur sublime Cathédrale. « Non contents de l'envahissement des statues et des tableaux » païens sous de faux noms, on les vit substituer à l'antique » liturgie , à cette langue sublime et simple, que l'Église a inventée » et dont elle a seule le secret , des hymnes nouvelles , où une » latinité empruntée à Horace et à Catulle , dénonçait l'interruption » des traditions chrétiennes *. On les vit ensuite défoncer les plus » magnifiques vitraux , parce que sans doute il leur fallait une » nouvelle lumière pour lire dans leurs nouveaux bréviaires : puis » encore abattre les flèches prodigieuses qui semblaient destinées » à porter jusqu'au ciel l'écho des chants antiques qu'on venait » de répudier. Après quoi, assis dans leurs stalles nouvelles, » sculptées par un menuisier classique , il ne leur restait plus qu'à » attendre patiemment que la révolution vînt frapper aux portes » de leurs Cathédrales, et leur apporter le dernier mot du » paganisme ressuscité, en envoyant les prêtres à l'échafaud, » et en transformant les églises en temples de la Raison. Mais » grâce pour leur ombre! ils avaient l'excuse de s'être laissés » entraîner par le torrent qui a entraîné la société tout entière » depuis les soirées platoniciennes des Médicis , jusqu'aux
1 On connaît lo dicton si juste que fit naître rcttp métamorphose ; Accessit latinitas , récessif piefas.
» courses de char ordonnées par la Convention au Champ-de- » Mars *. »
§ 8. — Les Chapelles.
La Cathédrale de Chartres comptait autrefois cinquante-deux chapelles ou autels , savoir: trente-neuf dans l'église supérieure , et treize dans la crypte ou église souterraine. Toutes ces chapelles et tous ces autels avaient été fondés , au XIII e et au XIV e siècle , ou par Saint-Louis et ses successeurs , ou par des évêques et des chanoines de Chartres, ou par des personnages de haut rang a . Cette série d'autels sur lesquels s'immolait chaque jour la divine Victime , augmentait encore la gravité religieuse et vénérable de la basilique. Un grand nombre d'autels furent enlevés en 1661, pour dégager l'église; les autres disparurent en 1791. Toutes les chapelles furent , à cette dernière époque , brutalement déshonorées par le vandalisme restaurateur de l'évêque conventionnel Bonnet.
Il n'entre pas dans notre plan de décrire ici les anciennes chapelles, nous ne parlerons que de celles qui existent encore, au nombre de onze. Toutes sont fermées par des grilles en fer plus ou moins mauvaises ; les autels de mauvais goût qui décorent ces chapelles proviennent des églises de Chartres supprimées en 1791. Nous devons dire que cette rocaille du XVIII e siècle a été trouvée admirable par les hommes éclairés d'alors ! Nous sera-t-il donné de voir un jour disparaître les monstrueux placages qui défigurent toutes nos chapelles?
Le XIX e siècle a voulu marcher sur les traces de son devancier : il a changé les vocables de toutes les chapelles, pour les baptiser de noms plus jeunes, plus sonores, plus en vogue. Monseigneur l'évêque de Paris a fait rechercher quels étaient au XIII' les titulaires des chapelles de sa Cathédrale ; et ces chapelles vont être rendues à leurs anciens et vénérés patrons. Pourquoi ne ferait-on pas de môme à Chartres ?
1 Du Vandalisme et du Catholicisme dans l'art, par M. de Monlalemberl, page 191.
» Parthénie, première partie, pages I3K-M4.
Disons maintenant quelques mots sur les chapelles actuelles.
Première chapelle. — Cette chapelle est sous le clocher-neuf; elle a été érigée en 1837 , sous le vocable de Notre-Dame-des-Sept- Douleurs. Auparavant, ce c'était qu'un passage pour se rendre dans la crypte, dont l'entrée est cachée par le lambris qui revêt le bas des murs. Ce lambris , et l'autel avec son tabernacle et son rétable , ont la prétention d'être en style gothique ; toute cette décoration est l'œuvre de M. Bravet, menuisier de Chartres. Au rétable on voit un tableau peint sur toile ; les connaisseurs disent qu'il est sorti du pinceau du Carrache; il représente une Pieta, comme disent les Italiens ; il a été donné par Madame Bouton et son fils. Cinq autres toiles sont pendues à divers endroits de la chapelle. Sur le mur de droite, il y a le groupe en plâtre de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs , donné par M. Dubucquoy de Dottignies. Près de l'entrée de la chapelle se trouvent les fonts baptismaux en marbre de Languedoc.
Pour l'archéologue, il n'y a dans cette chapelle que les chapiteaux romans des piliers et des colonnes. La voûte, qui date du XII e siècle, n'est formée que d'une seule croisée d'ogive avec des nervures toriques.
Deuxième chapelle (dans le transsept septentrional). — C'est la chapelle de la Transfiguration. Elle n'existait pas autrefois ; il y avait seulement près du mur un petit autel appelé « l'autel des » Vierges, fondé (en 1259) par sainct Louis par le moïen de ce » qu'il remit et quitta au sieur évesque de Chartres , le droict de » giste qu'il lui devoit » La chapelle a été construite en 1791 ; pour cela on condamna une porte du transept, on exhaussa le sol, et l'on défonça une verrière peinte, bouchée aujourd'hui avec du mortier. Toute sa décoration est dans le style monstrueux, selon l'expression de M. de Montalembert ; l'autel provient de l'ancienne église de Sainte-Foi (convertie en théâtre); pour retable, il y a un grand tableau qui représente la Transfiguration de Jésus- Christ. Sur les deux piliers qui sont à l'entrée de la chapelle, il y a deux statues: à gauche, c'est saint Fiacre, patron des jardiniers; à droite, sainte Barbe debout près de sa tour tradition-
1 Parthêntc , prrmièrn partir, page 140.
nelle. Cette chapelle est une de celles qui défigurent l'architecture intérieure de notre Cathédrale : il faut espérer qu'elle disparaîtra bientôt.
Troisième chapelle. — Ce n'est pas proprement une chapelle ; mais c'est là que les fidèles vénèrent la statue miraculeuse de la Vierge-Noire-du~Piliei\ Cette statue date des premières années du XVI' siècle ; elle est peinte et dorée ; on ne peut en voir que le visage, parce qu'elle est toujours couverte d'un vêtement assez singulier : sans ce vêtement elle serait plus vénérable encore. Marie est assise sur un trône fort simple ; elle est figurée dans toute la grâce de la jeunesse ; son visage noir-brun offre l'expression de la bonté et de la candeur ; ses cheveux sont dorés ; un petit voile jaune couvre le haut de sa noble tête ; sa main droite tient une poire, et sa gauche soutient son Enfant assis sur ses genoux. Son vêtement consiste en une double robe et un manteau royal : la robe intérieure d'azur et d'or ne montre que ses manches étroites; la seconde robe est toute d'or avec des dessins de couleur rouge de feu, bordée d'azur et doublée de noir; cette robe est retenue par une ceinture rouge-pourpre ; le manteau jeté sur les épaules revient gracieusement se replier sur les genoux , et trouve pour attache , au milieu de la poitrine , une belle agrafe losangée; il est d'azur parsemé de fleurs d'or et doublé d'écarlate ; sa bordure est aussi d'or et porte une inscription trois fois répétée, sans doute pour indiquer que chaque personne de l'auguste Trinité adresse ces paroles à la bienheureuse Vierge : Tota pulchra es, arnica mea, et macula non est in te. Ses chaussures noires ont les extrémités arrondies. — Jésus , qui est assis sur les genoux de sa tendre Mère, bénit de la main droite, et sa gauche s'appuie sur le globe terrestre , sa tête est nue ; son visage est gracieux et plein d'intelligence; il est vêtu d'une robe d'or bordée de rouge et doublée de vert. La sculpture et la peinture de cette belle statue sont irréprochables.
Cette sainte image fut d'abord placée devant le jubé , comme nous l'apprennent tous les historiens de l'Église de Chartres : » Au-devant d'icelui (jubé), du côté septentrional, est un hault » throsne eslevé, sur lequel et dessus une coulomme ronde de » pierre fort dure, est posér, l image de Nostre-Dame, entourée » de coulommes et traverses do cuivre. Feu maislre Vaslin des
» Fugerets , en son vivant chanoine de la dicte Église , y ha cent » ans environ (en 1514), fit ériger ladicte Image, afin que sans » troubler le divin service du chœur , elle fust librement exposée » à la vénération de tout le peuple *. »
Après la destruction du jubé, en 1763, les chanoines firent placer la Vierge-Noire, qu'ils nommaient leur Vierge stationnais, près d'un des gros piliers du transept, où elle demeura jusqu'en 1793; à cette funeste époque, elle fut violemment arrachée de son pilier, et jetée avec toutes sortes de débris dans un coin de la crypte. Vers 1806, elle fut placée par l'abbé Maillard, alors curé de la Cathédrale, dans l'endroit où nous la voyons encore.
La Vierge- Noir e-du- Pilier était , après la Nostre-Dame de Soubsterre, la plus célèbre des Vierges de la Cathédrale- C'est de la Vierge-Noire-du-Pilier , que Rouillard disait en 1608 : « L'affluencc » y est si commune , et la dévotion si grande que la coulomme de » pierre, qui soutient la dicte Image, se void cavée des seuls » baisers des personnes dévotes et catholiques a . » Cette colonne, cavée par les baisers , a été brisée en 1793 ; la colonne sur laquelle repose actuellement la miraculeuse Madone , est une des dix colonnes de l'ancien jubé. — La boiserie soi-disant gothique qui l'entoure et que le vulgaire a la bonté d'admirer, a été faite en 1831, par M. Bravet.
La dévotion envers la Vierge-Noire, quoique beaucoup refroidie, y est encore bien vive : à toute heure du jour , on voit de pieux fidèles allumer des cierges et prier devant cette image de la Mère de Dieu. Un prêtre garde constamment la sainte Madone, depuis cinq heures du matin, jusqu'à neuf heures du soir.
Avant de passer outre, nous devons dire que parmi les divers vêtements dont on revêt cette belle et vénérée Statue, deux sont fort riches : l'un en broderie a été donné par le vénérable abbé Olier , fondateur de la Congrégation de Saint-Sulpice ; l'autre en drap d'or est un don fait , il y a quelques années , par les fidèles de Chartres. Un grand nombre de cœurs en argent, en or ou en
1 Parthénie , première partie , page 135.
» Ibid., ibid.
vermeil , sont appendus autour de la Madone , le jour des grandes fêles. Enfin deux lampes y brûlent constamment.
Quatrième chapelle. — Elle est la première des sept chapelles qui rayonnent autour du chœur. Nos pères l'avaient consacrée à saint Julien , dont la légende est racontée par les vitres peintes de la fenêtre absidale de cette chapelle. Aujourd'hui elle se nomme la chapelle de YEcce-Homo, à cause d'un mauvais tableau qui redrésente cette scène de la passion de Jésus-Christ.
Cinquième chapelle. — Aujourd'hui elle est sous l'invocation du Sacré -Cceur de Marie; autrefois c'était la chapelle de Saint- Etienne ou des Martyrs : en effet les cinq fenêtres de la chapelle racontent les glorieux combats de plusieurs Martyrs. « En cette » chapelle les pénitenciers ont pris leur siège, et oient les confes- » sions, dont pour l'heure est plus communément appelée la cha- » pelle des Pénitenciers *. » Nous n'avons rien à dire de sa pitoyable décoration.
Sixième chapelle. — C'est celle du rond -point de l'abside. Ordinairement la chapelle absidale était consacrée à la très-sainte Vierge parles architectes du Moyen- Age; mais chez nous, elle a toujours été, depuis le XIII" siècle, dédiée aux saints Apôtres. Il y avait autrefois plusieurs fondations; l'une était « fondée par » Monsieur Bureau de la Rivière et aultres Chevaliers, pour une » victoire obtenue en Cypre du temps de nos Croisades : pour » ceste cause est-elle vulgairement appellée , la Chappelle des Che- » valliers : autrement se nomme la Chappelle des enfants de Chœur, » pource qu'elle se devoit célébrer par leur Maistre, et chanter à » note par les Enfans; et y avait des Indulgences apostoliques pour » ceux qui la vouldroient ouir. La fondation d'icelle estoit grande, » pour ce qu'il se trouve un admortissement de cent livres parisis » pour icelle. La plus part estoit perceptible sur la grange de » Jenville » Cette chapelle se nomme aujourd'hui la chapelle de la Communion; elle a été décorée en 1791 avec des ornements qui provenaient de l'oratoire desVisitandines; le tableau du rétable représente la Visitation de la très-sainte Vierge. A l'entrée de la
1 Parthénie, première partie , pages 142 et 143.
* Ibid., page U3.
chapelle , il y a deux mauvaises statues de marbre blanc dues au ciseau de Bridan : elles figurent Jésus apparaissant à Marie-Madeleine après sa résurrection. Avant 1792, elles formaient le rétable de l'autel du grand séminaire de Beaulieu.
Septième chapelle. — Elle est maintenant dédiée au Sacré-Cœur de Jésus; autrefois c'était la chapelle de Saint-Nicolas ou des Confesseurs. La décoration moderne fait pitié , comme celle des autres chapelles; le rétable de l'autel est un mauvais tableau représentant Jésus qui montre son cœur enflammé d'amour pour les hommes.
Huitième chapelle. — Elle est aujourd'hui baptisée du nom de Chapelle de tous les Saints; nous ne savons trop pourquoi. Deux tableaux peints sur bois et représentant le martyre de saint Pierre et saint Paul , font partie de sa pauvre décoration ; ils proviennent de l'église abbatiale de Saint-Pierre. Autrefois c'était la chapelle de sainct Loup et sainct Gilles 1 .
Neuvième chapelle. — Cette chapelle , qui défigure l'architecture du transept, est une construction faite en 1791 , comme la chapelle de la Transfiguration, qui lui fait pendant. Jadis, il y avait près du mur un petit autel dédié à Notre-Dame-des- Neiges , et qui y avait été placé en 1661. Aujourd'hui elle porte le nom de chapelle du Lazare, parce que le rétable de l'autel est orné d'un mauvais tableau représentant la résurrection du saint ami de Jésus ; ce tableau a été substitué en 1793 à celui du martyr de saint André , peint pour le maître-autel de l'église de Saint-André , par Bourdon ; la voix publique a accusé Sergent-Marceau de s'en être emparé. Un autre mauvais tableau surmonte le pauvre confessionnal qui s'y trouve. L'autel en marbre provient de l'ancienne église paroissiale de Saint-Saturnin; sur le devant de l'autel, on voit encore le chhTre du saint entre deux palmes en sautoir. — Les deux piliers de rentrée portent les statues de saint Clair et de sainte Christine; le jour de leurs fêtes, un grand nombre de fidèles y viennent en pèlerinage a .
1 Parthénie , première partie , page 144.
* Saint Clair , prêtre , est un célèbre martyr de la Normandie ; il fut mis à mort le 4 novembre 894 ; mais on célèbre plus communément sa fêle le 18 juillet , jour de la translation de ses reliques. On vient surtout
Dixième chapelle. — Elle est pratiquée hors œuvre entre les deux contre-forts de la cinquième travée de la nef méridionale , et elle est connue sous le nom de Chapelle de Vendôme , parce qu'elle fut construite en 1415 par Louis de Bourbon , comte de Vendôme, pour accomplir un vœu qu'il avait fait à la très-sainte Vierge. Le noble et pieux prince dota richement cette chapelle et la dédia à Marie annonziata, comme disent les Italiens. Autrefois on voyait sur l'autel l'Image de l'Annonciation de Noslre-Dome, et vis-à-vis contre la muraille la statue relevée en bosse de Louis Comte de Vendôme, et l'effigie de sa femme *, Blanche de Roucy. — Le comte de Vendôme mourut en 1446; son cœur fut déposé dans cette chapelle.
L'architecture de la chapelle est celle du temps où elle fut bâtie : on y reconnaît partout le style ogival tertiaire ou flamboyant ; la voûte est formée d'une seule croisée d'ogives , et la clef offre les armoiries du comte de Vendôme.
La décoration actuelle est pauvre comme celle des autres chapelles de la Cathédrale; cependant on voit sur l'autel un des plus beaux triptyques que le XIII' siècle nous ail légués ; nous le décrirons ici avec quelques détails, après avoir dit qu'avant 1793 il appartenait à l'église de Saint-Àignan , où il servait de reliquaire ; aujourd'hui il sert de tabernacle.
Ce triptyque a la forme d'un édicule avec pignon et toit , surmonté d'une crête métallique ; il est en chêne recouvert de cuivre doré et émaillé.
1° L'extérieur du triptyque. La porte est ornée d'une double main divine , et des douze apôtres en bronze doré ; les mains divines ne sont pas nimbées, et comme si c'étaient deux soleils vivants; elles laissent échapper des rayons rouges de feu , exprimant sans
à son pèlerinage pour la cécité et les maux d'yeux. (Voyez son histoire dans les Fleurs des vies des Saints , au 18 juillet.) — Sainte Christine est une vierge et martyre de Toscane; l'Eglise célèbre sa fête le 24 juillet. On l'invoque pour être préservé de la morsure des bêtes venimeuses et pour obtenir la guérison de graves blessures. (Voyez sa merveilleuse histoire dans les Fleurs des vies des Saints , au 24 juillet.)
1 Parthénie, première partie, page i46.
doute les laveurs et les grâces répandues sur les apôtres ; en effet au-dessus de chacun d'eux, on voit un rayon rouge. Les douze apôtres sont assis dans des niches aux arcades trilobées et appuyées sur des colonnettes ; ils sont tous vêtus de la tunique et du manteau, tous sont nimbés, tous portent un livre à la main, et tous ont les pieds nus : saint Pierre , qui est chauve , tient les deux clefs symboliques; saint Paul a l'épéc, et saint Jean est imberbe; rien ne distingue les neuf autres apôtres. Les deux faces latérales et le toit sont recouverts de plaques en cuivre doré , sur chacune desquelles il y a un ange inscrit dans une gloire circulaire. 2° L'intérieur du triptyque. Les vantaux de la porte représentent à gauche la glorification de Marie , et à droite la glorification de Jésus : la très-sainte Vierge est placée au centre d'une auréole ovoïdale tenue par quatre anges; un cinquième ange descend du ciel et encense Marie; Jésus est également au centre d'une gloire ovoïdale; il a la tète chauve , le nimbe crucifère , le livre des Évangiles en ses mains, et il est entouré des quatre animaux évangéliques nimbés et tenant un livre ; au sommet du vantail , il y a un ange thuriféraire. Le fond du triptyque est occupé par la scène du Calvaire : Jésus est cloué sur la croix , sa pauvre Mère et le Disciple sont debout près de la croix ; deux figures allégoriques , l'Eglise et la Synagogue, accompagnent aussi le Sauveur mourant; l'Eglise, qui ne porte ici ni nimbe , ni couronne , tient l'étendard et le calice ; la Synagogue a les yeux couverts d'un bandeau, et son étendard se brise : afin de n'être pas trop long , nous sommes forcés de ne pas dire ici le mystérieux symbolisme caché sous ces deux figures. On remarquera que l'image de Jésus-Christ est moderne ; celle que l'habile artiste du XIII e siècle avait ciselée, a disparu au dernier siècle. Au-dessus de la tète du Sauveur , on lit celte inscription semi-grecque : lïis — xps, et un peu plus haut, on voit une main divine au nimbe crucifère; au sommet, un ange étend les bras et les ailes ; au pied de la croix , l'artiste a placé Adam sortant du tombeau ; à l'extrémité de chaque bras de la croix , il y a deux anges dont l'un porte le soleil et l'autre tient la lune. Les faces latérales du triptyque sont ornées de quatre losanges en émail et de seize triangles en cuivre doré : chaque triangle offre un ange gravé au trait ; les deux losanges supérieurs renferment deux anges aux bras ouverts rt aux ailes étendues ; quant aux
losanges inférieurs, celui de gauche montre saint Pierre avec les clefs en sautoir devant le coq perché sur une colonne \ et celui de droite offre saint Thomas à genoux et mettant la main dans la plaie ouverte de la poitrine du Seigneur. Nous nous sommes peut-être trop étendu sur ce beau meuble ; c'est que son importance iconographique nous a séduit.
Deux toiles médiocres sont appendues sur les murs de la chapelle: l'une a la prétention de figurer la Vierge druidique avec la célèbre inscription : Virgini pariturœ; l'autre veut nous représenter la mort de la sainte Mère de Dieu. Vraiment on s'indigne devant la vulgarité toute humaine des types admis par les deux peintres de ces tableaux.
Dans une grande armoire pratiquée dans le mur sous la fenêtre de la chapelle , il y a deux châsses , longues de six pieds , en bois d'ébène et garnies de glaces et de divers ornements d'argent.
La première châsse contient tous les sacrés ossements de saint Piat, prêtre et martyr; les reliques de saint Piat ont été apportées de Seclin à Chartres vers 880, afin de les soustraire à la fureur des Normands. — Depuis bien longtemps Chartres et Seclin se disputent l'honneur de posséder le corps de saint Piat : dans une vie du saint Martyr écrite au XII' siècle par Hériman , abbé de saint Martin de Tournay, on voit déjà « qu'une très-grande question » était agitée, parce que les Seclinois disaient que le corps de » saint Piat avait été reporté au lieu de son martyre à Seclin ; » tandis que les Chartrains, au contraire, affirmaient qu'il était » conservé chez eux jusqu'à ce jour a . » Au XVII e siècle , les Bollandistes ont pris parti pour les Seclinois et ont essayé de réfuter le bon Rouillard 5 . En 1816 , M. Hérisson a publié un savant mémoire où il prouve que Chartres possède véritablement les sacrés
1 Ce panneau, de mauvaise exécution, est très-moderne et remplace l'ancien qui a été perdu ou volé pendant la Révolution probablement.
* Spicilegium de Dachéry , tome XII , pages 358 , 407 et suivantes.
3 Voyez les Boîlandistes , au 1« octobre ; — Parthénie, première partie, pages 181-184.
restes de saint Piat l . — Depuis un temps immémorial, on expose la châsse qui renferme les reliques de saint Piat pour obtenir le beau temps dans les années pluvieuses ; rien de plus édifiant que de voir alors les populations des villages voisins de la ville venir en procession solennelle invoquer le saint Martyr, qui les exauce toujours 2 .
La seconde châsse contient quelques ossements de saint Taurin, èvêque d'Évreux, et les différentes reliques qui avaient été brutalement profanées et enfouies en 1793. On expose cette sainte châsse pour demander de la pluie durant les sécheresses.
Une troisième châsse en bois doré est exposée sur une console près de la fenêtre ; elle renferme le chef de saint Castrin , martyr, dont le martyrologe fait mention au 1" septembre.
Il nous reste à dire un mot de l'extérieur de cette chapelle. La fenêtre qui embrasse toute la largeur, a son tympan divisé par des meneaux flamboyants avec des quatre-feuilles , et se termine en un fronton surélevé qui porte la statue de Jésus bénissant. Sur les jambages de la fenêtre , il y a quatre niches dont chacune renferme une statue entre socle et dais : les deux statues supérieures représentent la très-sainte Vierge et l'archange Gabriel, qui lui annonce qu'elle sera Mère de Dieu ; plus bas sont les statues de Louis de Bourbon et de Blanche de Roucy , sa femme ; l'un et l'autre ont les mains et les yeux levés vers Jésus ; ils sont vêtus des costumes de leur époque , celui de la comtesse est fort curieux.
Onzième chapelle. — C'est la chapelle du Calvaire, établie en 1830 sous le clocher-vieux, pour recevoir la grande croix de la Mission de 1826. Cette croix avait été d'abord plantée dans le cloître, près de l'horloge; mais la crainte des profanations dont elle pouvait être l'objet, la fit rentrer dans l'intérieur du temple. La décoration de la chapelle est due à M. de Meaussé, chanoine de la Cathédrale, qui la fit faire avec plus de zèle que de goût.
1 Le travail de M. Hérisson est intitulé : Notice historique sur saint Piat , apôtre de Tournay et martyr, conservé depuis près de mille ans en l'Eglise de Notre-Dame de Chartres , inhumé en 1793 et exhumé en 1816.
1 Voyez les Bréviaires de Chartres , au 1" octobre.
Nous espérons que ce passage sera bientôt rendu à sa destination primitive.
§ 9. — La chapelle (le Saint- Piat.
La grande chapelle de Saint-Piat, bâtie en hors d'œuvre, derrière l'abside de la Cathédrale , est une belle et solide construction du XIV siècle ; on y arrive par un escalier de vingt-neuf marches commençant dans l'ancienne petite chapelle de Saint-Piat.
« Le chapitre de Chartres ha esté le premier fondateur de la- » dicte Chappelle environ Tan 1349 , que le corps dudict S. Piat » par la dévotion que les gens de bien y avoierit, florissoit en » miracles. Cause qu'on y arrivoit de toutes parts , et s'y fai- » soient de grandes aulmosnes et oblations , desquelles ladicte » Chapelle auroit este presque toute bastie. Et portent les tiltres » de ladicte fondation, en datte que dessus, que Messire Aimeri » de Chasteau-Luisant, lors évêque de Chartres,... aïant ouï la » renommée des dévotions qui se faisoient audict miraculeux » corps de S. Piat, en l'église de Chartres: et que les Chanoines » d'icelle , lui faisoient bastir une Chappelle excellente , après »» s'estre informé du tout par gens féables , envoïez par exprès , » fonda douze Chanoines en icelle Chappelle de S. Piat, dont y en « auroient huict prebstres, deux diacres et deux soubs-diacres » Toutes ces chanoinies et toutes les autres fondations de la chapelle ont été violemment supprimées en 1793.
Architecture. -— La chapelle de Saint-Piat a la forme d'un parallélogramme parfait, comptant dans œ»vre 15 mètres 40 centimètres de longueur et 7 mètres 20 centimètres de largeur ; elle est flanquée de deux tours rondes recouvertes en ardoises , et appuyée contre six contreforts assez lourds et massifs. Elle a perdu en 1793 une flèche élégante qui s'élevait au milieu du comble , «t qui donnait beaucoup de grâce à l'édifice.
La voûte est formée de quatre croisées d'arêtes dont les nervures offrent des tores très-saillants et allongés en dos de carpe ; elles reposent sur les chapiteaux des demi-colonnes adossées au
» Parifiénie . première partie, page 144.
mur de la chapelle. Les chapiteaux sont riches de feuillages délicatement ciselés ; les clefs de voûte ont la môme délicatesse et le même fini. Les murs latéraux sont percés de six fenêtres qui offrent toute l'élégance et toute la variété du style ogival rayonnant : chacune est divisée par des meneaux réunis au moyen de trilobés pointus ; le tympan offre des trèfles , des quatre-feuilles , des roses à cinq pétales , dont les angles rentrants sont garnis de feuillages.
Le mur oriental est percé d'une large fenêtre , qui malgré un peu de lourdeur est digne d'attention. Elle est formée d'une grande ogive divisée en trois autres , avec une rose à sept pétales ; l'ogive secondaire centrale se subdivise en deux compartiments aux trilobés aigus et surmontés d'un quatre-feuilles ; chacune des deux ogives secondaires latérales est également partagée par un meneau relié avec des trilobés surmontés de deux trèfles et d'un quatre-feuille. Tout cela forme une riche disposition.
Un seul autel existe dans cette chapelle ; c'est un meuble moderne et indigne de se trouver en si beau lieu. A droite de l'autel, on voit une piscine fort élégante, qui est malheureusement un peu mutilée. Les murs supérieurs et la voûte de la chapelle étaient couverts de peintures polychromes ; depuis 25 ans , un épais et ignoble badigeon de couleur blanche ou ocrée a sali le gracieux édifice , laissé aujourd'hui dans l'abandon et le dénuement. — Dans chacune des deux tours rondes qui flanquent la chapelle , on a établi une sacristie.
Deux portes donnent entrée dans la chapelle. La première est au bas de l'escalier qui y conduit; elle forme « un gracieux por- » tique que ses formes élancées , mais sans maigreur , et sa dé- » coration pleine de richesse , quoique sans surcharges , peuvent » faire considérer comme l'un des types les plus caractéristiques » de la belle architecture du XIV' siècle ». » De chaque côté se voit un pilastre terminé par un pinacle élancé et chargé de ciselures; ces deux pilastres portent un ange à leur extrémité supérieure et sont reliés par une riche et élégante balustrade. La porte est ornée de cinq archivoltes en retraite , et elle est couronnée par
1 Texte des Monuments français , de Willemin , page 74 , planche 121 .
un fronton aigu délicatement découpé en trèfles et quatre-feuilles et orné de feuilles de choux sur ses ados ; il se termine par un piédestal qui porte la statue de Jésus-Christ , dont les deux mains sont brisées. L'ange de gauche tient la lance et la couronne d'épines ; l'ange de droite porte la croix et les clous. Au milieu du tympan de la porte se dresse une belle statue de la Vierge-Mère avec son Enfant sur le bras gauche ; Marie est richement vêtue et couronnée ; elle porte le sceptre royal dans sa main droite ; Jésus est vêtu d'une tunique et joue avec un oiseau qu'il tient dans ses mains. Deux anges en pierre se voyaient autrefois à droite el à gauche de cette statue. — Les deux vantaux de la porte sont en bois sculpté à jour et du temps de Henri IV. Ils ont été placés ici vers 1855. A cette occasion on brisa les deux petites consoles en pierre sculptée qui ornaient les deux angles supérieurs de l'ouverture de la porte.
La seconde porte, qui est au sommet de l'escalier, est plus simple : elle est ornée de plusieurs archivoltes en retraite, soutenues par un pareil nombre de colonnettes ; l'arcade extérieure a ses ados hérissés de feuilles de choux; elle repose sur des animaux fantastiques taillés avec beaucoup d'art. Le tympan est décoré d'un trèfle à folioles pointues , et dont le centre a une console aujourd'hui veuve de sa statue, qui sans doute représentait saint Piat.
Vitraux. — Les vitraux de cette chapelle appartiennent à deux époques, au XIV' et au XV* siècle;*, ils se composent de grisailles et de figures coloriées. Quoique de beaucoup inférieurs à ceux de la Cathédrale, ils méritent ^pourtant d'attirer les regards de l'archéologue. S'ils paraissent ternes tout d'abord , qu'on veuille bien l'attribuer au cruel malheur qui leur est arrivé , il y a une vingtaine d'années : un peintre ignorant a couvert ces vitraux d'une épaisse couche de badigeon huileux de quatre couleurs, bleu, rouge , jaune cl lie de vin ; tous les ornements les plus délicats ont disparu sous cet ignoble travestissement. Nous avons nettoyé nousmêmes les portions les plus maltraitées , afin de déchiffrer le sujet qu'elles figuraient. Avant le badigeon , le vandalisme avait passé par- là et avait enlevé plusieurs panneaux. Nous allons rapidement décrire ce qui reste encore ; comme toujours , nous commençons à gauche, en entrant dans la chapelle.
I. Dans le bas, on voit saint Denis portant sa tête dans ses mains , et saint Lovant (sic) tenant son gril : ces deux figures sont du XIV e siècle. Le reste de la fenêtre date du XV e siècle. Je mentionne pour mémoire un fragment de saint Gilles avec sa biche. Les trois quatre-feuilles du tympan offrent : 1° La Géométrie avec équerre et compas; puis quatre anges qui chantent 0 Gloriosa excelsa, etc., etc. 2° La Dialectique qui lient deux serpents, l'Arithmétique qui pose des chiffres sur une tablette , la Rhétorique qui écrit dans un livre, la Philosophie figurée par un philosophe qui enseigne ; ce quatre-feuille montre aussi le donateur. 3" La très-sainte Vierge enlevée au ciel par deux anges.
II. Cette fenêtre a perdu presque toute sa vitrerie peinte : il ne reste qu'un seul panneau de grisailles , une Annonciation , et deux anges thuriféraires, placés dans les quatre-feuilles.
III. Cette verrière figurait le martyr de saint Etienne ; on ne voit plus que les deux juifs qui jettent des pierres.
IV. C'est la fenêtre absidale; dans chacun des six compartiments inférieurs , il y a la figure d'un saint ou d'une sainte placée dans une niche peinte et enrichie de toute l'ornementation architecturale de l'époque : 1° Saint Turiaf en costume épiscopal et bénissant ; 2° Sainte Cécile tenant un livre ; 3° Saint Piat en costume sacerdotal, portant un livre dans sa main gauche et bénissant de la droite ; A" Un saint Pape en habits pontificaux ; il a perdu son nom ; 5° Un saint Évêque bénissant ; 6° Un autre saint Évêque. — Le tympan de la fenêtre offre la scène du Jugement dernier. Jésus est assis sur un arc-en-ciel, au centre de la rose; autour du Juge suprême » on voit sept anges , dont cinq portent les instruments de la passion et les deux autres sonnent de la trompette» qui doit éveiller les morts. A la droite de son Fils, Marie demande humblement grâce pour les pécheurs ; à la gauche de Jésus , le disciple bien-aimé unit ses prières à celles de Marie. Plus bas , dans les quatre trèfles , les morts sortent de leurs tombeaux ; enfin dans le quatre-feuilles inscrit, saint Michel pèse les âmes dans la balance du Jugement.
V. Dans le bas , on voit Marie tenant son fils , et un ange thuriféraire. Dans la rose supérieure, une trinité, le Père éternel tient la croix où pend son Fils unique , une colombe est entre les deux.
M. Il y a deux panneaux de grisailles. Dans les quatre-feuilles inférieurs du tympan, on voit Goliath armé de sa lance et David avec sa fronde.
VU. Trois panneaux de grisailles, et les armes du Chapitre sont les seuls fragments qui restent en verres peints.
§ 10. - La Sacristie.
La sacristie n'est pas indigne de la cathédrale ; c'est une élégante construction des dernières années du XIII' siècle. Voici ses dimensions dans œuvre : 11 mètres 30 centimètres de longueur; 8 mètres 20 centimètres de largeur; 15 mètres 20 centimètres de hauteur. Elle est voûtée de deux croisées d'arêtes à nervures toriques en dos de carpe; ces nervures s'appuient sur des faisceaux de colonnettes. Les bases des colonnettes sont carrées avec des moulures circulaires et des scoties peu profondes ; les chapiteaux manquent de tailloir et sont ornés de feuilles qui n'y semblent que piquées et comme attachées seulement par leurs pétioles : ils sont peu gracieux. Les deux clefs de voûte sont simples , ornées seulement de feuilles lancéolées.
Quatre belles et larges fenêtres ogivales d'une courbe élégante et d'un heureux dessin occupent tout l'espace compris entre les contreforts. Elles sont divisées en plusieurs compartiments par de légères colonnettes , et leurs tympans sont coupés par des meneaux toriques qui se courbent en trèfles , en quatre-feuilles , en roses de cinq ou huit pétales. Ces belles fenêtres , nos pères les avaient garnies de grisailles ; mais les vandales du XVIII e siècle ont défoncé les grisailles pour les remplacer d'un côté par du verre blanc, et de l'autre par un mur en plâtre! Les mêmes vandales ont recouvert toutes les surfaces d'une épaisse couche de badigeon.
La partie inférieure du mur oriental était ornée d'une série d'arcades aveugles dont les retombées reposaient sur d'élégantes colonnettes , et dont le tympan était décoré de meneaux à moulures : tout cela a été détruit pour y établir de méchantes armoires.
Nous n'avons rien à dire sur les onze tableaux peints sur bois ou sur toile qui sont appendns dans la sacristie : aucun d'eux ne
mérite une mention honorable. Nous nous taisons aussi sur les meubles en bois : tout est l'œuvre d'un froid menuisier du XIX* siècle.
La sacristie n'offre plus aujourd'hui , comme avant l'orage révolutionnaire, un vaste" musée de- chefs-d'œuvre d'orfèvrerie sacrée en or et en argent enrichis de pierreries et dus à la pieuse munificence des rois, des évêques, des chanoines ou de quelques * riches particuliers : croix, livres, chandeliers, encensoirs, joyaux, chàsses,i reliquaires, ostensoirs, calices, ciboires, vêtements sacerdotaux, tableaux en broderie, etc., tout a été pillé ou jeté dans le creuset sacrilège de 1793. Ces chefs-d'œuvre attiraient de nombreux visiteurs , dont les offrandes formaient un des revenus de l'œuvre. Aujourd'hui la sacristie ne renferme rien qui mérite d'attirer les regards du pèlerin ou de l'archéologue.
Un large couloir voûté conduit de la sacristie à la Cathédrale ; une grande fenêtre éclaire ce couloir ; elle est garnie d'une assez belle grisaille datant du XIV' siècle.
A l'extérieur, la construction est simple, unie. La corniche seule a quelques ornements sculptés; ils se composent d'un double rang de feuilles recourbées en crosse , motif qui est presque toujours employé dans tout le cours du XIII* siècle. — Une tourelle carrée qui rénferrae un escalier à vis, flanque l'angle sud-ouest de la sacristie.