I.^ HISTOIRE DE l'ÉTUDE
Des espèces.
I J A connaissance des Sangsues remonte à la plus hante antiquité; mais le petit nombre d'ouvrages que les Anciens nous ont laissés » ne renferment sur ces Annélides que des noms qui ne sont plus usités, et, par conséquent, d'une signification douteuse, ou des descriptions si abrégées , si incomplètes , qu'on a beaucoup de peine à distinguer les animaux qu'ils ont voulu décrire ou signaler. Le plus ancien ouvrage où il soit fait mention des Sangsues , est la Bible. On trouve dans le trentième chapitre des Proverbes , le mot Aiuàa , dans lequel on a cru reconnaître une Sangsue (i). Plu-
(i) SalomoD , Proverbes 9 chap. XXX ^ vers. i5.
$ieurs écrivains da moyen âge ont cherché à rapporter ce mot au Crocodile ; mais Gesner a pensé avec raison que c'était bien une Sangsue , puisque cet Annélide est désigné dans différens écrits de plusieurâ auteurs arabes « sous les noms de Aleca , Aleiha , Alag , etc. , qui se rapprochent assez du mot hébreu (i). Il serait assez difficile de déteri!niner d'une manière positive , quelle est l'espèce signalée dans les Proverbes. Gesner la rapporté à la Sangsue commune ( Sangs, medicirialis Sav. ). Il nous parait plus vraisenk* blable de penser que VAluha de Salomon , est une petite Hirudinée qui se trouve dans les mares de TÉgypte , et dont M. Larrey a observé les funestes effets sur nos soldats (a); ou mieux encore, une autre espèce des bords du Nil décrite par M. Savigny , sous le nom de BdeUa niloiica (3). Cette dernière , bien connue des Égyptiens , est encore appelée vulgairement Alah , par les habitans de ces contrées. Ce nom , comme on le voit , ressemble assez aux dénominations arab ^3 , ainsi qu'au mot hébreu.
Les Grecs connaissaient également une espèce de Sangsue, qu'ils désignaient sous le nom de ^StKkx (4) » à cause de la faculté qu elle avait de sucer. Cette Sangsue indiquée par Théocritc , sout la dénomination de Xlfia/at^ , parce qu'elle vit dans les marais, et appelée ^i^t/xato; par Nicandre , parce qu'elle se nourrit de sang (5) , parait une des espièces confondues par Linné sous le nom de Hi^ rudo medicintUis.
Strabon rapporte que, dans un certain fleuve de Lybie, il existe des Bdelies ( ^iùlaç ) qui ont sept coudées de long et qui sont pourvues de branchies perforées. Rondelet a reconnu dans ces
(i) De Piso, et aquat. nnim* nai. , lib. lY , pag. 4a5. (a) Aeiat. chirurg, de f Armée d'Orient en Egypte; Paris, i8o3, pag. i54.
(3) Jnnéi. hirud. ( dans V ouvrage sur V Egypte) ^ pag. iiS , n.* i.
(4) Dérivé de jS^â>X&>» mulgeOf je trais^» ^
(5) Rondelet, De Fisc. y Lugduni , i554.« lib. De Palust., cap. IX , pag. 9a6.
aniiBâilt une espèce de Lamproie ( Petromyson L.) (i). Ôti sait que ce genre de poissons a six feuillets branchiaux de chaque côté du corps , et , par conséquent , sept trous , pour la sortie de Teau ; que son corps est cylindrique et alongé comme celui d'une Sangsue ; enfin , que sa bouche , située à Textrémité de la tête , est ronde , avancée et propre à la succion. Ces animaux se fixent aux pierres , aux rochers , d'où leur est venue la dénomination de Petromyson (a) , ainsi que celle de Lamproie (5). Strabon a donc pu , avec quelque raison « appliquer à l'un des poissons de ce genre, un mot dont la signification est à peu près la même (4)*
D'après les ouvrages des Romains , nous pouvons juger facilement que les connaissances de ce peuple se bornaient â une seule espèce, que nous sommes fort éloigné de pouvoir déterminer avec quelque précison. Ils l'avaient indistinctement appelée Hirudo et Sanguisuga. Cette première dénomination se trouve dans Plaute (S), Cicéron (6), Horace (7), et dans tous les anciens écrivains. La se*
(1) De Fisc. 9 lib. XIIII f pag. 401.
(a) Formé de Ttirpoç , pierre « et fiù(a>9 je suce*
(5) Formé de iamùo, je suce» et petra 9 pierre.
(4) Baéiieœ^ 1549 9 ^b- XYII.
(5) Epidicus , Se. lY , carm. 4 et 5. Un évéque dUpsal , nommé Olafii MagDus et un jésuite nommé Kircher ont prétendu que les hirondelles 9 au lieu d'émigrer dans les pays chauds » comme la plupart des volatiles 9 sa cachaient, pendant Thiver» dans les marais sous Teau. Ce sentiment fut adopté par plusieurs naturalistes. On sait combien de pages ont été consacrées dans THi^tore naturelle de Buffon , par Guenau de Montbeillard , pour combattre cette erreur. M. Yirey demande » s'il n'y aurait pas eu conftision dans les mots hirundotthiTrudo 9 hirundines ei hinuLines* £n effet, quelques Anciens b% sont servis sans distinction de ces deux termes » qui paraissent avoir eu une même origine ( a6 hœrendo ). Ainsi , dans la plupart des éditions ,de Plaute , on Ura dans Tendroit déjà cité :' JamcgotM vortam in birundinem et tuum txugtio eanguinem*
(6) Ad AUicum , lib. I, 16;
(7) ArspocU , carm. 476.
conde est employée par Pline (i) , qui paratt l'avoir créée , et pat tous les auteurs postérieurs à ce naturaliste. C'est de ce dernier mot latin, que nous avons formé le mot Sangsue.
Après plusieurs âges entièrement perdus pour la Science , pen« dant lesquels Térudition remplaça l'art d'observer, il était temps de revenir à l'examen de la Nature. Le célèbre Rondelet, qui peut être regardé comme un des premiers restaurateurs de l'Histoire naturelle , donna , dans son Histoire des poissons , la description et la figure d'une espèce de Sangsue qui se trouve dans la mer et qui suce les poissons. Il en signala plusieurs autres, vivant dans les marais d'eau douce , dont les unes sont noires, les autres rousses , les autres de diverses couleurs ; mais il ne donna pas de caractères suffisans , pour qu'on puisse reconnaître avec un peu de certitu(jle quelles sont les Hirudinées diverses dont il a voulu parler (2).
Gesner ajouta aux observations de Rondelet, une description et une figure assez mauvaise d'une espèce qu'il appelle Hirudo major et varia (3). C'est la Sangsue qui a servi de type à Y Hirudo medi^ einaiis de Linné.
Enfin , Aldrovande rassembla sans examen et sans critique tout ce qui avait été écrit avant lui sur les Sangsues. Il paratt cepen* dant avoir eu connaissance de deux nouvelles espèces , dont une appartient au genre Nepheiis ^ et la seconde au genre Pisoicola {^).
Ce fut seulement vers la fin du XVII.* siècle et vers le commencement du XYIII.*, que l'art de l'observation soumis à une règle exacte , plus sévère , donna naissance à des travaux qui se distinguent par des descriptions moins vagues et par des figures plus soi-
(1) HUt. nat. , lib. VIII , cap. X, 3 et lib. XXXII y cap. VU , 9 et cap.
(a) De InseeUet Zooph. , cap. VII5 pag. 1 1 1 ( icon. ) ~ Ibid. , De PaiusU $ cap. IX^pag. 2ia6.
(3) De Fisc, et aquaU anicn. nat. , Ub. IV , pag..425 ( icoQ. ) et 433.
(4) De Imect. , 7 , pag. j%%.
( »3) gnées. Cependant, certains auteurs de cette époque ont confondu a^ec les vraies Sangsues plusieurs animaux étrangers à la famille ; ainsi , Paul Boccone , naturaliste de Sicile , donna le nom de Hirudo marina acus , etc. , à une espèce d^Annélide recueillie sur l'Espadon , qui possède des branchies avec des appendices visibles à l'extérieur (i) , et Breynius , médecin de Dantzick , appela du nom de Sangsue , un petit Mollusque , trouvé dans la Méditerranée , non loin de Tile d'Iviça , dont les organes branchiaux sont larges, grands et découpés en forme d'éventail (a).
Ray , déjà rendu célèbre par ses nombreux travaux en botanique» et surtout par ses classifications qui peuvent être regardées comme des méthodes naturelles par tâtonnement « découvrit une nouvelle espèce de Sangsue, qu'il appela Hirudo maxime {in Angliâ) vtU^ garis (3). C'est VHirudo sang^dsuga de Linné , qui appartient au genre Hœmopis. Pendant long-temps on n'a connu que cette espèce et la Sangêue grande et variable de Gesner. Elles étaient sou*vent confondues sous le même nom , quoiqu'elles fussent différentes , et que la seconde seulement fût employée en médecine. Les autres Sangsues » dont nous avons déjà parlé , avaient été indi* quées si vaguement par les divers auteurs , qu'elles étaient à peine remarquées, ou pour mieux dire , qu'elles n'avaient point encore attiré l'attention.
LedermûUer ajouta une petite espèce de Clepsine (4) , qui , plus tard , fut figurée sans aucuA nom dans l'ouvrage de Trembley sur les Polypes , et rapportée sans synonyme dans la seconde édition .de la Faune suédoise de Linné.
(i) Phiios* trans. 9 i665 — i683 5 n.* 39. — Ibid. , Çollôet. acad. , pari, itrang. , pag. 41.
(a) P/di. trans. , 1705 , n.* 3oi , pag* 253, pi. 11 , fig. 4.
(3) HUt. inscei. , Lond. , 1710, pag. 3.
(4) LedermûUer; dmw. microâcop. , pag. i65^ t. 84« fig. 9.
Dans les actes de rAcadémie des Sciences de Stockholm, Bergmana décrivit et figura deux nouvelles espèces appartenant au même genre, remarquables parla forme et par le nombre de leurs yeux (i). Enfin , Baster donna la description d'une Albione qui se distingue de la Sangsue de mer de Rondelet , par la disposition inverse de ses anneaux tuberculeux (a).
Il avait été déjà décrit neuf espèces de Sangsues, lorsque Linné les ayant rassemblées dans son Système de la Nature , fit mention d*une dixième Hirudo , qui se trouve dans la mer ou dans les marais salés des Indes. Cette Sangsue est caractérisée trop imparfaitement , pour qu'on puisse être fixé avec exactitude sur sa posi^ tlon zoologique. Aussi, ce n'est pas sans quelque doute que nous la rapportons au genre Albione. Linné confondit VHirudo Pis^ ciurn décrite par Baster, avec la Sangsue de mer de Rondelet (3).
Une autre erreur que nous nous empressons de relever , est celle relative d la Sangsue alpine. Un Mollusque très-petit observé dans les sources froides des montagnes de Mindin, a été annoncé dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Turin , par le docteur Dana , mais avec doute , comme une nouvelle espèce de Sangsue (4)* Yalmont de Bomare , dans son Dictionnaire d'Histoire naturelle , et l'abbé Ray , dans sa Zoologie universelle , l'ont ajouté aux neuf Sangsues du Système de Linné. Il en est de même de Vitet, dans son Traité de la Sangsue officinale , et de M. Derheims, dans un ouvrage dont nous aurons bientôt occasion de parler. Cet animal n'appartient pas à la famille des Hirudinées , c'est un Mollusque du genre des Planaires ( Planaria torva MûlK )
(i) Opuse* suisec. , Harlem » 1762^ in-4»*9 tom. I9 lib. II » pag. 8a et gS. (a) Jet. Stock. , "1756 et 1757. — Méth. abrég. dci'Jcad. Stock. , 177a # tom. XI I part, ^trang. , pag. 114 et suiv* (5) Syst. natur. ,éd. XII.* , pag. 1079.
(4) M,im. dû VAcad. de Turin, 176a et 2765 , vol. III, pag. 19g.
( »5) Un des meilleurs observateurs qui aient écrit sur THistoire natu-" relle, jeTeux parler du célèbre Muiler, qui a enrichi la Science d'un travail très-étendu sur les vers terrestres et fluviatiles « a donné dans cet ouvrage des descriptions fort détaillées et fortexactes de dix espèces de Sangsues, parmi lesquelles il en est trois qui n avaient point encore été décrites (i). Les deux premières appartiennent au genre Pisci^ cola ; la troisième dont la description est moins soignée , doit rester parmi les espèces d'une place incertaine. Nous en dirons autant des trois autres Hirudo àonlnoMU devons également la découverte aux investigations du même auteur. L'une d'elles , d'àprès les observations qui m'os^-été communiquées par le docteur Johnson , n'est autre chose quCun animal du genre Pedtcuiuê. Elle est décrite et figurée , ainsi que la seconde espèce, dans le prodrome de la Faune du Danemarck (a). La troisième est mentionnée dans la première partie de cette même Faune ; celle-ci fut décou; verte dans l'intérieur d'une Fenusexoleta L. (5).
Tel était l'état delà Science relativement à la connaissance des Sangsues , quand M. Bosc , dans son Histoire naturelle des vers ^ iiiisant suite au BuJSbn imprimé par Déterville, augmenta le nombre de ces animaux d'une nouvelle espèce , la Sangsue sivampine, qui se trouve- en abondance dans les marais de la Caroline , attachée aux Tortues et aux Grenouilles. L'auteur en donne une figure et une description trop peu détaillées , pour qu'il soit possible de laisser cette Hirudinée parmi les espèces bien connues (4). Il eu est absolument de même de la Sangsue du Ceylan , de celle de l'Egypte et de celle du Japon , rapportées par M. Bosc avec la Sangsue swampine , dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle ^5) ; l'une d'après Knorr ou d'après Yalmont de Bo-
(i) Hist. verm. terr. etfiuv. ^ 1775.
(a) Prod. zoot Dan.^ I , v. i.
(3) Zoot Dan. , trst. band 9 pag. 70.
(4> Hist, nat. des vers , tom. I , pag. a45 et snîv.
(5) Diot. d'hU%. nat. , vol. XXX, pag. 140, art. Sangsue.
( «6 ) mare (i) , la seconde d après M.Larrey (2) » et la troisième d'après le capitaine russe Krusenstern (3). Nous avons également des ren-f seignemens trop imparfaits sur la Sangsue éicoiore de Daudin , pour la considérer comme une espèce bien distincte* Quant à THirudinée à laquelle il a donné le nom de Sangsue puiUçère (4) » nous reconnaissons avec M. J.-C. Savigiiy « que c'est une des espè-> ces de Clepsine déjà décrites par Bergmann.
Plusieurs observateurs anglais ont également écrit sur les Sangsues^ et ont annoncé des espèces qui n'étaient point encore connues. Quelques-uns ont été entraînés dans des erreurs qu*il est aisé de reconnaître : ainsi, le docteur Shaw a signalé sous le nom de Hirudo viridis , un animal qu*il aurait dû placer dans le genre clés Pla-* nalres (5). Il en est de même dés Hirudo alba et nigra de M. William Kirby, qui doivent être rapportées au même groupe d animaux. Une troisième espèce , décrite par ce dernier auteur, se rapproche extrêmement de la Clepsine complanaia. M. Kirby a annoncé qu'elle avait deux yeux , au lieu de six. Cette remarque suffirait pour distinguer cette espèce , si la figure donnée par le naturaliste anglais , qui semble plus exacte que la description de cet auteur , ne représentait un animal avec six yeux. Nous avons dû rapporter cette Sangsue en synonyme à la Clepsine complot nata (6). On doit aussi une nouvelle espèce de ce genre â lesprU: observateur de M. Sowerby , qui la trouvée sur les bords de la Tamise (7).
M. Leach a découvert à Londres , dans le Muséum de la Société linnéenne , une espèce A'Albione qui doit être ajoutée aux deux
(1) Reiation de Vite dt Ceytan. — Diet. d'hist. nat. , tam. VIU , pag. 6^.
(a) Loe. cit.
(5) Voyages du capitaine russe Krusenstern.
(4) Recueil de Méin. sur des moii. , vers et zoaph. , pag. 19 et fig*
(5) Linn. trans. » vol. I , pag. 93.
(6) Linn. trans. » vol. II, pag. 3i6.
(7) British Miseelian. , tab. 76.
(>7) qui Sont déjà connues (i). Enfin , M. Rawlins Johnson, dans uu Traité de la Sangsue médicinale , plein de détails intéressans , a fait connaître une Sanguisuga nouvelle , c'est la Sangsue-truite des Anglais ( Trout-Leech ). VHirudo nigra de ce savant naturaliste» ainsi qu'il a bien voulu me le communiquer lui-même» est seulement une variété de YHœmopis vorax. Enfin , son Hi-' rudo branchiata est le BranoheUion ou la Sangsue marine de Boccone (â)«
A peu près à la même époque , M. Dutrochet , médecin à Châ« teaurenaud , publia, dans les Bulletins philomathiques, l'extrait d'un Mémoire qui avait pour objet une nouvelle espèce d'Annélide Hirudinée (3). Cette sangsue n^est pas assez caractérisée , pour qu'il soie possible de savoir d'une manière positive , si elle est réellement nouvelle. Elle appartient au genre Trçchetia ou Nephelis.
La Zoologie est redevable à M. Jules-César Savjgny, d'un travail fort détaillé , qui joint à la profondeur des vues , l'exactitude de^ observations. Cet excellent zoologiste a enrichi l'Histoire naturelle de neuf espèces non décrites ; il a fait connaître autant d'Hirudinées nouvelles, que Linné en avait rassemblé dans sonSystema naturœ^ L'une de ces espèces forme à elle seule un genre nouveau; la seconde avait été confondue avec la Sangsue médicinale ; la troisième , qui lui a été envoyée de Pondichéry , est aussi une Sanguisuga. Enfin, les six dernières ont été découvertes aux environs de Paris v trois appartiennent au genre Hœmopis j et trois au genre Nephelis (4).
Un autre observateur plein de mérite , non moins exact que M. Savigny , a publié dans. les Mémoires de l'Académie royale des
(i) Tht zooU misceii. y London, i8i5 , vt)l. II. , pag. lo et tab. LXIIL (a) J treat. on the med. Leech, etc. , London , 1816 , pag. 3i , 3a et 38.
— Ypy. aussi Bidault de Tilliers ; Joum. compi. du Dict. des Se. méd^ ,
pag. 55 et suiv.
(3) Mém. sur un AnniL , Bull. phiL, 1817, pag. i3o«
(4) Mém. sur tes Annétides , inséré dans lo grand ouvrage sur VÉgyple y pag. ii3 et suiv.
Sciences de Turin , une Monographie aussi intéressante que le travail de ce dernier naturaliste. Dans cet ouvtage, que nous devons au professeur Hyacinthe Caréna , trois nouvelles espèces sont décrites: une Sanguisuga du Lac Majeur , une petite Nepheitê des environs dlvrée , et une Ciepsine très-jolie , dont deux individus furent trouves dans le lac d'Avigliana. Le professeur Caréna a reconnu que son Hirudo provincialis était la même espèce que la Sanguisuga offlcinatis de M. Savigny , et que son Hirudo cepholata était la même que VHirudo inarginata de MùUer (i). Dans le Supplément qu'il a ajouté à son ouvrage , il a décrit sous le nom de Hirudo paludosa , une seconde Ciepsine observée près de Turin , aux environs de Carmagnole , dans des marcs où se trouvent plusieurs sortes de Mollusques (2).
ÂL de Saint-Amans » Secrétaire de la Société d'Agriculture , Sciences et Arts de Lot-et-Garonne, a inséré dans le troisième volume des Mémoires de la Société linnéenne de Paris , une figure très-bien faite et une bonne description d'une petite Hœmocharis , trouvée par le docteur Itiert au mois d'octobre i8a3 , dans un ruisseau des environs d'Agen. Elle a^ été présentée sous le nom de Hirudo oscUlatoria ; mais elle parait trop peu différer de VHirudo tessuiata de Mûller , pour constituer une nouvelle espèce. M. de Saint-Amans, à qui j'avais communiqué mes doutes , a vérifié et reconnu que mon observation était exacte (3).
Dans une Notice sur la reproduction de la Sangsue officinale aux Antilles , M. M.-J. Achard , pharmacien du Roi , a signalé dans la Martinique et dans les Iles des environs , une petite espèce de Sangsue qui n'a rien de commun avec celles dont la
(1) Monog, du genr. Hirud* , Mém. délia reale Acad. del. Scienc. di Tor. , tom. XXV , pag. a^S et suîv.
(a) Suppiém, , ibid. 9 tom- XXVIII , pag. 35 1 et suiv.
(3) Mém. de (a Soc, Unn. de Paris , Paris, i8a5 , vol. III, pag. igS et luiv. avec fig.
( «9) Thérapeutique retire partout de si grands avantages. Il parle aussi d'une autre Hirudinée, qui se rencontre fréquemment sous les paupières et dans les fosses nasales du Grabier des montagnes ( ^r-dea virescens L.) ; il assure que M. Guyon en a donné la descrip* tion dans la Revue encyclopédique (i). Il parait que cette description n a jamais été imprimée , puisque le numéro du Journal indiqué par M. Achard /annonce seulement que, dans une des séances de l'Académie royale des Sciences , M. Percy a communiqué â rinstitut , de la part de M. Guyon , quelques observations sur la Sangsue du Crabier verdâtre des montagnes (a). Nous devons placer cette espèce intéressante , ainsi que celle de M. Achard, parmi les Sangsues qui ne sont pas assez connues.
Telles sont les découvertes qui ont été faites sur les Birudinées, jusqu'à ces derniers temps. Frisch (3) , Rœsel (4) > Gisler (S) , 3alomon (6) , Weser (7) , Dillenîus (&) , etc. , qui ont traité de THistoire de ces vers , ainsi que plusieurs paturalistes plus modernes qui en ont parlé dans des ouvrages généraux , tels que Gmelin (9) , Bruguière (10) , Blumenbach(ii), Pennant (la) » Gu-^ vier (i3), de Lamarck(i4), etc., nont fait que rassembler les espèces
"' '" ' ' ' ■ ■ ■■ ■■ I II Mil II ^^■^■■^•i»W.lBp»«l^|||^»,|p,,|pp,^^
(1) Janvier 182a. — Séances de l'Institut,
(2) Journal depharm. et des se* acccss, , juio 1825 , pag..296.
(3) Insect. germ.f 6, pag. 25.
(4) Insect. éelusL, pag. Sgg.
(5) Jet. Stock, y 1^58 9 pag. 9$.
(6) Act. Stock. » 1760, pag. 35.
(7) Amotn. Acad. , tom. YII.
(8) Ephem. na4. eur., cent. YII.
(9) *^y*^- ^«*' f ^*^* XII , pag. Soo'j.
(10) Encyciop. métk. » Helminth.
(11) Handbuch , der naturg. , IX absch. , pag. lia*
(12) Brilish zooL^ vol. IV, pag. 36 — 58.
(i5) Taiienu éUfn.^ d'Hist. nat., Paris, an VI, pag. (>3i cl 632. ^-^ Règne anim. , vol. Il , pag. 53 1.
(i4) Extrait du Cours de zooL , Paris , i8i2» — Hist. des anim. sans vert., Paris, i8i8, tom. Y, pag. 286.
ou une partie des espèces décrites par leurs prédécesseurs. Il eût été très-inutile de faire Tanalyse de leurs divers travaux , et je me suis borné à les citer dans la synonymie. Cependant , il est de mou Bujet de dire quelques mots sur une compilation fort inexacte , publiée tout récemment par un jeune pharmacien , sous le titre d'Histoire naturelle et médicale dès Sangsues. Pénétré de l'idée qu'il faut beaucoup de pages pour rassembler les synonymes et pour assigner aux Hirudinécs des caractères propres à les distinguer, l'auteur s'est contenté de l'exposé des diverses espèces du Système de Linné. La plupart sont rapportées sans description et sans critique , de manière qu'il est bien difiicile de savoir quels sont les Annélides que M. Derheims a signalés. Ainsi, sur neuf espèces qu'il indique comme se trouvant dans l'Ouvrage de Linné , il en est deux dont le nom a été défiguré ou entièrement changé ( ff. stagnalis et medicinaUê L. ); deux autres espèces linnéennes ( H. indica et heteroclitay n'ont pas été comprises dans le catalogue rédigé par M. Derheims ; elles ont été remplacées par la Sangsue swampine de M. Bosc et par la Sangsue alpine de Dana , qu'on ne saurait rencontrer , ni dans Linné , ni même dans la compilation de Gmelin. D'ailleurs , si M. Derheims s'était donné la peine de consulter le commencement de la Monographie du professeur Hyacinthe Garena , ou seulement s'il avait connu le Mémoire publié par le docteur Dana , il aurait vu que la Sangsue alpine est un Planaire. M. Derheims ajoute encore , comme espèces de Sangsues , plusieurs autres Annélides mal connus , et de plus , la Sangsue de mer de Rondelet, dont il a déjà parlé sous le nom de Hirudo murioata L., et YHirudo marina de Boccone , qui n'est ni une Sanguisuga^ ni une Hirudin'ée (i).
(i) Hist, nat. et méd* des Sangs. , Paris , 1825, avec fig. ^ Yoy, aussi de Jieus ; Nouv. BH^doth* méd-p novembre i9a5 , pag. 399 et suiv.
Des genres et de la familleé
Le genre Hirudo, grossièrement formé par Ray {i)Je précurseur de Timmortel Linné , fat adopté par ce dernier dans sa Faune fiuédoise. Il était composé de trois espèces : la Sangsue médicinale de Gesner , VHœmocharis d'Aldrovande , et la Sangsue vulgaire ou Hœmopis de Ray , plus d une Fasciola > la Sangsue-Umace de Réaumur (2).
Dans son Système de la Nature , Liqné mit une plus grande régularité dans la classification. Il donna au genre Hirudo des caractères plus précis ; il le composa seulement de? Vers qui ont la corps ohlong , se mouvant par une bouche et une queue , orbi-^ culairement dilatés (3). On conçoit facilement que la petite Fasciole dont nous avons parlé plus haut » dut être éliminée du genre des Sangsues.
La très-grande partie des auteurs postérieurs au naturaliste de Suède , suivirent sans beaucoup de changemens la route qu'il avait tracée ; ainsi , Mûller (4) , Gmelin (5) , Brugùière (6) et BIu-> menbach (7) ne regardèrent les Sangsues , que comme réunies 80US un seul groupe , sous le. genre Hirudo. Il en est de même de MM. Cuvier (8) , Bosc (9) , Duméril (10) et Caréna (11). Plusieurs naturalistes de nos jours, ayant observé que certaines espèces s'éloi-f gnaieut les unes des autres par des différences bien tranchées , et que plusieurs d entre elles semblaient se rapprocher par des caractères importans, therchèrent à diviser le genre de Linné, et à créer
(I) Loc. cit.
(a) Faun. suec. » toc. cit.
(5) Syst. nat. , éd. XIL, pag. 1079 et 1080.
(4y 5, 6y 7] Loc. cit.
(fi 9 9) Loc. cit.
(10) Zod. anatyt. , Parii, i8o6 , pag. 298 et ag^;
(II) Loc* cit.
plusieurs genres séparés. M. Lieach forma de l'espèce de Rondelet r de celle de Basteret d'une Sangsue nouvelle le genre PontobdeUa (i) » dont M. Ocken a fait le genre Gôl (a) , et M. Savîgny le genre Albione (3). M. Ocken créa pour la petite Sangsue des poissons le genre Ihl , qui est le même que celui de MM. de Blainville (4) et de Lamarck (5), connu sous le nom de Piscicola, et que le genre Hœmocharis de M. Savigny; il établit aussi le genre Helluo, qui correspond au genre Erpobdellade MM.de Blainville et de Lamarck f mais les espèces qui le constituaient , étaient bien différentes pour Torganisation et pour les mœurs ; M. Savigny )ugca qu'il était nécessaire de les séparer en deux genres distincts Nephelis et Clep^ sine. L'établissement de ces deux groupes est si conforme à la nature , que Tun des deux avait été déjà formé par M. Dutrochet , médecin à Châteaurenaud, qui lui avait donné son nom (6), et que M. Rawlins Johnson , de Bristol , avait proposé le second d'abord sous la dénomination de Giossiphonia (7) » et plus tard sous celle de Glossopora (8).
De deux espèces mal décrites par Muller (9) , et qui paraissent s éloigner des caractères qui distinguent les Sangsues , M. Ockea forma le genre Phylline, que M. de Blainville avait établi dans se» manuscrits sous le nom à'EntobdeHa , et que M« de Lamarck a adopté sous la première dénomination.
Le genre Hirudo était donc considérablement restreint, lorsque M. Savigny le sépara encore en deux parties et proposa les genres
(1) Loc. cit.
(a) Cité par M. de LamarcL.
(3) Loc. cit.
(4) Cité par M. de Lamarck.
(5) Loc. cit.
(6) Loc. cit.
•(/) Treat. onthemed. Leech, toc cit.
(8) Furth. obs, on the med. Le^ch , pag. 47*
(9) Prod. zooi. Dan. et zooi. Dan, y ifc. cit.^
naturels Sanguisuga et Hœmopis. Une espèce qui habite les eaux douces de TÉgypte, lui fournit les moyens d'en ajouter un déplus , sous le nom de Bdella , dénomination qui doit être changée , puisque ce mot avait déjà servi à Fabricius et à M. Latreille , pour désigner un nouveau genre d'Arachnides trachéennes (i).
Tous ces genres de nouvelle formation, suffisamment caractérisés , conservaient encore entre eux plusieurs rapports de ressemblance. M. de Lamarck conçut Theureuse idée d'en établir une petite famille, qu'il appela F^mt/<e des Hirudinées. M. Savigny, en y réunissant les genres qu'il avait formés , en fît son ordre des Annélides Hirudines : cet ordre est divisé en trois sections. La première ne conaprend que les Sangsues qu'il a nommées BrancheUiennes j et ne renferme qu'un seul genre ( Bran-* cheUion }, composé d'animaux dont le corp9 est pourvu d'appendices ou branchies , et qui , par conséquent , ne sauraient être classés parmi les vraies Hirudinées ; aussi , M. Latreille, dans son nouvel ouvrage sur les familles naturelles^ a placé les Sangsues BrancheUiennes parmi les Annélides Mésohranches (2). Les autres deux sections sont caractérisées par l'absence des branchies saillantes au dehors. Ce sont les vraies Hirudinées , celles dont nous allons nous occuper dans ce Mémoire. Les premières qu'il appelle Sangsues Alhioniennes ^ ont une ventouse antérieure ou orale d'une aeule pièce , séparée du corps par un fort étranglement, et pourvue d'une ouverture sensiblement longitudinale. Les secondes ont cette même ventouse composée de plusieurs pièces , peu ou point séparées du corps , ayant une ouverture transverse , comme bilabiée , la lèvre inférieure étant rétuse. Ce sont les Sangsues PdeUiennes.
(1) Bdciia. Scirus Herm. , Spec. acari L. V07. Guvier, Règne anim. , VoL III, pag. lao, <3) Paris, 1895 f pag. 946 et 947. Quatrième ordre , famille des Télélhuses
La famille des Ânnélîdeâ Hirudiaées de de Lamatcki a été adoptée par M. Latreille (i) , qui Va augmentée des nouveaux genres proposés par M. Savigny. Il y a réuni de plus le genre Trochetia ,. qui ne doit pas être distingué des Nephelis , et le Branchiobdelriion deRudolphi, qui est un double emploi du genre BrancheUion^
De la position des Hirudinées dans les diverses classifications générales^
Chez les Anciens , les Sangsues étaient comprises parmi les anf-^ mau^ qu'ils avaient désignés sous le nom d'exsanguia , non parce qu'ils les regardaient comme privés de sang , mais parce* qu'ils avaient comparé ce fluide avec celui des animaux , où il est de couleur'rouge.^On conçoit facilement que cette division doit correspondre avec exactitude aux animaux à sang blanc ou à sanie.
Plusieurs auteurs avaient placé ces Annélides parmi les Poissons , les Reptiles. Ray les avait considérés comme des Insectes sansmétamorphose , apodes , aquatiques, et pourvus d^un corps grand^ et étroit (2). Linné , dans la première édition de sa Faune sué-^ doise , les regarda comme des Vers et les rangea parmi ses f^er^ mes reptitia j après le genre Lombricus. Dans son Système de la Nature , le genre Hvrudo fut mis parmi les Vers intestinaux , entrelés Siponcles et le genre Myxine (3). Mûller le fit entrer dans les Vers terrestres ou fluviatiles, qui ne sont ni testacés, ni infusoires^ et qu'il a nommés heiminthica. Il se trouve dans la section de ceui^ qui^ sont dépourvus de çoies ou de cils ( H. mutica ) (4}«
(1) Loc^ cit^
(a) HisU insect, , Lond., 1710V
(3) Faun. suce, toc. cit.
(^/j) Hist. vcrm» terr. et fluv. , ioc. cA^
Gmelia , dans son Syètema naturœ, Bruguière , dans son Helminthologie , et Blumenbach , dans son Manuel d'Histoire naturelle , avaient laissé les Sangsues parmi les Vers intestinaux , lorsque M. Guvier , n ayant appliqué cette dénomination qu'aux animaux qui se trouvent dans l'intérieur de^ animaux vivans , a placé le genre Hirudo parmi les Vers proprement dits , dépourvus d'épines ou de soies (i). Cette séparation fut adoptée par M. de Lamarck , dans son Système des Animaux sans vertèbres , et par M. Bosc , dans son Histoire des Vers , qui ont désigné sous le nom de Vers extéHeurs , tous ceux qui ne vivaient pas dans l'intérieur des animaux.
M. Duméril , qui a borné la classe des Vers aux animaux munis de vaisseaux , de nerfs , et privés de membres articulés , les a di« visés en deux familles : la première renferme ceux de ces animaux qui ont reçu la qualification de Branchiodèles ^ parce que leurs organes de la respiration sont visibles au dehors ; la seco|3ide comprend les Vers qui ne laissent apercevoir aucun système de respiration et auxquels il a donné le nom de Vers EndobrancheS. C'est dans ce dernier groupe que se trouve le genre Hirudo , entre les Dragoneaux et les Planaires (2}.
Reconnaissant plus tard, que, parmi les Vers extérieurs, un ordre d'animaux se distinguait par la couleur rouge de son sang , par un double système de vaisseaux compliqués , par un corps mollasse plus ou moins alongé , divisé le plus souvent en un nombre considérable de scgmens , etc. , M. Cuvier proposa d'en établir un groupe séparé , qu'il désigna sous le nom d*animaux à sang rouge {5). M. de Lamarck adopta cette séparation , et en forma une classe particulière, qu'il appela du nom à'Annéiides^ et qu'il plaça dans un rang plus élevé que celles des Insectes. Il présenta dans
(1) Tabi. élcin. (CUùt. nat. , toc* cUr
(2) Zoot anatyt. , ioc* cit.
(3) Mcm. lu à V Institut. -^ ButUt. des se, messidor, an X.
(s6) tes leçons cette nouvelle classe et eut bientôt roccasion d'en consigner les caractères dans le Prodrome de son Cours , publié en 1812.
Les Sangsues appartiennent . à ce groupe d'animaux ; elles se trouvent parmi les Annélides qui ont des branchies , soit dans les pores de la peau , soit dans des cavités en forme de poches t et que M. de Lamarck a nommées Annélides Cryptobranches ; elles sont comprises dans la seconde section , qui renferme tous ceux de ces animaux qui ont le corps tout nu ou privé de cils eX de spinules.
Dans la seconde édition du Tableau élémentaire d'Histoire tiaturelle , le genre Hirudo a été également placé parmi les An* nélides qui n'ont pas de branchies apparentes, et dont la faculté de respirer réside dans quelque poche ou cavité intérieure, ou seulement dans la surface de la peau. M. Cuvier les a nommées Annélides Ahr anches (1).
M. de Lamarck, dans son dernier ouvrage sur les Animaux invertébrés, a adopté une autre division. Il sépare les Annélides en trois ordres : les Apodes , les Antennes et les Sédentaires. C'est parmi les premiers , caractérisés par l'absence des pieds , celle d'une tête antennifère et celle des mamelons sétifères , rétractiles et pédiformes, que se trouve la famille des- Hirudinées (a).
Enfin , M. de Blainville a conservé le nom d'Apodes ^ pour en former sa huitième classe des Entomotoaires (3) , et M. Latreille lui a substitué celui d' Enter o6r anches (4).
De VAnatomie et de la Physiologie.
Puisque les Anciens ne connaissaient qu'un petit nombre de Sangsues dont les caractères distinctifs n'étaient pas bien arrêtés »
(i) Rlgn, anim, distrib. d'après son organ. , ioc. cU. (a) Hist. fiat. des anim. , i8i8 , tom. V , pag.a86, elc. (5) Princip. d'anat. comp. , Paris, i8aa, tabl. VIL (4) FamiU. nat. du r^n. ami». « Paris j i8a5.
Qoogle
(^7) nous ne devons pas nous étonner et de leur ignorance et de leurs préjugés , au sujet de' leur structure , soit externe , soit interne. Une chose singulière , mais qui parait bien naturelle , c'est que tous les observateurs qui se sont occupés de TAnatomie et de la Physiologie des Sangsues , depuis les commenccmcns de la Science jusqu'à ces derniers temps , ont constamment dirigé leurs recherches sur la Sangsue médicinale ou sur les espèces confondues avec ce ver; de telle sorte que Thistoire anatomique et physiologique des Hirudinées se borne presque uniquement à tout ce qui a rapport à ce petit nombre de Sangsues. Bien plus, certains anatomistes pénétrés de l'idée que le genre Hirudo de Linné était bien naturel , et que ce qui appartenait à une espèce , devait être commun à tout le graupe , voulant peut-être s'épargner des dissections délicates et nombreuses , ont appliqué à tout le genre des observations particulières à une seule Sangsue. L'erreur était d'autant plus grande , que , parmi les Hirudo ^ plusieurs espèces se trouvaient si différentes pour les mœurs et pour l'organisation , qu'elles ont fini par constituer plusieurs genres bien caractérisés^ qui composent aujourd'hui la famille dont nous nous occupons. U est arrivé d'autres fois que plusieurs zoologistes trompés par une légère ressemblance , ont annoncé comme appartenant à une seule espèce des organes disséqués et observés dans plusieurs ; tant il est vrai que le défaut de connaissances en Histoire naturelle, peut entraîner avec lui les plus graves erreurs.
Dans les travaux des premiers observateurs , nous ne trouvons qu'un petit nombre de faits relatifs aux organes des Sanguisuga servant à entamer la peau. Arnaud de Villeneuve , par exemple, croyait que la Sangsue médicinale avait au fond de la bouche , une petite trompe semblable à celle des Cousins, avec laquelle elle pompait le sang (i). D'autres prétendaient qu'elle éjait munie d'une langue
(i) Gesner ; lib. IV , De PUc et aquat. anim. nat.^ pag. 425. — Aldrov. ; De Insect. , pag» 72.
T «8 ) fourchue et fistuleuse , qu'elle enfonçait profoûdëmettl dans la chair (i). Rondelet fut un des premiers qui signalèrent trois petites dents ou mâchoires, qui, se pressant les unes contre les autres dans une direction opposée , donnaient naissance à la morsure (2).
La plus ancienne description anatomique est celle de Poupart , insérée dans le Journal des Savans. Poupart ne croyait pas que Ja Sangsue médicinale fût pourvue de dents ni de mâchoires ; il explique les déchirures qu'elle fait à la peau des animaux , en disant que, dès que la bouchera été appliquée, tous les muscles du gosier se contractent ; qu'elle suce avec tant de violence et d'avidité , qu'elle fait entrer dans sa gorge une portion de chair en. forme de petit bourrelet ou mamelon ; de telle sorte que les efforts de la succion agissant sur un très-petit espace , il faut nécessairement que la peau se rompe en cet endroit. Poupart est plus heureux , quatod il examine les ganglions nerveux , le cordoii médullaire et les organes de la reproduction. Cependant , il n'a pas su distinguer l'organe générateur piaseulin de la partie femelle ; il prend le corps de la matrice pour un véritable testicule , et les divers replis des vésjcules séminales pour des ovaires fécondés (3).
Une autre anatomie de là Sangsue médicinale fut publiée av.ec figures, dans un autre Journal, par J.-J. Dillenius. Elle est plus étendue que celle de Poupart ; mais elle est pleine d'erreurs d'anatomie , et les dessins dont elle est accompagnée, sont à peine supportables (4).
Dom AUou , chartreux, cité plusieurs fois par Réaùmur , dans , son Histoire des Insectes , a observé plusieurs faits intéressans , relativement aux mâchoires des Sangsues. lia remarqué vers le fond de la bouche trois petits corps en demi-cercle , ayant leurs marges
(1) Gesncr; toc. cit.
(a) Lugd. , i554 , iih. de PalusU , pag. 2a6.
(3) Hist. anat, de ta Sangs. , Journ, des Sav., 1697, pag. 352— 35«
{fi) Éphém. des cur. de ia nat. , 1718.
(29) dentelées. ïï compara ces arêtes à une de ces petites limes, qu'on nomme queue-de-ratj qui aurait été courbée. C'est , dit-il , par le moyen de ces trois petits muscles avancés et retirés alternativement, que la Sangsue médicinale parvient à pénétrer la chair des animaux. Morand, qui nous a conservé le3 observations de Dom AUou , a cherché à expliquer le mécanisme de la succion qui avait lieu immédiatement après la blessure des Sangsues, Il a trouvé audessous des trois mâchoires , un petit corps charnu , qu'il a regardé comme une langue placée au commencement de l'œsophage. Alors , il a avancé que la bouche doit remplir les fonctions d'un corps de pompe , et que celte langue représente le piston. On trouve assez d'exactitude dans la description que nous a donnée Morand du lube digestif. Il considère le canal alimentaire comme un tuyau droit et alonjg^é , s'ouvrant latéralement dans des sacs ou cellules plus larges que le tube principal. Poupart avait appelé ces réservoirs valvuleii ; Morand les a décrits comme de véritables poches, attachées de droite et de gauche à un même œsophage ; il n'a pas vu , comme ce dernier auteur , l'anus de la Sangsue médicinale ^ et a cru qu'elle se débarrassait de la partie superflue des alimens par une transpiration perpétielle. Il a ajouté qu'il était vraisem*blable que ces animaux respiraient par l'ouverture de la bouche (i). Déjà Rœsel avait décrit et figuré avec assez de soin les œufs d'une petite Piscicola (2) , et Linné, qni avait regardé comme des Insectes Hémiptères les cocons de la Sangsue octoculée, les avait mis dans sa Faune suédoise, sous le nom de Coccus aquaiicus (3), lorsque Bergmann ayant suivi avec beaucoup d'exactitude la reproduction de celte dernière espèce , fit revenir Linné de son erreur.
(0 Mém. sur VAnat. de ta Sangs. , Acad. roy. des Se. y 1739, pag. 189 et suiv.
(a) Instct. heiusU » ioc, cit.
(3) Lugd. BaU , 17469 pag* aao.
Bêrgmann observa de plus les yeux d'une partie des Hirudinéear dont il a fait mention dans sa Monographie ; il vit les orifices des organes sexuels de la Sangsue médicinale^ la trompe œsophagienne de la Clepsine compianata « etc. (i)
Des observations anatomiques , relatives seulement à la Sangstuo médicinale, ont été publiées par du Rondeau ; mais son Traité renferme autant d'erreurs que les travaux de ses devanciers* Il a pri» pour des anneaux cartilagineux les bandes circulaires de la peau , et a supposé que les organes des mouvemens étaient placés dans les articulations. Il a adopté le sentiment de Morand sur la respiration de la Sangsue , et a ajouté à sa théorie de la succion , que tout le corps de l'animal remplissait les fonctions de pompe et de piston , et que le point d où partait le mouvement , était la ventouse anale. Enfin , il a pris la grosse vésicule séminale pour le corps de la matrice , et la matrice pour un véritable cœur avec ses oreillettes (a).
Nous avons dit que les ganglions nerveux et le cordon médullah-e avaient été signalés par Poupart ; mais c'est à Bibieoa , et plus tard' à Maugili , que l'on en doit les meilleures descriptions (3). Le premier a ajouté quelques mots relatifs au vaisseau dorsal de la Sangsus m^édicinale; mais il a cru que son système vasculaire était pareil à celui qu'on observe dans les Vers et qu'il consistait seulement dans ce vaisseau. Bibiena pensait , comme Morand et du Rondeau , que les Sangsues respiraient par l'orifice de la ventouse orale, et de même que ceux-ci » il ne sut pas distinguer les muscles ^ de la peau (4)»
(i) A et. Stock. , 1756 — 5f. — Coiicct. acad.,part. éirang. , tom. XI, pag. ii4«— Opusc. phys, et chim. , în-8.* , Lips.y 1788, yoL Y., Dissert, de cocc. aquat. , sive Hinid. cet.
(3) Jaum, de phys. , octobre 1783» pag. 984'
(3) De syst. ncrv. Hirud 9 etc. , epist. , Ticini , 1795.
(î) Comment, instit. Bonon, 1791.
La cléconverle de la respiration de la Sangèue médicinale j nu moyen de deux rangées de tracliées abdominales , est due aux observations de Sorg(t); mais c'est à P. Thomas, docteur en médecine , qui avait reconnu , presque à la même époque , Texistence des organes de la respiration , qu'on est redevable d'une excellente description de ces poches pulmonaires. Thomas est aussi le premier qui ait décrit les deux couches musculaires , la structure de la peau, les vaisseaux latéraux de l'abdomen , etc. , etc.*'Il a prouvé par des expériences , que la Sangsue médicinale est bien loin de reproduire les organes amputés. L'ouvrage de Thomas a été fait sur deux Hirudinées du même genre ( Sanguisuga ) ; mais l'une d'elles a été prise pour la Sangsue noire des auteurs » qui appartient au genre Hœmopis. Les Mémoires de Thomas l'em* portent sur tous ceux. qui ont été publiés sur ce sujet par ses prédécesseurs , tant par la quantité des faits nouveaux , l'exacti-, tude des détails , que par la manière délicate dont les observations sont présentées. Il est seulement à regretter que , d'un côté « l'auteur n'ait pas été plus versé dans la Zoologie , et que , de l'autre , il se soit laissé entraîner dans des considérations physiologiques , qui ont pu jouir pendant un certain temps d'un grand crédit , mais qui ne sauraient jamais remplacer les résultats fournis par une bonne observation. Ainsi , par exemple , lorsqu'il s'occupe des mouvemens des Sangsues ^ il a recours aux forces à'élongation et de situation fixe deBarthez, tandis que ces mêmes mouvemens s'expliquent avec facilité , au moyen de la seule contraction et de la dilatation des fibres musculaires , prenant leur point d'appui, tantôt sur le plan de sustension avec les deux ventouses , tantôt sur les segmens qui composent l'enveloppe (a).
(i) Dissert, cireà resp. Inst. et Verm., Rudolstadt, i8o5 , pag. i3 , i5. (a) Méin. pour servir à i'Hist. des Sangs. , Paris, 1806. — Jaurn. gin. dcnUd. f rédig. pat SédHiots tom. XXIV.
Digitizecl by
( 52 ) Nous sommés redeTablcs à un autre médecin , le docteur Louf^ Vitet , d'un travail fort étendu sur la Sangsue médicinale. Cet ouvrage, accompagné d'une planche très-mauvaise , contient plus de détails que celui de P. Thomas ; mais il lui est bien inférieur , quant à Texactitude. Un des orifices des poches dorsales mucipares , parait à cet auteur constituer une ouverture aussi importante que celle de Tanus. Il n a observé qu'un seul ovaire , et n a connu ni les yeux , ni la reproduction , ni les poches pulmonaires. Il rapporte à la Sangsue médicinale le Coccus aquaticus de Linné, qui est Toeuf ou le cocon de la Néphélis vulgaire. Enfin, il a admis pour cet Annélide un véritable cerveau , qu'il a trouvé dans les parties de la génération ; ce sont les testicules (i).
Valenlîn Willius (2) , Bibiena (3) et du Rondeau (4) avaient déjà fait quelques expériences pour reconnaître les effets éprouvés par les Sangsues dans les différens li4]uides. Vitet ajouta plusieurs détails sur l'action de la pile voltaïque , des sels neutres , des gaz, etc. On doit aussi , à ce sujet , plusieurs observations curieuses au docteur James Rawlins Johnson , qui a rassemblé dans im Mémoire , une partie de ce qui avait été publié avant lui sur la Sangsue médi^ oinale. Cet ouvrage , ingénieusement pensé et soigneusement écrit ^ est remarquable par l'esprit méthodique d'après lequel l'auteur }'a rédigé; il présente l'avantage de réunir â la concision des faits , des considérations et des expériences qui intéressent vivement. RL Johnson, a fait connaître le long vaisseau abdominal , l'accouplement de la Sangsue médicinale , et le renouvellement de l'épia- . derme qui a lieu chaque quatre ou cinq jours. Enfin , il a rap-
(1) Traité de la Sangs, méd. , Paris, 1809.
(a) Act. de Copenfuig. , 1764—65. ^ColUcU acad. , fan. étrang. , 17G6 , tom. VII , pag. 377-
(3) Mém. du
(4) U&in. cit.
porté pliisiours expériences décisives relatives à la nourriture des Sangsues , ainsi qu'à celle de VHœmopis vorax (i).
La première description anatomique qui ait été faite sur une Hiriidinée dilFcrente de celles que comprend le genre des 5anguisuga , a été communiquée par M. Dutrochet , à la Société philomathîquede Paris. Ce Mémoire, qui malheureusement n'est inséré que par extrait dans les Bulletins de cette Société savante, est rempli de détails intéressans (2).
hes S anguisuga ayant acquis un grand crédit auprès d'une Doc* trine médicale , et leur emploi devenant tous les jours plus considérable , plusieurs observateurs tournèrent leurs regards vers leur reproduction , et songèrent aux moyens de les multiplier dans leur captivité. Déjà , nous avons dit que Rœsel avait eu connaissance des œufs d'une petite Hirudinée qui vit sur les poissons , et que Linné et Bergmann avaient décrit le mode de génération de la Néphéiis vulgaire. Quelques mots épars dans la Monographie de Bergmann, avaient bien annoncé que le genre Hirudo était composé d'ani-^ maux ovipares ; mais il est aisé de voir que cette proposition n avait point été basée sur l'examen de la Nature : c'était son observation sur la Néphéiis vulgaire j qu'il avait trop généralisée et appliquée à tout le groupe. Le professeur Hyacinthe Garena , qui se distingue par une rare exactitude , découvrit qu'une Clepsina et une Piscicola donnaient naissance à des petits vivans. H aperçut, à cause de la transparence des parois de l'abdomen, de petits œufs placés dans la partie femelle de la génération ; il ea en suivit le développement. Il vit éclore les petits , qui s'agitèrent quelque temps dans le sein de la mère , avant que celle-ci parvint a s'en débarrasser (3). •
(1) ^ treat.onthemed. Leechj etc, , ioe. ciU
(a) BulUu de la Soc. phiiom, de Paris , mars 1817 , pag. i3o et i3i. (3) Mem. dei reaL Acad. del. scienc. di Tor. , tom. XXV, Monog, dt4 gen. Hirud, y pag. 273 et suîv •
Rien de positif n'avait été encore publié sur la reproduction des Sangsues officinales ou médicinales ^ quoique les paysans de la Bretagne , ceux des environs de Montpellier , et ceux des differens pays où Ton récolte des Sanguisuga, eussent fait attention, depuis long-temps , à leur manière de se perpétuer. M. Lenoble , Médecin à rhospice de Versailles , annonça le premier , à la Société d*agriculturc du département de Seine-et-Oise , que les Sangsues médi' cinaies se développaient dans des cocons ovoïdes , du volume de ceux de* vers-à-soie, et recouverts d*une espèce de tissu assez semblable à la matière des éponges (i). M. Charpentier , Pharmacien à Valenciennes , examinant attentivement les rives des ruisseaux , aperçut vers le mois de juillet , et surtout vers la fin du mois d'août, que dans des trous de forme conique , on rencontrait ces petits cocons ovoides. La matière de la capsule , la substance spongieuse et le mucus qui baigne les ovules, ont été examinés par M. Boullay^ et les résultats qui lui ont été fournis par l'analyse , se trouvent consignés dans un Mémoire très-intéressant sur les œufs des Sang- Bues , publié par le docteur Rayer (a). A cette même époque , M. Kawlins Johnson fit connaître , en Angleterre , le Mémoire de M. Lenoble , vérifia ses observations , et ajouta quelques détails sur la génération de la Néphélis vulgaire (3). M. Achard consigna dans le Journal de Pharmacie , ce qu'il avait pu recueillir sur les fonctions reproductives de la Sangsue médicinale , pendant son séjour jà la Martinique (4). Enfin , MM. Desaux de Poitiers (5) et Châtelain
(i) Notice sur les Sangs. 9 in-8.*, Yersailles, 1621 > m^ Gatette de santé t mai) 1825. -^Joiim* des se» méd, , avril i8a5.
(a) Mém. tu à VJcad. royale de méd. , décembre i8a4* — Joum. de pharm. et des se. ace. , décembre 18249 pag. 693 et suivt ^ Ann. des Se» fiat. , février 1826, lom. IV, pag. i84et8uiv.
(5) Furth. ois. on the med. Leech , loe. cit.
(4) Joum. de pharm. et des se. access. 9 )uîn i8a5.
(5) Joum. de pharm. et des se* access. , janvier i8a6^ pag* 14 et soir.
de Toulon (i) » se livrèrent à divers travaux relatifs à la multiplication des Sanguisuga employées en médecine , dans des marais artificiels.
On trouve dans le Journal de Pharmacie , un Mémoire conte* nant quelques détails d'anatoniie sur la Sangsue médicinale et sur YHœtnopis vorax, et plusieurs expériences tendant à découvrir les causes des morsures douloureuses et difficiles à guérir. Ce travail fut exécuté pour répondre au préfet de la Seine , qui avait demandé quelques renseignemens au Conseil de salubrité de Paris (a). Le même Journal renferme encore un autre Mémoire anatomique ; mais les descriptions sont abrégées , incomplètes et quelquefois reposent sur des objets que Fauteur n'avait certainement pas vu ; il parait même qu'il n'avait point connaissance des travaux de ses prédécesseurs. Ainsi, par exemple, traitant des organes génitaux , il a considéré les testicules comme les deux ovaires , et la vésicule séminale comme un oviductus servant à sécréter une matière verte qui enduit les cocons. La partie femelle a été prise pour l'organe masculin; et comme l'auteur l'a observée très-imparfaitement, il l'a représentée dépourvue de ses ovaires, l'utérus contourné en spirale , et Touverture de la vulve munie d'une petite verge (3).
Un Mémoire renfermant des considérations physiologiques sur les sens et sur la reproduction des iSan^/ttî^u^a ^ fut présenté par M. J.-L. Derheims , à la Société de Pharmacie de Paris. Il fut ïaXt un rapport par MM. Virey , Henry et Heller , dans lequel sont consignées plusieurs expériences sur les sens que la nature a accordés ou refusés à cette famille d'Annélides. Le travail de M. Derheims , augmenté de quelques notes, fut livré à l'impression , comme une
(i) Obs. 8ur ta eonserv. et ia reprod. des Sangs. , septembre i8a5.— /aurn» dts Archiv. gén. de méd, , janvier i8a6, tom. X , pag. i35. (a) Journ, de pharm. et des se. access. , mars i8a5. (3) J.-J. Virey ; Journ. de pharm. et des se. access. , mai i8a5»
Histoire naturelle et médicale des Sangsues. Cet ouvrage que nous avons déjà examiné sous le rapport zoologique, est aussi très-imparfait , quant à la partie anatomique et physiologique. On n'y trouve rien ou presque rien sur le système vasculaire , sur. les organes de la digestion , et sur ceux de la respiration. L'auteur n'a connu » ni les couches musculaires , ni les nerfs , ni les organes génitaux , etc. Il n a pas même remarqué l'anus , observé par Poupart , le premier des anatomistes qui aient écrit sur la Sangsue médicinale (i).
Les difTérens travaux qui ont suivi ou précédé ceux que je viens d'analyser , ainsi que les ouvrages généraux d'Anatomie , de Médedne ou d'Histoire naturelle , n'ont fait que répéter, avec plus ou moins d'exactitude , tout ce qui avait été déjà dit sur la structure anatomique et sur les fonctions des Hirudinées (2}.
(1) J.-L. Derheims; Hist. nat. ettnéd. des Sangs. , Paris , i8a5.
(a) Il n*a point été en mon pouvoir de consulter plusieurs ouvrages étrangers. Mon ami, le docteur Schiuz, a bien voulu m*envoyer de Zurich quelques Mémoires publiés en Allemagne ; mais ils me sont parvenus trop tard. Je me contenterai de donner Tindication de ces différens travaux. B.-F. Bening ; Dissert, zoolog. med^de Hiru4. , Harder. , 1776. , în-4.' — J. Clesius; Beschrdé. destned. Blut. , Hadamar, 1811 , in-4** 9 atvec 2 pi. ^ G. \yatson ; Dissert. de Hirud» , Edimbourg , 181 3, in-8.*— Spix; Anat, de (a Sangs, vnéd, , Mém. de VAcad, roy. de Bav» , i8i3 ,-in-4.* —Home; Phii. irans,, 181 5 ^partie 11 , pag. a56. J.-H. Kunzmann; Untersuch , ilùer den Blut , Berlin , 1818, ia-8.* , avec 5 pi. *- Bojanus ; Ueber Blut, , Isis^ 1817 , VII.^ Cah. , pag. 88i. J.-Z. Knolz; Abhandl. Hier die Blut., Yiieu , 1820 , in-S/