‹ Description de la maison et du musée situés au nord de la place de Lincoln's Inn Fields, à Londres. Demeure du Chevalier SoaneChapitre 40 sur 45 · LE SALON DU MIDI · texte numérisé non relu

LE SALON DU MIDI

Le plafond est disposé en compartiments en forme de dôme et en surfaces plates, orné de différentes décorations d’Architecture. A l’extrémité orientale sont des Portraits par feu W. Owen, Membre de l’Académie Royale des Beaux- Arts ; et à la partie occidentale on voit une Gravure d’après un portrait exécuté par le Chevalier Lawrence, lequel se trouve dans la salle à manger ; un Portrait de Madame Soane, par Jean Jackson, Membre de l’Académie Royale des Beaux- Arts ; et mes Diplômes de l’Académie Royale comme Membre associé et comme Académicien. Cette extrémité du salon fait un angle obtus avec le côté méridional, et, pour déguiser cette irrégularité, on lui a donné une forme circulaire, au moyen de laquelle on a obtenu un résultat varié et commode.

Selon la construction primitive, cette pièce était éclairée au midi par trois grandes fenêtres ouvrant sur une galerie couverte, de laquelle on embrassait la vue du jardin de la place appelée Lincoln’s Inn Fields, et qui était décorée de Colonnes, de Bustes, et de Statues de personnages célèbres. Cette galerie couverte a été Planche xxxv. depuis fermée, et forme maintenant une Galerie intérieure (33), qui se prolonge dans toute la longueur du salon. Le plafond est disposé en compartiments, et les panneaux sont ornés de Roses d’après l’antique, et d’autres décorations d’Architecture. Entre les ouvertures sont deux enfoncements, dans lesquels sont placés des Plâtres d’après des Candélabres antiques du Musée du Vatican.

Au-dessus de ces ouvertures qui lient ensemble la galerie et le salon, sont des Bas-reliefs d’après l’antique, représentant des emblèmes du Matin et du Soir de la Vie, et d’autres sujets. Les embrasures dans lesquelles les volets étaient placés sont remplies par des bibliothèques contenant un choix d’ouvrages de littérature générale et mêlée, parmi lesquels sont les œuvres complètes de Rousseau, Molière, et De Foé, la Britannia de Camden, et les Médailles sur les principaux Evènements du Règne entier de Louis le Grand, avec des Explications Historiques. Au-dessus de ces bibliothèques sont placés le buste d’un Evêque ; les premières esquisses exécutées pour la statue de marbre du Chevalier Reynolds dans la

Cathédrale de St. Paul; pour la statue de Jean Philippe Kemble, qui est à l’Abbaye de Westminster, et le représente dans le rôle de Caton, tenant à la main le traité de Platon sur l’Immortalité de l’Ame ; pour la statue de Guillaume Pitt ; un modèle terminé, de petite dimension, de la statue de Warren Hastings, laquelle se voit à l’Hôtel de la Compagnie des Indes ; et enfin la première esquisse d’une statue de marbre du Marquis de Hastings, envoyée à Calcutta.

Les fenêtres à chaque extrémité sont ornées d’échantillons d’anciens vitraux peints ; et au-dessous se trouvent des montres d’acajou renfermant la collection des Médailles de Napoléon, autrefois la propriété de l’Impératrice Joséphine. La montre à l’extrémité occidentale contient aussi une Bague de Diamants,

qui me fut remise par le Prince Lieven, de la part de Sa Majesté l’Empereur

de toutes les Russies ; mes Médailles d’ Argent et d’Or de l’Académie Royale, et les Médailles d’Or, d’Argent, et de Bronze qui me furent offertes par les Architectes Anglais, en témoignage de leur approbation de la manière dont j’ai exercé ma profession : elle renferme aussi l’étude originale de cire de la Médaille, que je dois à la bonté du célèbre Médailliste, Guillaume Wyon, Membre de l’Académie Royale des Beaux-Arts ; et le coin dans lequel elles ont été frappées, qui me fut offert par le Comité.

Ce témoignage spontané et extraordinaire des sentiments généreux des Architectes Anglais à mon égard, a fait sur mon esprit une impression si profonde, que je ne puis résister au plaisir d’en rappeler ici quelques détails.

Au mois de Février et Mars 1834, l’avis suivant fut imprimé et répandu dans le public : —

Les services importants qûe M. le Chevalier Soane a rendus à l’Architecture par son exemple personnel pendant la longue période d’une pratique honorablement professée, et par les préceptes contenus dans les cours qu’il a faits devant l’Académie Royale, semblent à plusieurs membres de la Profession réclamer, à la face de toute l’Europe, un témoignage de la haute estime qu’éprouve la Profession en général pour le mérite de cet Architecte distingué ; pour le zèle généreux avec lequel il a formé son riche Musée de fragments et de modèles anciens et modernes, et sa bibliothèque précieuse ; et plus particulièrement pour le noble don qu’il a fait de cette collection à la Nation.

C’est pourquoi on se propose de faire frapper une Médaille, portant sur la face le portrait de M. le Chevalier Soane, d’après le buste bien connu de M. Chantrey, Membre de l’Académie Royale des Beaux-Arts, et sur le revers une partie de son œuvre favorite, la Banque d’Angleterre, entourée d’une inscription analogue.

Les coins seront gravés par M. W. Wyon, Associé de l’Académie Royale des Beaux- Arts, Premier Graveur de la Monnaie Royale. Une empreinte en or sera présentée à M. le Chevalier Soane, une en argent sera envoyée à toutes les Académies de l’Europe et de l’Amérique,* et une en bronze sera remise à chaque souscripteur.

Le Comité nommé pour mettre cette proposition à effet, compte avec confiance sur une liste de souscripteurs, à une guinée chacun, amplement suffisante pour couvrir les dépenses nécessaires dans cette occasion si intéressante, et pour le mettre en état de produire un monument impérissable en l’honneur de M. le Chevalier Soane, et de répandre sa célébrité et la réputation de l’Ecole Anglaise dans tout l’univers.

Le Comité ayant terminé ses arrangements. Mardi, le 24 Mars 1835, fut fixé pour exécuter ses bienveillantes intentions. M. Kay, chargé de me présenter la Médaille au nom du Comité, exposa aux membres assemblés, que Son Altesse Royale le Duc de Sussex leur avait fait l’honneur de leur exprimer, d’une manière très-gracieuse, le regret qu’elle éprouvait de ne pouvoir, à cause de l’état de sa vue, se rendre à leurs désirs et prendre part à cette solennité ; ajoutant que c’était son intention de m’adresser également une lettre. M. Kay, ayant eu connaissance que j’avais reçu cette lettre, demanda la permission de la lire : —

Mon cher Chevalier, Palais de Kensington, le 24 Mars 1835.

Je ne puis laisser passer ce jour sans vous féliciter à l’occasion d’un évènement qui doit être aussi honorable pour vous-même qu’agréable pour vos amis et vos admirateurs, au nombre desquels, j’aime à le croire, je ne suis pas considéré comme un des moins attachés

* Le résultat de l’empreinte en bronze étant considéré comme supérieur à celui de l’empreinte en argent, cette décision fut ensuite changée, et la meilleure empreinte envoyée.

à votre personne. Ayant le bonheur de vous connaître depuis bien des années, personne ne peut mieux que moi rendre pleine justice à votre mérite et à vos droits à la reconnaissance publique. Le don magnifique, fait à la nation, de votre Collection, acquise au prix d’une fortune qui est le fruit de votre propre industrie et de votre économie, ne pourra jamais être oublié tant que l’Angleterre subsistera; et lorsque, pour ajouter encore à cette observation, je me rappelle que vos premiers pas dans la Profession dont vous êtes aujourd’hui un si glorieux ornement, ont été faits sous la protection immédiate de mon Royal et revere 1 ere, je ne puis qu’éprouver le plus vif plaisir de cette nouvelle marque d’estime qu’a l’intention de vous conférer aujourd’hui un corps nombreux des Architectes de la Grande Bretagne.

Ce sont des évènements qui seront consignés dans les annales de notre pays comme des témoignages éclatants et des monuments durables de votre mérite et de votre habileté. Que cette distinction précieuse puisse devenir pour vous le présagé de futurs honneurs, c est mon désir bien sincère, et que vous puissiez conserver la santé et en jouir pendant beaucoup, beaucoup d’années encore, c’est le plus ardent de mes vœux.

Quoique je ne me plaigne pas de la privation de la vue par laquelle il a plu au Tout- Puissant de m’éprouver momentanément, cependant je ne saurais m’empêcher de vous exprimer dans cette lettre le regret que je ressens de ne pouvoir présider une réunion aussi honorable que celle qui s’assemble pour cette occasion, et de ne pouvoir être témoin de la manière affectueuse dont vous serez complimenté aujourd’hui.

Croyez, mon cher Chevalier, à mon admiration vraie et à mes vœux bien sincères,

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