‹ Description de la varicelle qui a régné épidémiquement et conjoinement avec la variole, dans la ville de Millau (Aveyron) en 1817Chapitre 3 sur 4 · La forme générale de l’exanthème · texte numérisé non relu

La forme générale de l’exanthème

3. ° Deux périodes fébriles distinctes et faciles à reconnaître ;

4. ° Une certaine odeur qui , pour un odorat exercé , suffirait seule pour faire reconnaître cette maladie.

Cette fièvre exanthématique , se montrant sous les grands traits qui la caractérisent, se compose,

suiv'ant les bons écrivains en médecine , lor^-« qu’elle est bénigne , de trois jours de fièvre dite d’incubation, de trois jours d’éruption, de trois jours de suppuration et de trois jours de dessiccation, c’est-à-dire , de douze jours du moment que commence la maladie jusqu’à l’entière dessiccation. La maladie d’Émile R n’a duré

que neufîjipurs pour arriver d’un point à l’autre; elle n’a donc pas eu la durée ordinaire de la variole bénigne , quoique les prodromes de la maladie aient été ceux d’une fièvre grave , et que l’éruption ait été très-abondante.

Les boutons de la variole varient bien en grosseur, même lorsqu’elle est bénigne, mais ils sont toujours de forme régulière, c’est-àdire , parfaitement ronds, relevés sur les bords et aplatis dans leur centre ; la matière qu’ils produisent est toujours du vrai pus bien élaboré. Les boutons d’Émile R...., étaient pour la plupart pointus , et le petit nombre de ceux qui ne l’étaient pas n’ont produit qu’une lymphe épaissie ou un peu de matière puriforme. Il n’y a donc pas de ressemblance exacte entre les boutons de la variole et ceux d’Émile R

Dans les petites-véroles bénignes , la fièvre, dite d’incubation , cesse ordinairement le 3.® jour; et vers le G.e, celle dite de suppuration commence , indiquant , par le gonflement des boutons , et l’enflure de la figure et des extré-

inités , le nouveau travail des organes pour se délivrer du virus qui , du torrent de la circulation , est principalement poussé à la périphérie. Chez Émile R il n'y a eu qu’une

fièvre qui a duré cinq jours sans cesser, mais toujours en diminuant. Il n’y a pas eu d’enflure , et les boutons ont blanchi et séché sans nouveau travail, comme cela a lieu dans les varicelles. On n’observa pas non plus l’odeur variolique.

On voit donc que les caractères principaux de la variole ont manqué dans cet exemple , qui a été cependant le plus remarquable dans l’épidémie , soit par les traits de la maladie , soit par la certitude que le sujet avait eu une vaccine régulière.

J’ai fait une expérience pour me convaincre encore mieux de la pâture de ce virus. J’en pris sur du verre , et je l’inoculai aux bras d’une fille âgée de six mois, saine et grasse, qui n’avait eu ni la petite-vérole ni la vaccine , et qu’on ne laissait pas sortir dans la crainte quelle ne prît la variole naturelle. Je fis quatre incisions ; l’infection générale se fit reconnaître , le 6.® jour seulement , par un peu de lièvre et beaucoup d’inquiétude. Ce jour-là les incisions avaient , depuis deux jours seulement , formé chacune un bouton irrégulier et très-aplati ; le 8,® jour, la fièvre avait cessé.

l’enfant tetalt bien ; il n’était presque pas inquiet. Les boutons des piqûres s’étaient étendus , ils commençaient à blanchir , mais leur forme était toujours irrégulière ; il y eut éruption ce jour-là d’une cinquantaine de petits * boutons rouges , pointus , presque tous sur les cuisses ; le 9.® , les boutons des piqûres furent comme la veille , à l’exception qu’ils avaient une aréole irrégulière et très-animée. Un phénomène qui faisait distinguer les boutons des. piqûres , de ceux qui se forment par l’inoculation , c’est qu’ils étaient tellement aplatis qu’ils ne surmontaient pas la peau; on aurait dit , au premier abord , qu’ils étaient caves au lieu d’être relevés. Les boutons de l’éruption avaient déjà pâli; la plupart étaient pointus et aqueux ; aucun ne grossit , ne s’arrondit et n’eut le bord relevé. Le jo.® jour de l’inoculation , 4*® jour de la fièvre , les boutons des piqûres étaient blancs ; il ne sortit , en les crevant , qu’une matière séreuse ; le bouton en entier ne faisait qu’une seule vessie; l’aréole avait pâli. Les boutons de l’éruption qui étaient pointus , s’étaient séchés sans donner de la matière. Je crevai les huit ou dix qui étaient devenus comme de grosses lentilles ; ils étaient plteins de lymphe claire ; aucun ne fournit du pus. Le 11.® jour de l’inoculation, 5.® de la fièvre , les boutons des piqûres , ainsi

que presque tous les autres , étaient croûteux ; les croûtes de ceux de l’éruption étaient petites , irrégulières , luisantes et friables. Le 12.® jour de l’inoculation , 6.® de la fièvre, les croûtes étaient presque toutes tombées.

On voit que la marche de cette fièvre éruptive fut plus courte que celle d’Émile R

et que les symptômes furent à peu .près les mômes. Il ne se passa que sept jours de la fièvre d’incubation à la chute des croûtes. Cette fièvre parut plutôt que ne le fait celle de la petitevérole inoculée. Il n’y eut que deux jours de fièvre , et les boutons présentèrent la même irrégularité que ceux d’Émile. On ne peut donc douter que, dans l’un et l’autre cas , il n’y a pas eu petite-vérole. Je pris sur du verre le peu de matière que je pus recueillir de ces boutons , dans l’espoir d’avoir occasion de renouveler l’expérience , pour m’assurer si celte éruption aurait conservé, en se reproduisant plusieurs fois , l’irrégularité qu’elle avait conservée à sa première reproduction ; mais il ne me fut pas possible de l’employer , tant les opinions de M. Pougenq avaient alarmé le public : personne ne voulut plus ni faire vacciner , ni même faire inoculer , dans la crainte , disait-on , que la petite-vérole naturelle ne fût déjà dans le corps, idrs de la vaccination ou de l’inoculation.

Cette expérience fait cependant naître une

question qu’il importe de résoudre. La varicelle epidérnique ne présentant pas , en général , des irrégularités comme oelles d’Émile R , com-

ment se fait-il qu’elle se soit reproduite par l’inoculation avec la mêtne irrégularité ? Je conviens d’avance qu’il est difficile d’expliquer ce phénomène ; je vais cependant l’essayer. Tous les praticiens savent que la varicelle est susceptible de se reproduire par l’inoculation , et que plusieurs médecins distingués l’ont pratiquée avec succès. Cela eut lieu à Montpellier, en i8i6. L’histoire des épidémies de variole nous prouve que cette maladie a été souvent observée dans un même lieu , très-bénigne une année , et meurtrière l’année d’après , quoique , pendant ces deux années, toutes les circonstances locales eussent été les mêmes. On a dû donc reconnaître pour cause de cette différence, les qualités et les variations de l’air atmosphérique. On a aussi remarqué que , lorsque la petite-vérole règne épidémiquement, elle est presque toujours accompagnée de la varicelle , et que celle-ci est aussi d’autant moins bénigne que la petite-vérole est maligne. N’a - t - on pas lieu de croire, d’après cela , que l’irrégularité de la varicelle dépend des vices de l’atmosphère , qui ont déjà prédisposé non - seulement les individus qui sont atteints spontanément de cette fièvre , mais encore ceux à qui on inocule le virus.

La petite-vérole qui a été épidémique à Millau, en 1817 , fut pernicieuse. D’après un recensement très Wtexact fait par ordre de la municipalité, dont je suis obligé de me servir (i), sur aqo individus atteints de celte fièvre, 55 en périrent, presque autant furent , et plusieurs perdirent la vue ou devinrent infirmes. Cette mortalité est sans doute bien grande, puisqu’elle fait plus du cinquième. On doit cependant reconnaître ici les bienfaits de la vaccine : d’après un calcul fort simple , on peut , sans craindre d’exagérer , dire que le nombre

(1) DeuK jeunes-gens, dont l’un se disait l’élève de M. le docteur Pougenq , et l’autre venait de se faire recevoir au jury dépai leinental , furent clxargés par la municipalité, en janvier i8iS , de faire le recensement des individus qui avaient été atteints de la petitevérole. Le tableau qu’ils firent ne portait aucun renseignement sur le caractère ni sur la durée des exanthèmes. Il ne fut pris aucune information à ce sujet; on n’y parle pas du tout de la varicelle. Un grand nombre d’individus vaccinés , qui eurent une varicelle très-légère , y sont portés comme ayant été atteints de la variole. Plusieurs non vaccinés , que j’ai traités moi-même de la variole, y figurent comme vaccinés. Il serait malheureux qu’on eût envoyé ce tableau an Gouvernement. Lorsque l’autorité veut connaître quelque fait important relatif à la science médicale , elle doit s’adresser toujours à des médecins dont l’expérience et les connaissances l’assurent d’avance qu’elle ne sera pas trompée.

d’individus, depuis la naissance jusqu’à i5 ans, fait le quart d’une population entière. Millau ayant 8,000 âmes , il y avt^lt donc, à l’époque de l’épidémie variolique, au moins 2,000 individus de la jusqu’à la i5.® année. J’ai été informé que la petite-vérole n’a paru, dans cette ville, que deux ou trois fois depuis 1 5 ans, et elle a atteint si peu d’individus qu’on ne l’a pas reconnue épidémique. Depuis i5 ans aussi , la vaccine est généralement pratiquée en France, et l’a été de plus en plus tous les ans à Millau, et l’inoculation ne l’a presque pas été. Maintenant , si la petite-vérole a régné épidémiquement à l’hôpital et dans toute la ville, et que sa malignité ait été au point de détruire près du cinquième des individus qu’elle a frappés; comment se fait-il qu’elle n’ait atteint que 290 individus sur à peu près 2,000. On ne peut, il me semble , l’expliquer, qu’en distrayant 290 de 2,000 , et disant que ce qui reste , c’est-à-dire, 1,710 avaient été presque tous vaccinés, et qu’ils ont été aussi inaccessibles au virus variolique que l’étaient les inoculés avant la découverte de la vacbine , lors des grandes épidémies de variole.

J’ai dit plus haut qu’il y avait eu autres deux exemples très-frappans de varicelle irrégulière :

c’est celui de M.^-® Philippine G , âgée de 16

^ns , vaccinée à 5 ans , ayant les cicatrices de

la vaccine, et de M. Émile V , âgé de 19 ans,

inoculé de la petite-vérole avec succès , dans les premières années de son âge. D’après ce que j’ai vu et noté moi-même, la maladie de ces deux sujets présenta les mêmes symptômes et la même marche que celle d’Emile R L’érup-

tion fut très - irrégulière et abondante ; on aperçut, le 3.® jour de l’éruption, sur-tout chez

M. Émile Y , une quantité infinie de petits

boutons pointus qui ne suppurèrent pas, et qui furent secs du 7.® au 8.® jour. La durée de la maladie , chez ces deux personnes , no fut pas plus longue que celle d’Emile R

Ce furent sans doute ces trois cas et trèspeu d’autres moins marquons de varicelle irrégulière, qui induisirent en erreur mon honorable confrère M. Pougenq, et le décidèrent à recueillir dans la ville un certain nombre d’observations analogues , pour appuyer l’opinion qu’il a émise dans sa brochure qui porte le titre suivant : Petite-çérole chez plus de deux cents indiçidus vaccinés , observée à Millau^ en 1817.

Il m’est pénible d’avoir à montrer que la plupart des faits que cite mon confrère sont exagérés ou altérés. Je déclare que, s’il ne s’agissait pas d’un objet aussi important et qui intéresse autant la science que la société, j’aurais gardé ie silence sur cette brochure, laissant au temps

le soin de la faire apprécier ; mais il est question d’une des découvertes les plus précieuses pour l’humanité ; celte découverte compte déjà plusieurs millions de faits en sa faveur; il n’y en a pas cent de bien avérés qui lui soient contraires, et néanmoins, pendant peut-être une génération encore, il sera nécessaire qu’on prenne sa défense lorsque quelque nouveau V aume s’élèvera contre elle ; non qu’elle ait jamais à craindre que la nature la démente , mais parce que l’ignorance, toujours crédule, s’alarme , se prévient facilement , et tend toujours à empêcher, autant que possible , que le bien ne se fasse.

J’ai cité un recensement général des individus qui avaient été atteints de la variole en 1817, fait par ordre de la municipalité , et j’ai fait remarquer qu’il n’est pas exact: en effet, on y trouve porté , en sus des 290 enfans non vaccinés atteints de la variole, 120 autres atteints aussi de cette fièvre , quoique ayant eu la vaccine. J’assure , et on peut m’en croire , qu’en lisant ce travail, j’y ai reconnu plus de soixante sujets portés parmi les vaccinés atteints de la variole , qui n’avaient eu qu’une varicelle si légère , que, le 5.® ou 6.® jour à compter de l’invasion de la fièvre , les boutons , qui étaient presque toujours aqueux , étaient secs , et que chez la plupart les prodromes n’avaient été

que de 24 heures de fièvre et un peu de cépha lalgie, sans autres symptômes. J’y en ai trouvé au moins douze qui avaient été reconnus n’avoir pas eu la vaccine régulière*, deux qui avaient éprouvé l’inoculation variolique , et six qui n’avaient été ni inoculés iii vaccinés. Je crois itmtile de citer les sujets ; plusieurs se trouvent nommés dans le 6.® rapport au comité de vaccine de Millau , fait par M. Besmonts , secrétaire de ce comité (1).

Quoique, comme on le voit, le recensement susnommé s’écarte beaucoup de la vérité, je veux supposer qu’il soit exact; si on n’y porte que 120 vaccinés atteints de la petite-vérole, pourquoi M. Pougenq annonce-t-il qu’il y en a eu plus de 200 ? Les faits que rapporte mon honorable confrère , parlent eux-mêmes contre lui ; je vais tâcher de le prouver.

Pour éviter l’ennui que produit la citation de beaucoup d’histoires de maladies , au lieu de

(i) Ce rapport a été imprimé. M. Desmonls avait un grand avantage sur M. Pougenq , lors de l’e'pidémie: c’est qu’il voyait la plupart des sujets atteints de l’un ou de l’autre exanthème, comme médecin , au lieu que M. Pougenq était souvent obligé de s’en rapporter à ce que le peuple lui disait. D’ailleurs , ainsi que je l’ai déjà observé, la maladie grave qu’il essuya du temps de l’épidémie , le priva de l’avantage de l’observer luimême jusqu’à sa fin , et l’obligea à s’en rapporter à son jeune élève.

rapporter ici celles que cite M. Pougenq, je me bornerai à en faire un résumé.

Cinquante vaccinés figurent dans sa brochure comme ayant été atteints de la petite-vérole ; ils y sont classée par numéros , et M. Pougenq rapporte seulement l’histoire de 25. Comme il dit qu’une des fortes preuves de l’identité de cette fièvre exanthématique , avec la variole , a été le temps de sa durée , j’ai compté les jours de la maladie , comme il les a décrits lui-même, et je trouve qu’en calculant la durée de la maladie , depuis son invasion jusqu’au premier jour de la dessiccation , chez un des 20 individus cette durée n’a été que de 4 jours ; chez deux elle a été de 5 ; chez quatre elle a été de 6 ; chez douze de 7 , et chez six enfin de 8. D’après cet exposé , la durée moyenne de la maladie ne serait pas même de sept jours ; cependant, selon ce que rapporte mon honorable confrère , les prodromes , dans la plupart des cas qu’il cite , furent aussi violens que ceux qu’on observe ordinairement dans le début des varioles de mauvais caractère , ou du moins dans celles qui laissent distinguer les quatre périodes , dont chacune dure à peu près trois jours. M. Pougenq cite bien , pour soutenir les faits qu’il avance , des auteurs dignes de foi , mais il ne paraît pas s’être aperçu qu’il donne des armes pour le combattre, puisque San-

vages , Sydenham, Lieutaud , Tissot et Yitet, dont il rapporte les propres expressions , disent tous que , dans les petites-véroles bénignes , la suppuration commence le 7.® jour; cependant ^ ce jour-là, c’est la dessiccation au contraire qui a commencé chez la plupart des individus donnés en exemple par mon honorable confrère.

J’ai déjà observé que , chez aucun des vaccinés atteints de la varicelle , que M. Pougenq a prise pour la variole , je n’avais observé du pus bien élaboré , et ressemblant à celui que l’on voit constamment dans la variole bénigne. Je trouve dans mes notes que j’ai vu la plupart des individus ci-dessus cités , et je dis la vérité en attestant que chez aucun je n’ai observé , comme le dit ce médecin , des boutons gros comme des pois , déprimés au centre et remplis de vrai pus. Je vois même par le narré que fait M. Pougenq , qu’il n’a observé lui-même , chez la plupart, que des boutons pointus , et que chez plusieurs l’éruption séchait sans suppuration. J’observe , en passant, qu’il est vrai que je vaccinai, il y a i4 ans et noii 12 , comme le dit M. Pougenq, le n.° 20. Je vaccinai aussi à cette époque le n.® 21, le 3g et le 4o , comme je le trouve dans mes notes, et chez tous la vacpine fut régulière. Lorsqu’ils furent atteints de la varigelle , je fus les examiner ; je suivis la marche

de la maladie, et je trouve noté que les boutons du n.° 20 sortirent le malin du 2.® jour de la lièvre, et d’abord à la figure; que le 3.® jour il Y en eut dans tout le corps ; que le 5.® ils étaient tous pointus , quelques-uns aqueux , la plupart très-petits , qu’ils séchaient presque tous sans produire de la matière , et que la durée de la maladie ne fut que de six jours , à compter de l’invasion jusqu’à la dessiccation. M. Pougenq ne vit , sans doute , pas aussi souvent que moi cet individu; c’est du moins ce que me rapporta sa mère ; aussi il ne fait commencer la dessiccation que le 7.® jour , et la fait durer jusqu’au 12.®, observant cependant que la chute des croûtes ne laissait pas apercevoir des cicatrices. Le n.° 21 présenta ^les mêmes phénomènes que le n.° 20 , et la varicelle des n.°® 89 et 4.0 fut infiniment plus légère: le n.® 4° n’eut presque pas de fièvre, et je ne comptai que 5 à 6 petits boutons pointus qui séchèrent le 5.® jour.

Pour prouver l’identité de la varicelle dont il est ici question avec la variole, mon honorable confrère observe que l’éruption n’est pas toujours un caractère nécessaire de la petitevérole, et qu'on peut avoir cette maladie sans l’exanthème. 11 cite à ce sujet un passage du rapport du comité central de vaccine de Paris, sur les vaccinations pratiquées en France en.

i8i5; et répondant à l’observation juste de M. llusson , qui a été le rédacteur de ' ce rapport , il ajoute assez légèrement selon moi : « Ce raisonnement de M. Husson porte à « faux ; car les symptômes fébriles , précur- « seurs de la variole, équivalent, chez tous « les médecins-observateurs , à une petite- « vérole réelle. «

Si je ne suis pas dans l’erreur, il me semble, qu’en en appelant à l’observation pour décider la question , on est forcé de reconnaître que le raisonnement de M. Pougenq n’est pas fondé. Sydenham, qui a été justement appelé l’Hippocrate anglais , et qui est reconnu pour un observateur très -exact, et sur - tout de, trèsbonne foi , décrivant une fièvre continue qui régna épidémiquement , et en même temps que la petite- vérole , à Londres , pendant les années 1667, 1668 et partie de 1669, rapporte que cette fièvre débuta par des symptômes analogues à ceux de la variole ; qu’elle était en général de peu de durée, et qu’elle se terminait ordinairement par la sueur, lorsqu’on n’avait pas employé une méthode de traitement échauffante, et qu’on l’avait traitée , au contraire , comme la petite- vérole, par les rafraîchissans. Voici les propres expressions de ce célèbre praticien :

« Jam ut de febre ilia dicam quœ durante variolosa hac constitutione dominabatur , et

cum çariolis ingressa , stetit cum iisdem ceciditque. Ita se hic res habuit ; doluit ceger in regione quce cordis scrobiculo subjicitur , nec substinuit ut manu ilia premeretur ; quod quidem symptoma non memini me observasse in alto morbo prœter hanc febrem , et hanc speciem variolarum. Capitis dolor ^ et calor totius corporis , ut etiam petechiœ , satis manifesto indicio se prodebant. Sitis intérim non urgebat, Lingua sanorum similis non rarù comparuit , nisi quod quandoque albida , sicca rarissime , nunquam verô nigra. Æger in spontaneos eosque effusissimos sudores ah initio morbi solvebatur , sed cum nullo levamine ; quinimb ubi calidioribus medicamentis et regimine provoçabantur isti ^ periculum erat ne mox phrenitide corriperetur : petechiarum insuper numerus augebatur , atque alia symp-

tomata adhuc ojferebantur omnia

Si minus rectè tractaretur hic morbus , diutissimè protrahebatur plerumque : neque crisi aliquâ Jactâ , nec sponte , more aliarumjehrium,desinens,sed vehementibus symptomatis miserum excrucians ad septimanas sex vel octo , nisi mors intercederet, Ptyalismus quandoque satis copiosus sub Jinem accedehat^ si nempe nulla insignior prœcesserat évacua^

iionem Ut vero\febris hœc ah ista aëris

constitutione epidemica pendehat quœ eodem

tempore i>arîolas producehat ; ita prqfectb dicta fehris , si non eadem plané esset , ejusdem foré cum illis natuTcs atque indolis per omnia videhatur , demptis solummodb symptomatis istis , quœ eruptionis vel consequen-

tiœ y vel effecta erant necessaria Qua-.

propter danda mihi est venia , ( non qubd nova rerum nomina ajfectem , quœ perindè mihi sunt invisa y atque illi cui maxime y sed ut hanc fehrim a cœteris distinguam ) ut istam a similitudine quam cum hâc variolarum specie habet , febrem variolosam insigniam. »

, Si , comme on le volt par le passage ci-* dessus , Sydenham trouva une telle ressemblance entre les symptômes de cette fièvre continue et la petite-vérole , qu’il fut porté à lui donner le nom de fièvre varioleuse (i) ;

(i^ D’après la description détaillée que donne Sydenham de cette fièvre continue , on serait porté à croire que c’était la fièvre pétéchiale , puisque ce praticien observa que , lorsqu'elle était grave , il y avait des pétéchies , du délire, etc.; et si cette fièvre était vraiment la pétéchiale, Sydenham ne la distingua pas alors, puisque son schedida monitorîa de nopœ fehris ingressu porte , qu’il observa cette fièvre en 1684 et i685 , c’est-à-dire i5 011 i6 ans après la description des maladies épidémiques des années 1667 , i66t3 et partie de 166g,

et si ce ne fat pas la petite-vérole, puisque le passage ci-dessus cité le prouve , ne doiton pas en tirer la conséquence rigoureuse, qu’on ne pourra jamais affirmer qu’un individu qui aurait été atteint de tous les symptômes de la petite-vérole , excepté de celui de l’éruption , ait eu vraiment cette maladie; et si mon observation est juste, à quoi bon celle des auteurs qui ont cru à l’existence de cette maladie sans le caractère de l’exanthème. Je me permettrai même de dire que je crois l’éruption variolique une condition si nécessaire dans cette fièvre, qu’il y a tout lieu de penser que c’est ce travail à la superficie des organes , qui les rend , en général , désormais inaccessibles à une seconde absorption du virus variolique.

Une autre observation de M. Pougenq , pour soutenir l’analogie qu’il trouve entre la varicelle observée à Millau, et la variole, est que la suppuration de mauvaise nature des pustules n’est point une raison valable pour établir une dissemblance entre ces deux fièvres. Je me permettrai de lui observer que , dans les varioles bénignes, les plus grands praticiens ont toujours observé que les boutons peuvent bien varier en grosseur, mais qu’ils produisent constamment du pus bien élaboré , et que ce n’est que dans les varioles de mauvais caractère , nommées

crystallines , qn’on voit des boutons aqueux, qui se sèchent sans produire du pus. Je lui observerai encore qu’il a vu comme moi , et qu’il le dit même dans la description qu’il fait de l’exanthème, que , chez tous les malades sans exception , les boutons pointus , petits et aqueux prédominèrent.

Mon honorable confrère a su parfaitement mettre à contribution tout ce que le journal, intitulé Bibliothèque médicale , rapporte de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la France, pour prouver qu’on avait , ailleurs qu’à Millau , observé des vaccinés atteints de la variole ; mais , en dernière analyse , le nombre des vaccinés qu’on dit avoir été atteints de la petitevérole ne s’élève pas à 200 , sur plusieurs millions d’individus vaccinés en Europe; et, dans ce petit nombre, d’après la description qu’on donne des pustules et de la marche de la maladie, il y a tout lieu de croire que plus de la moitié ont été des varicelles irrégulières (1).

(i) Pendant que j’écris (vers la fin de juillet 1818), le bruit court que dans plusieurs villages de l’arrondissement de Millau, en remontant le Tarn, et principalement dans la commune de Rivière , qui est à deux lieues de la ville , la petite-vérole , qui y règne épidémique— ment cette année, a atteint les vaccinés. Je viens de m’y transporter ; j’ai pris les informations les plus exactes , et voici ce que j’ai recueilli à Rivière :

En admettant même avec les détracteurs de la découverte de Jenner , que tous les faits

Sur une population d’à peu près 3oo âmes, lo ou 1 1 enfans non-vaccinés ont été atteints de la petitevérole , qui a été Ircs-confluente chez presque tous ; un seul en est mort. Il y a eu quatre vaccinés qui ont eu la varicelle. Voici l'histoire de la maladie des deux varicelles les plus marquantes.

1. ® IVIarie Loubat, âgée de i4 ans, vaccinée à i an, d’après le rapport de sa mère , portant une cicatrice à un bras , fut atteinte, le 27 juin au soir, de fièvre , céphalalgie, vertiges, nausées, douleurs de ventre , et faiblesse générale. Le 28 , même état. Le 29 , même état, de plus le délire. Le soir de ce jour, taches rouges en trèsgrande quantité sur les membres , et en très - petite quantité à la figure et sur le reste du corps. Le 5o , éruption de quelques petits boutons pointus au visage et aux membres. Le i.<f juillet, jour accompli de la maladie , les taches rouges avaient disparu sans desquammalion , ainsi que tous les autres symptômes^ les petits boutons avaient un peu grossi. Le 2 juillet, 5.*^ jour de la maladie , ces derniers furent pleins de sérosité aqueuse, les uns pointus , les autres ronds et aplatis, sans dépression au centre ; ils produisirent beaucoup de démangeaison. Le 6.® jour de la maladie, 3.® accompli de la sortie des boutons, ils étaient tous secsj ceux qui étaient ronds avaient formé une petite croûte noire que je détachai moi- même.

2. ® Le maître d’école du village, âgé de 21 ans, vacciné avec succès à l’âge de i5 ans , et en portant des cicatrices aux bras, fut atteint , le 24 juin à 10 heures du matin, de fièvre , céphalalgie, nausées^ douleurs de ventre et

rapportés contre elle soient vrais , ces détracteurs ont-ils pour cela une bien bonne raison

faiblesse générale très-profonde. Ces symptômes durèrent trois jours, et toujours en diminuant. Le 4.^ jour, cessation de tous les symptômes avec éruption d’une quarantaine de boulons aux extrémités inférieures seulement; ils durèrent trois jours, et furent constamment pointus; ils n’acquirent que .le volume de grosses têtes d’épingles ; ils ne donnèrent que de la lymphe un peu épaisse , et le 3.® jour de leur éruption, la croûte fut formée et accompagnée de beaucoup de démangeaison..

Dans un autre village le long du Tarn , à une lieue de Millau , la petite-vérole régna aussi épidémiquement. D’après ce qu’on m'a rapporté , une personne adulte non-vacciiiée en a été victime. Je m’adressai à un médecin qui y est établi , pour prendre des informations. Je lui racontai ce que je venais d’apprendre et d’observer à Rivière. Je lui demandai ce qu’il pensait du bruit qui courait que les vaccinés étaient atteints de la petite-vérole. Ses premières réponses me firent fortement soupçonner qu’il était de l’avis du public. Je lui observai que les vaccinés que je venais de voir à Rivière n’avaient que la varicelle , comme l’avaient eue ceux de Millau , l'année dernière. Son langage me confirmant qu’il pensait que la vaccine n’était pas un préservatif de la petite-vérole , je tentai de détruire son erreur. Je lui observai que , lorsque la variole règne épidémiquement avec la varicelle , celle-ci peut quelquefois prendre quelques formes de la première , lorsque les constitutions atmosphériques la favorisent. Je m’appesantis siir-'out sur l’inllueme de ces cor slitutions , pour faire varier la forme de ces deux fièvres conta-

en leur faveur, en disant que, d’après les faits, la vaccine n’est point un préservatif infailliblè

gieuses. Je lui rappelai Sydenham, qui avait observé non-seulement des varicelles irrégulières , mais même des fièvres épidémiques non éruptives qui s’étaient revêtues des prodromes delà variole. Je m’étais plu à espérer que la citation de l’Hippocrate anglais aurait pu faire l’effet que je n’avais pu obtenir par mes propre observations, mais ce tut en vain. Ce médecin ,qui n’a que 37 ans, et qui , en sortant des bancs , n’a exercé la médecine que dans les campagnes , et dans des temps où on n’a presque jamais vu la petite-vérole régner épidémiquemerit , dédaigna , et parut même ne faire aucun cas des observations qu’un des Pères de la médecine-pratique avait faites sur l’immense population de Londres pendant plus de 40 ans J et j’oserai même avancer qu’il poussa la présomption jusqu’à me dire que son expérience avait pour lui plus de valeur que tout ce qu’avait pu voir et dire Sydeuhara. J’avoue que c’était, avec moi, un excellent moyen d’avoir raison. En effet , je ne lui répondis pas un mot.

Depuis trois mois, je vois , à Millau, la varicelle qui cette année a marché seule jusqu’à présent , et avec beaucoup plus de régularité que l’année dernière. Sur i4 enfans que j’en ai vu atteints , il y en avait trois qui avaient eu la petite-vérole naturelle l’année dernière , n’ayant pas été vaccinés , deux qui n’avaient rien eu, et qui en furent atteints le jour que je les eus vaccinés (la vaccine fut régulière, et la varicelle, dont les prodromes ne furent que 24 heures de fièvre , ne dura que cinq jours ; les petites croûtes étaient tombées le 8.® jour ♦ie la vaccination), et neuf qui avaient été vaccinés^

de la variole. D’après les faits , aussi , l’inoculation de la variole n’en est pas non plus un préservatif infaillible. Qu’entendent-ils donc par ce mot infaillibilité ? Ne savent - ils pas que les lois d’après lesquelles existent les corps organisés , ont des exceptions, et que par conséquent ce mot infaillibilité, pris dans son sens rigoureux, ne leur est pas applicable? Quelle règle peut être plus générale en médecine , que celle qui ne présente que deux ou trois cents exceptions contre plusieurs millions de faits constatés depuis plus de 20 ans.

D’après tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, je crois avoir suffisamment prouvé ;

I." Qu’il n’y a pas d’identité de nature entre les deux fièvres exanthématiques qui ont régné épidémiquement à Millau, en 1817 , et que l’une a été une petite-vérole meurtrière , et l’autre une varicelle irrégulière.

2° Qu’il n’y a pas eu de fait évident qui ait prouvé qu’un individu , ayant eu une vaccine régulière , ait été atteint de la petitevérole.

Cette indiffe'rence que met le varicelle dans le choix des individus qu’elle frappe , n’est-elle pas une bien forte preuve qu’elle est d’une nature siii generis t

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