SP E TT
pour retable une peinture représentant l’intérieur de la “rande chôsse avec toutes les reliques rangées dans leur ordre accoutumé, et Saint Louis en prières devant elles. Le saint roi était encore figuré au vitrail, à genoux devant me croix entrelacée d’une couronne d’épines.
Un des actes les plus importants du cérémonial de la consécration d’une église consiste dans l’apposition des croix que le prélat officiant trace, au nombre de douze, sur les murs ou sur les piliers principaux de l'édifice. Nous avons vu, à Notre-Dame de Paris, en 1864, les gradins disposés contre les colonnes &e la nef et de l’abside pour l’accomplissement de ce rite. Dans quelques églises, comme à Saint-Denis, on prétendait que les croix de consécration avaient été tracées de la main de dJésus- Christ lui-même ; ailleurs, on les regardait comme l’œuvre des. anges. Ce fut une grande pensée, dont le treizième siècle paraît avoir le mérite, de faire porter ces croix par les apôtres qui sont les colonnes spirituelles de l’Église du Christ. On en cite d’assez nombreux exemples, notamment à la cathédrale de Troyes, et à Paris, dans cette élésante chapelle de l'ancien collége de Beauvais, que les Dominicains viennent de sauver de la ruine. La plupart du temps, des médaillons sculptés ou peints, contenant des croix simples ou histofiées, étaient fixés aux endroits mêmes où la main du pontife avait appliqué les onctions mystérieuses, pour conserver à jamais la mémoire d’une solennité dont l’anniversaire se célébrait religieusement, avec concessions d’indulgences en faveur des assistants. À la Sainte-Chapelle, les douze croix sont portées par de magnifiques statues d’Apôtres plus grandes que nature, posées chacune sur une console feuillagée et sous un dais à tourelles, avec incrustations de verres de couleur. Les croix ont la forme de monstrances; elles s’ajustent sur un
disque muni de son pied, qui pourrait être exposé comme un reliquaire. Les consoles s’engagent dans les colonnes. atérales, à la hauteur dé la corniche qui surmonte l’ar-. cature. Les statues sont sculptées en pierre de liais ; leurs. vêtements, couverts d'or, de couleur et d’incrustations, imitent les étoffes des plus riches tissus, rehaussées de galons et de picrreries. Le moyen âge n’a jamais produit. de figures d’un caractère plus noble, de draperies plus savamment traitées, de poses mieux étudiées. Au siècle dernier, quelle que fût l’afféterie à la mode, on ne les admirait pas moins qu'aujourd'hui; seulement, on ne pouvait se résoudre, ainsi que nous en trouvons la preuve chez l'historien de la Sainte-Chapelle, à les attribuer à une époque qu’on s'était habitué à flétrir du nom de barbare. Le costume des Apôtres se compose ici, suivant l'usage ordinaire, d’une tunique et d’un manteau. Tous ont le visage barbu, à l’exception de saint Jean. Leurs pieds sont nus, conformément aux traditions de l’iconographie chré= tienne. Saint Pierre se fait reconnaître à sa longue croix et à ses deux grandes clefs. Un Saint Paul moderne tient une énorme épée. Les autres ne paraissent pas avoir jamais
eu d’attributs particuliers. La plupart tiennent un bâton
de leur main restée libre, peut-être en souvenir de la re=.
commandation que leur adressa le Christ, en leur confiant. =
la mission évangélique, de s’en aller un bâton à la main, ne portant avec eux ni bourse ni argent.
Le rang, assigné aux représentations des Apôtres, se détermine le plus souvent par celui qu ils occupent dans le canon de la messe. Lorsqu'ils doivent accompagner l4. Christ, on place saint Pierre, le premier à la droite, saint Paul, le premier à la gauche, saint André, le troisième nommé dans le canon, à côté de saint Pierre, saint Jacques le Majeur, qui vient le quatrième, à côté de saiut
LA
Paul, et ainsi de suite jusqu’au dernier. À la Sainte- Chapelle, on a supposé le Christ au fond de l’abside, saint Pierre tient le premier rang à sa droite, et saint Paul Ja même place à gauche. Les autres n’ayant pas d’insignes, on les a classés sans observer d’ordre particulier,
Après la clôture de la Sainte-Chapelle, les Apôtres, descendus de leurs consoles, furent transportés au Musée des monuments français, où ils servirent longtemps de décoration principale à la salle du quatorzième siècle. Les ouvriers, chargés de les déposer, brisèrent deux figures dont
les débris informes se sont retrouvés sous le dallage vers
1837. Le Musée des monuments français ayant été supprimé, les dix statues de la Sainte-Chapelle furent dispersées. Nous en avons vu longtemps plusieurs, saint Pierre entre autres, dans les chantiers de l’église de Saint- Denis. Un des plus beaux, le quatrième au nord, fut donné à l’église de Créteil, près Paris, où il fut honoré sous le nom de saint Louis. Les missionnaires de France en
«obtinrent quatre pour leur calvaire monumental, du
Mont-Valérien, qui a fait place depuis à une citadelle. Elles étaient parfaitement conservées, et la coloration ancienne n’en avait pas disparu. Pendant quelque temps, elles demeurèrent posées sur des piédestaux à l’entrée de deux chapelles consacrées aux dernières stations du Che-
min de la Croix; mais en 14830, une troupe de ces gens
sans aveu, que tous les partis repoussent, saccagea le Calvaire et brisa les quatre Apôtres. Plus tard , on ne retrouva plus que des tronçons de ces précieuses statues enfouis sous un monceau de fragments de croix et de sculptures. On en peut voir les restes dans le jardin du musée de Cluny.
Pour compléter la série des Apôtres, il a donc été nécessaire de refaire entièrement six statues. li a fallu aussi en
restaurer deux autres. Les artistes qui lesont icipte ne “so
sontservis des moindres débris des figures originales, afin.
de reproduire, autant que possible, ce qui existait autrefois. 0
Des anciennes statues , quatre seulement sont demeurées …
intactes : elles occupent les quatrième et cinquième rangs
de chaque côté de la nef, à partir dela porte d'entrée. La première et la troisième, au nord, sont l’œuvre de M. Geoffroy-Dechaume et de M. Perrey. On doit à M. De-
larue les deux premières au sud, et à M. Perrey la troi=
sième, ainsi que le Saint Paul. M. Pascal à restauré la majeure partie de la seconde au nord, et M. Perrey a. donné une tête neuve à saint Pierre. Nous n’avons pas éru trahirun secret, en mettant les visiteurs à mêmed’apprécier ie talent dont les auteurs des statues nouvelles ont fait
preuve, en luttant sans désavantage avec des chefsd'œuvre. :
Le dallage historié qui recouvre le sol et qui offre l'as
pect du plus somptueux tapis, a été dessiné par MM. Bæswillwald et Steinheil : il se compose de tables de pierre
dure, gravées en creux, où sont incrustés des mastics de
différentes couleurs. De larges bandes le divisent en plusieurs compartiments carrés. Des rinceaux feuillagés cou-. rent sur ces bandes et s’enlacent autour de quatre-feuilles, de cercles, de losanges, qui encadrent des emblèmes hé: raldiques, des oiseaux et des quadrupèdes. Les figures d'animaux, surtout, se distinguent par la justesse de la pose et par la vérité du mouvement. Aux abords de Pabside, sont représentés, d’un côté, les quatre Fleuves du Paradis terrestre, symboles de la grâce divine, et de l'autre; l'Égii se, assise une Coupe à la main, près d'un rocher,
d’où jaillissent, sous forme de sources, les sept Sacre=
ments pour la régénération de l'humanité. * L'ancien maître-autel a disparu depuis longtemps.
Jusqu'ici on s’est contenté d'un autel provisoire pour les rares cérémonies célébrées à la Sainte-Chapelle ; mais bientôt un autel définitif reprendra la place qui lui appar tient au centre de l’abside.
Une arcature ogivale du style le plus fin et le plus élégant, traverse toute l’abside, en arrière de la place réservée à l'autel. Sa disposition est à peu près semblable à celle des anciens jubés ; mais la destination en est toute différente. La travée centrale seule est voûtée, les six autres qui l’accompagnent , trois de chaque côté , ne forment qu’une devanture à jour. L’arcade médiane, plus haute et plus large, donne entrée à une espèce de sacraire qui se termine en absidiole, et qui porte une plate-forme servant autrefois de tribune pour l'exposition des saintes reliques. Dans les écoinçons de ce même are, deux anges, dont l'expression nous semble admirable, étalent leurs longues ailes sur des fonds de verre bleu fleurdelisé d’or. Leurs mains sont jointes, et toute leur attitude respire une ferveur céleste. Une corniche à feuillage couronne cette travée. Les anges tenant les insignes de la Passion, qui sont sculptés sous la courbe de l’arc, ont été rétablis d’après des
traces qui auraient pu aussi bien se rapporter à d'autres
motifs d’ornementation, ils paraissent lourds aujourd’hui et peu en harmonie avec l’ensemble : nous croyons savoir que ce détail fera l’objet d’une nouvelle étude. La voûte centrale, l’arcature latérale, les faisceaux de colonnettes sont enrichis de peintures, d'incrustations de verre et d'ornements gaufrés. Un petit autel , désigné sous le nom d’autel de retro, s'élevait au fond de l’absidiole. Le
mur auquel il s’appuyait, garde les indices bien visibles
d’une peinture représentant le Christ surla croix. Le soleil
et la lune assistent, suivant l’ancien usage , à la mort du
Rédempteur. Au pied de la croix, il y avait plusieurs CE
personnages, dont un, couronne en tête, fut peut-être un
saint Louis. Fi Se Entre l’arcature absidale et celle qui fait le tour de la ”
Chapelle, il existe une différence de style assez sensible. te Les moulures n’ont plus la même vigueur; les colonnettes
prennent plus de finesse; la sculpture est plus recherchée. Cette construction, d’ailleurs charmante, à peu près. unique dans son genre, aura été sans doute érigée quelques années après la mort de saint Louis, peut-être au commencement du règne de Philippe le Bel, au moment où se préparait la canonisation du saint fondateur. L’arcature primitive de la Chapelle à été entaillée, comme il est facile de le constater, pour faire place aux points d'appui de la tribune ; cette opération délicate a été pratiquée avec une Snentiére adresse; on n’a retranché sut . ce qu’il fallait absolument supprimer.
Deux escaliers en bois montent à la plate-forme. Celui qui se trouve posé vers le nord est ancien ; Alexandre . Lenoir l'avait par bonheur recueilli au musée des Petits- Augustins, où il resta près d’un demi-s’ccle adapté à la façade de l’ancien château de Gs1on, qui fait le fond de la première cour à l’École des beaux-arts. L'autre à été refait sur le même dessin. On à pu croire que saint -
Louis avait gravi pieusement ces marches pour montrer …
lui-même au peuple la couronne du Christ, et un tcl souvenir ne pouvait que les rendre plus vénérables. L’é- ‘ude ne dissipe que trop souvent les plus séduisantes . erreurs de l’imagination. [l faut nous résigner à classer la tribune et ses accessoires dans les dernières années. du treizième siècle. Les deux escaliers sont à vis et ren= fermés dans des tourelles à jour. Tout le pourtour est percé d’ogives accompagnées de colonnettes. RE Un baldaquin très-élevé, soutenu par des faisceaux de
DESCRIPTION wU MONUMENT. 4T
colonnes, et ouvert sur ses quatre faces, surmonte la plate-forme. Il abrite un autel en boiserie, décoré d’une arcature. C’est de Là que la grande châsse dominait sur la Chapelle tout entière. Rien n’égalait la splendeur de ce reliquaire, lorsqu'il s’ouvrait à deux battants pour exposer ses trésors, dont les pierreries s’illuminaient à la lueur des cierges et des lampes. Quelques portions de l'autel et du baldaquin s'étaiert conservées ; on a eu soin de les utiliser.
Ïl faut encore remarquer sur les parois de l’abside une magnifique piscine qui servait anciennement aux ablutions dusacrifice de la messe, et des armoires creusées dans la
- pierre pour recevoir des reliques ou d’autres objets précieux. Au-dessus de la piscine sont disposées des tablettes sur lesquelles on posait les vases sacrés. Du côté du nord, il reste de l’ancienne sacrislie une petite salle couverte d'une voûte en berceau cintré ; il y en a une semblable à l’étage inférieur, pour la Chapelle basse; mais elle est voûütée en berceau d’ogive.
Les prières et les hymnes de la consécration d’une église comparent, avec toute la pompe du style oriental, le temple matériel à cette Jérusalem céleste dont la splendeur fut révélée à l’apôtre saint Jean. Tout ce que la nature possède en métaux étincelants ou en pierres précieuses, doit concourir à la construction de l'édifice, depuis les fondements jusqu’au sommet des murs et des tours, et encore cet éclat, quel qu’il soit, s’efface-t-il devant la lumière de l’Agneau qui jaillit du temple pour embraser la cité divine. Îl semble que les décorateurs de la Sainte-Chapelle aient eu devant les yeux le programme écrit dans l’Apocalypse. L'or, la couleur, les émaux, les incrustations les plus brillantes, ont été par leurs mains mis en œuvre avec une habileté merveilleuse. Des
draperies se suspendent aux travées de l’arcature. Des galons, encadrant des emblèmes héraldiques, montent. en spirale autour des colonnes jusqu'aux retombées des voûtes. Un ciel d’or et d’azur enveloppe la nef et le sanc= tuaire. Et cependant la tribune triomphale, dressée pour servir de trône au Sauveur des hommes, surpasse toute. la magnificence qui lenvironne. Qu’était-ce donc à l’époque où la foi exaltait les âmes, et montrait, comme des. trophées de victoire, les insignes sacrés exposés sur lau-. tel aux fils de ceux qui avaient versé leur sang pour délivrer le Calvaire et le Saint-Sépulcre !
Avant de décrire en détail les verrières de la Chapelle aaute, et les dalles funéraires de la Chapelle basse, nous
croyons devoir dire en peu de mots, quels furent au-
trefois les dispositions et l’'ameublement de la Chapelle haute. À la première travée de la nef, à main gauche,
une console, encastrée dans l’arcature, soutenait uneNotre- … à
Dame de Pitié en terre cuite, œuvre très-estimée de Ger= main Pilon. La Vierge était assise, la tête voilée, les mains croisées sur la poitrine, avec une expression de profonde douleur, Cette statue, conservée auMusée des monuments français, se trouve aujourd’hui dans la chapelle de l’École militaire de Saint-Cyr, où il n’est pas facile de la voir. Un jubé, en boiserie sculptée, marquait le terme de la nef, un peu après la seconde travée, il datait du seizième siècle. Les panneaux paraissent en avoir été très-ornés,
d’après la gravure publiée par le chanoine Morand. Un calvaire surmontait l’entrée du chœur. Deux autels s'a=
dossaient au jubé, ayant chacun pour retable un émail de la plus grande beauté, qui fait maintenant partie de
la collection du Louvre. C'est dans la galerie d’Apollon sl qu’il faut aller admirer ces deux chefs-d'œuvre que Léo=
nard Limosin, peintre ordinaire de la chambre éu roi,
signa de ses noms et qualités en 1533. Ils se composent chacun de vingt-trois plaques de couleur, rehaussées de paillons et réunies par des filets qui en dessinent les coniours. Aulour de deux sujets principaux, le Christ en croix et sa Résurection, sont rangés des emblèmes, des armoiries, des initiales ; des anges portant les insignes du salut, plusieurs scènes de la Passion, des évangélistes et des apôtres. Ce qu'ils présentent encore de plus intéessant, ce sont les portraits de François [°' et de sa seconde femme, Éléonore d'Autriche, sœur de Charles- Quint, de Henri IT et de Catherine de Médicis, tous quatre en grand costume de cour, agenouillés sur des coussins devant des prie-Dieu.
Le chœur était garni de stalles en boiserie où se voyaient les chiffres enlacés de Henri IT et de la reine Catherine. Le maître-autel, dont M. Viollet-le-Duc à donné un excellent dessin dans le Dictionnaire d'Architecture, paraissait contemporain de la Chapelle ; c'était une longue table de pierre, bordée de feuillage, qui avait pour appuis, en avant, trois colonettes, en arrière, une dalle posée de champ. Pour mieux laisser à découvert l’autel de retro, érigé au fond de l'absidiole de la tribune, on v’avait donné au premier ni tabernacle, ni gradin. Aux quatre angles de l’espace marqué par les deux degrés de l'autel, Henri ITT avait élevé quatre colonnes de marbre noir portant des anges de bronze.
On remarquait sur l'autel de retro un modèle en vermeil de la Sainte-Chapelle, de 3 ou 4 pieds de proportion, exécuté en 1631, sous la surveillance de la Chambre des comptes, par Pijard, orfévre, garde des Reliques du trésor. La dépense s’éleva à un peu plus de 13,000 livres, Cette pièce passait pour un ouvrage exquis; elle servait de chasse, et contenait une certaine quantité de reliques,
entre autres la discipline de saint Louis, dans une petite boîte en bois, couverte de satin cramoisi et bordée dega- :
lons d’or.
Le chanoine Morand nous apprend que le saint-ciboire, préinairement déposé dans un tabernacle, était ici placé.
dans un ostensoir suspendu, suivant l’ancien usage, à une crosse feuillagée au-dessus de l’autel. Cette suspension se trouvait sans doute à l’autel de retro, car, dans
{a gravure qui accompagne la description publiée par le chanoine, rien n’indique un appareil de ce genre au-des-
sus du maître-autel. Nous ajouterons que, dans plusieurs
de nos cathédrales, on observe encore l'usage de conserver le Saint-Sacrement sur un second autel, en ar-
rière de l’autel majeur où se célébrent les messes solen=.
nelles.
Si l’ameublement de la Sainte-Chapelle, tel que nous
venons de le faire connaître, avait subsisté jusqu'à nous, on n'aurait probablement pas songé à le détruire: mais aujourd’hui qu'il a complétement disparu, on ne s'occupera pas de le rétablir dans les mêmes conditions. L’architecture a repris le Caractère d'unité qui en fait le
plus bel ornement ; tous les efforts des artistes associés, à la restauration tendent à le maintenir dans son inté-
grite.
Verrières de la Chapelle haute.
La Sainte-Chapelle, nous l’avons dit, doit surtout l’ad-
miration qu'elle inspire à l’éclat incomparable des ver-
cières qui remplissent les mille compartiments de ses nn immenses fenêtres. Îl nous reste à présenter, au sujet de ces vitraux, quelques renseignements historiques et à
indiquer la suite des sujets qui s’y développent.
Dans ses deux chartes, données à Paris et à Aigues
DESCRIPTIGR vu =ONUMENT, 51
Mortes, en 1245 et en 1248, saint Louis eut soin de pourvoir à l'entretien des vitraux. [Il ordonna que le produit des offrandes reçues par les prêtres à l’autel fût employé à la réfection et à la réparation des verrières, autant qu’il en serait besoin pour qu’elles fussent maintenues en bon état. En cas d'insuffisance, les fonds néces- «aires devaient être prélevés sur le Trésor royal, déposé « Paris en la tour du Temple.
Un des principaux devoirs du chevecier de la Sainte- Chapelle consistait à veiller à l’entretien de la maçonnerie et du vitrage. Îl était chargé des réparations de peu d'importance ; les autres étaientexécutées par les maîtres des œuvres du roi. |
Le 4 décembre 1483, Charles VIIT octroya au collége de la Sainte-Chapelle, les fruits, profits, émoluments et revenus quelconques provenant des régales par tout le royaume, pour les convertir, moitié au service divin, et moitié aux réparations, notamment à celle des verrières. Deux ans après, en 1485, on trouve Jean Racine, procureur en la Chambre des comptes, préposé au contrôle des quittances des travaux en cours d'exécution à la Sainte-Chapelle. C’est alors sans doute qu’on refaisait la rose occidentale et qu’on la garnissait de verrières nouvelles.
L’art de la peinture sur verre ne tarda pas à déchoir. Quoi qu'en ait dit Pierre Levieil dans son Traité spécial sur cette matière, la restauration confiée, en 1765, à Guillaume Brice, maître verrier de Paris, n’a pas été profitable aux vitraux de la Sainte-Chapelle. Brice ne se contenta point de les remettre en plomb; il voulut suppléer aux lacunes, et Levieil prétend qu’il rassortit avec goût, par forme de continuité, une partie très-étendue d’un des grands vitraux, muréc depuis ‘ongtemps, sans rien dépa-
rer de l'ordre ancien. Le vitrail, plus endommagé u autres, était celui de la première fenêtre au nor UrguE y avait été adossé avant la coustruction de qui existait, en dernier lieu, au-dessus de la grand. porte. On a trouvé dans cette fenêtre, plusieurs pa neaux antérieurs à la date de la Sainte-Chapelle; B: s’en était probablement servi pour remplir quelques vides Sur d'autres points, on avait raccomimnodé les panneau: détériorés avec des morceaux étrangers qui ne s'y rapportaient en aucune manière ; 1l en était résulté Les confusions les plus bizarres. Parmi les panneaux entièrement refaits au dix-huitième siècle, nous en. pourri citer un de l’histoire de Tobie, qu’on aurait pt conser ve comme un échantillon vraiment grotesque de la manière dont l’art du moyen âge était alors compris. + À l’époque des mauvais jours de la Sainte-Chapelle on supprima environ deux mètres de vitrage dans tout il pourtour de l’édifice, et les compartiments dépouillé furent murés avec du plâtre, jusqu'à la hauteur que d vaient atteindre les casiers de bois destinés aux archi judiciaires. Îl paraît qu’un vitrier de la petite rue Sainte 4 Anne-du-Palais se rendit acquéreur d’une certaine quai tité de ces vitraux qui, depuis, ont été vraiment ré her
bouleversés, de reconnaître l'ordonnance particulière dé chacune des rerrières, et de pp poste les no de cor 2:
dans toute la hauteur de l’édifice, pour parvenir d’étage
en étage jusqu’au sommet des baies.
Le moment arrivé de passer à l'exécution, le gouvernement ouvrit un concours auquel tous les peintres verriers furent appelés, et confia à une commission le soin de prononcer le jugement. Henri Gérente, un des artistes qui avaient le plus contribué à remettre en honneur la peinture sur verre, fu ciassé le premier. La mort ne lui laissa pas le temps de commencer. La mission, qu’il avait obtenue seul, fut partagée entre M. Steinheil, pour la partie graphique, et M. Lusson, pour la fabrication. Nous ne croyons pas que jamais restauration plus difficile ait réussi d’une manière aussi complète. Les moindres parcelles des verrières anciennes ont été scrupuleusement conservées ; aucune recherche n’a été épargnée pour retrouver le sens de chacun de ces innombrables panneaux, et pour compléter les séries interrompues ; on n’a pas admis un morceau de verre sans en avoir soigneusement examiné la substance et la coloration. Nous qui avons vu à l’œuvre les deux auteurs de cet immense travail, nous ne saurions donner assez d’éloges à leur persévérance, ni proclamer trop haut leur succès.
Au moment de la première Exposition universelle de Paris, en 1855, les quinze verrières de la nef et de l’abside étaient entièrement restaurées. Îl ne restait plus à réparer que la rose occidentale. Les verrières du pourtour de la Chapelle appartiennent au treizième siècle. Les vitraux de la rose sont un ouvrage très-remarquable de la fin du quinzième. Aucun document n’a fait arriver jusqu’à nous les noms des artistes qui ont vitré la Sainte-Chapelle, Nous pouvons croire qu’ils travaillaient dans leurs ateliers en même temps que Pierre de Montereau élevait l'édifice, et que la décoration se trouva complète pour le jour de
la consécration. Il fallait que les fabriques de vitraux peints eussent alors une prodigieuse activité pour satis= faire, en si peu de temps, à des commandes aussi con= sidérables. Lorsqu'on examine en détail les vitraux de la Sainte-Chapelle, on s'aperçoit bien que les cartons n’ont
pas tous été dessinés par la même main; mais les diffé- -
rences partielles n’altèrent en rien l'unité du style et l'harmonie générale. Ce ne sont que des nuances légères qui se perdent dans l’ensemble.
L’Ancien Testament remplit sept verrières de la nef et
quatre de l’abside; le Nouveau Testament n’en occupe
que trois au fond de l’abside; la dernière de la nef retracel/histoire de la translation des Saintes Reliques; l’Anocalypse se développe tout entière dans les zones circulaires de la rose occidentale.
Première fenêtre de la nef au nord. — Quatre-vingtonze sujets. La Genèse. Création du monde en six jours. Création de l’homme et de la femme. Les animaux passent devant Adam qui leur impose leurs noms. Le péché originel. L’expulsion du Paradis. Le travail. Abel et Caïn.
Meurtre d'Abel. Invention des arts et des métiers. Mort
de Caïn. Le déluge et l’histoire de Noé. La tour de Babel. Vocation d'Abraham. Melchisédech. La destruction de Sodome. La naissance, le sacrifice, le mariage d'Isaac.
L'histoire de Jacob et de Joseph. Jacob et ses fils reçus en
Egypte par Pharaon. L'histoire de Jacob se termine dans.
la rose de la baie suivante.
Deuxième fenêtre. — Cent vingt-un sujets. L’Exode.
Histoire de Moïse. Le buisson ardent. Moïse et Aaron … devant Pharaon. Les plaies d'Egypte. La Pâque. Le pas-
sage de la mer Rouge. Les Israélites dans le désert. La
manne et l’eau du Rocher. Combats. Le mont Sinaï. Le.
veau d'or. Les offrandes du peuple. Construction du Tabernacle. Sacre d'Aaron.
Troisième fenêtre. — Quatre-vingt-dix-sept sujets. Le livre des Nombres. Les Princes des tribus assis sur des trônes et portant les insignes de l'autorité suprême. Offrandes du peuple. Conséeration des Lévites et du Tabernacle. L’Arche d’alliance. Rébellions et châtinents du Peuple de Dieu. Floraison de la verge d’Aaron. Mori d’Aaron. Le Serpent d’airain. Balaam. Élection de dosué. Cérémonies légales.
Quatrième fenêtre. — Soixante-cinq sujets. Le Deuiéronome. Nouvelle promulgation de la Loi. Derniers actes de Moïse; sa mort et son ensevelissement. Combats et victoires sous la conduite de Josué. Passage du Jourdain. Chute de Jéricho. Le soleil arrêté; prises de villes et supplices de rois. Mort de Josué. Dans les roses du tympan, histoire de Noëmi, de Ruth et de Booz.
Cinquième fenêtre, première de l'abside. — Trentedeux sujets. Les Juges. Aod et Débora. Défaite des Moabites. Mort de Sisara. Victoires et mort de Gédéon; Abimélech. La fille de Jephté. Samson, ses travaux, son mariage, Sa captivité, sa vengeance et sa mort.
Sixième fenêtre. — Dans la première division de la fenêtre, les prophéties, l’histoire et le supplice d’Isaïe e: vingt-quatre sujets. Dans la seconde, l’Arbre généalogique du Christ, l’'Arbre de Jessé, tel qu'il a été révélé au même prophète. Un des panneaux représente Îsaie reprochan: au peuple l’adoration des divinités étrangères. Pour mieux personnifier l’idolâtrie, le verrier du ireizième siècle à placé le moins idolâtre des législateurs, Mahomet, à genoux devant une idole d’or élevée sur un autel, et tenant une coupe à la main. Le nom du fondateur de l’islamisme es tracé à côté du personnage en caractères de l’époque, el
l'orthographe en est absolument semblable à celle queje
viens d'employer, suivant notre manière de dépaturerdes noms ‘étrangers. Différentes visions d'Isaïe, Les Jastes | marchent à la lumière du Seigmeur. La vigne stérile est.
arrachée; le Seigneur se construit un pressoir. Le mys=
tère de l’Incarnation est manifesté au prophète. Les sol= dats de Manassès s'emparent d’Isaïe et lui déchirent le …
COrps avec une scie.
L’Arbre de la généalogie sort du flanc de Jessé. Quatorze rois sont assis entre les rameaux. David se reconnaît à sa harpe, et Salomon à sa jeunesse. La Vierge paraît audessus de ses ancêtres royaux. La branche la plus élevée porte le Christ adoré par deux anges ; sa main droite bé-
nit; la gauche s’appuie sur un livre fermé et tient une
petite croix d’or; autour de sa tête rayonnent sept blanches colombes, emblèmes des dons de l’Esprit-Saint. Trente-quatre patriarches et prophètes s’étagent dans les bordures, et d’autres se montrent dans le tympan. Septième fenêtre. — Trente-deux sujets. La légende de
saint Jean l'Évangéliste et la vie de la Vierge se parta-
gent les deux divisions de la fenêtre. Supplice de saint
Jean à Rome, devant la porte Latine. Son exil à Pathmos. ï Résurrection de Drusiana. Miracles des feuilles d’or chan |
gées en cailloux, de la coupe empoisonnée, des cadavres
ressuscités par le contact de la tunique du saint apôtre. |
Saint Jean annonce sa mort; son sépulcre.
Présentation de Marie au temple. Annonciation. Visitation. Naissance de Jésus. Adoration des bergers et des
mages. Circoncision, Massacre des Innocents. Fuite en :: :
Égypte. La chute des idoles.
Huitième fenétre. —Cinquante-sept sujets. Les diverses.
scènes de la Passion étaient ici parfaitement à leur place; un peu en arrière de la grande châsse qui reufermait la
# La
+: A, Salmon imp, Leon Gaucherel se.
ANGEF
LIBRAKY GF TRE
URIVERSITY OF ILLINOIS
couronne d’épines, le bois de la croix, le fer de la lance et d’autres insignes de la Rédemption. Après la Sépulture, la Résurrection et les Apparitions qui Font suivie. Dans les panneaux les plus élevés, le Christ en sa gloire, au milieu du chœur des apôtres et des anges.
Neuvième fenêtre. — Trente sujets, dont une moitié pour saint Jean-Baptiste et l'autre pour le prophète Daniel.
Naissance et Prédication de Jean. Baptême de Jésus. Jean rend témoignage de la mission du Christ. Il réprimande Hérode ; sa captivité; sa décollation.
Daniel dévoile les fourberies des mages. Songe et métamorphose du roi Nabuchodonosor. Festin et mort de Balthazar. Daniel exposé aux lions. Le songe du bouc ei du bélier, Révélation par l’ange Gabriel du temps marqué pour la venue du Messie,
Dixième fenêtre.— Trente sujets. Actions et prophéties d'Ézéchiel. Vision de la gloire de Dieu. Idolâtrie, abominations du peuple. Le prophète se charge de chaînes; il se rase la tête ; il trace sur une brique le plan de Jérusalem; il est enlevé par les cheveux. Promesse du David de la nouvelle Alliance. Parabole de la Vigne et des Raisins verts. Le Temple nouveau ; la Jérusalem céleste.
Onxième fenêtre. — Quinze sujets de l’histoire de Jérénie, et autant du livre de Tobie.
Vocation de Jérémie. Ses visions ; ses actions symboliques. Le roi Sédécias le fait mettre en prison. Jérémie dicte à Baruch les paroles de Dieu. Il voit le Seigneur armé d’un glaive pour châtier l’idolâtrie. Le Seigneur présente à la fille de Juda la coupe de sa colère. Le Seigneur à tendu Parc et tiré le glaive pour disperser 5es ennemis. Destruction de Jérusalem : les bêtes sauvages à
tête de femme habitent sur ses débris; le pleure
sur les ruines de la cité sainte.
OEuvres pieuses et charité de Tobie ; ses Emigra to ; naissance de son fils ; il devient aveugle. Voyage du jeuné:
Tobie, en compagnie de l’ange Raphaël. L'ange lui or-
donne de prendre lé fiel d’un poisson pour rendre la vue
au père. Le jeune Tobie arrive chez Raguel dont il épouses. il
la fille Sara; il part pour retourner auprès de ses pa rents.
Douxième fenêtre. — Soïxante-trois sujets, dont quarante tirés du livre dé Judith et les autres de celui de Job. |
Les soldats d’'Holoferne dévastent la Judée; ils coupent | |
les moissons ; ils enlèvent les troupeaux. Les Juifs ac-
courent avec des présents et des instruments de musique au devant du vainqueur, dans l'espoir de l’apaiser. Achior s'expose à la mort pour sauver le peuple. Holoferne as-
siége Béthulie et met des gardes aux fontaines voisines. |:
Judith annonce son projet aux anciens. Elle demande à Dieu de pouvoir tromper Holoferne. Une inscription du
treizième siècle explique ce sujet, cà prie ivdit dev que le puist enginier. On lit un peu plus loin : Ci est venve ivdit 1 a oloferne et si sacointe a li. Judith prend un bains ellé |: se pare ; elle enivre Holoferne; elle lui tranche la tête. Lt Cette tête est exposée sur les murs de la ville. Judith ést clorifiée ; elle meurt pleurée par le PEupIEs ci plevre {a :
mort,
Job sacrifie au Seigneur. Le démon est autorisé à lu
tenter. Enlèvement de ses troupeaux; incendie de ses tables ; mort de ses enfants. Sa femme et ses amis in-
sultent à sa détresse. Nouvelle prospérité de Job ; Dieu ne
rend plus qu’il n'avait perdu.
Treisième fenêtre. — Gent vingt panneaux, don“ ïes