‹ Description de la famille des hirudinéesChapitre 5 sur 49 · DESCRIPTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉNÉRALE

Forme extérieure.

Le corps des Hirudînées est simple, nu , déprimé ou cylindrique , quelquefois un peu bombé supérieurement ou §ur le dos , aplati ou légèrement concave en dessous ou sous le ventre , contractile , rétréci graduellement à la partie antérieure , ou légèrement acuminé, terminé à chaque extrémité par une cavité dilatable, préhensile , désignée sous le nom de ventouse. La première , située antérieurement , est appelée ventouse antérieure ou oraie ( capula Sav. ) ; la seconde est placée à Fautre extrémité du corps ; elle a pris le nom de ventouse postérieure ou anale ( cotyla Sav. )

Le corps est mou , visqueux , composé d'une grande quantité d anneaux ou segmens très-extensiles ; quelquefois si peu marqués, qu'ils deviennent difficiles à compter ; d autres fois bordés de petits tubercules crypteux , qui se manifestent et s'effacent à la volonté de ranimai. Dans quelques cas , ces tubercules sont si gros et si saillans, qu'ils forment des espèces de verrues ou d'épines. Le nombre des segmens varie de. 58 à 102 , suivant les genres. Ils sont plus étroits et plus rapprochés les uns des autres aux deux extrémités du corps , surtout à la partie antérieure ; mais ils n'augmentent pas en nombre avec Tâge de l'animal , comme plusieurs auteurs l'ont prétendu ; ils sont seulement plus grands et plus distincts. Ces segmens sont minces , lisses , contractiles ; dans le genre Clepsine ^ ils sont si gélatineux , si transpareas, que lorsque l'animal est repu, on aperçoit à travers la peau les organes de l'intérieur. Une pareille observation peut être faîte sur beaucoup d'Hirudinées appartenant aux autres genres , surtout après la mort de l'animal , quand la décomposition commence d'avoir lieu.

Les ouvertures visibles à l'extérieur des Hirudinées sont au nombre de()uatre. La première est située vers l'extrémité antérieure dans

( 38 ) la ventouse orale , c'est la bouche ; ses bords sont appelés ièvréê. La seconde se remarque à la partie postérieure du corps de ranimai , en dessus , à Torigine de la ventouse anale , c'est Torifice de ïanus. Eufin , les deux autres ouvertures se rencontrent sous le venlrc , à peu près vers le tiers antérieur de Tanimal: Tune , qui est entourée d*un petit rebord ou bourrelet « est l'ouverture de lorgane mâle de la génération ; Vautre , qui est placée immédiate* ment après , et à une distance peu considérable , est Torifice de la partie femelle. Celle-ci est difficile à reconnaître» excepté pendant le temps de la reproduction.

Dans le genre Hœmopis , le corps est tellement mollasse , que l'animal sorti de l'eau et pressé entre les doigts , ressemble aux Sangsues officinales ^ lorsqu'elles sont mortes ou malades. Dans les Sanguisuga , les Nepheiis , les Auiastoma , le corps a plus consistance; enfin» dans les Aibione ^ il devient entièrement dur et coriace.

Les Hirudinées sont susceptibles de prendre par la contractioa des formes très-diverses. Dans certaines espèces , le corps imité celle d'une amande ou d'une olive ; dans d'autres , il se courbe ua peu sur les côtés ou sur le ventre, et décrit un commencement de spirale ; enfin , dans les Ciepsine , il se roule sur lui-même à^hk manière des Onisques,

Système cutané.

Le système cutané des Hirudinées se compose d'un épiderme à peine sensible , d'un pigmentum abondant , d'un derme peu épais qui repose immédiatement sur les couches musculaires.

§. I." Épiderme. L'épiderme est mince , lisse , transparent ; il diffère essentiellement de celui des autres animaux, et pourrait être comparé aux membranes séreuses. Il recouvre toute la surface du corps à laquelle il est si adhérent , que plusieurs anatomistcs ont pensé qu'il était impossible de l'en séparer sans lui faire éprouver

(39) nne dltératlon notable. Cependant , on peut l'obtenir atec aââcz de facilité , en plongeant Tanimal dans Thuile essentielle de térébenthine , ou dans un acide affaibli. Examiné alors au microscope , il paraît comme percé d'une infinité de petits trous. De distance en distance , aux intervalles situés entre les bandes circulaires , l'épiderme parait libre. Dans les Sanguisuga , les Hœmopis , et peutêtre aussi dans tous les autres genres , cette enveloppe générale se renouvelle chaque quatre ou cinq jours ; l'animal sort de son fourreau à peu près comme les Ophidiens. Il arrive quelquefois vers le tiers antérieur de l'animal , ou vers sa partie moyenne , que l'épiderme se plisse, se ramasse, et que son diamètre étant moins grand que celui de la partie du corps enveloppée , il se forme une espèce d'étranglement, dont l'animal est bientôt débarrassé, en se dépouillant de son enveloppe par ses brusques mouvemens. Il est inutile de prouver que M. Derheims avait mal observé , quand il a dit que cet étranglement était produit par ia mucosité qui se contracte pendant les temps nébuleuse ou orageuo). MM. Johnson et Caréna ont très-bien vu ce renouvellement de l'épiderme. Ce dernier surtout a observé que , si l'on regarde avec un peu d'attention au transparent cette dépouille , on voit très-distinctement , même à l'œil nu , les marques des segmens : la partie de l'épiderme qui recouvrait chaque anneau , est large et transparente ; celle qui répondait aux intervalles, est plus étroite, nébuleuse, demiopaque , et quelquefois d'un blanc mat.

§. II. Pigmentum,.' Le pigmentum est situé sous l'épiderme ; il est traversé probablement par les extrémités nerveuses qui viennent s'épanouir à sa surface , ce qui lui donne une sensibilité très-vive. Le pigmentum est fort adhérent au derme sur lequel il est placé ; sa couleur est plus intense à la partie supérieure ou sur le dos de l'animal; cependant, dans Y Hœmopis voraao, il offre inférieurement une teinte plus foncée. Le dos est quelquefois unicolore ; souvent il est orné de points, de taches , de traits plus clairs ou plus foncés que la couleur de l'animal; tantôt interrompus et éloignés d'un Aombre fixe de aegmend ; tantôt très-rapprochés , unis.» confou-

dus , de manière à former six bandes longitudinales , s'étetH dant depuis la ventouse orale, jusqu'à l'autre extrémité de ranimai. Pour faciliter la description de ces lignes dorsales , j'appe- Icrai bandes médianes , celles qui sont placées sur le milieu du dos , bandes inarginales , celles qui se trouvent sur les bords , et bandes secondaires ou intermédiaires^ celles qu'on rencontre dans Tespace compris entre lés bandes médianes et les bandes marginales.

Les couleurs des Hirudinécs sont très- variables dans leurs teintes et dans leur disposition. Cependant , malgré les différences qu'elles peuvent présenter, on reconnaît toujours une uniformité dans la distribution, un ordre de nuances , un type particulier, au moyen duquel telle ou telle espèce de Sangsue peut être distinguée avec facilité. Nous sommes loin de partager, au sujet de la coloration de ces Annéiides , les opinions de Mi\f. Rawlins Johnson et Derheims. Le premier a avancé que les nuances dominantes des Sangsues, comme celles des crapauds , dépendaient principalement du sol qu'elles habitent. Le second a prétendu que la coloration de plusieurs variétés , par exemple , celle de VHœmopis voraco qui offre sur le dos des taches grises , est amenée par l'action chimique de certains insectes qui lâchent des humeurs particulières, qui sont acres et caustiques.

Le pigmentum examiné au microscope , parait formé par un tissu spongieux contenant la matière colorante.

§. IIL Derme. Le derme , qui a été appelé par Vitet la tunique ^nameionnée , est la partie la plus épaisse de l'enveloppe cutanée; il est composé d'un grand nombre de fibres plus ou moins blanchâtres, qui ont une apparence floconneuse ; il reçoit plusieurs petites ramifications nerveuses , ainsi que de nombreuses divisions des petits vaisseaux sanguins , dont la plus grande partie le traversent pour aller former à sa surface une sorte de réseau vasculaire. A des intervalles égaux , mais plus rapprochés aux parties antérieure et postérieure de l'animal , le derme s'amincit, devient peu apparent , et présente comme des interruptions circulaires très-étroites.

Ces solutions de continuité recouvertes seulement par réplderme , facilitent beaucoup les mouvemens de Tanimal ; ce sont ses arti-' cuiations. L'espace compris entre ces interruptions forme les anneaux ou segmens des Hirudinées. Ces bandes sont formées de plusieurs fibres circulaires , assez rapprochées entre elles , et qu'on peut distinguer facilement des couches musculaires qui se trouyent au-dessous. Dans certaines contractions ,. on remarque des froncemens ou des rides très-visibles , qui affectent une direction longitudinale; de telle sorte qu'on serait tenté de croire qu'il existe dans la peau une seconde couche de fibres distinctes , par leur direction , des fibres circulaires dont nous avons déjà parlé. C'est du moins ce qu'on peut observer dans les Sanguisuga. M. Thomas avait très-bien connu c que plusieurs des mouvemens qui s'opéraient dans chaque bande, étaient indépendans de l'action des couches musculaires qui se trouvent sous la peau ; ils ont manifestement lieu dans les parties de l'organe cutané qu'on a soulevées et détachées de ces couches ; il suffit alors^ ^'irriter légèrement l'épiderme, pour obtenir des contractions bien évidentes. »

Cryptes mucipares. On trouve dans le derme une quantité considérable de cryptes mucipares , de mamelons grenus , qui forment sur les bandes circulaires de petites, rangées de tubercules disposés avec plus ou moins de régularité. Tantôt ces mamelons sont peu saillans ; ils sont répandus çà et là sur la surface de la peau et sont comme des points brillans ; tantôt ils forment une arête plus ou moins prononcée. Selon la volonté de l'animal , ils paraissent un moment d'une manière très-sensible; bientôt ils s'aplatissent* ils s'effacent et ne sont plus appréciables. Dans certaines espèces , ils sont plus développés , à des distances régulières prises sur tous les segmens , ou sur un seul segment. Il ne parait pas que l'espèce d'érection qui rend ces tubercules plus visibles , soit due à la contraction des fibres musculaires sous-jacentes , puisque l'animal étant fortement tendu , et l'extrémité des cryptes étant irritée , ]a saillie devient toujours très-apparente.

Humeur gluante; L'ouverture de ces cryptes donne issue à une

humeur gluante » onctueuse , transparente , qui lubrifie la surface extérieure de la peau. Quand celle-ci est irritée, la quantité de ce fluide est plus considérable. Elle est aussi plus abondante dans les espèces qui peuvent exister quelque temps hors de leau. L'humeur onctueuse parait d'une très-grande utilité pour les Hirudinées; on la voit se reproduire avec beaucoup de facilité. Si Ton essuie une Sanguisuga à mesure de la régénération de sa liqueur, après quelques instans lanimal paraît languir , il est souffrant , et il est très-probable qu'il finirait par 'devenir réellement malade , si celte opération était souvent répétée. Lorsqu'on injecte un liquide quelconque ou seulement de l'air dans le tube digestif d'une Sangsue officinale , à mesure que les estomacs se gonflent , se distendent , l6s segmens deviennent lisses , brillans , et sont bientôt couverts de la viscosité de l'animal. Un semblable phénomène a lieu quand on applique des 5an^i/t^t^^a. Dans l'un et l'autre cas, ne pourrait-on pas considérer la sécrétion de cette humeur visqueuse , comme le résultat de la pression du tube digestif contre la peau.^ J'ai remarqué aussi que la diminution de la colonne atmosphérique exerçait une influence bien active sur la production de cette humeur. Des Sang^ sues officinales placées sous le récipient d'une machine pneumatique, en ont donné une assez grande quantité, mais qui s'est présentée sous forme d'une écume gluante très-épaisse.

Les orifices des cryptes mucipares ne sont pas les seules voies par où l'humeur visqueuse est excrétée; il existe sur les côtés de la face inférieure de l'animal, des ouvertures très-petites , disposées long!-» tudinalement et distribuées d'une manière régulière , qui fournissent une grande quantité de ce fluide, plus clair et plus aqueux que celui des organes mucipares.

Système digestif.

Le canal alimentaire des Hirudinées se compose de la bouche , de l'œsophage , des estomacs , des ccecums » du rectum et de l'anus ;

( 43 ) il s'étend sans aucune circonvolution ,' depuis la ventouse anté-» rieure jusqu'à la ventouse anale.

§. I/' Bouche. La bouche est simplement la cavité de la ventouse antérieure. Dans tous les genres , elle est à peu près terminale ; elle est formée, le plus souvent , de deux parties ou de deux lèvres, Tune supérieure et Tautre inférieure , qui composent , par leur assemblage , la ventouse antérieure ou orale. La première de ces lèvres est beaucoup plus grande et plus avancée que la seconde. Nous nous occuperons, avec plus de détails , de ces deux portions de la ventouse orale, quand nous examinerons les différens organes qui concourent à la locomotion. Il nous suffira de dire pour le moment, que ces deux lèvres sont susceptibles d'adopter des formes très-diverses , et qu elles sont douées d'une sensibilité très-vive. Les parois internes de la bouche sont d'une couleur gris-blanchâtre , moins foncée que la surface extérieure des deux lèvres ; il en suinte continuellement une humeur onctueuse, transparente et peu visqueuse. La bouche est très-petite dans les genres Piscicôla et Albione, moyenne dans les Hœmopis et les Sanguisuga > et assez grande dans le genre ISepheUs.

Mâchoires. La bouche est armée , dans certaines Hirudinées , de trois papilles dures ou mâchoires , longitudinales, presque lisses » entières sur leurs bords , ou présentant des denticules , assez semblables entre elles et disposées *triangulairement. Ces mâchoires sont placées sur autant de petits mamelons tendineux ou musculaires » susceptibles de les porter en avant. La partie antérieure de ces petits corps charnus est enfoncée ou creusée de manière à recevoir les trois mâchoires , et les bords de chaque cavité présentent une saillie qui dépasse de très^peu le niveau de celles-ci. Ces mamelons se confondent postérieurement avec les muscles longitudinaux du pharynx ou du commencement de Tœsophage. On observe encore latéralement une espèce d'anneau musculaire ou tendineux, qui touche chacune des mâchoires , et qui forme , par sa disposition , la circonférence de la bouche. On voit aussi une peiile pièce carlila-»

gineuse de forme ovalaire, attachée â cet anneau. Morand lavait connue et Ini avait donné le nom de langue.

Les mâchoires sont ovales , d'une couleur blanche assez brillante , et ne sont denticulées que dans deux genres seulement. Dans les Hœmopis , leurs bords sont terminés par deux séries parallèles de petites éminences arrondies , à peine contigûes. On peut compter i4 ou i5 de ces petites dents , qui pourraient être mises en comparaison avec les dents molaires. Dans les Sanguisuga, on remarque également deux rangées de denticules; mais ces petites dents sont plus fines , plus serrées et plus nombreuses que dans les Tïœmopis. Elles sont très-pointues et disposées comme les dents d'un peigne ou d'une roue de montre ; seulement elles sont d'autant plus grosses, qu'elles sont plus rapprochées du bord extérieur. Dom AUou prétend avoir compté 60 denticules dans chacune des mâchoires. Comme il avait confondii les deux séries en une seule , cela ferait 120 dents par mâchoire ou 36o pour les trois. Ces denticules peuvent être comparés à des canines ou à des incisives.

M. Derheims n a pas su distingueras denticules des Sanguisuga: il a supposé que les mâchoires étaient des vésicules* lancéolées , et qu'en y insufflant de l'air , elles prenaient une forme conique avec une pointe très-aigue , et une force de tension assez considérable pour leur permettre de percer la peau des animaux. A la vérité , il n'a trouvé aucun conduit , aucun passage pour faire arriver cet air et pour lui donner issue.

D'après les observations de M. Savîgny , le genre Limnatis possède des mâchoires dépourvues de toute espèce de découpures ou de dents. Les bords en sont entiers et seulement subcarénés.

Dans les Nepfielis , on ne trouve plus que trois gros plis saillans ; dans les Clepsine , ces mêmes plis ne sont presque plus visibles , et dans les Aulasioma , ils ont été remplacés par une multitude de rides parallèles. Enfin , dans les Piscicola et dans les Al-bione , on ne rencontre plus que trois petits points à peine proloncés , qu'on a souvent beaucoup de peine à reconnaître.

Une chose remarquable , c est une petite trompe vraÎ3cmblablcment œsophagienne , qu'on observe dans la bouche des Ciepsine. Elle est tubuleuse , cylindrique et esserlife. Sa base est un peu plus renflée que son sommet;, sa couleur est blarichalre ou blanc-jaunâlre. Nourriture. La nourriture des Hirudinées présente des variétés aussi nombreuses , aussi grandes , que la structure des organes qui servent à saisir les alimens. Celle du genre Ilœmopis consiste dans des lombrics , dans des larves de petits insectes aquatiques, et quelquefois même dans des chenilles. Il est rare , dit M. Caréna , de ne pas surprendre dans les ruisseaux des Hœmopis vorax occupées de leur repas ; il est plus rare encore de ne pas leur trouver , dans le canal alimentaire, des morceaux de lombrics, très-reconnaissables à leurs soies. MM. Johnson , Pelletier et Huzard fils ont vu ces Annélides manger dans leur captivité , non-seulement des tronçons de lombrics , ou de ces vers tout entiers , mais aussi des Nephelis et des Sanguisuga , ef quelquefois même attaquer leur propre espèce. M. Johnson rapporte que , dans l'espace d'environ un mois , deux Hœniopis vorax ont avalé , Tune quinze et l'autre vingt Néphéiis vulgaires. Ces animaux sont tellement voraces , qu'ils engloutissent avec empressement tout ce qu'on leur présente. Forthergill a avancé qu'une tanche placée dans un réservoir qui renfermait plusieurs Hœtnopis , fut déchirée en une quantité innombrable de petits lambeaux, qui furent aussitôt avalés. La dissection fut si rapide , qu'au bout de quelques jours on ne remarquait plus que le sque^ lette du poisson. Bergmann , qui avait déjà fait attention à la voracité de cette Uirudinée , raconte un fait extrêmement curieux. Un vase- contenî^it deux Hœmopis , on leur jeta un ver de terre. Elles s'élancèrent aussitôt sur lui; chacune d'elles s'en saisit par une extrémité. Elles se joignirent bientôt vers le milieu du lombric, aucune ne voulut lâcher sa proie ; et Bergmann ajoute que ces deux Annélides moururent au bout de deux jours , sans avoir abandonné le ver de terre. Ne serait-il pas possible que deux Hœmopis vorax placées dans de semblables circonstances , l'une d'elles plus faible et plus petite , pût engager une portion de sa ventouse antérieure ,

ou même de son corps dans la bouche ou le jgfosier de sa voisine plus grosse et plus robuste ? De là , Tidée que ces Hirudinées peu* Yent se dévorer entre elles.

Les Sanguisuga ne sont pas aussi voraces ; elles n'avalent pas les morceaux entiers. Elles se nourrissent seulement du saog des salamandres , des grenouilles , des raines , ^es poissons , et des autres Vertébrés.

Les Pisoicôia et les Aibione paraissent se nourrir uniquement du sang des poissons. Aussi , c'est sur ces animaux qu'elles ont établi leur domicile.

Avec leur petite trompe tubuleuse , les Clepsine attaquent les^ physe£t , les planorbes « les limnés. Elles se gorgcnt de leur sang , et comme leurs muscles et l'enveloppe de leur corps sont presque transparens , il arrive que lorsque l'animal a pompé du sang de couleur rouge, le canal alimentaire se présente à travers la peau , avec ses sinuosités ou ses festons. Dans certaines espèces , les estomacs imitent une sorte de feuille composée , à folioles découpés. La couleur du tube intestinal est rou^eâtre, violacée , ou rouge-cramoisi ; mais ces nuances s'effacent , disparaissent , à mesure que la digestion fait éprouver son influence au fluide alimentaire.

Mùller a été témoin d'un combat entre la Clepsine bioculée et un Planorbe. Ce dernier ne se sentant pas assez en sûreté dans sa coquille , contre un adversaire aussi redoutable , cherchait à sortir de l'eau, il s'avançait sur le rivage; mais comme il ne pouvait vivre longtemps hors de son élément , il finit par retourner sur le champ de bataille , et fut la proie de là Clepsine.

Les Nephelis et sans doute aussi les Aulastoma, se nourrissent de limnés et de planorbes. Ils s'emparent des monocles, des larves aquatiques et des animalcules infusoires. 11 parait cependant , d'après la structure de leur bouche , qu'elles ne se contentent pas de sucer ces animaux ^ mais qu'elles peuvent en avaler des portions considérables.

Morsure. Lorsqu'une Sanguisuga veut appliquer sa bouche pour faire une morsure , elle alonge sa ventouse orale , et contracte les

( 47 ) doux lèvres qui se replient en dehors. Le petit corps tendineux qui fi^orle les mâchoires , se roidtt , et celles-ci sont portées en avant. h'Hirudinée fait alors entrer dans sa bouche , en forme de petit mamelon, I9 peau de lanimal; elle la presse avec ses trois mâchoires; puis contractant et resserrant alternativement l'anneau musculaire eu tendineux , elle parvient à déchirer le mamelon en trois endroits. Les denticules des bords intérieurs commencent Tincisiou » et ceux qui sont placés vers la partie extérieure , graduellement plus gros et plus aigus, s'enfoncent successivement dans l'enveloppe cutanée. Le point d'appui a lieu sur les anneaux de la ventouse qui sont alors très-rapprochés, et qui sont fixés , à leur tour, d'une manière extrêmement solide à la peau de Tanimal.

Toutes les Hirudinées n'entament pas la peau dé l'homme pour en sucer le sang. Jusqu'à présent , nous ne connaissons que les Siinguisuga qui soient douées de cette faculté.

Les Hœmopis ont des mâchoires à denticules trop obtus , pour diviser la peau des Vertébrés. MM. Johnson , Pelletier et Huzard fils ont fait plusieurs essais pour faire mordre cette espèce , et n'ont jamais pu réussir. Moi-même , après diverses tentatives , J'ai été obligé d abandonner mes expériences , sans avoir obtenu de résultats sâtisfâisans. It ne reste plus que le genre Limnaiis qui soit pourvu de vraies mâchoires; mais nous né savons pas si l'animal peut s'en servir pour cet usage. M. Savigny nous a seulement fait connaître que ces organes sont privés de denticules et simplement subcaréxiés. M. Derheims a été induit en erreur , quand il a dit qu'on se servait indistinctement en médecine de YHœmopis vorax ^ de la Clepsine complanata et de la Nephelis vulgaris. Nous venons de voir que la première espèce n'est point organisée pour entamer la peau , la seconde a les mâchoires remplacées par une trompe, et la troisième n'a ni trompe , ni mâchoires.

Plusieurs auteurs ont prétendu que X Hœmopis vorax , non-seulement perçait la peau de Thommc ; mais qu'elle était capable d'entamer l'enveloppe très-épaisse de la plupart des Mammifères. Ainsi , Gisler a afiirmé qu'il sufCîiait de neuf individus de cette es-

pèce pour mettre à mort le cheval le plus robuste ; cette assertion a été répétée ' par plusieurs naturalistes. Ou a été plus loin ; on a fini par ajouter que la morsure de cette Hirudinée était très-vénixoeuse. Des plaintes graves ont même été portées à la^ préfecture de police de Paris , qui consulta sur ce sujettes membres du Conseil de salubrité. MM. Pelletier et Huzar d fils , nomniés pour s'occuper de cet objet , ont présenté un Mémoire approuvé par TAcadémie royale des Sciences , dans lequel ils ont conclu que , non-seulement YHœmopis vorax ne peut pas sucer le sang de l'homme ; mais que si les plaies produites par les Sangsues officinales ou médicinales s^enveniment quelquefois , cela est dû au tempérament du ma* lade ou à la nature de la maladie. Cependant , M. Derheims , qui donne une analyse du travail de ces Messieurs » a cherché à expliquer le danger de la morsure produite par les Uœmopis , en supposant que chacune des mâchoires est étranglée à son point d'origine ; de manière que lanimal après avoir mordu , n'a plus la faculté de la sortir de la blessure, et labandonne dans la peau, comme une guêpe quittant son aiguillon.

La blessure produite par les Sanguisuga se présente , non pas sous la figure d'un triangle , comme on le voit dans l'ouvrage de Thomas ; mais sous l'aspect de trois déchirures linéaires qui s'unissent dans un centre commun y^ formant trois petits angles convcrgens, à peu près égaux entre eux. Morand a bien décrit et figuré ces incisions, ainsi que la saillie que forme tout autour la peau de l'animal sucé.

Comme les dents des Sanguisuga sont éloignées du degré de dureté qu'on observe dans celles de la plupart des animaux, on est fort étonné que des corps si peu solides puissent former des incisions dans l'enveloppe cutanée. Ce phénomène est difficile a con* cevoîr. Thomas , qui avait mal observé les denticules et qui les croyait très-mousses , l'a expliqué , en admettant une puissance d'érection qui ne s'éteint qu'avec la vie de l'animal , et dont le résultat est de roidir et d'aiguiser les denticules. M. Derheims a sup-

( 49 ) posé qu'il s'introduit dans la mâchoire une certaine masse d'aîr qui la gonfle , la rend ferme , à la manière des ballons.

Succion. Une Sanguisuga ayant percé la peau d'un animal , il parait que les mâclioires- rapprochent leur bord antérieur de l'espèce de repli musculaire ou tendineux sur lequel elles reposent , et qu'alors , la bouche aidée par l'anneau qui en forme l'ouverture , et peut-être aussi par la pièce cartilagineuse orale , se met à opérer la succion. Le reste du corps de l'animal est entièrement étranger à ce mécanisme . malgré l'assertion de du Rondeau , puisque » si l'on coupe le corps de l'Hirudinée près de la tête , la succion ne cesse pas d'avoir lieu.

Les Sanguisuga ne se mordent point et ne se déchirent point entre elles , ainsi que !Vf . A. Brossât l'a prétendu , dans un Mémoire publié dans le Journal de Pharmacie (i). Vitet a conservé, pendant quarante années , des Sangsues médicinales, sans avoir jamais remarqué que les individus les plus robustes et les plus affaméfll attaquassent les plus faibles pour les mordre et pour en sucer le sang. On a dit que des Sangsues gorgées de ce fluide , et étendues roidcs et gonflées dans les prairies , étaient sucées et allégées par leurs compagnes. Cet exemple remarquable de prévoyance naturelle est la répétition d'un fait consigné dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle , par M. Vauquetin , quia sans doute pris une Ilœmopi^ vorax pour une Sanguisuga*

On n'a jamais été d'accord sur la quantité de sang que peut tirer une Sangsue. Weser a prétendu qu'une Sangsue médicinale d'une grosseur moyenne , peut se remplir d'une once de sang environ. Cette erreur est encore partagée par des naturalistes et par

(i) Extrait d'un Mém. sur div. Sangs, et sur leurs mal. , {anvier i82a^ pag. 35 et suîv. — Les espèces mentionnées par cet auteur sont caracrérîsées si imparfaitement , qu'il est trës-diUiciie de reconnaître les animaux qui ont 8^\i à ses observations.

des médecins. D'après M. Dcrheims , une Sanguisuga pesant 60 grains , peut retirer 9 à 10 gros de sang; ce qui est encore plus éloigné de lobservation de la Nature. J'ai fait plusieurs expériences « pour déterminer, d'une manière aussi exacte que possible , la quantité de ce fluide que peuvent sucer ces animaux , suivant leur poids et leur volume. Voici quels ont été mes résultats :

i.* Une Sangsue officinale moyenne peut absorber de 60 à 80 grains de sang , ce qui fait environ deux fois le poids de lanimal; car j'ai considéré comme Sangsues moyennes , toutes celles qui présentent de 35 à4o grains. Cependant, )*ai vu des individus qui avaient absorbé jusqu'à six fois leur poids. Mes résultats sont à peu près les mêmes que ceux obtenus par MM. les rédacteurs de la Pharmacie française , qui ont trouvé 60 grains pour les Sangsues de médiocre taille. Ray , dont la manière d'observer mérite la plus grande confiance, avait annoncé depuis long-temps, qu'une Sangsue pesant un gros , pouvait prendre assez de sang pour arriver à trois gros. D'après mes expériences , je croirais qu'elle en devrait peser un peu moins.

2J^ Dans une même espèce , la quantité de sang pompé n'est pas la même , selon le poids ou la grosseur de l'animal. Bien plus , une Sanguisuga d'une taille double d'une autre Sanguisuga de même espèce , n'absorbe pas une quantité de sang deux fois plus grande « et vice versa. Un de ces Annélides , plus petit de moitié qu'un autre individu , ne prendra pas exactement la moitié du sang sucé par ce dernier. Par exemple, la quantité de ce fluide , proportion gardée avec le poids ou le volume de l'animal , varie dans les Sangsues officinales , de la manière suivante :

Une 5. officinale petite en absorbe env. 5o gr., ou â f. i|2 50n poids. Une idem. . . . moyenne .... env. 80 gr., ou J2 f. son poids. Une idem. . • . grosse env. 80 gr.» ou son poids;

5."* .Toutes les Sanguisuga n'absorbent pas une égale quantité de

sang ; leur force de succion est différente » selon les espèces de ce genre. Ainsi :

Uqc Sangsue officinale suce comme 7.

Une Sangsue interrompue , comme 6.

Une Sangsue médicinale , comme »?

Une Sangsue obscure , . . . comme i.

D*après ce qui vient d'être dit , relativement à la quantité de sang que peuvent prendre les Sangsues , on voit combien est incertaine la manière dont on emploie ces animaux en médecine. Un phar-< macien peut envoyer à un malade des Sangsues grosses , moyennes, ou petites y et les résultats^ de leur application se trouvent différens.

Ne serait-il pas plus convenable , au lieu d'ordonner ces animaux au nombre , comme on Ta fait jusqu'à ce )our » de les doser d'après leur pesanteur, en partant de la donnée que chaque individu d'une grosseur moyenne doit enlever une quantité de sang deux foia plus forte que son poids ? Si Ion voulait déterminer beaucoup de points d'irritation , et absorber beaucoup de sang, on donnerait ua poids égal de Sanguisuga d'une petite taille , et Ton se servirait des grosses, quand on voudrait agir d'une manière absolument contraire. Il est inutile de faire remarquer que le nombre de ces vers doit être différent, suivant les espèces de Sangsues c^mAoïsenl servir àlasuc« cion. Je sais bien qu'en employant ce moyen thérapeutique , on compte plus sur l'écoulement du sang , après l'application de l'ani-* mal, que sur la quantité de ce fluide qui a été pompé par la Sangsue; mais n'est*il pas des cas où l'on désirerait savoir quel est le sang qui a été sucé ? On me fera peut-être l'objection , que plusieurs do ces animaux gorgés de sang , ou se trouvant dans un état de ma<" ladie ou de faiblesse , pourraient donner naissance à des résultats fautifs ; mais ces obstacles , ces erreurs ne se rencontrent-ils pas également quand on ordonne un certain nombre de Sangsues ?

Je suis bien loin de garantir l'exactitude de mes observations. Aussi , j'engage les personnes avantageusement placées pour le» vé*

( 5â )• lîfîer , à se livrer sur ce sujet à des expériences. Cette partie de la thérapeutique mérite bien qu*OQ s'en occupe avec un peu de soin. §. IL OEsoptiage. L'œsophage commence à lanneau car tilagi nous sur lequel sont situées les mâchoires , ou immédiatement après les points qui les remplacent. C'est un canal asst;z étroit , qui s'étend en s'élargissant jusqu'au-dessus du cinquième ganglion. Dans les Auiastoma et dans les Nephelis , l'oesophage est assez long. Il forme , dans le premier genre , une grande quantité de rides ou de plis longitudinaux ; dans le second , on remarque seulement trois plis très-larges et parfaitement distincts.

Déglutition. Dès que la succion a lieu , on voit des mouvemens ondulatoires alternatifs et réguliers , qui se fout sentir depuis la ventouse orale jusqu'à l'autre extrémité de l'animal , et qui font passer le sang , d abord dans l'œsophage , ensuite dans les divers estomacs. C'est ainsi que la Sangsue officinaie et les autres espèces de ce genre , augmentent leur volume peu à peu : leurs segmcns deviennent lisses , aplatis , le corpsValonge , et l'animal laisse échapper , de temps en temps » une certaine quantité de son humeur visqueuse.

§. III. Estomacs. Après Tœsophage , on aperçoit un canal longitudinal très-large , qui s'étend jusqu'aux deux tiers postérieurs de l'animal. Il s'ouvre latéralement dans des poches à peu près symétriques , disposées de deux en deux \ avec lesquelles il communique par deux ouvertures tellement grandes , que les sacs latéraux paraissent n'être que des appendices , ou mieux qu'une continuation du canal central. Ou voit dix paires de ces poches dans les Sanguisuga , éloignées chacune de cinq segmens ; dans le genre ïl(z- THOpis , on peut en compter onze. Nous considérerons l'ensemble de chaque paire de poches et de la portion du canal médian compris entre elles , comme un estomac distinct ou partiel. Dans les Sanguisuga , cet organe offre la forme d'un cœur renversé, dont le sommet serait tronqué et la partie inférieure divisée en trois lobes, Dans les Hœmopis, les poches latérales sont moins larges et beaucoup plus {oflgues; chacune d'elles est comme bilobée , le lobe antérieur étant

(53) pltts court Cei estomacs sont rapprochés et Semblent s'emboîler les uns les autres , surtout quand ils sont pleins de nourriture ; ils 8ont plus grands , à mesure qu ils s'approchent des deux cœcum et du rectum. «

Dans les Albione, les Aulastoma et dans les ^ephelis , on ne voit plus ces poches latérales. Le tube digestif est droit , d'une largeur peu considérable ; mais il éprouve d'espace en espace , sur les deux côtés , divers élranglemens qui désignent la limite de chaque espèce d'estomac. Ceux-ci sont situés comme dans les Kœ^ mopis et les Sanguisuga , immédiatement au-dessous d'un ganglion nerveux et entre deux organes pulmonaires. Le premier des estomacs , dans toutes les Hirudinées , va se confondre avec la fin de l'œsophage ; on l'en distingue avec beaucoup de peine. Le dernier offre cela de remarquable chez les Sanguisuga et chez les Hœmopis j que ses trois lobes inférieurs se prolongent , en diminuant de diamètre et sans communiquer les uns avec les autres , jusque vers l'origine de Ja ventouse anale. Dans les Aulastoma , où les estomacs sont dépourvus des appendices latéraux , on observe également que le-dernier est terminé par ces trois prolongemens.

§. IV. Cœcum. Parmi les trois canaux dont nous avons parlé , il en est deux situés sur les côtés , qui ont été considérés comme deux vrais cœcum. Ce sont deux sacs très-rapprochés , alongés , arrivant jusqu'au disque de l'anus , et n'ayant d'autre ouverture que celle qu'ils présentent à leur naissance , établissant leur communication avec le dernier estomac. Ils sont adossés Tun à l'autre dans toute leur longueur, de manière à empêcher qu'on aperçoive le troisième canal , situé dans le milieu. Ces deux appendices sont assez larges dans les Hœmopis et les Sangsues ; mais ils deviennent fort étroits à leur extrémité postérieure ; leurs bords sont sinueux et présentent de cinq en cinq anneaux des étranglemens ou échancrures plus au moins considérables , qui déterminent six espaces parfaitement égaux à ceux occupés par chaque estomac particulier. Les Aulastoma ont aussi deux cœcum ; mais ils sont extrêmement grêles, légèrement sinueux , très-écartés l'un de l'autre a cause

( 54 ) du grand développemeat du canal médian ou de Tîntestin rectum , et ils ne descendent pas tout-à-fait jusqu'à la ventouse de Tanus; ils s'arrêtent au dix-huitième ganglion nerveux. Les Albione ne possèdent plus qu'un seul cœcum ; mais il est extrêmement élargi; il se confond aveq les estomacs , et arrive jusqu'au point d'origine de la ventouse anale. Enfin » dan» le genre Nephelis , les deux cœ« cum n'existent plus.

§. V. Rectum. Le canal central ou le rectum est très-étroit chez les Sanguisuga et chez les Hœmopis ; son diamètre n'est pas la sixième partie de celui des estomacs. Il est placé entre les deux cœcum ; quand il n'existe plus qu'un seul de ces organes , on le découvre Sl sa partie supérieure. Le lobe médian du dernier 6sto<mac qui lui donne naissance , ou la terminaison du canal œsophagien commun à tous les estomacs , est disposé en forme d'en*tonnoir. Son extrémité présente une espèce de valvule pylorique, qui empêche les matières contenues dans le rectum de remonter. Cette organisation se trouve également dans le genre Âulastoma ; mais ici , le rectum est très-gros et beaucoup plus large que les estomacs eux-mêmes. Il a deux renflemens antérieurs , qui s'avancent un peu plus que la valvule pylorique. Il offre d'espace en espace des étranglemens qui semblent correspondre à chaque ganglion nerveux. La partie postérieure est plus étroite et sensiblement contournée cd spirale. Vers le dix-huitième ganglion , à l'endroit où se terminent les cœcum , cet intestin s'élargit subitement , forme une espèce de cloaque, et aboutit directement à l'anus, comme dans les autres genres. Chez les Albione y où le rectum est très-étroit, comme dans les Sangsues offioinales , mais extrêmement sinueux , on voit aussi un renflement pareil à celui des Aulastoma. Enfin , dans les Nephelis , le rectum est de la largeur des estomacs , et par conséquent , très^difTicile à distinguer.

§• IV. Anus. L'anus est situé à la partie dorsale de l'animal, à la naissance de la ventouse annale , immédiatement après le dernier segment. Il n'est pas visible à l'œil nu chez les Sanguisuga , ce qui fait que plusieurs auteurs n'ont pas connu son existence , tels

font Morand , MM. Bosc » Duméril » John Hunter , Derheims • etc. Dans les Hœmopis , cet orifice est moins difficile à distinguer ; mais dans les NephelU et surtout dans les Aulastoma, il est trèsapparent.

Le tube digestif est composé , dans toute son étendue , de deux membranes très-minces et comme transparentes. L'extérieure s*étend sans 'interruption , depuis la bouche jusqu'à la fin des deux cœcum et du rectum; Tiatérieure se replie d'espace en espace , et forme les divers étranglemens qui se remarquent dans le tube digestif. On peut encore découvrir dans le canal alimentaire diverses fibres musculaires » assez éloignées les unes des autres , et dirigées dans diflférens sens. Elles sont plus ou moins nombreuses et plus ou moins visibles à la base du tube digestif. Les unes sont transversales et les autres obliques. Quelqyes-unes embrassent seulement le rectum; les autres s'étendent sur les appendices latéraux. On remarque sur le canal alimentaire , et principalement vers sa partie centrale, une couche d'une substance noirâtre, mince, en forme de réseau , et assez semblable à du crêpe mouillé. Dans les Albione , elle m'a paru comme d'un jaune doré; chez les Ne-^ pheUs , elle est d'un blanc-grisâtre. Cette substance est plus épaisse à la partie supérieure des Hirudinées ; c'est une sorte de tissu cellulaire , destiné à occuper les espaces situés entre les divers organes.

A l'intérieur du tube intestinal , on voit divers étranglemens ou sphincters qui désignent- la limite de chaque estomac partiel. Celui qui se trouve entre l'œsophage et le premier estomac, à l'orifice car-^ diaque ^ et celui de l'ouverture pylorique , paraissent les plus forts. Dans les Nephelis , j'en ai remarqué deux vers le milieu du rec* tum , qui sont peut-être destinés à remplacer les deux cœcum»

M. Virey a observé avec une forte loupe , la face intérieure de la première tunique du canal alimentaire, et a reconnu qu'elle était tapissée de petits vaisseaux blancs . qui sont de véritables veines mésaraïques. J*ai vu , seulement , dans le rectum d'une espèce de JScpheiiê 9 à la partie intérieure et vers la partie médiane , des

rides ou des plis sinueux , en assez grande quantité , vermiculaires » et d'une couleur jaune orangée extrêmement brillante.

Digestion. La digestion se fait avec lenteur dans les Hirudinées» M. Johnson rapporte qu'une Ilo&mopis vorace , trois jours après avoir mangé une Néphétis vulgaire , rejeta cet Annélide tout entier et dans un état de vie. Morand avait déjà fait remarquer , dans son Mémoire , que le sang peut séjourner plusieurs mois dans le tube digestif d'une Sangsue médicinale , sans éprouver de corruption , et qu'un de ces animaux qui vient de se gorger de ce fluide , demeure un temps considérable avant que son canal alimen* taire ait digéré cette matière nutritive. Si l'on fait l'ouverture de plusieurs Sanguisuga remplies de sang , à des époques différentes , ce liquide présente d'abord sa fluidité et sa couleur accoutumées ; bientôt , il devient légèrement foncé , particulièrement dans les estomacs postérieurs et dans les deux cœcum. On remarque alors dans le rectum , une certaine quantité de matière brun-noirâtre. Le sang diminue toujours en quantité , surtout dans les estomacs de la partie antérieure ; plus tard , il prend une couleur obscure ; il parait plutôt épais que fluide , et quelquefois » selon la remarque de Vitet , celui qui est contenu dans les derniers estomacs , donne une odeur un peu fétide.

Le sang retiré des estomacs et exposé à l'air, devient bientôt épais et noirâtre. Le même phénomène a lieu, quand on a fait mourir une Sanguisuga dont le tube digestif avait été gorgé de ce fluide.

Les matières fécales sortent par jets , de couleur grisâtre , brunâtre, et quelquefois d'un noir de sèche. Dans les Nephelis ^ elles sont plus ou moins blanchâtres , souvent grises ; dans d'autres ^ elles sont tantôt verdâtres , tantôt brunes , rousses , noires , suivant la nourriture que THirudinée a prise. En pressant légèrement la partie postérieure de ces vers, on peut obtenir l'issue des cxcrémebs ; c'est même un moyen assuré d'apercevoir Vorifice de l'anus » dans les espèces où cette ouverture est difficile à reconnaître»

Système i^asculaire.

Vaisseaux. Â la partie inférieure des Sanguisuga, après les couches musculaires , ou voit sur chacun des côtés de ranimai, un vaisseau membraneux » transparent , plein de sang rouge , qui s'étend en serpentant , depuis la ventouse orale jusqu'au disque de Tanus. Les angles internes qu'il décrit de cinq en cinq anneaux , correspondent à l'intervalle situé entre chaque ganglion nerveux ; par conséquent, chaque courbure dirigée dans l'autre sens, doit être vis-à-vis des ganglions eux-mêmes; elle répond également à chaque estomac partiel , ainsi qu'aux renflemens des deux cœcum. C'est sur le milieu de ces courbures , que sont situés les organes de la respiration: aussi , je donnerai à ces vaisseaux le nom de vaisseaum pulmonaires latéraux.

Les vaisseaux pulmonaires latéraux diminuent de diamètre , ea s'approchant des deux extrémités de l'animal. En dedans , ils donnent naissance à des rameaux sinueux et déliés , qui partent de chaque angle rentrant: ces petits conduits sanguins , au nombre de deux de part et dautre , sont unis à leur origine ; ils s'avancent bientôt en divergeant vers le milieu de l'animal. Chacun d'eux communique , en serpentant , avec celui de vis-à-vis ; de manière que si l'on injecte un des côtés de l'animal , l'autre vaisseau et ses diverses ramifications sont bientôt pénétrés par le liquide. Je considérerai ces branches vasculaires , comme des veines pulmonaires abdo^ tninales. A une distance à peu près égale à la moitié de celle qui existe entre les vaisseaux latéraux et le cordon médullaire , on aperçoit une petite branche de chaque rameau postérieur établir sa communication avec le conduit antérieur produit par le vaisseau suivant. En dehors ou en dessus des vaisseaux pulmonaires latéraux, vers la partie antérieure de chaque organe de la respiration , précisément vis-à-vis le point d'origine des veines pulmonaires de l'abdomen , si3 dc'^tache un gros vaisseau transverse , qui se courbe , se dirige sur le dos, et se sépare en deux parties, de la même ma^

nière que les veines pulmonaires de labdoraen ; ces deux^ branches Tont communiquer avec le vaisseau dorsal , après avoir donné quelques anastomoses capillaires : )e désignerai ce canal sinueux , sous le nom dé veine pulmonaire dorsale. On voit encore une partie des grands vaisseaux pulmonaires latéraux , un conduit court , assez gros , très-sinueux , et qui s'épanouit subitement , en formant des divisions nombreuses : je lui donnerai le nom à' artère pulmonaire* On remarque ce vaisseau à la partie postérieure des vésicules de la respiration.

Sur le milieu du dos se trouve le vaisseau dorsal , qui s*étend depuis la lèvre jusqu'au disque ; mais qui se présente sous un diamètre plus petit que les vaisseaux pulmonaires latéraux. U'est attaché d'une manière très-intime à la membrane extérieure du canal alimentaire. Il fournit à droite et à gauche des anastomoses sinueuses » extrêmement ramifiées ; ce sont de petites artères que j'appelerai dorsales. D'espace en espace , on aperçoit la réunion du vaisseau dorsal avec les veines pulmonaires du dos de la Sangsue.

Enfin » à la partie moyenne de l'abdomen , immédiatement contre le cordon médullaire » se trouve un second vaisseau longitudinal encore plus étroit que le dernier. Vitet en a parlé; mais il n'a pas su le distinguer. Thomas l'a confondu <ivec le cordon médullaire ; il a pensé que ce vaisseau n'était qu'une membrane qui l'entourait de toute part. Enfin, M. Johnson, qui a décrit ce vaisseau sous le nom de vaisseau abdominal » la annoncé comme un canal sanguin, qui renfermait dans son intérieur le nerf de la Sangsue.

Le vaisseau de l'abdomen est appliqué intimement contre le cordon médullaire. Il est très-difficile de l'en détacher , sans amener des déchirures. Il communique avec les vaisseaux pulmonaires latéraux , au moyen des veines pulmonaires que l'on voit sur l'abdomen. Il m'est arrivé , deux ou trois fois , de remplir ce vaisseau abdominal, en injectant du mercure dans un des grands vaisseaux latéraux d'une Sangsue officinale. Alors , on remarquait de chaque côté de ce canal, une quantité considérable de petits filets vascu* laires tellement nombreux et tellement déliés t qu'il était bien diffî-

(59) cile de les suivre même avec une bonne loupe. Ou les voyait se répandre en forme de réseau vasculaire sur la peau de lanimal , et se perdre dans les principaux organes. Je regarderai ces eanaux imperceptibles comme des artères abdominales.

Sang. Le sang des Hirudlnées est d'une couleur plus ou moins rouge chez les Sang%Usuga , les Ho^mopis j les Alhione. Dans le genre Nepheiis , il m'a paru un peu plus pâle. Enfin , d'après les observations de MM. Mayor et Gosse de Genève , celui des Clejh sine est d'une couleur blanche. Dans les Hirudinées » on distingue avec beaucoup de peine le sang veineux du sang artériel , peut-être à cause de la grande quantit^é des organes de la respiration , qui ne donnent pas à ce fluide le temps de changer de couleur. Cependant , selon M. Derherms : « Si l'on étend sur une lanie d'acier polie le sang du vaisseau dorsal d une Sanguisuga y et qu'une pareille quantité de sang des vaisseaux latéraux soit placée à côté de celle-ci , on pourra différencier avec facilité la couleur du sang de ces divers vaisseaux. Celui du vaisseau dorsal est d'une couleur bien plus intense que l'autre ; et s'il n'est pas ce que l'on appelle noir , c'est parce qu'il ne peut être observé qu'en petite quantité, i D'après le même auteur , le sang de la Sangsue midi'einale a la propriété de se séparer en deux parties comme celui des Mammifères; mais il ne forme point de cruor : les deux parties restent liquides. Celle du fond est d'un rouge violet ; elle n'a point d'odeur particulière » son goût est fade , et par un repos prolongé , il ne s'en sépare ni fibrine , ni matière colorante. La partie surnageante est fauve ; elle n'est ni alcaline , ni acide ; exposée à 4o H- o du thermo* " mètre centigrade , elle se prend en une masse blanche , opaque , semblable à un blanc d'œuf coagulé par la chaleur. Enfin , M» Derheims a conclu de l'analyse de ce sang :

1.* Que le caillot ne contient qu'une quantité â peine appréciable de fibrine , qui s'y trouve dans un état de division extrême ;

a.* Que la matière colorante y est en quantité proportionnellement plus grande que dans le sang des Mammifères ;

S."" Que le sérum est aussi , par rapport k ce liquide » en quan-

lîté proportionnée plus grande qu il ne J'est , par rapport au cruor des Mammifères ;

4.'' Enfin , qu'il contient beaucoup d'albumine et très-peu d'eau«

Circulation. Les principaux vaisseaux des Hirudinées , tels que les deux vaisseaux latéraux et le vaisseau dorsal , sont tous doués d'un mouvement de systole >t de diastole , qui peut être observé même à l'œil nu. Dans plusieurs genres et dans la plupart des espèces pendant leur jeune âge , on peut apercevoir , à travers les muscles et la peau , ces mouvemens d'oscillation. Us sont .plus appréciables dans les vaisseaux latéraux , que dans le vaisseau dorsal. On peut compter , dans ces premiers, de 7 à 8. pulsations par minute, et quelquefois même 9 ou lo. M. Caréna a observé le premier qu'une Néphélis vulgaire regardée au transparent , présente ses vaisseaux d'une manière très-frappante. On y voit circuler le sang ; de telle sorte que lorsque le vaisseau dorsal est rempli de ce fluide , il devient rouge et très-saillant : alors , les vaisseaux latéraux paraissent pâles , blanchâtres , et comme privés de sang. L'inverse a lieu quand ce liquide est poussé du vaisseau dorsal dans les conduits des flancs de l'animal.

Les Hirudinées n'ont pas de cœur. L'organe qui avait été décrit sous cette dénomination par du Rondeau» est simplement la partie femelle de la génération.

On a beaucoup de peine â concevoir le mécanisme de la circulation. Il semblerait que les vaisseaux abdominal et dorsal sont chargés spécialement de porter le sang artériel. Le dernier de ces conduits parait servir surtout à le distribuer dans le tube intestinal , S'il m'était permis de présenter une hypothèse , je dirais que le sang artériel qui se trouve dans ces deux vaisseaux , est porté dans les diOorentes parties du corps de l'animal , par le moyen des artères abdominales et dorsales ; qu/il revient par les ramifications capillaires , se ramasse dans les artères pulmonaires , et que cellesci le versent dans les vaisseaux latéraux. Là , il éprouve l'influence des organes de la respiration ; il est régénéré. Alors les vaisseaux pulmonaires se contractent , le pousseut dans les branches pulmo-*

fiaires transversales qui sont sur rabdomen et sur le dos , et ces dernières le conduisent dans les deux premiers vaisseaux.

Système respiratoire.

Organes de ia respiration. On observe à la face inférieure du corps des Hirudinées , sur les deux parties latérales , des espèces de sacs membraneux, transparens , en forme de vessies , et situés le long de l'animal. Leur nombre peut varier de quinze à vingt. Dans les Sanguisuga et dans les Hœmopis , ils sont éloignés chacun d*un intervalle égal à cinq segmens : dans le premier genre , on les remarque à une demi-ligne de distance des bandes noires marginales qui se trouvent sous le ventre. Ces organes sont remplis , pendant la vie de Tanimal, d une liqueur onctueuse , limpide et presque transparente. Après la mort , l'air s'échappe du globule ; celui-ci s'affaisse , s'aplatit , et il devient alors très-difficile de l'apercevoir , à moins qu'il ne contienne encore une petite quantité de son humeur. Ces corps communiquent avec de petites ouvertures situées latéralement à la partie inférieure , et placées chacune dans Tintervalle qui sépare deux segmens. Ces orifices sont extrêmement petits , et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à reconnaître leur véritable emplacement. Cependant , en essuyant avec un peu de soin le corps d'une Hirudinée , on peut remarquer, après quelques minutes , une série de gouttelettes de chaque côté du ventre de l'animal. Le liquide qui s'échappe « est surtout fort abondant , quand on irrite l'Annélide. Le même phénomène a lieu d'une manière encore plus sensible , si l'on examine la partie inférieure d'une Sanguisuga , après avoir roulé son corps dans une poussière fine. Thomas compare cette sorte d'excrétion à celle qui constitue la transpiration pulmonaire. 11 y a néanmoins , dit-il, cette différence que , dans un cas , elle s'exhale sous forme de va« peur imperceptible , et que , dans l'autre , elle est liquide , à cause de la température de l'animal qui la produit. On peut introduire dans ces orifices, un fil d'argent bien délié , mais c'est avec beau-

( 6» ) coup de peine , à cause de la vive sensibilité des bord^ de ces parties. Les vessies respiratoires sont formées d'une enveloppe dans laquelle sont répandus des vaisseaux très-ramifiés. 11 est bien diflScile de reconnaître leur comnciuiiicafion avec les vaisseaux pulmonaires latéraux. Thomas ayant lié un de ces gros canaux » y fît passer une certaine quantité de vif-argent. Après de douces pressions quil exerça sur ce fluide pour le faire avancer, il s'aperçut qu'il pénétrait 'dans une branche qui se rendait à ce corps ; il dirigea vers cet endroit le fluide , et bientôt s'offrit une quantité innombrable de vaisseaux capillaires injectés. Us étaient en si grand nombre , que la vessie étant affaissée , on n'apercevait plus que de petites parties de ses membranes. J'ai répété les expériences de Thomas, et je suis parvenu deux ou trois fois à injecter ces capillaires. Chaque organe de la respiration est composé de deux membranes assez minces , qu'on détache avec faci-lité , si Ton a soin de remplir la cavité avec une petite quantité de mercure.

Respiration. Plusieurs auteurs ont avancé que les Hirudinées respiraient par la bouche ; mais il est fort aisé de reconnaître leur erreur , puisqu'une ligature autour de la ventouse orale ne nuit aucunement au phénomène de la respiration. Il parait bien dé< montré que les Hirudinécs absorbent, l'air par les deux rangées de poches membraneuses situées sous l'abdomen. D'après la grande quantité de ces organes »on peut concevoir aisément que la consom* niation de l'air doit être assez considérable. Thomas plaça plu* sieurs Sanguisuga dans un bocal où l'eau montait jusqu'à une hauteur déterminée , et le renversa sur un vase dans lequel il versa une certaine quantité de ce liquide : vingt-quatre heures après , il s'aperçut que l'eau était montée de quelques lignes. La hauteur de ce liquide s^accrut encore davantage vers la fin du se-* cond jour. Pour connaître ensuite quelle était la nature du changement que la respiration des Sangsues faisait éprouver à l'air , Thomas recueillit diverses portions de ce fluide dans un vase où il avait fait respirer ces Annélides. Les bougies s'y éteignirent i et l'eau de

clianx parut un peu trôubfêe. Il est donc évident que cette rcs« piration est analogue à celle qui a lieu dans lès animaux à sang cbaud.

Les Sanguisuga peuvent vivre plusieurs jours sans respirer. Elles restent vivantes, au moins une semaine , dans un bocal plein d*eau et hermétiquement bouché. Elles demeurent sans périr cinq ou six jours , et quelquefois même davantage , sous la cloche d'une machine pneumatique. M. Johnson rapporte qu'ayant placé sous ce récipient , une grenouille , un Cyprinus auratus et deux San^ guisuga , il remarqua le résultat suivant :

La grenouille mourut après 3 jours.

Le poisson . • • après 4- Les deux Sangsues . après 8.

Les Sanguisuga peuvent yivre au moins vingt-quatre heures dan^r Tacide carbonique, et au moins une ou deux heures dans un flacon d*huile hermétiquement bouché. Il parait que la grande quantité d organes pulmonaires dont ces animaux sont doués, est cause qulls résistent si long-temps à Tasphyxie , la masse d air qu'ils doivent renfermer dans leurs poumons étant assez considérable.

Système sensitif.

Cordon médullaire et ganglions nerveux. Les Hirudinées n'ont pas de cerveau. Vitet s'était trompé grossièrement » en décrivant un organe sensitif central ; il avait pris pour un cerveau , les testicules. Le système nerveux des Hirudinées se compose d'un cordon médullaire , qui s'étend inférieurement depuis la bouche jusqu'à l'origine de la ventouse anale. Ce cordon est immédiate-* ment appliqué contre le tube digestif ; on y remarque d espace en espace des renflemens ou ganglions, au nombre de 22 ou 2Z , qui sont placés chacun entre deux organes de la respiration, un ou deux segmens plus antérieurement. M. Virey prétend en avoir trouvé jusqu'à â8 dans la Sangsue médicinale / mais je n'en ai

jamais observé un pareil nombre. De chaque ganglion on voit p irtir des filets nerveux semblables au nerf principal , mais beaucoup plus déliés. Vitet les a désignés sous le nom de grands nerfs tatéraux ; ils çont toujours au nombre de quatre ; et comme l'a très^bien remarqué Thomas, ils peuvent être comparés à des rayons qui partent d'un point central, sous un angle d'environ quatrevingt-dix degrés. Ces petits filets s'étendent sur les côtés de l'animal , se subdivisent chacun en deux parties formant un angle semblable au premier , et deviennent tellement imperceptibles» qu'il est impossible de les suivre, même avec une très-forte loupe, A mesure que ces rameaux s'approchent des organes importans situés sous le tube digestif , ils leur envoient des productions filiformes : ainsi , les testicules , les ovaires , les vésicules sémina*

les , etc , reçoivent tous des divisions du rameau postérieur du

ganglion qui les précède. Les fibrilles médullaires que Vitet croyait se rendre des deux lobes cérébraux a un des grands nerfs latéraux » ne sont autre chose que les deux petites ramifications nerveuses qui vont s'épanouir aux testicules.

Les deux ganglions placés aux deux extrémités du cordon médullaire sont les plus développés. Ils sont adossés l'un contre le second renflement , l'autre contre ravant-dornicr. Ils donnent naissance également à de petits filets nerveux , au nombre de quatre , mais beaucoup plus rapprochés les uns des autres , et qui paraissent converger vers la partie antérieure ou vers la partie postérieure de l'animal. Le commencement de l'œsophage est entouré par les ramifications nerveuses du premier de ces deux renflemens. Les autres ganglions sont éloignés les uns des autres de cinq segmens ; c'est du moins ce qu'on peut observer dans les Sanguisuga , les Ilizniopis et dans les Aulastoma. Los quatre ou cinq premiers et les cinq ou six derniers sont d'autant moins éloignés les uns dos autres , qu'ils s'approchent davantage des extrémités de l'animal. Ces renflemens sont tous une fois et demie ou deux fois plus gros que le cordon qui les unit; leur couleur est plus ou moins blanchâtre. Si quelquefois elle se présente sous une tei;ite brune ,

principalement vers le milieu de lanimal , cela est dû au vaisseau sangulu abdominal qui les recouvre.

Le cordon médullaire est entouré d'une membrane mince , de couleur blanchâtre et difficile à séparer. Sa substance , ainsi que celle dont les ganglions sont composés , est blanche et plus compacte que celle du cerveau des Mammifères. •

Sensibilité. La plupart des Hirudinées sont très-sensibles ; Tacide le plus faible , la liqueur la plus légère , suffisent pour occasioner fies impressions très-vives , attestées par des mouyemens énergiques et subits. Si Ton frotte légèrement avec la barbe d'une plume une Sangsue médicinale , au même instant les cryptes granuleux qui se trouvent dans le derme , se contractent , se roidissent , et l'animal parait couvert de tubercules. Si Ion présente une chandelle allumée devant un vase rempli de Sangsues officinales livrées au sommeil ou au repos / a peine ont-elles ressenti l'influence de la lumière, quelles se détachent des parois du yase et s'agitent en tout sens.

Cependant si l'on agit directement sur le cordob médullaire ou sur les ganglions nerveux , soit après avoir enlevé la membrane noirâtre ou le vaisseau abdominal , soit avant de l'avoir détaché , l'animal ne donne aucun signe bien évident d'une douleur intense. Si Ton pique le nerf ou le ganglion avec la pointe d'un scalpel ou d'une épingle ; si l'on applique sur ces deux parties un acide , ua sel ou toute autre substance corrosive , l'animal paratt ne rien sentir de douloureux. Enfin , quand on arrache un renflement nerveux , ou quand on coupe son filet de communication, l'Annélide ne témoigne ni par des convulsions , ni par des mouvemens brusques et violens , qu'on .lui ait fait subir une douleur bien forte.

Sens, — I." Du Tact. Nous avons dit que la peau des Hirudinées jouissait d'une vive sensibilité. Le peu de dureté et d'épaisseur de répiderme , l'humeur gluante dont il est constamment humecté, et la grande quantité de ramifications nerveuses répandues dans les parties sous-jacentes , sembleraient rendre raison d'une sensibilité aussi exquise ; mais ces animaux ne sont pas très-favorisés

(66) aous le rapport du sens du tact , quoi qu'en aient dit plusieurs na^ turalistes qui paraissent avoir confondu la sensibilité de lenveloppe avec la faculté du toucher actif. La plus grande partie des Hiru-* dinées peut bien s'enrouler autour de certains corps ; mais , comme le fait très-bien observer M. de Blainville , en admettant qu'il pourrait y avoir transmission de cette sensation » et surtout réflexion sur elle, ce qui n*est pas , ces animaux sont encore loin de toucher un assez grand nombre de points de ces corps pour se faire une idée de leur forme (i). On peut en dire autant des deux ventouses; seulement on ne peut se refuser à les considérer , surtout la première , comme des espèces d'organes de tact. Tout le monde a remarqué que la Sangsue officinale ^ avant d'entamer la peau de l'homme , alonge sa lèvre , la promène quelque temps , et semble faire un choix de la partie qu'elle veut mordre. M. Caréna rapporte , en parlant de VHœmopis vorace , que cette Hirudinée saisit avec son disque de derrière'» les lombrics qu'elle veut avaler, et qu'elle attend patiemment le moment de pouvoir introduire dans sa bouche une de leurs extrémités.

a/" Du Goût. Plus les animaux appartiennent à un degré infé^ rieur de l'échelle, moins ils semblent choisir leurs alimens , et moins il y a de développement dans les organes destines à leur recherche ; il existe beaucoup plus de rapports nécessaires entre la nourriture et l'animal (a). La famille des Hirudinées appartient à une organisation trop imparfaite pour jouir à un degré supérieur de la sensation du goût. Cependant on né peut refuser aux animaux qui la composent , de sentir jusqu'à un certain point , la sapidité des corps. La membrane qui se trouve à l'orifice de la cavité buccale sur la partie interne de la ventouse antérieure , ou dans Tinlérieur de cette même cavité , parait remplir le rôle de membrane gustative ; mais cette faculté n'existe qu'à un degré bien faible ,

(i) Principe d'anaU camp. , tom. I^ pag. 234* (a) De Biaiuv. ; loc. cit. , pag. 267.

( 67 ) si , comme le prétend M. Derheims , on peut faire avaler à deg Sangsues une assez grande quantité de lait , d*huile et même d'eau gommeuse avec une forte décoction de coloquinte. Il suffit , ajoute cet auteur , de tremper un fragment d'épongé fine dans un de ces liquides , de l'enfermer dans un morceau de peau de baudruche légèrement humecté, et d'exposer le tout à la succion.

3.* De i'Odorat. La nature n'a pas mieux favorisé lés Hirudinées sous le rapport de l'odorat , que relativement aux sens du goût et du toucher actif. Il paraît même probable que ces animaux ne perçoivent d'aucune manière les odeurs. Plusieurs auteurs ont avancé que la Sangsue officinale avait le sens de l'odorat si subtil , que les odeurs un peu fortes la faisaient périr : les uns ont pensé que l'enveloppe de ces Annélides offrant plusieurs rapports avec les membranes pituitaires, était capable d'odorer dans tous ses points; les autres ont considéré les cryptes mucipares comme de vrais organes olfactifs. M. Derheims a pris soixante Sangsues bien vivantes et les a placées par dix dans six bocaux contenant un sachet de muac t de castoréum , d'assa-fœtida , de valériane , d'aulx piles et un morceau de chair en putréfaction commençante. Le résultat de cette expérience a été que toutes les Sangsues paraissaient bien portantes , et dans une action qui annonçait que leurs fonctions n'avaient été nullement altérées. D'autres individus placés dans les mêmes circonstances avec plusieurs morceaux de chair en putréfaction complète, sont morts en moins d'une journée. Mais, comme* M. Derheims le fait observer avec justesse , on ne doit pas conclure que c'est par suite de 'l'irritation d'une membrane olfactive , que la mort est arrivée ; mais seulement par l'action des gaz résultant de la décomposition animale , sur le système pulmonaire. MM. Virey , Henry et Heller ont ajouté un grand nombre d'expériences à celles de AL Derheims : il en est toujours résulté que rien n'annonçait , d'une manière positive , que les substances odorantes eussent une action délétère sur les Sangsues , et que ces animaux perçussent les odeurs ; seulement ces Messieurs ayant exposé quelques-uns de ces Annélides dans des flacons contenant

( 68 ) des vapeurs d*acîde hydrochlorique , d'acîdc nîtrîque , d'ammoniaque , etc , et ayant remarqué que ces substances exerçaient

une action nuisible , ont tiré de ces dernières expériences des conclusions favorables à l'existence du sens de Todorat. Il est presque inutile que je fasse remarquer que Faction irritante et délétère d'un gaz ou d'un acide sur le corps d'un animal , n'est pas seulement le résultat de l'impression d'une membrane olfactive.

4.* De la Vue. A la partie supérieure de la ventouse orale , on voit des points assez saillans , d'une' couleur noirâtre ou brune plus ou moins foncée , dont le nombre et la position varient dans les diflTérens genres. Plusieurs naturalistes ont considéré ces tubercules comme des points oculiformes , et d'autres observateurs , comme de véritables yeux. Examinés au microscope , ces petits corps sont élevés et peu brillans. Le nombre de ces yeux varie de deux à dix ; ils sont ordinairement disposés par paires formant antérieurement une ligne très-courbée : quand la ventouse orale est inarticulée , ils sont rassemblés sur le premier segment , et ils occupent l'espace compris entre le premier anneau et le sixième, quand la ventouse est divisée. M. Savigny pense qu'on peut supposer dans tout espace oculifère, autant de segmens particuliers qu'il y a de paires d'yeux. Ces organes sont bien éloignés d'être disposés de manière a être distribués avec égalité sur les anneaux. Dans les premiers segmens ils paraissent trèSf nombreux , sans doute parce qu'il est difficile de distinguer les anneaux de la partie antérieure de la ventouse orale ; dans d'autres ils n'existent pas. Chez certaines espèces , ces points oculiformes sont très-noirs ; chez d'autres, on les distingue à peine de la couleur de l'animal. J'ai remarqué que , dans les Sangsues officinales , les individus jeunes en portaient de plus saillans , soit que leur couleur fût plus noire , soit que la teinte de l'animal les fît ^lus facilement remarquer. Ces yeux sont moins aisés à distinguer quand l'Annélide contracte ia ventouse ; mais on les aperçoit d'une manière très-sensible, en comprimant entre deux lames de verre , la partie supérieure de In ventouse orale.

(69) Comme les Hiruditiées , et surtout les Sanguisuga, avancent If'ur partie antérieure , la portent de tous les côtés , et la retirent quel« quefois brusquement , on a conclu qu*elles avaient la faculté de voir. M. Bertrand, pharmacien-major et professeur à THôpital d'iu- Btruction de Strasbourg (i) , et M. Derheims, ont avancé, au contraire , que, chez ces animaux, la vue était nulle; il en est de même de MM. Virey , Henry et Heller , qui n'ont pas même remarqué les tubercules noirs de la Sangsue médicinale. Le professeur H. Caréna prétend qu'un de ces Annélides à qui Ion a coupé toute la partie oculifère , se comporte dans ses mouvemens absolument de la même manière que s'il avait encore ses yeux , et que, dans Tun et l'autre cas , il ne retire la ventouse que lorsqu'il a touché un corps. Il se pourrait , ajoute-t-il , que ces yeux servissent aux Hirudinées pendant l'obscurité. Dans un Mémoire manuscrit envoyé à l'Académie royale de Médecine , par M. Dessaux , de Poitiers, l'auteur admet que la Sangsue officinale peut voir. Il plaça cinquante de ces Hirfidinées dans un bocal de verre qu'il entoura de papier , excepté sur un seul point par où la lumière pouvait seulement pénétrer. Les Sangsues vinrent toutes s'y fixer, et y retournèrent après qu'on les en eût éloignées. Cette expérience n'est point assez décisive pour faire admettre le sens de la vue , puisque ces animaux pouvaient avoir ressenti uniquement l'influence des rayons calorifiques , ou de tout autre rayon dont la lumière est composée. Cependant , d'après plusieurs expériences répétées en présence de MM. Dunal et Lallemand , sur la Néphélis vulgaire, qui est une des espèces dont les yeux sont les plus noirs et les plus gros , j'ai cru m'apercevoir que cette Hirudinée jouissait , jusqu'à un certain point , de la faculté de voir. Un petit morceau de bois de couleur rouge étant porté à quelques lignes de la ventouse antérieure, l'animal semblait se retourner pour l'éviter.

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