JEAN HE ML ING
demander le prix élevé de 3,000 livres sterl. (75,000 francs). Sans doute que, sans ce prix élevé, eet homme éclairé eût voulu enrichir d’une telle acquisition le musée de Berlin.
Cette œuvre a été généralement attribuée à Hemling et a été décrite comme telle. Cependant, plus j’étudie le tableau, plus son caractère historique me semble plus sévère et d’un style (dus ancien que les ouvrages d’Hemling.
D’après les minutieuses recherches que j’ai faites sur les diverses écoles du moyen âge, et d’après des éclaircissements qui me sont venus à l’appui de ces recherches, je suis parvenu à m’assurer que cette œuvre, dont on fait honneur à Hemling. est réellement due au pinceau de son maître, le célèbre Roger de Bruges 1 . tant vanté dans l’histoire de l’art et dont on n’avait pu jusqu’à ce jour retrouver les ouvrages. Elle fut donnée par le pape Martin V au roi Jean II et lui servit d’oratoire particulier. En 1445, ce prince en fit don au monastère appelé Certosa di Mirnflores , situé à une demi-lieue de Bur-
1 Roger de Bruges naquit vers 1410. Doué d’une intelligence remarquable, il ne tarda pas à se distinguer dans la carrière des arts. Jean Van Eyck l’ayant pris en affection, lui communiqua sa méthode de peindre à l’huile qu’il avait tenue secrète jusqu’alors. Le génie de Roger se développa bientôt, il sut profiter des bonnes leçons de son maître dont il devint l’émule; dès lors son beau talent le plaça au nombre des artistes les plus célèbres de son temps.
J’ai éprouvé une satisfaction toute particulière lorsque, à force de recherches, je suis parvenu à rendre aux Pays-Bas des productions de son pinceau; car ces recherches étaient d’autant plus difficiles que ce maître n’a pas signé ses ouvrages.