‹ Description de la maison et du musée situés au nord de la place de Lincoln's Inn Fields, à Londres. Demeure du Chevalier SoaneChapitre 21 sur 45 · LA CRYPTE · texte numérisé non relu

LA CRYPTE

De la Chambre Sépulcrale on entre dans la Crypte Egyptienne, dont le plafond est composé de blocs massifs de pierre supportés par des piliers de pierre. Du côté méridional est un Amour endormi, et, en face, des Modèles de liège du Temple de la Fortune Virile à Rome, et des restes Druidiques à Stonehenge. Au centre est une Britannia Triomphante, tenant le trident de Neptune et montrant le Patriote Mourant de Banks,* et le Monument Rostral de Flaxman, en l’honneur des services rendus à leur patrie par les Capitaines Riou et Moss. A droite de la Britannia est un Plâtre de l’Hercule Enfant, et dans une autre partie de la Crypte le Plâtre d’un Torse de femme, couvert d’hiéroglyphes sculptés.

Dans cette Crypte sont aussi placés quatre Modèles de liège de Sépulcres anciens, trouvés à Capoue et dans différentes parties de la Sicile. Les murs de ces modèles sont ornés de peinture et de sculpture ; et dans l’intérieur de la chambre sont déposés le Squelette, une variété de vases étrusques, et des instru-

* Ce modèle m’a été donné par le Docteur Pugh, à qui il avait été envoyé par Madame Banks, en échange d’un buste de son mari défunt.

ments de sacrifice. Ils sont conséquemment fort intéressants, en ce qu’ils montrent la méthode de sépulture en usage parmi les anciens, et expliquent l’état parfaitement conservé dans lequel on trouve, de temps en temps, un si grand nombre de vases étrusques, de patères, et d’autres ustensiles de l’antiquité la plus reculée.

Un autre souvenir de sépulture déposé dans la Crypte nous rappelle les monuments des montagnes de Telmissus. C’est une Patina, présent du Docteur Moore : elle fut découverte par des pâtres, qui étaient à la recherche de chèvres égarées, dans une caverne située dans les Canadas del Chasma, au Pic de Ténériffe. On trouva dans cette caverne treize momies de Guanches, aborigènes de cette île, (douze d’hommes et une de femme), disposées en un seul rang sur une espèce de civière faite de pierres, d’un côté de laquelle était placée la Patina ci-dessus, qui ne peut avoir moins de cinq-cents ans, et qui en a probablement bien davantage.

Dans un enfoncement à gauche est un monument sépulcral à la mémoire de Madame Soane, et au-dessous il y en a un autre à la mémoire de M. Jean Soane, fils, décédé le 21 Octobre, 1823, dans sa 37e année.

En sortant de la Crypte, on a, d’un passage à droite, une vue du Corridor : au-delà est une Statue Equestre de Georges Trois, par P. Turnerelli ; et en face, le Modèle d’une statue de son habile et fidèle ministre Guillaume . Pitt, placée dans la Salle de l’Hôtel de Ville à Glasgow.

Cette partie du Musée est terminée par deux colonnes antiques tronquées, surmontées de deux beaux Chapiteaux en marbre de la Villa Adriana; et audessus de ces derniers il y a deux Chapiteaux de Pilastres de l’ordre corinthien. A dioite est le Plâtre dun Médaillon par Banks, copié d’après l’Arc de Constantin à Rome ; du côté opposé est un Plâtre de la Tête de Marie, Reine d’Ecosse, d’après son monument à l’Abbaye de Westminster ; et au pied de l’escalier est un Plâtre de la Vénus de Médicis.

En quittant la cour du monument, et en entrant dans le corridor, nous apprécions dans une perspective prolongée et non interrompue une source du sublime et du pittoîesque, et nous croyons parcourir une aile de quelque grande église où les sons retentissants de 1 orgue produiraient l’effet le plus imposant. A chaque pas nous voyons quelque reste de l’antiquité, précieux par sa beauté, ou vénérable par les souvenirs qu’il rappelle. L enfoncement à gauche est particulièrement riche en ornements, qui ont été disposés avec beaucoup de goût, surtout ceux que l’on voit entre les montants du chambranle ancien, savoir, une coquille de marbre d’une beauté inimitable, et une partie de la draperie formée par la peau du lion de Némée, de chaque côté d’une belle figure monumentale de femme. L’antichambre est tout-à-fait un trésor pour les amateurs de l’antiquité. Le caractère parfaitement classique de l’Endymion endormi, avec son chien fidèie auprès de lui; l’air alarmé et craintif d’Andromède, combiné avec sa grâce et sa dignité habituelles, excite notre plus vive admiration, et nous reporte aux jours de l’art et de la gloire chez les Romains. En effet, l’excellent dessin de Banks prouve que le génie n’est borné ni au temps, ni au lieu, ni au peuple ; et tous les ouvrages de cet artiste justifient ses droits à l’originalité d’invention et à la supériorité d execution. Sur une belle table de marbre en mosaïque, entouré de bustes antiques, est un plâtre du savant, de l’excellent Cuvier, à qui nous pourrions appliquer l’épitaphe composée pour le plus illustre de nos philosophes, et dont il serait également juste de dire, quelque différente qu ait été la sphère de leurs travaux :

“ Nature and nature’s laws lay hid in nio-ht •

God said, ‘ let Cuvier be,’ and ail was light.”

Que nous soyons retenus par les nombreuses attractions de l’antichambre, ou que nous rentrions dans le corridor et que nous avancions vers les catacombes, nous sentons au meme degre “ que nous jouissons de cette première des beautés intellectuelles, qui, en toute production, soit de la nature ou de l’art, gît dans la correspondance exacte entre la fin que l’on se propose et les moyens que l’on emploie.” Il est évident que la main, ou plutôt l’esprit, qui a arrangé les beaux fragments, les piliers massifs, les sculptures anciennes, et les divers ornements qui nous entourent, s’est proposé que nous fussions pénétrés de ce sentiment si convenable lorsque nous nous trouvons parmi des morts, qui néanmoins ne sont point pour nous des objets de regrets personnels ; et c’est dans cette disposition que nous arrivons aux catacombes.

Les urnes cinéraires rangées ici, toutes parfaitement conservées, et généralement d’une grande beauté, forment une collection singulièrement intéressante de monuments anciens. Les inscriptions d’un grand nombre sont parfaitement lisibles, et les sculptures dont elles sont ornées conservent encore leur finesse originale. Toutes ces urnes sont de marbre blanc ; et d’après le haut prix de la matière et la supériorité du travail, elles ont indubitablement contenu les cendres de Romains distingués par leur rang ou par leurs richesses. On a cependant lieu de croire que cette matière rare et précieuse était estimée la plus propre aux tombeaux des patriciens, quoique fort difficile à se procurer, même pour cet ordre opulent, puisqu’Héliogabale fit venir de l’albâtre de la Thébaïde pour s’en faire faire un tombeau, et qu’une dame italienne de qualité* fit déposer son urne d’albâtre entre deux pierres creuses dans un bâtiment fort, afin d’en assurer la conservation.

On ne saurait contempler ces dépôts sacrés des cendres des morts sans être frappé des changements que le temps, la guerre, et même un goût pur et l’amour de la science opèrent dans la situation et la disposition de toutes choses ici-bas. Aucune propriété n’était plus protégée par les lois de l’Italie que celle qui tenait aux rites de la sépulture : et le droit de disposer de son tombeau, et le privilège d’avoir une urne cinéraire, étaient des dons précieux à l’affranchi qui avait servi fidèlement son maître. Des malédictions amères étaient lancées contre tous ceux qui violaient les droits de la sépulture ; et le sistre était fréquemment peint sur les pierres sépulcrales, comme étant le symbole d’Isis, “ regardée par les païens comme une déesse bienfaisante qui présidait au repos des morts.” “ Puisse-t-il s’attirer le courroux d’Isis!” — “ Puisse la bienfaisante Isis être irritée contre lui !” — “ Puissent les mystères de la paisible Isis lui être contraires!” “ Puisse-t-il être en butte à la colère du peuple romain et des Dieux!” — telles sont les imprécations que l’on trouve encore sur des urnes cinéraires, et qui prouvent combien les anciens sentaient vivement sur ce point ; sentiment que l’on peut incontestablement appeler originel dans notre nature, et qui, à peu d’exceptions près, nous a été transmis de génération en génération depuis la création du monde.

Cependant, changer ces objets de place, ce n’est pas les profaner ; et si les mânes des morts errent autour de leurs cendres, ni la matrone ni le guerrier dont la poussière repose ici n’ont sujet de déplorer leur destination; — dans un pays où fleurissent la liberté, les arts, et les armes, ils ont plutôt retrouvé que perdu la patrie digne de leur amour et de leur adoption.

En entrant dans la chambre sépulcrale, malgré une vive curiosité de voir un objet unique et si célèbre que le Sarcophage Belzoni, j’avoue que le lieu où est placé ce merveilleux monument d’antiquité devint l’attraction dominante. A une grande élévation au-dessus, et de tous côtés, sont concentrés les restes les plus précieux d’Architecture et de Sculpture, si heureusement disposés qu’ils offrent le charme de la nouveauté, la beauté du dessin pittoresque, et cette sublimité qui résulte du sentiment de vénération dû au génie et aux travaux des illustres morts.

La lumière admise par le dôme semblait descendre avec une sorte de discernement, se concentrant sur les objets qui devaient y gagner le plus — les urnes de marbre, sur

* Voyez Montfaucon.

lesquelles sont sculptées de belles formes accomplissant des mystères religieux, ou qui sont ornées de pampres de la vigne consacrée, — des bustes, qui rendent les traits trop expressifs d’une Messaline, les folies d’un faune ivre, ou le visage calme d’un philosophe ; — de là les rayons tombent plus doux sur des frises massives de pierre soigneusement travaillées, des piliers, des urnes, et des bronzes ; — puis ils arrivent à ce magnifique dépôt de la mort, qui se trouve ainsi comme enchâssé.

Dans ce sarcophage sans pareil, fait du plus bel albâtre, a reposé un souverain d’Egypte, quand l’Egypte, comme nation, n’avait point d’égale au monde. A ses ordres des milliers d’hommes se sont assemblés et ont élevé ces édifices prodigieux que le Baron Denon a appelés “ l’ouvrage et la demeure des géants son sourire était bienfaisant comme le Nil ; sa colère, fatale comme le samiel du désert.

Cependant, sa puissance ne s-’est pas étendue au-delà du tombeau : quoique le respect pour les morts fut plus observé parmi les Egyptiens que même parmi les Romains ; quoique “ l’immense et superbe excavation” préparée pour être son lieu de repos fût soigneusement défendue par de doubles barrières, — néanmoins elle avait été découverte et violée long-temps avant que notre entreprenant Belzoni déterrât le tombeau. Le corps du monarque avait disparu, le couvercle du sarcophage était brisé : et il parait probable que l’on avait pris beaucoup de peines pour en cacher la place, afin de soustraire aux yeux les indices de cette spoliation.

Plus nous contemplons ce monument intéressant d’antiquité et de magnificence royale, plus nous en apprécions la valeur. Nous considérons la beauté, la rareté, la transparence, la couleur riche et douce, la grosseur du bloc original, l’adaptation de sa forme à l’objet que l’on se proposait, et qui était indubitablement de recevoir un corps enfermé dans de nombreuses enveloppes, puis dans deux caisses, selon l’usage des Egyptiens. Ensuite nous examinons la sculpture d’un nombre infini de figures, qui doivent sûrement représenter l’histoire d’une vie pleine des évènements les plus frappants, — nous contemplons les traits charmants de la femme sculptée au fond du sarcophage, et nous concluons que c’est la déesse Isis, l’œil bien fendu et le pied délicat ressemblant beaucoup aux représentations qu’en a données le savant Montfaucon, — et nous répétons l’exclamation de Belzoni, lorsqu’il déclara que le jour qu’il trouva ce trésor était le plus heureux de sa vie.

“Je considère (dit-il) que la Fortune m’a rendu riche, car elle m’a procuré ce plaisir extrême qui ne peut s’acheter à prix d’argent, le plaisir de découvrir ce qui a été long-temps cherché en vain, et de présenter au monde un nouveau et parfait monument d’antiquité, que l’on peut déclarer supérieur à tout autre en fait de grandeur, de style, et de conservation.”

En voyant le résultat de ses travaux, qui pourrait ne point sympathiser avec ce voyageur aussi enthousiaste qu’entreprenant ? Après l’avoir suivi en imagination, lui et la fidèle compagne de ses peines, à travers des sables brûlants, et parmi des hordes sauvages, ou après les avoir vus dans leur séjour désolé parmi les tombeaux, exposés à la faim, à la soif, aux maladies, et aux avanies de toutes sortes, qui pourrait ne point partager cette joie, si excessive qu’elle fit évanouir toute mémoire du passé, toute crainte de l’avenir, et fit (pour un temps du moins) de celui qui avait

découvert le tombeau un homme plus grand et plus heureux que ne l’avait jamais été celui qui l’avait occupé ?

Au grand jour le sarcophage ne produit peut-être que l’effet de compléter magnifiquement et dignement les ouvrages d’art qui l’entourent, et d’être plus propre à compléter aussi l’impression faite par l’ensemble qu’à réclamer une préférence exclusive et individuelle ; il faut encore le voir à la lumière des lampes.

C’est alors que chacun des objets environnants, quelque admirable qu’il soit, devient subordonné au sarcophage — l’antique, le superbe, le merveilleux sarcophage est devant nous ; toutes les autres choses ne sont que les accessoires de sa dignité et de sa grandeur : un sentiment à la fois de respect, d’admiration, et de délices s’empare de nos facultés, et devient même oppressif par son intensité, bien qu’il soit accompagné d’associations attachantes ; car de doux et tendres souvenirs nous unissent au tombeau.

De profondes masses d’ombres, de faibles lueurs qui s’élèvent comme des feuxfollets de la crypte adjacente, des lumières qui brillent comme des halos autour des têtes de marbre, d’autres plus vagues et indistinctes, mais belles aussi par leurs révélations, présentent des apparences telles qu’on s’imaginerait en voir dans un songe de l’élysée du poète ; et bien que les objets ne soient point agrandis, la scène elle-même, ainsi artificiellement éclairée, parait beaucoup plus étendue. Peu-à-peu cet espace devient animé — des figures sortent les unes après les autres de la crypte et des corridors où elles s’étaient tenues dans l’ombre : elles s’assemblent autour du sarcophage, qui jette de dedans une lueur pâle et surnaturelle sur les êtres silencieux qui l’entourent avec crainte et respect. Enfants d’une noble race, ils paraissent beaux et aimables, exempts des maux de cette vie, mais capables de tous ses sentiments généreux et de ses perceptions les plus élevées. Ils ont le visage pensif, et s’avancent sans faire le plus petit bruit ; cependant, plus d’une voix respire en doux accents ses remercîments à celui qui a forcé le temps à revenir sur ses pas pour leur montrer de glorieuses visions du passé, tout en leur apprenant à sentir, au moment du plaisir même, que

“ The paths of glory lead but to tbe grave.”

Tels furent, je pense, les sentiments de tous ceux qui purent voir cet imposant spectacle en 1825, lorsque le Chevalier Soane le fit préparer ainsi trois soirées consécutives, pendant lesquelles un très-grand nombre de personnes de ce pays, distinguées par leur rang et leurs talents, ainsi que d’étrangers de marque, jouirent d’un coup-d’œil aussi frappant qu’impossible à égaler.

Si quelqu’un de cette compagnie brillante avait été laissé seul dans la chambre sépulcrale à l’heure de la nuit où les sorcières tiennent leur sabbat, où

“ Churchyards yawn, and graves give up their dead,”

où les lumières mourantes s’éteignaient d’elles -mêmes, et où les derniers et faibles sons du dehors cessaient de rappeler le monde des vivants, — il est probable que le pouls le plus sain se fût ressenti de la foule d’émotions tristes qu’une scène si étrangère à la vie commune doit naturellement faire naître. Le saisissement tempéré par la beauté

de cette scène, et adouci par de tendres souvenirs, aurait fait place à l’attente mystérieuse de quelque pâle habitant du monde invisible, et l’esprit le plus ferme se serait écrié avec Hamlet —

“ There are more things in heaven and earth, Horatio,

Than are dreamt of in your philosophy.”

Disant adieu au sarcophage, et à l’endroit où il est si dignement entouré, nous entrons dans la Crypte, qui est aussi de caractère égyptien, et qui peut justement être appelée un lieu de tombeaux, car le possesseur y a déposé son tribut d’affection d époux et de pere, et place le tombeau du patriote expirant. Là aussi de nombreux modèles de sépulcres anciens rendent témoignage de ces sentiments qui, dans les temps les plus reculés, ont consacré les restes de ceux qui nous ont été chers.

Ici on éprouve encore la tendance de l’architecture et de la sculpture à élever nos âmes— le beau modèle du temple romain contrasté avec les érections grossières de piliers informes réunis par les Druides — la figure majestueuse de la Britannia au moment de la victoire navale, en face de la statue du héros expirant, également vus à une lumière affaiblie et cependant suffisante, jettent l’esprit dans une douce rêverie, en harmonie avec les objets qui la font naître, et avec cette exclusion de la lumière et des choses extérieures, si convenable dans un lieu où nous pouvons nous écrier avec Milton,

“ Hail, divinest melancholy!”

Oh deem we not the Crypt resign’d to gloom,

Since death’s pale trophies mingle on the ground:

True, ’tis the path that leads to many a tomb ;

Yet even here taste strews her wreaths around.

And not one object speaks of man’s dark doom.

But shews his intellectual power profound.

And from his very dust and ashes cries,

" O heavenly gifted thing, that shall again arise!”

Behold Britannia calmly potent stand,

Mistress of every sea that laves the shore ; —

And shall not Art her empire here expand.

And shew what Rome, Greece, Egypt, were of yore ?

Yes ! from this fostering nest shall genius soar.

And shed her rays o’er many a distant land That held our country but to commerce prone,

Reckless for others’ good, resistless for her own.

Bless’d is the power that to the few belong,

Who join to worldly wealth the wealth of mind.

Hence their ennobled spirits dwell among Those works that grâce and dignify mankind; —

For them the artist’s lyre, the poet’s song,

The temple, statue, picture, are enshrined ;

Yet far more blest if they such gifts impart,

To aid youth’s struggling mind, and cheer its anxious heart.

Planche XXVI. LE MUSEE.

On retourne par l’escalier à la colonnade du rez-de-chaussée. Cette colonnade est d’Architecture Corinthienne, principalement composée de Fragments provenant de différents édifices. Le plafond sphérique est le modèle de celui qui a été exécuté à la résidence officielle d’un des secrétaires de la Trésorerie dans Downing- Street. Entre les colonnes méridionales à gauche est une grande et intéressante pétrifaction.

De cette colonnade on entre dans un enfoncement (8), qui reçoit le jour de la Cour du Monument par une fenêtre dont les vitres sont richement gravées en relief. J’y ai placé le modèle d’une maison de campagne projetée par moi pour M. Swinnerton, à Butterton-Hall, comté de Stafford; et de chaque côté de la fenêtre sont de grandes bibliothèques masquées, pleines d’ouvrages d’une grande importance pour les élèves en Architecture.

Sous le modèle est une caisse contenant huit tiroirs remplis de dessins terminés de Projets d’Architecture, principalement sur une grande échelle; et au-dessus est un Modèle de terre de la Statue du feu Chevalier Reynolds, Président de l’Académie Royale des Beaux-Arts, placée dans la Cathédrale de St. Paul ; vis-à-vis est le Modèle du Monument du Comte de Mansfield, à l’Abbaye de Westminster, par Flaxman, — le premier monument isolé qui ait été érigé en Angleterre. Le Comte est représenté en costume de juge, assis sur une chaise curule, dans l’acte de rendre un jugement : il est soutenu de chaque côté par la Sagesse et la Justice, comme les anciens les représentaient. La Mort est personnifiée par la figure d’un jeune homme couché et tenant une torche renversée sur le derrière du piédestal. On voit dans cette partie du Musée quelques échantillons d’ancienne Sculpture de bois du Château de Windsor; un Plâtre d’une Tête colossale de Minerve en haut-relief; des Terres Cuites de dessin grec; et une variété de Fragments de marbre de Sculpture antique, parmi lesquels est une petite statue de Vénus.

En quittant cet enfoncement, on retourne à la colonnade et à la partie du Musée sous la salle des élèves (7), d’où l’on voit l’Apollon du Belvédère. L’effet

est ici plutôt solennel que triste, et la manière dont la lumière et l’ombre y sont ménagées sera dûment appréciée par les connaisseurs et les amateurs de l’Art.

Cette partie est formée de trois divisions, le plafond central desquelles est en compartiments, richement ornés de Plâtres d’après l’antique et des fragments d’édifices modernes. Les armoires contiennent une variété de Dessins d’Architecture, et cinquante-trois volumes in-folio des Projets et des Dessins originaux de feu Robert Adam.

Du côté septentrional sont deux Modèles de Projets de Maisons de Campagne ; une Statue antique de marbre de la Diane d’Ephèse ; et divers plâtres et fragments de Sculpture ancienne d’une belle exécution, parmi lesquels il y en a un de porphyre. De ce côté septentrional il y a trois enfoncements : dans celui de droite on voit, sur un piédestal, un plâtre de l’Hercule Hespéridès ; sous lequel est le Modèle d’un Château d’Eau, construit en 1794 à Wimpole, résidence classique du Comte de Hardwicke. L’enfoncement du centre contient un grand Vase Etrusque, acheté à la vente des effets de Lord Cawdor; et au-dessous est un petit Plâtre de l’Apollon du Belvédère. Dans l’enfoncement à gauche est un Groupe, par Benjamin Gott, représentant la Mort de Spartacus ; et audessous, le Plâtre d’un Vase antique. Du côté méridional est l’Esculape déifié, quelques Chapiteaux antiques de marbre, et des fragments de Candélabres. Les murs des divisions au nord et au sud sont ornés d’une Bocca délia Verità de marbre, de fragments de Moulures, de Frises, et de Chapiteaux antiques, et d’autres ouvrages anciens, ainsi que de quelques Modèles de parties d’édifices modernes.

On passe ensuite vers la partie du Musée sous le dôme (6), éclairée par en haut, et dont les décorations d’Architecture se font remarquer par une riche variété de contours, et par des ornements classiques d’après l’antique. De cette Planche xxvii. position une vue dans la salle à déjeûner offre des effets frappants de lumière et d’ombre. L’œil est aussi attiré par le Plâtre de l’Apollon du Belvédère, moulé d’après la statue originale pour le Comte de Burlington, et placé dans sa célèbre maison de campagne à Chiswick. Lorsque mon estimable ami, M. White, fit des changements à cet édifice digne de Palladio, cette statue lui fut donnée par le

Planche XXVIII.

Duc de Devonshire, et il m’en fit présent pour en assurer la conservation. Je l’appréciai tellement à sa juste valeur, que je fis abattre une grande partie du mur extérieur pour l’introduire dans sa place actuelle.

Sur le mur septentrional, en face d’une porte qui mène au côté oriental de la salle à déjeûner, on voit un Plâtre d’un Bas-relief par Flaxman, lequel représente “ Mercure conduisant Pandore à Epiméthée et un Plâtre d’un des compartiments des Portes de bronze du Baptistaire de St. Jean, à Florence, (appelées, d’après un compliment de Michel-Ange, les Portes du Paradis) ; le sujet est “ la Promulgation de la Loi c’est l’ouvrage de Laurent Ghiberti. Au-dessous est un très-beau Modèle d’un grand Plateau ; et une Corne d’ Abondance de marbre, richement ornée, qui a été trouvée dans la Villa Adriana. Plus loin à gauche sont plusieurs Plâtres de Feuillage et d’autres Ornements antiques ; une Frise de marbre du quinzième siècle, richement sculptée ; et deux Bas-reliefs de terre cuite, représentant des allégories du matin et du soir de l’Empire Romain : entre ces ouvrages est un autre Bas-relief de terre cuite, apporté d’Italie par feu Robert Adam. Au-delà de ceux-ci sont divers Plâtres d’après des restes antiques, une partie d’un Pavé en Mosaïque, et un Plâtre d’Hercule et la Chimère.

Sur le mur méridional, parmi de nombreux Plâtres d’ouvrages anciens, sont des Plâtres des Ornements qui se voient sur la Frise du Temple d’Antonin et Faustine.

A l’extrémité orientale de cette partie du Musée il y a deux Urnes Cinéraires et divers Ornements d’ Architecture ; au-dessus du centre est un Plâtre du buste du Chevalier Lawrence. De ce côté du Musée on voit par trois points de vue différents la salle des tableaux, le corridor, et l’escalier par lequel on descend au soubassement.

De l’ouverture, au centre et sous le dôme, une vue d’oiseau dans le soubassement laisse voir le Sarcophage Belzoni, et d’autres objets d’art qui entourent ce superbe monument. Cette ouverture est protégée par la prolongation d’un piédestal élevé au-dessus du niveau du plancher. Sur la corniche de ce piédestal sont des Bustes de marbre de Romains célèbres, entremêlés de Vases antiques d’un dessin et d’une exécution admirables. Du côté oriental est un beau Buste exécuté par le Chevalier Chantrey, Membre de l’Académie Royale des Beaux-

Arts, portant l’inscription suivante : Jean Soane, Ecuyer, Membre de l’Academie Royale des Beaux-Arts ; offert comme un témoignage de respect, par François Chantrey, Sculpteur, 1830. Sous la corniche, sur la surface intérieure du piédestal, on remarque le Devant d’un Sarcophage antique, où est représenté l’Enlèvement de Proserpine ; un Plâtre d’après une frise antique dans le Jardin Médicis, et un autre dun Feston placé entre les pilastres extérieurs du Panthéon.

L enfoncement (5) derrière l’Apollon est éclairé par un abat-jour, et contient le Plâtre dun Chapiteau brisé du Temple de Vesta sur le Tibre, un autre Plâtre d après le Temple de Tivoli ; une partie de la Frise du même Temple ; et d’autres fragments d Architecture. Des deux côtés de la bibliothèque, qui est au centre de la partie occidentale de cet enfoncement, sont placés des Modèles de plâtre de projets de Jean Flaxman, Membre de l’Académie Royale des Beaux-Arts. Sur la droite est la statue de la Foi, surmontée d’un bas-relief de Satan fuyant devant les Anges Gabriel et Ithuriel; sur la gauche est un groupe représentant la Charité, surmonté également d’un bas-relief d’Adam et Eve dans le Paradis.

Les Bibliothèques qui se trouvent dans cet enfoncement, et des deux côtés de l’Apollon, sont composées d’un choix d’ouvrages de prix sur les Beaux-Arts, parmi lesquels sont le Muséum Florentinum, le Muséum Worsleyanum, le Dictionnaire des Peintres et des Graveurs de Pilkington, enluminé, en 26 vols. ; les Résidences Royales de Pyne ; un volume d’Esquisses de Scbeemaker, Roubilliac, et Nollekens; et l’Encyclopédie de Rees.

En montant l’escalier, nous jouissons, au moyen d’une fenêtre dont les vitraux sont peints, de la vue d’un grand et magnifique vase étrusque ; et en entrant dans la colonnade, nous nous apercevons au premier coup-d’œil que nous sommes arrivés au Musée même.

L’étendue de l’espace qui se déploie devant nous, la multiplicité des ouvrages d’art par lesquels nous sommes, en quelque sorte, enveloppés, et l’ingénieuse habileté mise en œuvre pour créer l’espace et obtenir des places avantageuses pour les objets les plus dignes de notre profonde attention, tout nous confirme l’assurance que nous sommes enfin arrivés à cette “ terre promise” vers laquelle tous nos regards se sont portés des differentes parties que nous avons parcourues. Le premier qui doive fixer l’attention est l’Apollon, par le caractère imposant de sa beauté, la grâce et la majesté de son attitude, et la pose dans laquelle il est placé, de même que l’Adam de Milton, “ comme le Dieu de ce nouveau monde.” Ce qui contribue considérablement à faire valoir la beauté remarquable de cette statue et des objets intéressants qui l’entourent, c’est l’ingénieuse distribution de la lumière et des tons qui, s’échappant par des sources inconnues, répandent les teintes les plus débcieuses, produisent les effets les plus magiques dans tout le Musée, et leur communiquent ainsi le seul charme qui manque nécessairement à toute collection de marbres. L’ornement qui couronne l’intérieur du dôme en est une preuve remarquable ; le jour qui vient d’en bas, de manière à lui donner une teinte semblable à la perle, est ménagé avec art ; autrement, dans des circonstances orcbnaires, il eût été dans l’obscurité.

La vie et la couleur sont si étroitement bées, que nous ne saurions les séparer sans perdre l’une des deux. Les sculptures les plus rapprochées de la vie “ que l’Art ait léguées au Temps,” réclament même l’assistance bienveillante des teintes éthérées qui, en les préservant de l’apparence de la mort, révèlent en ebes la vie, la beauté, et l’intelhgence. Un écrivain d’un génie reconnu, qui a profondément étudié ce sujet, parle ainsi de la couleur : “ Nous sentons comme s’il y avait dans la couleur une beauté morale aussi bien que matériebe, une joie inhérente, une intention de la Nature de nous faire partager un plaisir qu’ebe éprouve ebe-même. Les couleurs sont les sourires de la Nature. Quand ebes sont très-riantes, et qu’elles se revêtent d’une autre beauté, ce sont ses rires ; comme dans les fleurs. ‘ Les fleurs riantes,’ dit le poète, et c’est le propre du poète de sentir des vérités bien au-dessus de tout ce que l’on peut prouver. La Nature, dans tous les cas, humainement parlant, est évidemment amoureuse des couleurs, car ebe n’a rien fait sans ebes. Son ciel est bleu, ses champs sont verts, ses eaux varient avec ses atmosphères ; ses animaux, ses plantes, ses

minéraux, tous ont une couleur. '. . La jeune beauté, chez les humains,

en est formée en partie. Un des trois grands arts dont la Providence a orné l’esprit, et par lesquels ebe l’a humanisé, la Peinture, ne saurait exister sans l’amour ni l’imitation de la couleur. Et la magnificence du diadème ne peut trouver ni posséder rien de plus précieux, ni ne peut rien porter avec plus d’orgueil, que

* Fiery opals, sapphires, amethysts,

Jacinths, hard topaz, grass-green emeralds,

Beauteous rubies, sparkling diamonds,

And seld’-seen costly stones, of so great price,

As one of them, indifferently rated,

May serve, in péril of calamity,

To ransom great kings from captivity.’ ”

Cette conception de l’importance de la couleur, comme l’ont exprimée M. Leigb Hunt et Marlowe (notre vieux et admirable poète), a sans doute guidé le Chevalier

Soane, quand il a introduit une lumière colorée dans cet endroit et dans différentes autres parties de sa maison. Il a ainsi fait contribuer la peinture, en tant que couleur, à embellir 1 Architecture et la Sculpture. Les couleurs depuis celle de la primevère la plus tendre jusqu’au jaune d’or, le cramoisi brillant, l’écarlate royal, la verte émeraude, et la pourpre splendide, répandent la richesse de leurs teintes partout où elles sont nécessaires pour donner du ton et de l’éclat à tous ces objets d’art inappréciables, dont l’arrangement si favorablement disposé mérite l’examen le plus scrupuleux.

Sans doute, ces effets admirables varient avec le temps et l’atmosphère ; mais on a si judicieusement disposé les vitraux de couleur, qui reçoivent la réflexion mille fois répétée de miroirs placés avec art, que la monotonie qui pourrait provenir d objets opaques, et à peu près dépourvus de couleur, est complètement évitée, et chaque chose que nous avons devant les yeux est vivifiée par la communication bienveillante de la chaleur et de la lumière. Partout de pareilles combinaisons produiraient des sensations délicieuses ; mais elles doivent particulièrement être appréciées dans ce pays, si nous considérons que bien que le propriétaire ait pu réussir à obtenir les trésors des antiquités égyptiennes, grecques, et romaines, il n’aurait pu ajouter à ce Musée l’air pur ni le ciel ardent des climats si favorisés d’où elles viennent.

Cependant, nous ne saurions porter envie à ces climats fortunés, quand la munificence, l’énergie, et l’habileté, qui se sont réunies pour former ce Musée et en doter le pays, nous donnent la preuve évidente que

Man is the fruit our nobler realms supply,

And soûls are ripened ’neath our northern sky.

En avançant, soit par la colonnade, ou par les ailes parallèles, qui toutes sont richement ornées d’objets d’Art, outre ceux qui sont mentionnés plus haut, nous regardons ces magnifiques urnes cinéraires que l’on aperçoit d’abord de la chambre sépulcrale ; et en nous livrant à leur examen, nous ne savons ce qui doit le plus exciter notre admiration, ou la variété et l’élégance de leurs formes, ou les dessins gracieux et le travail achevé qui en font l’ornement. Plusieurs bustes anciens sont placés çà et là, et tous appartiennent à l’ordre élevé de l’Art, et réclament notre profonde attention : mais il y a une œuvre moderne d’une supériorité si remarquable que non seulement elle commande notre admiration, mais qu’elle nous rend fiers du pays où nous vivons et des chefs-d’œuvre qui l’embellissent.

Le buste du Chevalier Soane, offert par le Chevalier Chantrey, est en soi un objet d’un haut intérêt, non seulement comme étant d’une ressemblance parfaite et une œuvre digne du génie du premier sculpteur vivant, mais comme une preuve de l’amitié et de la haute considération que les hommes véritablement grands éprouvent les uns pour les autres. C est un don fait à la postérité, et un titre à la reconnaissance des générations futures.

En continuant d avancer, nous jouissons de la vue de ce marbre admirable mille fois répété par de nombreuses réflexions, et dans chaque point de vue nous retrouvons la fidélité du portrait et son heureuse expression. Nous recommandons au lecteur l’excellente gravure de ce portrait, et les quatre vues du Musée qui accompagnent le

présent ouvrage. “ Le crayon, par une esquisse habilement tracée des formes, peut parler à l’œil, et la toile peut reproduire les teintes animées de la nature, mais ce n est pas avec des mots que l’on peut se former une idée exacte d’un lieu comme celui-ci.

En quittant ces scènes attachantes, chaque visiteur doit se féliciter lui-même, et féliciter ceux qui viendront après lui, de la durée permanente de cet établissement. D’autres musées ont été dispersés après la mort de leurs fondateurs, ou ont perdu leur existence individuelle par leur réunion au musée national ; mais des fonds pour la conservation et l’entretien de celui-ci ont été si libéralement pourvus, et si sagement assurés, qu’il sera à perpétuité, et par ses propres ressources, une magnifique offrande faite au pays, et une école d’une valeur inestimable, particulièrement pour les

élèves en Architecture.

“ For though, by nature’s liberal bounty bless’cl,

The lire of genius glow within the breast, —

Collateral studies still must fan the flame,

That clearly burning brightens into famé.”

Shee’s Eléments of Art.

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