ENVIROWS DE WIESBADE ET LIEUX DE RÉCRÉATION
Les étrangers qui désirent faire des excursions et des parties de plaisir dans nos environs, trouveront toujours à leur disposition des chevaux de poste, des voitures très- commodes, des chevaux de selle et même des ânes bien sellés. Ces derniers, surtout dans les montagnes, sont très-convenables pour cet effet j il en sera question encore plus bas. On rencontre aussi partout des domestiques de louage, des servans, des guides etc. qui vous offrent leurs services.
La meilleure carte des environs de Wiesbade est celle qui se trouve jointe à l’ouvrage deMr, de GEKwmG, et qu’on vend séparément chez Mr, ScHELLEiNBERG, libraire
Notre ville et ses environs ofïrent tant d’occasions aux récréations et aux amusemens, que les étrangers, en s’y livrant, négligent souvent le but principal de leur séjour dans ces lieux; mais lorsqu’on en profite avec modération, ces jouis-
sanci’s conliiljueiit ])iiissamnienl au rélablissomeut de la santé, et sous ce rapport W ieshade remporte sur beaucoup d’autres établissemens de se genre.
Je commencerai par la description du superbe local connu sous le nom de Cur-Saal (c. a. d. salon destiné à la guérison des maladies) véritable ornement de notre ville et de nos bains, et dont l’étendue et la distribution intérieure, uniquement calculées pour les plaisirs et le bien-être des étrangers, ne se rencontrent nulle part. Il doit son origine à feu nos derniers princes, de glorieuse mémoire, lorsqu’on 1807 ils résolurent de mettre un terme au besoin senti depuis longtemps, d’un point de réunion pour les étrangers qui étaient trop dispersés. Le mérite que ces dignes souverains se sont acquis pour la ville de Wiesbade, par l’exécution, laite avec goût, du plan ingénieux de ce local, est tellement grand que depuis ce moment une nouvelle époque a comniencé dans l’histoire de nos bains.
C’est à trois cents pas audevant de la porte de Sonnenberg que^ s’élève cet édilice magnifique construit dans le plus beau style italien. Une quadruple allée d’arbres conduit à une large terrasse élevée de sept marches et régnant tout le long de la façade qui est de 33o pieds, et dont le coup d oeil est admirable. Dans son milieu, on voit un portique de soixante pieds de largeur porté, par
six colonnes colossales de l’ordre jonique et ofïrant au fronton principal, en grandes lettres dorées, l’inscription suivante très -simple:
FONTIBUS MATTIACIS MDCCCIX.
De chaque côté de ce portique se trouve une colonnade de cent dix pieds de longueur, garnie de boutiques qui sont continuellement remplies de monde; elle est terminée par des pavillons renfermant egalement des boutiques élégantes. La halle du portique conduit, par de grandes portes à deux battans, dansla superbe salle de danse ayant 127 pieds de longueur sur 67 de largeur. C’est la' plus belle pièce de tout l’édifice. La loge ducale ainsi que l’orchestre et les galeries sont soutenus par trente deux colonnes colossales de marbre indigène avec leurs chapiteaux dorés de l’ordre corinthien, Dans les niches sont placées des figures de marbre de Carare, chefs- d’oeuvre de FkanzoNi, un des meilleurs élèves de Cakova ; enfin les belles peintures du plafond, les ornemens de l’entablement, le beau parquet joints au riche ameublement composent un ensemble dont on peut dire avec raison : quonil majus , nil atiud aequum.
Ce beau salon reçoit le jour par les grandes fenêtres et les portes vitrées delà façade de derrière, le soir il est brillamment éclairé par quatre grands lustres circulaires suspendus au plafond et par un grand nombre de lampes d’Argand fixées entre les colonnes» Ce salon communique avec
deux autres de moitié moins grands , mais non moins riches et élégans, dont celui à gauche sert de salle à manger et celui à. droite de salle à jeu; chacun conduit dans des cabinets réservés pour des sociétés closes. Enfin la salle du billard et celle où l’on donne à boire, sont également décorées avec goût et bien éclairées ; la première touche au local où l’on prépare le café et les confitures , et la seconde à la grande cuisine. Ces pièces ainsi que quelques logemens pour des employés remplissent tout l’espace Intérieur du bâtiment qui ne consiste que dans un rez-de-chaussée, et dont les mansardes servent de chambres à coucher aux nombreux domestiques.
Cet établissement est entouré de jardins et de promenades qui n’égalent point, il est vrai, son luxe ; mais auxquels la nature a accordé des avantages que l’art ne saurait remplacer.
Outre la quadruple allée d’arbres dont j’ai parlé, et une autre allée touffue d’accacias qui suit le cours d’une l’ivière serpentante, et qui • se joint aux allées de la source principale, on rencontre, aubout de la rue Guillaume et de la rue Taunus, un bosquet charmant avec un labyrinthe qui s’étend jusqu’à l’aile droite du bâtiment. En sortant du grand salon, on entre dans une vaste avenue destinée à la récréation des convives en quittant la table. Ici on est agréablement surpris par la vue du grand étang dont la
surlace est couverte de gondoles et d'oiseaux nageans, et dont les bords sont ombragés de saules pleureurs. Un étang plus petit, mais non moins beau, séparé du premier par un détroit couvert d’un beau pont voûté, foi’me le Ibnd de ce tableau vraiment pittoresque De chaque coté ces étangs sont entourés de bocages , de labyrinthes et d’allées qui conduisent à droite vers une colline sur la quelle on a construit une chaumière qui renferme la glacière, et à gauche vers un chemin ricinal très - fréquenté qui est souvent agréablement masqué par des arbres et des buissons.
En poursuivant la rivière, le jardin offre toujours plus de variétés. On voit la nature et l’art réunis avec goût, et se prêtant un mutuel appui. Des allées fraîches à côté de champs fertiles, des gazons toujours verdoyans alternant avec des sentiers couverts de roses, la rivière coupée par plusieurs jolis ponts, une petite cascade qui embellit une autre partie du parc etc. enfin ces beaux chemins mènent insensiblement le long d’un ruisseau vers une belle route couverte de gravier et garnie de bancs. Celle-ci conduit les promeneurs à un moulin (Dietenmilhle) à un quart de lieue de là, et dans un jardin public qui offre de jolis bosquets, une salle de danse et un tir au pistolet ; l’on y trouve aussi de bons rafraîchissemens. C’est là que nous in-
\itcnl les ruines de Sonnenberg cachées derrière de grands peupliers ; mais nous en parlerons plus bas ; aujourd’hui nous retournerons sur nos pas, et en nous plaçant sur le pont entre les deux étangs, nous jeterons encore une fois un coup d’oeil sur la façade postérieure du magnifique Cur-Saal dont l’image se reproduit sans cesse dans les eaux qui coulent sous nos pieds.
Pendant l’été, il y a dans ce local, tous les dimanches grand bal qui commence à neuf heures du soir, à un llorin l’entrée, les mercredis qui commence à six heures bal gratuit et tous les jours à midi table d’hôte à un florin le couvert. Le soir on mange à la carte. On y trouve les meilleurs vins indigènes et étrangers dont le» prix sont fixés sur la carte et sur la bouteillï, en général tous les prix quelconques sont fiyé? et partout affichés. On a eu soin d’entretenir une bonne musique à table, et dans les salons et cabinets 011 trouve des livres et des journaux.
Déjà de grand matin le Cur-Saal et les environs sont peuplés de personnes qui font usage d’eaux minérales étrangères qu’on y trouve toujours, ainsi que du lait ou autres additions ordonnées par les médecins. Lorsqu’il fait mauvais temps, les colonnades ou la salle de darse offrent l’occasion de se promener et de se donner du mouvement pour mieux digérer la boisson.
Les boutiques, qui ont l’air d’une foire, ren-
ferment non seulement des objets de nécessite et des joujoux pour les enlans ; mais encore les articles de luxe les plus recherchés et les plus précieux. Par la grande concurrence et le fréquent débit de ces marchandises, les prix en sont assez modiques.
La police prend des soins particuliers pour maintenir l’ordre dans ces établissemens; pendant les jours de danse le chef ou un autre fonclionaire respectable se trouve ordinairement dans la salle ; il a à sa disposition les moyens nécessaires pour favoriser toute espèce de récréation parmi les convives et d’étouffer sur le champ tout ce qui peut troubler le repos et l’ordre public. ,
On volt donc que cet excellent établissement se manque absolument de rien pour tout ce qui est relatif à la récréation, au bien-être et à la vie sociale, d’autant plus qu’aux bals, à table, aux promenades et dans les salles de jeu, il règne un tou très-libre et très -honnête. 11 ne faut donc pas s'étonner que Wiesbade laisse ordinairement des souvenirs si doux et si agréables chez ceux qui viennent y chercher la santé, la gaité et les jouissances pures delà vie, qu’ils trouvent en abondance.
Les étrangers qui, séparés dans différentes maisons de bains, ne se seraient peut-être jamais vus, se rencontrent autant ici qu’à la fontaine pri ncipale, et favorisent par des récréations mutuelles,
lebutconumin de leur séjour dans ces lieux; on fait des parties de plaisir, on forme des réunions amicales , on contracte des liaisons qui durent souvent toute la vie. Mais il est [à regretter que des imprudences commises à la danse et au jeu, des excès dans les jouissances de toute espèce, peuvent quelquefois porter des plaies profondes dont on a à déplorer les suites.
Les environs du Cur-Saal sont ordinairement le théâtre des écuyers, des danseurs de corde et autres artistes qui nous visitent fréquemment en été. Dans le grand salon on donne quelquefois de grands concerts; les virtuoses voyageurs se font le plus souvent entendre dans une salle d’auberge, comme p. expi. à l’aigle, à la rose, aux quatre saisons etc.
Sur le terrain situé en face du Cur-Saal, s’élèvent dans ce moment les colonnes d’une superbe Salle de spectacle. En attendant, la société des artistes de Mayence donne des' représentations dans un petit local faisant partie du Schützenhof.
Si les beaux-arts, le luxe et l’élégance rivalisent pour procurer toute sorte de divertissemens aux étrangers qui fréquentent nos bains, la nature plus riche encore, leur offre des jouissances d’un
autre genre dans les beautés naturelles de notre heureuse contrée. Wiesbade, par sa situation dans le voisinage du Rhin et du Mein, au pied d’uiie chaîne de montagnes considérable Iburnit de nombreuses occasions à faire des excursions très-intéressantes à plusieurs lieues à la ronde. Yers le nord-ouest, le nord et le nord-est des vallées agréables et romantiques conduisent dans les montagnes dont les hauteurs ofl'rent des vues ravissantes qui le disputent aux plus belles de ritalie. Au sud-est, une plaine fertile et trèspeuplée, s’étend derrière quelques collines vers le Mein jusqu’à Francfort; au sud on découvre le Rhin majestueux avec ses îles pittoresques et la belle et célèbre ville de Mayence ainsi que Riebrich, la jolie résidence de notre duc, située sur les bords du fleuve. Mais toutes.ces beautés sont encore surpassées par le Rhingau, ce délicieux vignoble de l’Allemagne, véritable paradis, situé à la distance d’une lieue environ en descendant le Rhin. —
Les bornes que je me suis prescrites dans cet ouvrage, ne me permettent de faire mention que de quelques-unes des promenades les plus fréquentées de nos environs.
En poursuivant la direction des jardins et promenades ci-dessus décrits, on rencontre à une demi-lieue delà ville, et à un quart de lieue du moulin, le village de Sonnenberg, placé dans une
vallée l'iantc entre de grands ormeaux et entouré par derrière d’un amplnllièatre de monticules boisés. La hauteur qui domine le village porte les ruines pittoresques d'un vieux château bâti par le comte Geri.acii et agrandi par l’empereur Adouphe. Afin de rendre cette montagne plus accessible, on a pratiqué, il y a peu d’années, parles soins de notre digne souverain, des chemins très-commodes et des places de repos pour lesquelles on a prolité, avec goût, des plus beaux points de vue de ces ruines, qui sont encore assez bien conservées. En entrant par la porte du château on apperçoit de suite, à 'droite du ci-devant bâtiment principal, une pièce de maçonnerie dont les débris l’ont admirer la solidité des construc-, lions de nos ancêtres. Quelques chemins serpentans conduisent dans l’espace intérieur qui laisse appercevoir du coté opposé, soit par des ouvertures de i'eiiètres, soit par des trous dans les murailles, un vallon très-rctréci par des montagnes couvertes de forêts. Au milieu de ce vallon, on voit un beau moulin, et à l’extrémité l’église pittoresque du village de Rambach. A ses pieds, le voyageur apperçoit le village trés-vivant de Sonnenberg, et au sud derrière les peupliers, la vallée ainsi que les environs de notre ville.
Sonnenberg est une promenade très-fréquéntée en été ; les cavaliers et les voitures suivent une chaussée très-commode, les piétjons passent
par les promenades du parc. Dans le village on trouve (jiielcjues bonnes auberges, pourvues des rafraicbisseniens necessaires j il y en a une surtout qui se distingue par son jardin qui offre la vue du village et des ruines. Ceux qui continuent leur promenade une demi -lieue plus loin, dans cette charmante vallée, jusqu’au village deRambach, situé dans un pré, derrière une colline garnie de buissons, n’en retournerons pas sans être satislaits.
Un autre endroit, plus fréquenté encore que Sonnenberg, est une métairie connue sous le nom de Geisberg, située sur une douce pente du Taunus, à un quart de lieue de la ville, et qui sert presqu’uniquement à la récréation du public. Il y a une bonne restauration et une jolie salle de danse. Le jardin offre des allées fraîches, des berceaux agréables et un quillier. Trois fois la semaine, il y a bal et société choisie, quoiqu’elle soit souvent mélangée les dimanches. Les autres jours il y a bonne musique, et pendant que l’oreille est agréablement flattée par des sons harmonieux, les yeux admirent les belles scènes de la nature, car ce qui donne le plus d’attraits au Geisberg, c’est la vue magnifique sur le Rhin et le Mein, sur Mayence, Biebrich, Hochheim et plusieurs autres endroits de cette belle contrée. Des chaussées bien entretenues et garnies d’arbres partent de Wiesbade, placée aux pieds de l’observ.ateur,
comme des rayons animés qui se dirigent d«t centre vers la circonférence-
Non loin du Geisberg l’antique forêt offre au voyageur qui cherche des plaisirs solitaires, des endroits ombragés et agréables. Cette forêt est remarquable par un chêne pendant ou pleureur (Qucrcus Tohtir, Linn. varietas ramulis pendulis) situé à quelques centaines de pas de la métairie. C’est un spectacle unique que de voir le chêne altier incliner ses branches vers la terre, à l’instar du saule pleureur de Babylone, Mr. le professeur Braun a joint à son ouvrage nBilder des Lehens etc.il une planche lithographiée très -bien faite de ce chêne, inconnu ailleurs, autant que je sache.
Ordinairement on fait les excursions dans ces lieux voisins à pied; mais on ne manque pas de différens moyens de transport. Outre les voitures ordinaires de louage, on trouve tous les dimanches devant la porte de Sonnenberg des chars à bancs qui vous conduisent pour six hr, au Geisberg et au moulin, et, pour douze hr. à Sonnenberg ; là il y a tous les jours et à toute heure, des ânes qui attendent vos ordres pour vous transporter très-commodément dans les montagnes dont les chemins leur sont très-connus.
Je nommerai encore quelques-unes des promenades solitaires de Wiesbade, avant de passer aux parties de plaisir plus éloignées; car pen-
liant que celles-ci nous promettent du grand et du sublime, les premières nous ofTrent modestement, et pour ainsi dire à la portée, les jouissances simples et pures de la nature.
La Dammbach, le vallon de Néron, la Welritz sont des vallées riantes avec des ruisseaux murmurans et des iiromenades agréables qui s’ouyrent tout près de la ville, et dont la beauté sans prétention, jouirait certainement d’une grande célébrité, si la nature si libérale, n’en avait placé d’autres d’un plus grand genre dans noire proximité. Dans le dernier de ces vallons il j a un moulin qui lournit des ral'raîchisscmens.
En traversant des jardins, des champs l’crlilcs, després émaillés, ombragés d’arbres Iruitiers, on parvient dans un quart d’heure au moulin à l'oulon situé dans un bas-fond au pied d’une colline boisée. Ce lieu, où l’on fait souvent des parties de plaisir, ne le cède auGeisberg que par une vue moins étendue ; mais d’un autre côté il le surpasse par l’agrément de la forêt de hêtres et de la belle vallée. On y trouve une bonne restauration. Les dimanches et quelquefois aussi dans la semaine il y a bal dans un très-joli salon.
De ce moulin, un chemin court conduit, tantôt par des prairies, tantôt par des bois et des champs au vallon d’AnAji, jolie petite maison de campagne où l’on est bien servi, et de là à côté d’une chaumière solitaire, à la ci-devant faisanderie où l'on
a établi une pépinlèx’e intéressante d’arbres forestiers , et enfin au ci-deyant couvent de Clarentlial fondé par l'empereur Adolphe et son épouse Imagine , converti aujourd’hui en une ferme.
Tous ces points sont à peine éloignés d’une demi -lieue de Wiesbade; ce sont tous des endroits favoris, rechercliés par ceux qui aiment à se distraire au milieu de la nature. Les agrémens et les variétés qu’ils présentent, les rafraîcliissemens qu’on y trouve, y attirent constamment une foule de monde, et bien des souvenirs doux se rattachent à ces lieux.
Que le A Oyageur se munisse maintenant d'un bâton plus solide, car ce sont des hauteurs de mille pieds et au-delà qu’il faut gravir, quoique sur des chemins assez commodes ; mais ses efforts seront largement recompensés par la vue déli- , cieuse et très -étendue qui lui est offerte.
• Auprès de Clarentlial on rencontre la chaussée de Schwalbach, et à une demi-lieue plus loin, à la descente du Taunus, au milieu de la forêt, se trouve une maison forestière avec une bonne restauration. Ici la vue commence à s’élargir et à s’agrandir. L’observateur, ayant à ses pieds les collines qui entourent Wiesbade , apperçolt à une distance peu éloignée, une foule de jolis villages, plus loin Mayence, le Rhin avec ses flots argentés et le Mein arrosant cette belle contrée
l)0rnt‘0 par les Vôgcs, le Mont-tonnèrc et la chajissce de la montagne (Bergstrassc) , par la l’orêt d’Odcnwald et le Melibocus. Un vieux chêne situé auprès de la maison forestière a été rendu accessible par un escalier commode et par des sièges qu’on a pratiqués dans ses larges branches afin de pouvoir mieux jouir de ce beau point de vue»
Lorsqu’on continue à gravir cette montagne une demi-lieue plus loin, on se trouve à peu de distance de la chaussée auprès du soi-disant hêtre d’hiver, sur le plus haut point du Taunus de notre contrée. Ici la vue est vraiment ravissante et incomparable; il y ^ d’endroits en Allemagne qui la surpassent. Je tâcherai, en peu de mots , d’en tracer le tableau que le pinceau le plus hardi ne saurait reproduire dans l’éclat de l’original.
Au - delà de l’avant-scène formée par des coteaux boisés, se développe la riche contrée avec les villes de Mayence , Wiesbade ét Hochheim,^ et dans le lointain Francfort, Darmstadt et quelques autres petites villes. Elle est parsemée d’innombrables villages, coupée par plusieurs grandes routes, arrosée par deuxfleuves des plus considérables de l’Allemagne , sur lesquels un oeil exercé peut appercevoir des bâteaux et un pont-levis. A gauche les regards enivrés se portent tantôt sur les montagnes boisées et pittoresques
du Tauniis arec leurs vieux châteaux, tantôt sur les points plus éclaircis couverts de villages, et en signalant Francfort, ils s’arrêtent sur la chaîne nébuleuse du Vogelsberg ou mont de Foiseau. A ces montagnes se joignent, par le moyen de la forêt du Spessart assez cachée à notre point de vue, les hauteurs de l’Odenwald au pied duquel s'étend la contrée riante connue sous le nom de Bergstrasse , embellie par une quantité de châteaux, de campagnes et de ruines, et offrant le Melibocus dans son milieu. La vue se transporte ensuite sur les Vôges situées au-delà du Rhin, ou plutôt sur leur avant-garde les montagnes de la Hart, parmi lesquelles on appercoit le Mont-tonnère dont la cime se perd dans les nues. Devant lui lePalat'inat d’outre-Rliin, de toiittempsmodèle de prospérité pour le cultivateur allemand, et enfin Mayence avec ses riches environs, derrière lesquels la chaîne de montagnes se dirige en forme d’un vaste arc de cercle, par Ingellieim et Bingen vers le Rhin.
En-deça de ce fleuve est située la belle contrée du Rhingau dont les hauteurs dites tête de corbeau, la pince etc, qui la garantissent contre les vents du nord, et qui s’approchent de notre hêtre d’hiver, cachent, il est vrai, une grande partie de cet excellent vignoble 5 mais scs points les plus intéressans, tels que le mont Jean (Johannisherg), la forêt basse près de Rüdesheim, la chapelle de
St. Roc près Bingen, sont très-visibles ainsi tjuc le Rhin qui baigne ces coteaux, et leur charme est encore rehaussé par les hauteurs boisées situées devant eux.
Tels 'sont les objets principaux qui s’ofirent à l’oeil sur cette montagne d’ailleurs facile à gravir J l’ensemble ne peut être décrit, il faut le voir.
La vue du coté oppose vers le nord, ne laisse pas d’être moins satisfaisante, quoiqu’elle ne présente que des montagnes la plupart couvertes de forêts. C’est la contrée de Sclnvalbach, de l’Aar, celle d’Idstein et de Kdnigsteinj mais elle a aussi ses beautés particulières ; elle est animée par des points éclairés qui laissent appcrcevoir des villages rians. C’est précisément ce côté sombre et ombragé qui contribue à achever ce magnifique tableau.
A la platte, château de chasse du duc, avec .une maison de chasseur, oii l’on est très bien servi, on jouit à peu près de la même vue; elle offre même de nouveaux attraits par le changement de la position. La chaussée de Limbourg ou un sentier au bàs du Geisberg, serpentant à travers des forêts de hêtres, vous y conduisent de Wiesbade dans une heure et demie. Sur la montagne on rencontre des chemins commodes jusqu’aux plus beaux points de vue, et ceux-ci sont garnis de bancs de gazon. C’est ce qui fait que la platte est plus souvent
IVùquenléc par les étrangers quoiqu’elle soit entièrement couverte d’épaisses forêts vers le nord, et qu’à l’ouest elle ne permette pas de voir aussi loin dans leRhingau que la montagne précédente moins connue. Beaucoup de personnes donnent à la vue étendue et délicieuse dont on jouit ici, la préférence sur celle des belles plaines de l’Italie. Le soleil de l’aprèsmidi éclaire beaucoup mieux ces tableaux que celui du matin qui éblouit trop.
Si nous dirisreons nos excursions vers le sud-
j/Ous découvrirons des objets non moins remarquables. Ici coule le Rhin, et les endroits les plus près sont Biebrich et Mosbach qui se touchent. Une bonne chaussée de basalte y conduit entrois quarts d’heure. Déjà sur la hauteur qui domine ce dernier bourg, on appercolt une partie des objets précédemment décrits. L’avant scène ^ vous olTre Mayence et les deux superbes llcuves avec leurs îles pittoresques ; à gauche au dessus du village de Kostheim, plusieurs fols détruit dans la dernière guerre, on découvre sur une colline Hochheini , dont le nom rappelle aux gourmets la noble boisson qui en provient. D’ici les regards se promènent dans la plaine fertile traversée par le Mein, et planent sur cette ancienne ville classique située dans la belle contrée Irans - rhénane redevenue allemande ; enlln ils poursuivent' le cours du üeuve jusqu’à l’entrée
tlu Rhingau où Walluf et Ellville paraissent entre les vignobles elle Ilots du Rhin. Bielnich se distingue par le superbe château de résidence de notre due, unique dans son genre, pour sa belle situation, ses allées ombragées, ses places, ses fontaines, ses bosquets et son très joli parc. C’est surtout cette partie du jardin qu’on appelle le fort qui produit une surprise agréable à ceux qui la visitent. Elle a été commencée par feu le duc FujinÉnic Auguste et ne cesse d’être embellie chaque année par le duc régnant. Son nom lui vient des ruines qu’on voyait autrefois près de Mosbacli et dont on a tiré parti comme point principal. Ces ruines, agrandies avec goût, présentent un extérieur délabré en apparence; mais en y entrant, on trouve de beaux apjîartemens décorés de peintures remarquables sur verre, La tour offre une vue charmante sur le pays; enfin le tout est relevé par un étang en forme d’un demi-cercle devant le fort. Un autre étang plus petit , caché dans les buissons , est ordinairement le rendez-vous d’oiseaux nageurs étrangers et dans son voisinage on rencontre des faisans dorés et des faisans blanes. Des allées ombragées, des bosquets, .des labyrinthes avec des points de vue sur le Rhin, sur le château, la chaussée de Mayence et celle du Rhingau joignent ce jardin à celui du château et remplissent presque tout l’espace entre Mosbach, Riebrich
cl le Rhin. Outre le château qui renferme une salle à manger ronde avec des colonnes en marbre indigène, un autre objet mérite encore d’être vu à Biebrich; je veux parler de l’élégant et magnibque yacht qui, dans ces derniers temps, porta plusieurs lois des princes et des souverains, Déjà son extérieur est curieux par la statue colossale et dorée de Neptune, placée au gouvernail , mais son intérieur est plus remarquable encore par la manière ingénieuse dont il est distribué. On y trouve cinq appartemens richement meublés et décorés avec goût, de manière que des personnes du plus haut rang n’y regretteront aucune commodité, même pour y passer la nuit en voyage.
De Mosbacb le chemin à gauche conduit à Mayence 5 mais je ne parlerai point de cette ville célèbre, ni de Ilochheim, ni des parties plus éloignées duRliingau, quoique ce soient des endroits où nos baigneurs fassent; souvent des ex- ^ cursions; attendu que Bertola, Klebé, Schrki- BEu (dont on a aussi une traduction française) et de Gerkijng en ont traité plus éloquemment,
et que ces ouvrages sont entre les mains de tout
le monde.
A une demi -lieue de Biebrich nous voyons Schierstein, beau village situé auprès du Rhin — un chemin de traverse y conduit de Wiesbade dans un heure; on y cultive du blé, des fruits
et déjà un excellent vin, surtout dans un vallon appelé renier. Les Leaux jours d’été, on y rencontre ordinairement beaueoup de monde de Wiesbade. 11 y a plusieurs bonnes auberges.
Non loin de Sebierstein, le ehemin se dirige à droite par Neudorf, à côté de Rauentbal, célèbre par son yin, à travers un vallon étroit et romanli(jue , orné de nombreuses moulins , à Schlangenbad ; à gauche une chaussée bien entretenue conduit à Niederwalluf, la porte du Rhingau, où l’on voit encore des traces d’anciennes fbrtilicàtions du moyen âge.
Ici où la pente des collines est trè s-douce, le soleil arrache au sol bien cultivé un excellent vin. La contrée est plus ouverte , plus riante que plus bas sur les bords du Rhin, serrés par les montagnes. KiederwalIuF est un endroit agréable, surtout la partie située sur le Rhin ; il sert souvent de rendez-A^ous aux baigneurs de Wiesbade et de Schlangenbad, qui se plaisent à l'aire des promenades en bâteau sur le Rhin dont le cours est ici très-ralenti à cause d’une grande courbe qu’il décrit.
A une demi-lieue plus lom, en descendant, est située Eltville, petite ville de baillagc du Rhingau supérieur. Elle offre un joli coup d’oeil par ses tours et ses murs crénelés. Tout prés SC trouve Erbach qui fournit ce bon aÙu connu sous le nom de Marcobrunnj et c’est ainsi que
des bourgs et des villages, des campagnes pittoresques et des fermes se succèdent sans interruption, à gauche, le long du Rhin qui ajoute encore à ce beau tableau par ses courbures majestueuses et ses îles fertiles. A droite, en poursuivant la chaussée d’Erbach, à travers le Rhingau , bordé de vignobles escarpés avec leurs cimes boisées, nous saluons Hattenheim, Oestrich Mittelheim, Langenwinkel, le Johannisberg, Geisenheim , et en volant ainsi d’un endroit délicieux vers l’autre, nous parvenons à Rüdésheim, qui, avec le Niedervvald s’étendant vers Asmanshausen, Bingen située du côté opposé, et ses environs forment la couronne de cette magnifique contrée de l’Allemagne.
Que ceux qui désirent contempler la nature dans sa beauté ravissante et dans sa grandeur étonnante, se rendent chez nous, et qu’ils admirent surtout, dans ses oeuvres, la grande variété qu’elle a su réunir en un tout incomparable ou plutôt inimitable ! L’homme le plus insensible en sera frappé, et l’on conçoit pourquoi les habitans de ce pays fortuné off rent en général une physionomie plus ouverte et sont plus disposés à la gaieté. Quoique souvent exposés à des années stériles , ils sont néanmoins joyeux, éveillés, complaisans envers les étrangers, sociables et sensibles aux jouissances de la nature.
Après avoir parlé de tant d’objets grands
et sublimes, j’ose à pdlnc le bazarder de reconduire mes lecteurs dans quelques lieux champêtres des environs de Wiesbade. I>otzheim, Erbcnheim, Bierstadt et quelques autres sont des villages rians, annonçant de l’aisance et offrant aux amis de la nature bien des modèles curieux de l’économie rurale. Il faut ajouter encore, sous le rapport de la simplicité, le vil- ' lage d’Igstadt situé très- agréablement, les fermes de Nürnberg et de Sommerberg, en^ite Frauenstein dans une belle vallée avec des ruines pittoresques sur un rocher de quarz, Georgenborn, à un quart de lieu de Schlangenbad, et à trois quarts de lieue de la maison de péage, où une grande partie de notre admirable contrée se représente à l’oeil dans une nouvelle perspective, enfin Eppstein, à trois lieues d’ici, situé au milieu des montagnes du'Taunus avec un vieux château célèbre, en partie encore habité, et des environs qui ressemblent absolument à la Suisse. Il est seulement à regretter que les chemins qui y conduisent , soient pénibles et incommodes.
OBSERVATIONS GÊOGNOSTIQUES SUR LES MONTAGNES ENVIRONLVANTES , ET INDICES SUR L’ORIGINE DE NOS SOURCES MINÉRALES.
1-jes montagnes qui donnent naissance à nos sources, font partie de la formation de schiste trèsétendue qui se porte dans la direction du nordest vers le sud-ouest, par le nord-ouest de l’Allemagne, jusque dans la contrée de Valenciennes au nord-est de la France. Ces schistes forment, dans notre duché, deux chaînes de montagnes dont l’une septentrionale, compose le V>^esterwald , en s’étendant de l’est à l’ouest , l’autre méridionale, porte le nom de Taunus , et se dirige du nord-est vers le sud-ouest.
Le Taunus commence dans la plaine de la Wettéravie et s’élève depuis Hombourg jusqu’au Feldberg, sa cime la plus élevée. De là, la crête, coupée par quelques vallées étroites, s abaisse dans la direction du sud-ouest jusqu'à Asmannshausen, où elle passe le Rhin, et forme ensuite le Hundsrück. Tous les points élevés
tic la crête sont formés par une roche qnarzeuse qui, sur les plus hautes cimes où elle offre la plus grande dureté, constitue du quarz pur, sans autre mélange que quelques parcelles assez rares de mica de couleur argentée. A mesure que la crête s’abaisse au sud-ouest, la solidité de la roche diminue, le quarz n’est plus une masse uniforme j mais il présente des grains, liés d’abord par une substance siliceuse, devenant peu à peu argileuse, et se changeant souvent en grès. Ce dernier est fréquemment d’une ^couleur rouge provenant de l’oxide de fer. Avec le ramollissement de la roche le mica et la chloritc augmentent et j forment souvent des feuillets, ce qui lui donne un air schisteux.
Au sud-est, la pente du Taunus estuniquement composée de schiste argileux qui présente différentes variétés, mais toujours avec une grande prédominence de talc. Les couleurs rouges et particulièrement les couleurs vertes lui sont exclusivement appropriées. Le quarz ne s’y trouve non seulement par couches , mais souvent aussi par filons ou par veines ; fréquemment il entre comme partie essentielle dans la masse, et y forme des feuillets glanduleux sépares par des lames de schiste souvent micacées et chloriteuses, mais le plus ordinairement talqueuses. On rencontre cette dernière roche depuis la forme solide, où les parties constitu-
antes sont séparées, jusqu'à la forme molle, ou à peine elles sont à disllnguer par leur couleur, et où le tout ressemble au talc endurci et à la pierre ollaire; on en voit même d’une forme entièrement argileuse où les parties mixtes disparaissent totalement, et où la masse devient une argile blanche verdâtre, grasse au toucbei’,
La tlireclion principale du schiste est entre quatre et six lieures du compas de mineur, ^et l’inclinaison ordinairement vers le sud ou le sud-ouest 5 par endroits on la rencontre aussi vers le nord et le nord-est. C’est aussi l’inclinaison de la roche quarzeuse formant la crête.
Déjà, par endroits à la partie inférieure de la pente du Taunus , mais particulièrement au pied de cette montagne, et notamment dans la A allée du Mein , quelquefois aussi dans celle '
du Rhin, le schiste est recomert de brèche siliceuse plus ou moins considérable, ainsi que de , strales d’argile et de sable contenant quelquefois des bancs de grès, de roche cornée et de quarz, ensuite de marne et d’un fossile crétacé, enfin tout au-dessous de couches épaisses de calcaire grossier d’un gris jaunâtre, surtout /
dans les couches supérieures, et renfermant de nombreuses pétrifications de coquilles terrestres et d eau douce, qui en forment souvent même la masse principale. Toutes les couches dont je viens de parler , appartiennent sans doute
à la formation de la craie et du sable, qui recouvre aussi la formation schisteuse dans la direction du nord-ouest. Enlin on trouve également encore dans les vallées dix Rhin et du Mein de la terre d’alluvion, des couches de sable, et de la terre glaise. Dans la dernière vallée, surtout du côté de Hochheim, on rencontre du bois bitumineux dans un banc d’argile plastiqxie de l’épaisseur de plusieurs pieds.
La pente du Taunus au nord-ouest, diffère entièrement de celle du sud-est. Cette dernière est le plus souvent assez rapide, elle n’a qu’une seule vallée profonde dans laquelle coule le Scliwarzbach. La première, au contraire, s’ataisse plus insensiblement, elle est coupée par six vallées profondes, traversées par d’autres vallées latérales^ plus petites. Les six vallées sont: leWeil-, l’Ems-, l’Ahr-, le Doerschbach-, le Mühlbacli- et le Wisperthal.
La pente du nord-ouest se distingue aussi par les roches dont elle est composée. Ces roches appartiennent presque toutes à la grauwaehe avec ses différentes variétés, parmi lesquelles le schiste de grauwache occupe le premier rang; vient ensuite, pour la fréquence, la grauwacke schisteuse et enfin la grainvachc granuleuse. Les points les plus hauts et les plus escarpés sont formés par la grauwacke schisteuse , tandisque dans les régions plus
inféricui'cs auprès tic la Lalin , la grauAvaclie granuleuse est plus fréquente.
IjC schiste argileux tic transition qui, en plusieurs endroits, passe en excellente ardoise, se trouve ici, comme toujours, avec la grau- Avache. Il n'est pas rare de rencontrer dans la même roche des liions de cuivre , de plomb et d’argent avec des minerais de zinc, de cobalt et de p)a’ite. On voit aussi du calcaire de transition en couches étroites entre le schiste et fréquemment entre les feuillets du schiste.
Le fer oxidé hydraté brun entre souvent plus ou moins dans la masse du schiste de grauAvaclte et de la grauwaeke même , attendu que l’oxide de fer hydraté s’introduit, de l’épaisseur de plusieurs lignes , entre les feuillets du' schiste, d’autrefois dans la pâte même de la grauAvache et du schiste , de manière que ces roches ressemblent à un fer oxidé brun sablonneux ou schisteux.
Le pied et une partie assez élevée de la pente „ nord-ouest du Taunus est formée de schalstein. Cette roche offre les différentes modifications connues. Elle est riche en mines de cuiyre et de plomb ; mais particulièrement en mines de fer , notamment en fer oligiste rouge qui se trouve disposé par couches. Ijà où elle approche du schiste, elle renferme quelquefois un schiste particulier très-tendre, de couleur jaune d’ocre,
Elle remonte de l’autre côté dans les montagnes du Westerwald et occupe presque tout l’espace entre ce dernier et le Taunus. De ce côté-ci, elle est bornée par du grünstein et du basalte. Au milieu à-peu-près , de toute sa largeur, qui forme la vallée de laLalin, elle renferme quelques couches considérables de calcaire de transition, offrant plusieurs variétés, paraissant quelquefois en forme de dolomie et appartenant, sans doute, «omme couches subordonnées, au schalstein. En général, cette dernière roche a évidemment une grande affinité avec le trapp de transition , aussi contient-elle, aux endroits où elle présente son caractère le plus prononcé, des couches épaisses de grünstein et plusieurs dépôts considérables de porphyre. Mais ces deux espèces de roche ne s’étendent jamais loin; elles forment plutôt les sommets de montagnes çt des cônes isolés. Fréquemment elles sont accompagnées de basalte et de roche basaltique.
, La direction principale de ces couches , ainsi que de la pente nord-ouest du Taunus est entre cinq et six heures delà boussole, et l’inclinaison régulière au sud. Cependant on trouve trèssouvent un dérangement notable des couches, et des contours en forme de selle et de mal. D’ autrefois il est impossible d’indiquer la direction et l’inclinaison des couches qui sont évidemment rompues , interceptées , en partie
renversées, en partie élevées et placées dans toutes les directions.
Outre la craie et le sahlc, le basalte est la seule roche étrangère à la formation des schistes qui se rencontre au Taunus ; car dans les montagnes proprement dites du Taunus, le basalte existe encore, dans plusieurs lieux en liions ou dvhes , sans former cependant des sommets audessus du schiste. C’est ainsi qu’on le voit à rCauroth non loin de Wiesbade, à Adolphsech, à Heimbach audessus de la Schanze, au Bosenhahn auprès d’Eltville et au Zimmershopf à quelques lieues de Rildesheim. On le trouve encore de la même manière près d’Usingen.
Le Westerwald appartient, ainsi que la pente nord-ouest du Taunus , aux montagnes de grauwacl<e, se montrant non-seulement en plusieurs points au-dessous du basalte qui les recouvre ; mais paraissant aussi entre les deux rameaux dans lesquelles le basalte se sépare. La grauwaeke granuleuse y prédomine, vient ensuite, pour la fréquence le schiste de grauwaehe, enfin la grauwaehe schisteuse qui est plus rare. Le schiste argileux de transition, ainsi que le calcaire ne manquent pas norKpIus. Le dernièr surtout, se trouve, en deux couches principales, subordonné au schiste argileux. A l’exception de ces endroits, on rencontre le basalte et les roches basaltiques répandus par l:out le Wester-
wald; clics s’étendent même jusqu’au pied de la montagne. Sur le plateau élevé de cette montagne les roches basaltiques se divisent en deux branches principales, dont l’une, au nord-ouest, se dirige vers le Siebengebirge , et l’autre se porte vers le sud-ouest. Des sommets coniques désignent, comme toujours , leur direction. En général nous possédons presque toutes lesroches basaltiques connues avec leurs différens mélanges ; le trachyte, au contraire, est plus rare et ne se voit que dans quelques collines coniques isolées, comme dans les bailliages de Meudt et de Selters , principalement du côté de Dahlen, de Langwiesen et de Wôlferlingen. Cependant il est impossible de' méconnaître ici une direction distincte des têtes vers le Siebengebirge, On trouve également en plusieurs endroits des pierres de tufF, dont quelques-unes appartiennent au basalte, mais dont la plupart font partie du trachyte ; ces dernières sont connues sous la dénomination de pierres à four (Bacl<ofensteine ). La pie;:re ponce se rencontre aussi même assez loin du pied du Westerwald, p. ex, du côté de la Lahn , dans des couches sablonneuses. Au sud-est et en partie aussi à l’est du pied du Westerwald on retrouve le schalstein susmentionné, au nord et au nord-ouest, au contraire, du grünstein sous diverses formes, passant quelquefois au basalte.
Les hautes montagnes du Westei’wald renfei’ment des dépôts considérables de bois bitumineux, accompagnés de oOuches, souvent trèsépaisses, d’argile qui les recouvrent, et en quelques endroits d’une très -bonne terre à foulon.
Avi nord, au nord-est et au sud, le bois bitumineux se porte presque jusqu’au pied de la montagne, mais alors l’épaisseur de ses couches diminue considérablement, et on n’en rencontre plus que quelques bancs. On volt surtout des couches considérables de terre glaise, plus ra-^ rement du sable.
(Quoique les montagnes , dont je viens de parler, nous offrent les roches, qui font juger de la présence des phénomènes, auxquels les sources minérales en général et les eaux thermales en particulier doivent leur origine, il in’est pas moins nécessaire de jeter un coup d’oeil sur les montagnes voisines. Les personnes les ^ moins versées en physique , en considérant les ^
masses énormes d’eau, que fournissent nos sources minérales, et la quantité étonnante de substances fixes et volatiles qu’elles contiennent, *) conçoi-
*) C’est ainsi que fournissent, pour ne faire mention qxie d’un seul exemple, les sources minérales de Wiesbade dans vingt- quatre heures 84,097, pieds cubes 640 pouces cubes d’eau chaude, dans laquelle sont contenues approximativement 5o,ooo livres de substances fixes.
vent facilement, que l’origine de ces sources n’est pas due à une formation locale, mais bien à une grande et vaste opéi’ation de la nature. Si nous examinons maintenant de plus près les montagnes du voisinage, nous trouvons, comme un fait remarquable, que cette partie de notre pays, dans laquelle sont situées les sources minérales, est entièrement entourée de montagnes de basalte, de porphyre et de trapp, formant un vaste cercle autour d’elles. En efï'et à l’est nous voyons des miontagnes de trapp prés de Francfort, au sud et au sud-ouest lePalatinat nous offre des montagnes de trapp et de porphyre, à l’ouest il y a les montagnes de basalte et de trapp de l’Eiffel, au nord-ouest et au nord celles du Rhin dites Siebengebirge et le WesterAvald, enfin au nordest le Vogelsbcrg.
L’opinion des géologistes , qui attribuent au moins au basalte et au traebyte une origine volcanique, devient tous les jours plus commune, et tous les minéralogistes, qui ont observé ces roches en grand, avec attention et sans préjugés, seront de cet avis. Les vues sur l’origine des diverses roches de porphyre et de trapp sont encore, à la vérité, plus divisées j mais ce que personne au moiiis ne peut nier, c’est que ces roches font voir la plus grande analogie avec les premières, pour ce qui concerne leur formation et leur gisement. Dans tous les cas clics
sont irès-difl’t’ventcs des roches, qui doivent évidemment leur origine à l’eau, et il n’y a pas de contradiction en admettant une inlluence de causes volcaniques , sans leur attribuer précisément une origine entièrement volcanique. L'union remarquable de nos sources minérales, particulièrement des sources chaudes et bouillantes, avec des montagnes formées par des volcans ou soumises à l’inlluence de phénomènes volcaniques, parait aussi sc conlirmer ailleurs. Je ne rappellserai ici que les sources minérales de'la Bohème, celles de la Silésie, de la Saxe, de la Franconie, de la Thuringue, de Bade et du Wurtemberg, les sources chaudes d’Islande, celles d’Italie et les divers phénomènes de cette espèce, que Mr. de IIümboldt nous a fait connaître des Andes.
On trouvera, sans doute, encore beaucoup de faits à l’appui de ces vues sur l’origine des sources minérales, particulièrement des eaux thermales, pourvu qu’on lasse les observations on grand, ainsi que le comporte le sujet, et qu’on ne s’attache point scrupuleusement aux phénomènes locaux. *)
*) J’ai marqué siir la carte géologique de l'Allemagne par Keferstfix les sources minérales indiquées par Hoi<jvi\XN (^Résulta U der chemischen . Unlenuchung minci aUschcr fp^asser) et autres au
Considcrant en outre, toujours appuyé snr les faits cités , qu’eu attribuant l’origine des sources minérales au lavage des montagnes, on s’embrouille dans des contradictions impossible à résoudre , et qu’on est toujours forcé d’admettre une cause quelconque qui communique à l’eau la force résolutive, nécessaire pour attaquer l'intérieur des montagnes , et que d’un autre côté on ne saurait non plus rendre hommage à la théorie, d’après laquelle nos montagnes doivent produire les sources minérales par une opération purement galvanique, parceque, pour n’alléguer qu’un seul motif, l’électricité galvanique, quoiqu’elle opère des décompositions, ne forme jamais de nouvelles composltionsj en conséquence il faut avoir recours à d’autres causes.
Il est impossible d’en concevoir de plus puissantes et de plus générales que celles que produisent les volcans et les divers phénomènes volcaniques. * *)
leurs, et je fus surpris de voir, comme toutes ces sources suivaient évidemment la direction des montagnes de basalte et de trapp.
*) Ce n’est pas ici le cas d’exposer une théorie des volcans j il suffira de démontrer que les mêmes forces physiques qui , produisent des volcans, peuvent aussi donner l’cxistcncc aux sources minérales. Au reste, nos sources étaut
Un cfTet connu tics ibrces pliysiqucs, qui contribuent à la formation d’un volcan, est entre autres l’élévation de montagnes isolées ou de chaînes entières de montagnes, et, cequi en est une suite nécessaire, la division, la rupture et le dérangement des couches.
(^ue des contrées très-éloignées soient, par cet efl’et, mises en communication, et que les principes gazeux développés dans le foyer du volcan, trouvent des issues et agissent même sur des contrées, dans lesquelles on ne remarque aucune trace d’une formation volcanique, personne sans contredit n’en doutera; d’autant plus que des naturalistes célèbres, tels que MM. de Hdmboldt et L. de Büch ont démontré la connexion très-étendue des volcans dans l’intérieur de la terre. * *)
En général l’efficacité des forces volcaniques s'étend évidemment au-deLà de l’apparition de montagnes volcaniques ; c’est ce que démontrent les phénomènes assez fréquens de tremblemens de terre, même dans les contrées où il n’y a ni volcans ni roches volcaniques, et l’affinité de ces
entourées de montagnes, dans lesquelles des forces volcaniques se sont dcvcloppces, ce fait contribue puissamment à confirmer nos vues.
*) Leonhahd's TaschenbucJi J^, d. g. Minéralogie, i8i5. p. 3q5.
phénomènes avec des sources minérales est prouvée par les dérangemens et les variations temporaires de beaucoup de ees dernières pendant des tremblemens de terre considérables; ainsi qu’on l’a vu p, ex. lors de la catastrophe mémorable de Lisijonne.
Ces ettets doivent néeessairement produire dans les roches un changement qui les rend propres à entretenir eontinuellement des opérations électro-chimiques. L’eau circulant dans les montagnes et en partie formée par ces opérations sert, à faire participer aux grands actes de la nature les parties des montagnes, qui n’ont aucune communication directe avec elle; même les atmosphériques entrent en réaction, demanière, que les effets puissans, qui en résultent, doivent nécessairement amener de grands et importans phénomènes. La pression immense, sous laquelle ces opérations sont préparées, augmente l’action, excite de nouveau les forces motrices, surtout l’électricité (on sait d’ailleurs qu’une légère pression du doigt suflit pour rendre certains cristaux électriques) et facilite de cette manière les opérations chimiques.
Les diverses substances, existant dans l’intérieur de la terre, peuvent, par conséquent, agir les unes sur les autres par oxidation et par hydrogénisation, le dégagement du calorique, qui accompagne nécessairement cette action, aug-
menlc et favorise les effets, en consc([ucnce il est impossible, qu’il ne se fasse des décompositions et de nouvelles compositions.
D’après les excellentes observations de Mr. de BüCii les volcans proprement dits sont essentiellement composés de trachyte. Or, nous avons déjcàremarqué plus-haut, que cette roche forme dans la partie nord-ouest du duché une suite de sommités coniques et que celles-ci communiquent évidemment avec les roches volcaniques du Bas-Rhin. D’ailleurs la contrée, dans laquelle sont situées les sources minérales, est entièrement entourée de montagnes basaltiques élevées par des forces volcaniques ; des roches basaltiques paraissent même en filons, dans le voisinage de plusieurs sources, comme p. ex. à Nauroth, à Rambach, à Sonnenberg prés de Wiesbade. On ne saurait dont nier l’extension des effets volcaniques jusque dans le voisinage des sources minérales , et ces effets devaient se faire sentir le plus fortement vers la contrée, qui renferme les sources thermales, à cause des grandes vallées, qui s’y trouvent et qui leur ollroient une moindre résistance.
L’idée, de faire dépendre les sources minérales, qui continuent sans interruption, des mêmes forces, qui produisaient les montagnes volcaniques mcnllonnées, éteintes depuis longtemps, semble contradictoire; mais cette contradiction dispa-
railra en considérant, que c’est précisément l’existence des sotirces minérales, qui permet aux Ibrces volcaniques à se développer librement, en leur procurant une sortie continuelle et en empêchant de nouvelles éruptions, qui ne peuvent avoir lieu, que lorsque les premières productions du loyer volcanique rencontrent de la résistance, laquelle augmente considérablement leur ellicacité.
11 peut dont encore exister dans des contrées lointaines des communications avec le loyer principal du volcan ainsi que des inlluences sur la masse non oxidée de l’intérieur. Des vapeurs chaudes et des acides gazeux peuvent la traverser et manifester leurs effets. Dans les nouvelles roches, formées par les éruptions, des métalloïdes, des alcalis, des terres peuvent en être arrachés isolément et se mettre peu à peu en contact avec de l’eau ou avec les atmosphériques, et acquérir par-là de l’eflicacité pour entrer en action; mais ni les élévations, ni les éruptions ne sont plus possibles, principalement par la raison, qu’aucune résistance augmente l’intensjtc des effets, et que le tout suit la marche tranquille et parconséquent imperceptible d’une opération chimique sans cesse entretenue. C’est à ces effets moins violens et moins distincts qu’appartiennent aussi les sources minérales et l’émanation de différens gaz, que nous rencontrons souvent tout près des
sources mincralcs. Le SchAverelloch près d’Emsau-bain, et même le dégagement de gaz de nos sources en fournissent des exemples.
Je ne développerai pas davantage cette théorie, autrement il ne serait pas difficile de démontrer les substances constitutives de nos eaux par l’analyse de nos montagnes. Ces dernières manquent à la vérité de soude muriatée ; mais qui ne sait, que des vapeurs muriatiques échappent souvent de v^olcans encore en action, et la soude est une substance très-fréquente de nos roches. Au reste, nous renvoyons nos lecteurs aux résultats des recbercbes pltysico- chimiques, ordonnées par le gouvernement, sur nos principales sources minérales, et dont s’occupe Mr. le professeur Kastwer, l’un des chimistes les plus distingués. Ce travail sera lié à des recherches ■ géognostiques , déjà commencées, sur les montagnes de Nassau.
En attendant, nous observerons encore, à l’appui de notre hypothèse, i) que les nombreuses
sources minérales de notre duché forment dis-
tinctement, par leur situation, six rayons, et montrent par conséquent une direction prononcée et déterminée; 2) que, lorsque dans le voisinage des sources les roches sont à jour, on remarque des changemehs notables dans la direction et l’inclinaison de leurs strates, surtout des élévations en forme de selle, souvent aussi des
ruptures sur le tlos de la selle; 3) qu’à beaucoup d’endroits, dans une distance peu éloignée des sources, les roches onVent un changement frappant dans leur masse. C’est ainsi par exemple qu’aux environs des sources de Wiesbade et de Cronberg le schiste, dont la masse d’ailleurs assez dure, se trouve dans une espèce de décomposition, qui approche de la forme molle ou friable et entièrement argileuse, de manière que le quarz n’y parait plus que par veines, et n’existe plus dans cette partie de la roche qui, s’approche de la forme terreuse. Plusieurs dépôts de schalstein dans le voisinage de Fachingen présentent un état analogue de décomposition. Cette roche, qui démontre suflisamment son origine par son extérieur et surtout par sa structure et la différente couleur de la masse, entièrement analogue au schalstein dur et non décomposé , parait néanmoins tout à fait dans l’état d’une masse argileuse molle *); 4) dégagement de gaz libre dont nous avons parlé plus haut, peut encore servir de preûve à l’appui de nos vues.
Cet état, connu de tous les minéralogistes, dans les mines inaccessibles à l’efflorescence ou à la décomposition, n’est pas encore éclairci. Kous serions portés à y trouvèrune preuve de plus a l’appui de notre hypothèse.
Finalement nous llxcrons encoi'c l’ait ent ion sur un phénomène intéressant, qu’on rencontre aussi dans d’autres endroits riclies en sources minérales, et qui prête matière à beaucoup de conséquences, savoir que les sources cliaudes et bouillantes et les eaux sulfureuses sont toutes situées à la pente sud-est du Taunus et dans le plus bas niveau.
Dans un niveau un peu plus élevé, et dans le Tolsinage des couches de pierre calcaire, alternant avec le schiste et le schalsteia, se trouvent les sources minérales de Selters, de Fachingen et de Gcllnau, contenant un peu de fer et de la soude ; mais dans les montagnes de grauwaclie, dans les points les plus bas, sont situées les eaux
*) Les sources chaudes d’Eius, situées .à la pente nord-OTiest du Taunus, semblent faire une exception; mais dans le fait elles n’en font pas, car elles se trouvent également dans le plus bas niveau, et peu éloignées de la vallée principale. Elles sont aussi le plus près du principal cône d’éruption des volcans du Rhin, c’est pourquoi le dégagement de gaz doit y être le plus fort. En elFet, outre le Scliwefclloch , il y a ici encore un grand nombre d’endroits avec exhalaison de gaz plus ou moins considérable, et même des sources, qui ne fournissent que peu ou point d’eau, et d’autant plus de gaz.
martiales fortes, comme p. ex. les sources de Schwalbacli et la source de Dinkholdcr. Exclusivement dans la grauwaebe, mais dans les points plus élevés, se rencontrent enlia les eaux acidulés simples, dont on en connaît plus de cinquante, et dont certainement il en existe encore ^beaucoup d’inconnues. Chacune des vallées profondes mentionnées plus haut en fournit une certaine quantité; les sources mêmes sont situées encore assez haut dans les montagnes.
Quelque soit l’importance de la disposition locale de nos sources , établie par la nature, et quelques soient les conséquences , qu’on puisse en tirer en la considérant de plus près, ce sujet dépasse les bornes de ce traité et nous sommes forcés de renvoyer le lecteur à la partie géologique des recherches ordonnées sur nos sources, dont la publication ne tardera pas à se faire.
Cette même disposition locale présente encore une autre différence qu’on observe aussi ailleurs, savoir que les sources minérales froides, notamment les eaux acidulés, sont à la vérité plus nombreuses, mais qu^elles offrent une moindre masse d’eau et une moindre quantité de substances fixes que les eaux thermales.
Parmi ces dernières les sources de Wiesbade sont dans notre duché les plus riches en masse d’eau et en substances fixes , de même qu’elles
possèdent aussi, parmi toutes les sources chaudes de notre pays, la plus haute tcmpératui-c , et qu’elles peuvent rivaliser, en ce point, avec la plupart des autres sources de l’étrangbr. *)
Ce chapitre était achevé dans le mois de Mars et quelques accidens retardèrent l'impression, lorsque je reçus au mois de Septembre le 1. cahier du 2. volume de l’ouvrage de Mr. ItEFERSTEiîf : Teulschland geogn. geol. dargestdlt ,
Je vis avec plaisir, dans le travail très bien fait de ce minéralogiste distingué, la confirmation de mes vues, et en grande partie, l'accomplissement des voeux que j'ai exprimés plus haut. Ce qu’il dit sur la géologie dés environs de Wiesbade, notamment sur le manque de basalte dans ces lieux, doit être rectifié par les faits que j’ai exposés. 11 est à regretter que cet auteur, d’ailleurs très-recommandable, au lieu de réfuter la théorie insoutenable des eouches enflammées de houille et de pyrites — théorie qui, de nos jours, mérite à peine d'être réfutée — n’ait jîlutôt fait connaître comment des sources minérales, analogues sous le rapport de la géologie , paraissent représenter par leur gisement, un jiôle oxigène et un pôle hydrogène, rapport qui, dans plusieurs sources qui forment un ensemble, peut être assez clairement démontré, et qui eertainement mérite une grande attention. On pourrait aussi, avec fondement, lui reprocher d’avoir confondu les
effets secondaires de rolcans en activiti', prononeés par la production de sources chaudes, avec les sources primitives qui remplacent en quelque manière les volcans ; méprise qui a donné lieu à l’assertion, assurément erronée^ que les sources chaudes sont pauvres en substances fixes.
niormÉTÉs physiques et chimiques de
WOS EAUX MINÉRALES.
Ijc caractère étranger et extraordinaire de nos eaux , dont la température élevée décèle un foyer appartenant à des profondeurs considérables , se confirme complètement , en les soumettant à une analyse physico- chimique plus que sAperlicielle.
Déjà vers le milieu du dernier siècle on se livra à des recherches scientifiques qui préparèrent la voie à des travaux plus étendus sur cet objet ; mais plus les sciences physiques faisoient de progrès depuis cette époque, plus les naturalistes et surtout les médecins croyaient avoir droit à une analyse exacte de nos eaux minérales. KijiiN et Zückkut (sjstemat. Beschreibung aller Gesundbrunnen und Bdder. Jena 1789) font mention de gaz qui se dégagent en jaillisant du Kochbrunnen, et d’expériences faites avec les réactifs ; mais pour ce qui regarde les gaz, leurs observations se bornent simplement au phénomène du dégagement, et quant aux indices
trouves par les réactifs, il n’est question que de substances alcalines, de niuriates et de sulfates, sans rien indiquer de positif’sur la nature et les combinaisons de ces substances.
Les observations du docteur Leiik (ouvr. cité p. 5c) ) offrent plus de précision, en ce qu’elles font connaître que les principaux ingrédiens contenus dans nos sources sont les suivans, savoir : une quantité considérable de niuriate de soude, des sels neutres, de la magnésie, un peu de fer et beaucoup de gaz acide carbonique (air fixe). Mais les occupations pratiques de ce médecin rempêchèrent d’achever ses expériences.
En 1803 Mr. le docteur et conseiller aulique Ritter publia (^Annalen der mineralogisch.cn Societât zu Jena I. p, i55 — 172) une analyse chimique des eaux minérales de Wiesbade , d’après laquelle 7,5ooooo livres décimales d’eau, (dont la pesanteur spécifique , par une température de 1 s8° Fahrenlieit , était à celle de l’eau pure de 59°Fahrenh. comme 98, 124 est à 96,088) contiennent 0,069027 de résidu sec. L’analyse de ce résidu , ( décrit par Mr. Ritter dans son ouvrage ; Denhvürdigkeiten der SLadt T'Vieshaden B. I. p. 2O1 ) donne, sur une livre d’eau, les substances suivantes , savoir:
Sulfate de soude ^ ^V?5 grains.
muriate de soude 46 V16 *
sulfate de chaux ....
grains.
muriale de chaux ....
carbonate de chaux . . .
. • Vs
murlate de magnésie . .
iS »
cai’honate de magnésie .
alumine
"“’As »
extractif
. 3 Vi5 »
oxide de 1er
gaz acide carbonique . .
. 5 V3 pouces cubes,
La source qui a fourni ccs résultais, n'a pas été désignée par Mr. PuTTEn, il dit seulement que c’était une des plus riches.
La température de la source principale ou <lu Kochbiunnen est, suivant le même auteur, de i5i° Fahr. celle de rAdlerquclle de 140° et celle du Scliützenhof de 117°.
lia pellicule qu’on remarque ordinairement sur l’eau , a été reconnue par Mr. Rittkii, d’après plusieurs expériences avec des acides, pour une véritable chaux (crème de chaux) et les incrustations dont se recouvrent les objets plongés dans celte eau, lui ont paru être une véritable terre d’ocre, nullement alcaline, teinte par quelques particules de fer, et consistant en chaux et en magnésie précipitées de l'eau par le dé- ' gagement de l’acide carbonique.
Par l’évaporation de plusieurs de nos sources, Mr. Putter obtint encore des dllférenccs assez notables dans la quantité du résidu solide; mais
il n’indique pas le mode d’évaporation , ni les sources. Il se borne à dire que dans une source qu’il ne nomme pas , il a trouve : 0,000082 de muriatc de 1er et o,ooo65i de silice; mais nulle part de la soude libre. Quelques autres expériences firent connaître que nos eaux thermales se refroidissaient beaucoup plus lentement et se congélaient plus tard dans le même rapport, qu’elles demandaient aussi plus de temps pour entrer en ébullition que de l’eau douce chauffée au même degré, que leur chaleur hâtait la décomposition de parties animales et végétales, enfin qu’elles se conservaient longtemps dans des bouteilles bien bouchées etc.
Depuis cette analyse incomjjlète de nos eaux, faite il-y a plus de vingt ans, personne ne s’en occupa plus, quoique les sciences naturelles eussent fait, pendant cette époque, des progrès immenses et que les observations et les expériences sur les effets de ce grand remède, se fussent Infiniment multipliées.
C’est cequi détermina notre gouvernement à charger Mr. le docteur Kastneii conseiller aulique et professeur de physique et de chimie à Erlangen , mon ancien et respectable maître, d’une nouvelle analyse plus exacte des eaux de Wiesbade. Depuis plusieurs années, ce savant s’occupe de ce travail, en faisant souvent, sur les lieux mêmes, des expériences auxquelles
j'ai presque toujours assisté. Tous les naturalistes tlésircront sans doute , vivement avec moi, la prompte publication de ces recherches, ainsi que de ses expériences sur la plupart des sources minérales du voisinage , de même que de celles sur les montagnes qui les environnent, dont s’occupe Mr. Stifft conseiller supérieur des mines. En attendant, il suHira à mes lecteurs d’en connaître les résultats généraux.
Précédemment déjà , Mr. Lauk , pharmacien aulique, chimiste très-habile, qui plus tard accompagna et aida Mr. le conseiller Kastker dans la plupart de ses travaux , avait fait plusieurs expériences chimiques très- intéressantes avec nos eaux minérales.
Par l’évaporation lente continuée pendant plusieurs jours, et autres procédés convenables, il trouva dans loo livres d’eau tirée du Kochbrunnen 1 1 onces et 2 gros ou 54oo grains de muriate de soude en beaux cristaux, 807 gr, d’un précipité pulvérulent qui s’est formé pendant l’opération et 1 once i Va gros ou 670 gr. d’un sel se c tiré de l’eau mère , en total 6277 gr. de résidu solide. Dapres cela, en divisant 6277 par 100, une livre civile d’eau du Kochbrunnen contient 62,77 S*’’ fixes non délivrés
d’eau. Suivant d’autres expériences du même chimiste, il obtint de b livres d’eau, à peu-pres 7 gros d’un résidu humide et salé.
Ml’. IjAdé détermina aussi la température et la pesanteur spécili(|ue des diHerentes sources, au moyen d’un thermomètre très- exact de Ciarcy et d’un aréomètre de Bkck. Les résultats de ses recherches approchent de ceux obtenus par Mr, Kastker, et n’en différent, pour ce qui concerne la pesanteur spécifique , qu’âutant que Mr. Kastkeiî pesa l’eâu dans des vases garantis contre l’accès de l’air, soit après qu’elle y fut refroidie jusqu’à une température déterminée, soit en conservant sa propre température ou line température approximative. Mr. Kastner donna la préférence à cette raéthodp sur celle de Mr. IjAdk , parcequ’il trouva que l’eau, en se refi'oidissant à l’air, en absorbe plus ou moins', et qu’en outre, par l’évaporation qui a lien pendant les expériences aréométriques et le rei'roidissement qui en résulte , elle devient plus pesante, ce qui, sans doute, doit inlluer sur la détermination de sa pesanteur spécifique. Mr. Ladé trouva, d’aprqs plusieurs épreuves, que la plus chaude de nos sources av'^ait une température de 56° Réaumur ou 1 58° Fahrenheit. La moins chaude en avait une de 38 Va® R. ou ii8°F. à son écoulement de la montagne dans laquelle elle parcourt un chemin dont la longueur est absolument inconnue. La température des autres sources tenait le milieu entre ces deux tci'mes en s'approchant cependant duvanl^ge des plus
chaudes. C'est ainsi p. ex. que la source de l’Adler a 5y.'’ R., celle des Vier Jahreszcilcn 48° R., celle de la Kette 42° R- etc. Toutes les sources, excepté les deux plus grandes, le Roclibrunnen et celle de l’Adler, sont comme il a été dit plus haut, inaccessibles, et la température de leur écoulement n'est sans doute pas celle de leur origine,
La pesanteur spécilique de l’eau du Kochbrunnen à la température de i2°R. a été déterminée par Mr. Ladk à 356 de l’aréomètre de Beck. Celle d’une des sources les moins chaudes a été fixée à 355 74°; en conséquence le rapport de la première à l’eau distillée serait comme 1 006,5 : 1000 ou comme i,oo65o: 1,00000; celui de la seconde serait comme i,oo5a5: 1,00000.
Mr. Kastkeu ayant répété ces expériences avec le même instrument, obtint des résultats cà peu près analogues ; mais les bulles d’air adhérant à l’instrument plongé , et qu’on ne découvre souvent que par le moyen du microscope , ainsi que le changement de température de 1 eau et son adhésion pendant la pesée, occasionnant inévitablement des dlflTérences plus ou moins considérables, en suivant cette méthode,
*) Cet instrument pèse 65o parties de poids auxf|ucllcs il faut ajouter 33o pour le faire eiiioiicer dans l’eau distillée jusqu’à la j>rofondeur normale.
il en imagina une autre ; pour cet elï’et il remplit un verre (de la contenance exacte de looo gr. d’eau distillée la plus pure à la température de 15” C ) d’eau tliermale nouvellement puisée, qu’il laissa refroidir jusqu’à i5”C. ( température qui fut en même temps celle de l’air de l’appartenieiit et du verre) il ajouta ensuite promptement quelques gouttes d’eau refroidie de la même manière et puisée à la même source, il ferma le verre hermétiquement et pesa ensuite le tout sur une balance hydrostatique très-sensible de KüriKER. Un heureux hasard voulût que pendant cette expérience, qui fut souvent répétée par un beau temps, le baromètre se tînt presqu’exactement à la moyenne de Wiesbade c. a, d. 37'' ()''' et que la température de l’air restât telle qu’il a été dit plus haut. En conséquence la pesanteur spécilique du Kochbrunneii se trouva être égale à i,oo63, celle de la source spéciliquement la moins pesante, égale à 1 ,oo5i c5 les autres sources tenant le milieu entre ces deux termes, en s’approchant le plus souvent de la proportion de 1,00(13.
La température de nos sources diffère assez, à la vérité , mais ces différences ne sont pas, pour la plupart primiliv‘es, elles ne paraissent être ducs qxi’à la conduite plus ou moins longue tles eaux. Mr. Kvsthek trouva celle du Kochbrunneii de 70, 1 35 C. ou 56, 1 H. celle de la source
la moins chaude de /|8,i25C. ou 38,5 R- a son écoulement, lien est de même des autres sources dont les observations sur la température s’accordent avec celles laites par Mr. Ladk.
Les observations multiplieés de MM. Kastnku et Ladk et les miennes propres, ainsi que d’autres plus anciennes (v. Leur Versuch etc. p. 58) démontrent que la température de nos eaux thermales est presque toujours la même, dans toutes les saisons, à toutes les heures du jour, à tout état du baromètre et quelque tem])s qu’il lasse. Cette circonstance l'ait présumer que la source productrice de la chaleur est également invariable, et que l’eau ne possède qu’une trèsl'aible propriété conductrice delà chaleur, ainsi que Pi.ijN'K l’a déjà remarqué en disant : qu elle consenait sa chaleur pendant trois jours.
Mr. le piol’esseur Kastkkr institua diverses expériences tant sur ce refroidissement lent que sur la propriété conductrice de la chaleur de nos eaux; entre autres aussi d’après un procédé imité de celui du docteur l'avir, (y. llAS'ireKu Expcrimenlalphjsik 2. édit. 2. vol.’ p. 5qo) et il obtint les l esultats snivans, également intéi essans pour les naturalistes et pour les médecins, savoir: i) que l’eau de nos sources refroidit, sous des co)ulitions d’ailleurs absolument égales, beaucoup plus lentement »[ue l'eau pure et 1 eau salée de la même pesanteur spéciliquc ;
s) que ]a durée du lel'roidisserueiil esl plus {'l ande qu’elle ne devrait l’être, si comme dans une dissolution artilicicJle de Sels, elle étai't en raison composée et inverse de la conduite et du rayonnement de la chaleur, et en raison comjiosée directe de la cohésion et de l’attraction eliimi([ne entre l’eau et les substances qu’elle contient en dissolution.
La plus grande durée de refroidissement que nos eaux oH’raicnt dans les expériences de Mr, Kastimî'.r, lit présumer a ce savant qu’il y existait proportionellement une grande quantité de chaleur latente, quoiqu’il jugea par d’autres expériences que la substance qui trouble et augmente la cohésion de l’eau (l'argile siliceuse et l’extrait) ait une grande part a ce refroidissement si lent.
*) En altenclant que Mr. KastjNeu ail publié ses recherclies à ec sujet, je renvoie ceux de mes lecteurs que cette matière intéresse plus particulièrement, à l'ouvrage de cet auteur hsperimcnialp/ijrsik 2. édit. i. vol. chap. i — 3- et 2. vol. cliap 7, 10 et ii. Ils y trouveront les jirocédés ' suivant lesquels Mc.Kastxer lit ces expériences très-délicates, et comment il explora la mesure de la conduite et du rayonnement de la chaleur, celle de la coliésion et de l'attraction cliimique du menstrué pour les substances dissoutes etc.
Pour ilcteriuiner la qtianllté de chaleur latoute, on UC pouvait l’aire usage du relroidisscinent même, ce dernier étant soumis à l'induence de diverses causes, ainsi qu’il a déjà été remarqué. Pu conséquence Mr. Kastnf.ii lut obligé de trouver d’autres voies qui, dégagées de ces inlluences , conduisaient plus sûrement au but. Il examina donc
j) la capacité pour la chaleur de notre eau refroidie avec précaution par l’addition d’eau pure , en répétant et en variant souvent ces expériences. La température du mélange fut constamment moindre qu’elle ne dût l’être, si l’on avait mêlé de l’eau pure avec de l’eau pure ou avec des dissolutions artilicielles de sels.
2) 11 détermina la quantité de glace qui se fondit par des quantités déterminées de notre eau thermale, et chaque fois cette quantité surpassa de beaucoup celle qui se fondit par de l’eau pure ou par une dissolution de sels du même degré de chaleur.
D’ après cela notre eau thermale renferme plus de chaleur latente que l’eau pure ou une eau minérale artlhcielle analogue à la nôtre, et amène par conséquent à l’économie animale, qui l’absorbe en si grande quantité dans le bain, proportionellcmentplus de chaleur, tandis qu’elle
communique sa chaleur sensible en un temps plus long.
Les expériences tle Mr. Kastnkb firent découvrir encore une autre propriété à nos sources minérales, et qui semble être en rapport avec la quantité considérable de chaleur latente qu’elles renferment, savoir; qu’au moyen d’un multiplicateur électro-magnétique (appareil apparlcnant à l’électro-magnétisme , v. KASTîjEn E.rperimcntalphj'sik chap. 6.) elles produisaient un cfTet surprenant sur l’aiguille aimantée, et même déjà alors que les deux extrémités du fil métallique du multiplicateur touchaient les deux
plaques de zinc et de cuivre , plongées dans l’eau sans se communiquer. Lorsque ces deux métaux se trouvaient à la distance d’un demipouce l’un de l’autre , l’aiguille aimantée dévia avec son pôle nord de Sq" à 45° dans l’eau refroidie jusqu’à i5°C. pendant que sous les mêmes conditions , une eau pure refroidie au même degré, ou un mélange artificiel contenant des sels et de l’acide carbonique, oflraient à peine une déviation de io° à i2® et qu’une solution saturée de sels et d’acide carbonique n’en présentait que 25°. Mr. Kastjner en conclut que l’eau de nos sources est beaucoup plus riche en électricité de mixtion que tout mélange artificiel analogue , et qu’elle forme par conséquent un composé chimique (très-différent d’un mélange
de plusieurs sels) dont les principes constituans sont; d’un côté l’acide silicique, l’acide sulfurique, l’acide muriatique et l’acide carbonique, et de l’autre côté l’extrait organique l'alumine, l’oxide de fer, la potasse, la magnésie , la chaux et la soude , dans des proportions que nous indiquerons plus bas.
Mr, Kastiseu présume que la grande pression sous laquelle, sans doute, la formation de ce composé chimique s’opère, jointe à l’augmentation de la température pendant cette opération, est la cause principale de la forte tension électrique et de la grande affinité des principes constituans de ce composé; d’ailleurs nous voyons tous les jours dans nos laboratoires que par l’augmentation et la continuation de la pression les principes constituans de beaucoup de compositions chimiques acquièrent une affinité dont le simple mélange offre à peine une trace (y, Experimentalpli^sik citée chap. VHi XI et XII.).
Si un pied cube d’eau distillée de 0,97648 de pesanteur spécifique, et d’une température de 70“ C. pèse 64^5457 livres poids civil, le poids absolu de la même quantité d’eau du Kochbrunnen de la m»;me température et d’une pesanteur spécifique de 0,98000, est de 64^7783 livr. ; et supposons le poids absolu d’un pied cube d’eau pure d’une température de 18Y4C. et de la pesanteur spécifique de 0,99848, égales 66 livres.
celui (le la même quantité d'eau du Koclibrunnen, à lu même température et d'une pesanteur spcciii([ue de 1,00600, sera de 66,4970 livres.
En conséquenee un pouee cube d’eau du Kochbrunnen de la température de 70° C, pèse à peuplés 1,19954 demi-once, et 100 pouces cubes pèsent un peu au-delà de 37,4^694437 livres. Dix pouces cubes d’eau de la même fontaine, de la température de 70° C. fournirent 21,60 gr. de résidu solide et sec; dont looo pouces cubes en fournissent 2160 gr. et 1720 pouces cubes ou un pied cube 8782,48 gr. poids médicinal de IMüremberg , pendant qu’un pied cube de la température de i8V4°C. en fournirait 38oo,635 gr. c. a. d. 15,83597919 demi-onces ou presque une demi-livre. *) i
Si,, comme il a été dit plus haut (p 69) on porte les principes fixes ou solides contenus dans 84092 pieds cubes 640 pouces cubes d’eau, à 5oooo livres au lieu de 42046, il est important de remarquer que 42000 livres de résidu délivré d’eau, peuvent encore se pénétrer de plusieurs milliers de livres d’eau sans cesser d’ètre solide. — Une livre d’eau du Koebbrunnen donne , suivant l’analyse de Mr. Kastker , un peu au-delà de 67,62 gr. de résidu sec; résultat qui prouve que les 62,77 gr, de résidu en partie cristallisé obtenu d’une livre d’eau , dans les expériences de Mr, Ladé, contenaient 5,i5 gr. d’eau.
Dix pouccb* cubes d’eau du Kocbbrunncn de 70° C. puisée avec la précaution convenable, et rent’ennéc de suite dans une cornue qui comnui • nique avec l’appareil hydrargyropneuraatique, et cliautï'ée jusqu’à l’ébullition constante, fournirent 2,i5 pouces cubes de gaz acide carbonique et presque o,o3 pouces cubes de gaz azote. D’une livre de la même eau, on obtint exactement 5,75 de gaz acide carbonique et 0,08 de gaz azote. Ce dernier, à l’aide de l’eudiomètrc de Volta fut reconnu être privé d’oxigène; les deux gaz furent mesurés dans des tuyaux sulllsamment étroits et très-exactement calibrés, et où chaque pouce cube était divisé en cent parties égales.
Outre cela, l’eau bouillie dégagea par l’addition de l’acide muriatique une quantité de gaz qui, calculée pour une livre d’eau, égale 1,7064 pouces cubes de gaz acide carbonique ; de manière qu’une livre d’eau du Kochbrunnen contient en général 7,4^64 pouces cubes de gaz acide carbonique c. a. d. près de 4? 99 gi'* (ou plus exactement encore 3,977970).
Pour déterminer les substances pondérables de nos eaux, on suivit la méthode d’analyse de Murray, cependant plusieurs sources et notamment le Kocbbrunncn et la source désignée plus haut comme la spécifiquement moins pesante, furent aussi examinées par la méthode ancienne
ou par les rcacdls. Ce dernlei''^ roeddé l'ournit des résultats cpii approchèrent beaucoup de ceux obtenus par la Tuéthode de MuiinAv, et en calculant les sels séparés par la méthode ancienne, les résultats s’accordèrent presque généralement avec les précédens.
Des expériences préliminaires rurent instituées tant avec les réactifs connus qu’avec la pile galvanique (que Mr. Kastiver ejnploya déjà en 1 8ob et en 1807 pour l’analyse des sources de Bade- Bade*) et cette dernière fut éprouvée ici, comme un excellent moyen pour sé]>arer polairemcnt les acides et les hases saliliahlcs contenus dans l’eau : ses efTets expliquèrent entre autres, le motif pourquoi Mr. Kastmku porte en compte la silice comme acide et l’alumine comme base, quoique cette dernière, comme on sait, agisse aussi comme acide vis-à-vis des bases plus fortes. ^
Les évaporations furent éxécutées soit dans des vases de platine placés audessus de l’alcohol, soit sous le récipient de la machiné pneumatique (à l’aide de l’acide sulfurique absorbant l’eau,
*) Comparez son ouvrage : EæperimentcrlpJijsik a.\\Q\enne édit, 'introduct. 3- section. Les sources llicrmales de Bade-Bade 11e furent point analysées par Mr. Kastkek en i8io (comme il est dit par erreur dans l’ouvrage deKoLREUTERiJiï/jr/uZqiiellen îm Grossherzagthwn Badcn. 1822. p. u) mais
dans les étés de 1806 et de 1807.
sans augmenLalion de température). Les plicnomènes ne düTcrerent alors de 1 évaporation chaude qu’autant que l’eau condensée peu à peu, se troubla, à la vérité, insensiblement; mais ne forma point la pellicule de chaux contenant un peu d’oxide de fer, qui recouvre aussitôt la surface de l’eau pendant l’évaporation chaude à l’air libre — dans ce deruiér cas, l’acide carbonique dégagé est de suite entièrement éloigné, tandis que sous le récipient de la machine pneumatique il est obligé de séjourner plus ou moins longtemps. Ce n’est que lorsque l’acide carbonique est éloigné qu’il se forme une pellicule calcaire mince et transparente.
Une des sources les spécifiquement moins pesantes ne difïéra de celle du Kochbrunneu qu’autant qu’elle contenait un peu moins de résidu solide et de gaz acide carbonique; elle élirait de l’oxidule de fer et seulement des traces d’argile siliceuse. Les autres substances furent trouvées dans toutes les sources exactement comme dans le Kochbrunnen.
Ce fut envain qu’on chercha dans l’eau thermale et dans les résidus solides du lithium, de la baryte, du manganèse, du titane, de l’acide Loracique et de l’acide Iluorique.
D’après ce qui vient d’être dit, une livre d’eau du Kochbrunnen contient les principes suivans , savoir ;
arides.
acide carlionique . .
grains.
acide sull'uriqne . . .
acide inurialique . ,
2/|,?,5oi6i5
acide silicique . , . .
. eau
bases salijiables.
chaux . .
uiagiicsie
soude
potasse
oxide de fer
aluiuiiie
extrait organique . .
En déduisant 3, 98981 gr.
d’acide carbonique dé
veloppé par l’ébullition.
il reste.
outre l’eau
57,535782 gr. de principes salins , ce qui s’accorde assez avec 57,62 gr. de résidu obtenu par l’évaporation.
En supposant que les acides et les bases saliliables soient isolément unis entre eux, on y trouverait les sels suivans, dans les proportions que voici; savoir:
Dans une livre d’eau. — Dans lôV-jlnu'es d’eau, carbonate de magucsle
grains. grains. parties stacliéom.
0,70X15 1/^=10,675 c. a. d. presque 1 carbonate de chaux
carbonate de fer
lui
^^Viooo
®Ao
grains. grains. parties sla< lii'<>m.
0,70X15*4=10,675 c. a. (1. pfo.s([uc 1 sultalc lie soude
sulfate de cliaux
o,/(2X:i5 *4=6,4o5 w miiriale de inagnrsie
o,-i)Xi5'4=i'i,o475 »
luurialc de cliaux
luui iatc de potasse
i,2oXi5*4=i8,3o »
slliciate d’alumine
uuiriatc de soude
Au lieu de i5*/^ Hvr. d’eau, mettons l\o lois autant, ou 6io liyr. (presique 9, 5 pieds cubes d’eau de 70° C.) nous aurons :
carbonate de magnésie . . . , l\0 parties eliimiques.
carbonate de chaux ...... 80
carbonate de fer 2-/3
sulfate de soude 24
sulfate de chaux i5
muriate de magnésie ^^o
muriatc de chaux 240
muriate de potasse 4®
siliciate d’alumine 20
muriate de soude 1840
extrait hydroté (270804-270=) 27300 »
La substance rapportée sous le nom d’extrait organique offrait, dessechée , une couleur jau-
nâtrc, une saveur laile, analogue à celle delà gélatine dissoute dans 1 eau, exposée sous l'orme d’une solution aejueusc, à l’aclion d’une batterie galvanif|ue, elle se portait en grande partie vers le pôle négatil', quoiqu’une partie en l'ut décomposée. Décomposée entièrement de cette manière, par le galvanisme, elle produisait au pôle négatif (ou pôle d’argent) des traces notables d’ammoniaque , au pôle positif aucontraire de l’acide carbonique, et 1,76 gr. se séparaient, au moyen de l’oxide de cuivre, en o,/|4 oxigène, 0,1 3 hydrogène, o,3o azote, et 0,88 carbone. Elle se dissolvait facilement dans l’eau, plus diflicilcraent dans l’esprit de vin et à peine dans l’alcohol. La solution aqueuse ne contenait point d’alcali, elle troublait le nitrate d’argent et l’infusion de noix de galles, mais point l’acétate de plomb. Chauffée seule, elle répandait, en se boursoufllant et en se réduisant en charbon, une odeur de corne brûlée et donnait des traces manifestes d’ammoniaque.
D’où vient dans toutes nos sources de Wiesbade cette substance qui se montre toujours la même? Est-elle le produit de la compression de l’air atmosphérique et d’un gaz hydrogène très-riche en carbone dans le foyer de nos sources , ou bien est-elle l’extrait primitif dégagé de nos montagnes par lavage , extrait qui, suivant Mr. KAsTjsEn appartient préférablement
aux rodics non-vulcaniqucs , et se tlisliiigiic enti'c auli'cs, par sa ]))Opriété de Iduruir la luatière \eile de Pricslley et des élémens or- , i^ani([ucs, quand il est dissous dans l’eau et exposé à la lumière? Enlin cet extrait doit-il sou existence à des espèces de conf’erA es ou de tremelles qu'on découvre dans l’eau de nos sources, mais seulement lorsi[u’elle est exposée pendant tjuelt[ue temps à l’air ? • — •
Mr. KysTNF.n, en \ isitant nos sources, était persuadé qu’elles étaient d’origine volcanique, c. a. d, que les mêmes causes qui produisent ailleurs des volcans, avaient ici donné licuàrexiistence des sources thermales ; dans le cours de ses recherches ce fut principalement la grande quantité de chaleur latente, qui paiût coiilirmer cette supposition, et en attiibuanl l’origine de l’extrait organique à la compression des gaz ci-dessus nommés, ce mênie principe ainsi que la silice parleraient en laveur de celle théorie. Les objections qu’on a laites à celle dernière l’ormalion de l’extrait, étaient prises de l’expérience des chimistes que la matière organisée, c. a. d. la matière susceptible de 1ermenlalion, ou capable de se changer en matière \orte de Priestley, ne se produisait jusqu’à présent, quelques cas très-douteux exceptés, par la simple réaction chlmi([uc, mais uniquement par la nuli’ilion et la génération d’êtres orga-
nisôs. Cependant si l’on l’ait attention i) que dans des opérations où d’un côté il y a beaucoup de chaleur latente, il doit y avoir aussi, de l’autre côté, dégagement de lumière, et 2) que l’opération du dégagement de lumière est à considérer comme le premier mobile de toute organisation, de manière qu’en proportion de ce dégagement de lumière, l’activité vitale de l’organisation en général est augmentée , (v. Experimc.ntalphj'sik de Kastkeh vol. 2. chap. VIH, X et XII ) on peut aussi concevoir que la lumière se dégageant des parties salines par la combinaison de la chaleur, passe dans l’hydrogène carboné-azoté, existant originairement dans l’eau sous forme de gaz, et y contracte une affinité de composition capable de produire, avec le concours de l’eau, une substance qui, exposée au jour, se change en élémens organiques. *)
Ceux de mes lecteurs qui désirent suivre plus loin ces questions intéressantes, ainsi que les vues de Mr. Kastseii sur l’origine des sources chaudes et froides, des volcans et des treniblcinens de terre, pourront avoit recours au livre cité: E.rperi/nejitalp/iysik mais siu’tout à un ouvrage nouveau Irès-précieux du même auteur, sous le litre : Grundzilge der Météorologie , Erlangen
' 1822. 8., OÙ ils trouveront (inlroduelion p. 12
et suiv.) de quoi satisfaire leur curiosité.
En ajoutant encore à ces considéra lions les rapports géologiques des montagnes qui entourent les sources, la tliéorie sur l’origine de nos eaux thermales acquiert d’autant plus de prohabililé. On peut, à la Aérilé objecter, comme le remarque Mr. Kastixeii (ouvrage cité) que les éruptions volcaniques n’ont lieu que de temps à autre, tandis que les sources thermales restent toujours les mêmes, tant relativement à la quantité d’eau, que par rapport aux principes. Mais cette objection cesse d’en être une, suivant Mr. Kastker , si l’on admet comme la cause la plus probable des éruptions volcaniques proprement dites, la combustion, accompagnée d’explosions, de ces gaz inllammables dont j’ai parlé qui peuvent i’acilement se mettre en contact, par l’ouverture du cratère , avec l’oxigène de l’air atmosphérique pénétrant jusqu’au loyer du volcan, et s’enllammer par l’électricité terrestre, augmentant ou diminuant, peut-être, périodiquement, (ou par leur propre compression selon Mr. KASTJXEn) tandis qu’au loyer des sources llicrmales l’accès de l’air atmosphérique est très-borne, et suffit tout au plus, à ce qu'il parait, pour oxlder les radicaux des principes salins. Précédemment Mr. Kastker, (dans son traité: Grundriss der Chemic, Heidelberg 1807) dépendre la chaleur primitivement nécessaire à la naissance des volcans et des sources ibermales de
la condciisalioii clc l’aif dans l’iiiUM'idir de la Icrie et de la ehaleiir devenant par là.
Dans CCS derniers temps MM, DoiiKnKiiNF.n et ont émis des conjectures analogues pour cxplirjucr la chaleur terrestre augmentant dans les profondeurs, la chaleur des volcans et celle clos eaux thermales. Mais Mr. Kastjneu dans le XI. chap. de V Experimcntalphjsik nouvelle édition, a opposé à cette hypothèse des objections cjui méritent d’étre prises en considération.
Mr. Stkffeks prétendit récemment que toutes les sources minérales étaient des produits d’actions galvaniques dans l’intérieur de la terre. Plusieurs naturalistes ont admis sans difficulté cette hypothèse pour expliquer l’existence de ces sources, et sans nommer le véritable auteur de l’idée ; cependant Mr. Kastmer objecte que s’il s’agit d’activité polaire, il ne devrait point en résulter des sels composés, mais seulement des principes salins, dans quelques eaux il n’y aurait que des bases salifiables, dans d’autres seulement des acides 3 à moins qu’on ne suppose que les acides séparés polairemcnt ne s’approprient les hases qui leur manquent et réciproquement que les basesne s’unissent aux acides nécessaires, dans les montagnes qu’ils pénètrent.^ Mr. Kast- KER présihne toute lois, que le galvanisme terrestre ne contribue mediatement cà l’origine des volcans et des sources thermales, qu autant qu il
cU'“£ra£rc de la chaleur aux endroits ou les noies de CCS hallerics gigantesques dans rintérieur de la terre , parviennent à se décliarger , au moyen de très-bons conducteurs, et à porter à rincandesccncc continuelle ce conducteur intermédiaire, le loyer des volcans et des eaux thermales, de la même manière que de fortes batteries galvaniques opèrent cet efï'ct sur leurs lilsde communication, 11 est donc probable que ce soit la chaleur terrestre amenée sans-cesse par des opérations galvaniques de régions trèslointaines, au moyen des conducteurs intermédiaires dont je viens de parler, et qui, devenant ici libre sous forme condensée, fournisse continuellement au point de décharge des quantités immenses de chaleur (combinée précédemment dans les électricités et ne devenant libre que par leur réunion).
Autrefois, comme on sait, on croyait que les sources thermales devaient leur origine à la décomposition de couches de pyrites, parle moyen de l'eau J mais comme on n’a trouvé, suivant Mr. Ritter, qu’une seule fols, dans nos contrées, une couche très-mince de pyrites, et comme, par de semblables décompositions, il doit arriver nécessairement depuis des milliers d’ajinées, des changemens relativement aux endroits cbauds, que d’ailleurs les eaux thermales devraient être plus riches en fer, et qu’au sur-
plus il pst tlémonli’c que la phipart des yolcans manquent de couches de pyrites (v. la météorologie de KASTKKn introduction 3. section) Mr. Kastmer pense, par ces motifs et par plusieurs autres en partie déjà allégués, que l’hypothèse de la décomposition des pyrites est la moins a raisemblahle.
La saveur à peu près analogue à celle d’un bouillon de veau et l’odeur faiblement calcaire, mais particulière, que présentent nos eaux, sont dues, la première, à l’extrait organique, la seconde au carbonate acide de chaux qui s’y trouvent j car on sait que par sa volatilisation avec l’eau, la chaux, d’ailleurs si fixe, peut se dégager sous forme de gaz , ainsi que cela arrive dans les chambres nouvellement blanchies.
La réviviücation de quelques üeurs desséchées plongées dans nos eaux , phénomène toute fois très-borné suivant les observations de Mr. Kast- MER , doit être attribuée tant à la chaleur sensible, (agissant sous ce rapport comme toute autre eau chaude) qu’au dégagement lent de chaleur dont il a été question plus haut, et qui permet p. ex. de prendre de l’eau du Kochbrunnen dans la bouche sans se brfder, quoiqu’elle ait 70° C., ainsi qu'à l’électricité de mixtion ci-dessus mentionnée (v. Experimentalphjsik de Kastker chap. 'V1I)«
Les incrustations, (qui sont un carbonate et
sulFalc (le chaux, peu salé tic couleur jauniilrc ociacéc, contenant de l'oxide de Cor et un peu d’argile siliceuse), se l'onuent à mesure que l'acide carbonique sc volatilise , pendant que l’eau coule dans les conduits, ou qu’elle repose dans des vases découverts. *) En perdant insensiblement son acide carbonique, elle absorbe au contraire de l’air atmosphérique , de manière que tout le fer et presque tout le carbonate et sulfate de chaux et de magnésie se séparent sous la forme d’une pellicule et tombent peu à peu au fond.
Les expériences de Mr. Kastker firent voir en outre que la capacité de nos eaux minérales pour l’air atmosphérique par le refroidissement d’une température basse, augmente beaucoup plus que par le refroidissement successif au même degré de température. On peut se rendre raison par-là, pourquoi Mr. Kastner trouva dans une eau thermale refroidie jusqu’à la température des bains, un peu moins d’air atmosphérique (presque 2V* pour cent) que dans une eau
*) L’idée de dissoudre ces inerustations par le moyen du savon, et de renforcer la vertu des eaux minérales, ou de vouloir par-là remplacer le mélange avec l’eau de puits cliaulTée, n’est point à approuver, tant sous le rapport de la chimie Cjue sous celui de la médecine.
portée à la même température des bains par un mélange de parties égales d’eau entièrement relroidie et d’eau thermale. C’est par ce motif qu’il donne la préférence au premier procédé pour le refroidissement de nos eaux.
On voit s'élever continuellement du KochbrunneiT et de toutes les autres sources des bulles d’air — delà le nom de la fontaine. — Ces bulles pourraient être attribuées, suivant Mr. Kastner, non-seulement à l’eau chaude; mais à des sources gazeuses particulières, ainsi qu’on en voit une quantité innombrable dans la Câlin près d’Ems. Car le gaz examiné chimiquement , différa de celui développé de l’eau par l’ébullition , en ce qu’il ne contenait 'que 54 pour cent d’acide carbonique et 4f) de gaz azote. Enfin une opinion moins vraisemblable est celle qui fait dépendre ces bulles de l’air atmosphérique pénétrant du dehors dans l’intérieur de la terre, où il est privé de son oxigène par des substances oxidablcs.
Outre les sources chaudes, nous possédons encore a Wiesbade et aux environs plusieurs sources fraîches ; mais aucune qui soit entièrement froide. Il faut y rapporter :
Ija fontaine dite Faulbrunnen dont la lempératnre est de q’A” H. l'-lle ne contient itoinl d'iiydrogène snll'uré , suivant l’analyse de ]\h’. IIas'j AKit ; et s'il y en a quclcjncfols en été, il paraît être dû à des élémens organiques passi's en putréfaction. Scs principes constituans sont: un peu de gaz acide carbonique, peu de carbonate de fer, un peu de muriate et de sulfate de soude, du carbonate et du muriate de chaux du carbonate de magnésie, avec des traces de murlatc de potasse et de muriate de fer.
2. La fontaine du meunier Steiker. C’est une source qui sort froide du sable à vingt pieds audessons du terreau, et qui reçoit une chaleui* de 1 JO II. d’une autre source sortant d’une terre glaise grise, à la profonduer de soixante pieds au-dessous du sol, et offrant une saveur cà peine salée. File contient beaucoup moins de sels calcaires et magnésiens que la source précédente, moins de sullates et de muriates, point de carbonate de potasse, et aucune trace de muriate de potasse, une petite quantité de muriate de soude et à peine quelques indices de fer et de gaz acide carbonique.
3. La fontaine salée froide, située dans la cour du sieur Stteiiu menuisier aulique, et quelques autres analogues dans l’enceinte du Scliützenbof et de plusieurs maisons volsijies. Ilelativement aux principes constituans, ces sources
licnncnt le milieu entre les deux précédentes. Elles ne contiennent point de carbonate de potasse ; mais parcontre plus de carbonate de chaux, du carbonate de magnésie et du muriate de potasse. Leur température est de 1 1 à 120 R, elles ont une saveur douce; mais un peu plus salée que la source précédente.
4* Les sources minérales froides dans la cour de riiôtel dite Adler. Elles contiennent moins de carbonate de fer que le No. 1 et le No. 3 mais plus de carbonate et de muriate de chavix que le No. 2 plus de muriate de soude et de sulfate de soude que les deux Nos. précédons, point de carbonate de potasse ; mais beaucoup de muriate de magnésie et de muriate de potasse.
Les Nos. 1, 3 et 4 offrent en outre des traces de silice et d’extrait organique.
EFFETS DES EAUX MINÉRALES DE WIESBADE SUR L’ORGANISME DE L’HOMME EN GÉNÉRAL, ET DE LEUR USAGE DANS LES MALADIES EN PARTICULIER.
Le grand remède que notre Tallée fournit en abondance , agit — comme toutes les grandes forces de la nature — d’une manière extrêmement simple. De même le médecin, en prescrivaut des remèdes souvent très-composés, mais constatés par l’expérience , n’a d’autre but que de provoquer des opérations très-simples dans l’organisme de ses malades.
Nos eaux minérales , formant un composé chimique riche en principes pondérables et impondérables, offrent différentes propriétés médicinales particulières, mais dont les effets ne sauraient être conçus séparément, puisque ces propriétés indiquent seulement les difïérentes directions de l’action principale.
Nous avons vu dans le chapitre précédent que les eaux de Wiesbade contenaient une quantité considérable d’acide carbonique, de l’acide
im
Sulfurique, de l’acide muriatique, de l’acide siîicique avec de la soude, de la chaux, de la magnésie, de la potasse, de l’alumine et de l’oxide de fer, et que ces principes étaient intimément liés avec l’eau en un tout homogène dont la température élevée et notamment la chaleur latente ou spécifique font juger de l’importance de ses vertus; mais c’est surtout l'électricité, l’une des puissances les plus répandues de la nature qui parle le plus en sa faveur, et qui rend raison de son action pénétrante et énergique sur l’organisme , tant à l’état de santé qu’à l’état de maladie. Les expériences électromagnétiques, dont il a été question plus haut, se rattachent parfaitement , sous ce rapport, • aux recherches de Mr. Stifft (v. chap. IV) qui font voir comment ces deux grands leviers, le calorique et l’électricité, au moyen desquels la nature crée en détruisant et détruit en créant, lorsqu’ils rencontrent des obstacles au libre développement dei leurs forces , occasionnent dans des contrées moins heureuses que les nôtres, des révolutions terribles, au-dessus de tout calcul humain, tandisque chez nous ils répandent leurs bienfaits au soulagement de l’humanité souffrante. C’est ainsi qu’on voit la pluie tantôt fertiliser et vivifier les champs, tantôt sous d’autres conditions en giboulée, les dévaster et porter la désolation parmi les habitans.
Déjà l’odeur particulière f[ue présentent nos eaux, odeur très-pénétrante et analogue au bouillon (l’aliment le plus nourrissant) lixe l’attention de robseryateur et fait présumer qu'il y existe quelque chose de plus qu’une simple réunion de principes que l'analyse chimique a fait connaître. Il s’agit de savoir si cette odeur n'est pas l’indice d’un principe particulier, inconnu peut-être, ou déjà en partie démontré par l’extrait organique découvert par Mr. Kastkeu du moins cette substance éthérée est certainement de la plus grande importance dans l’usage interne de nos eaux ; c'est à elle sans doute, ainsi qu'à la plus grande quantité de calorique latente, (dont nous avons pai'lé) qu’il faut attribuer le motif, pourquoi on les supporte mieux et plus copieusement quand on les boit aussi chaudes que possible. La chaleur propre de nos eaux est aussi moins désagréable au tact qu’une eau minérale artificielle chauffée au même degré. Beaucoup de personnes les boivent souvent avec plaisir à une température de 5o° Pi.
Il appert déjà suffisamment par le calorique, l’électricité et la substance organique qui entrent dans la composition des eaux de Wiesbade, que toute imitation d’eaux minérales ainsi que de substances animées ne saurait jamais réussir, et que le jugement du célèbre docteur IIuFELAKD n’est pas trop sévère lorsqu’il
dit: ♦) »Les eaux artilicielles de Selters et de ») Carlsbad sont des eaux acidulés ou alcalines » trcs-prccieuses et très utiles en médecine ; mais » ce ne sont pas les eaux naturelles de Selters, »ni de Carlsbad!» — L'ingénieux Mr. Kastker signala, dans ses expériences sur la chaleur spécilique et l’électro magnétisme, des diflérences essentielles et les détermina pur le poids et les degrés; mais l’organisme de l’homme sain ou malade, est plus sensible encore que la balance et les aiguilles, et l’expérience journalière nous apprend, que les principes chimiques des eaux minérales ont souvent la moindre part à leur ef’licacité- Nous citerons pour exemples les bains de Pfeffers en Suisse, le Wildbad près de Salzbourg , le Schlangenbad et beaucoup d’autres sources qui contiennent si peu de principes constituans et possèdent cependant de si grandes vertus. Néanmoins ces principes appartiennent essentiellement autout; et la connaissance des diflférentes parties et des propriétés de notre remède, et de leurs rapports entre elles, nous fournit des indices importantes et nous conduit à des conclusions analogues riches en conséquences.
*) Practische UebersicJit der HeiUjuelhn Deutschlaiids f a. édition pag. 7.
Nos eaux minérales depuis tant de siècles et dans toutes les circonstances, n’ont éprouvé aucun changement dans leurs propriétés physiques et dans leurs principes constituans, doivent être considérées, pour ainsi dire, comme une partie, aumoins encore en quelque manière animée, du grand organisme terrestre, conservant dans toute sa mixtion intime, sa vie propre. Comjiient agissent-elles, nmintenant,-sur rorgan^isme humain ou sur ses fonctions, à 1 état de santé ou de maladie? Tel est le problème à soumettre aux médecins instruits et incapables de se laisser séduire par des systèmes. Mais malheureusement nous n’avons guère d’autres données à consulter que l’expérience ; car, soyons de bonne foi, quelques soient les progrès qu’aient faits dans ces derniers temps, la physique, la chimie, la géologie, la physiologie et la pathologie, nous sommes encore loin de pouvoir déterminer exactement et apnori la mesure des forces et leur action réciproque dans les fonctions dont nous avons parlé.
' Mais, par bonheuç, les sources de Wiesbade, connues de temps immémorial, et que tous les ans des milliers de personnes mettent à profit, laissent à notre disposition un riche et inépuisable trésor d'expérience.
Je vais donc essayer d’exposer, autant que le but de cet ouvrage le permet, les vertus les plus importantes et les usages les mieux constatés de
nos eaux llici'males dans les diiï'éreiites maladies, en m’appuyant des nombreuses observations parvenues à ma eonnaissance.
Deux points principaux doivent fixer notre attention, savoir: i) les propriétés physiques parmi lesquelles prédomine, pour nous, la chaleur propre je dirai presque terrestre. 2) les principes ehimiques, notamment l’acide carbonique, lesmuriates, les carbonates et le fer etc. Mais quelque composé que paraisse l’appareil de notre remède, ses cfïets, ainsi que nous le verrons dans les pages suivantes, sont, comme dans toutes les grandes opérations de la nature, d’autant plus simples, mais aussi d’autant plus puissans, plus harmonieux et plus salutaires.
À. BJf'ets des eaux minérales de TViesbade^ employées comme bains.
Déjà du temps des Romains, nos sources furent employées de préférence comme bains, elles en ont pris leur nom, et encore aujourd’hui, c’est sous cette forme qu’on en fait le plus d’usage 5 en conséquence nous en parlerons d’abord.
L’action de ces bains se distingue, d’après les dilTérens systèmes de notre organisation, en plusieurs elfets principaux que nous allons rapporter ;
1 ) ActioH uniforme, je jtüuri ais dire régularisation tles fonctions de la peau. Conveua- Lleinent employés , ils produisent non seulement l’augmentation de la sueur ou de la transpiration insensible, et le rétablissement de cette dernière (juand elle a été supprimée; mais ils calment l’excitation trop vive de cct organe et la font rentrer dans ses bornes, pouryû qu’elle ne soit pas entretenue ou produite par un virus spéciilque, tel que la gale, le syphilis etc , et qu’il n’existe point de désorganisations. L’action énergique de nos bains sur la peau en général, se manifeste principalement par leur propriété de rétablir la souplesse, le tissu, la couleur, la beauté et même les productions de cet organe ; c’est ainsi qu’on les a vus , employés en douches concentrées, faire revenir les cheveux aux personnes qui avaient la tête chauve. Le nombre des malades obligés de rechercher nos bains pour cette seule indication qu'ils remplissent, est très grand. J’indiquerai plus bas une partie des maladies qui s’y rapportent.
Il importe encore de remarquer les effets sympathiques de nos bains sur la peau dans les maladies du bas-vcntre, où les fonctions de l’organe oulané sont presque toujours plus ou moiiii dérangées et accompagnées
d’afTeclions rhumatismalGS ou autres; mais, sans que ces afTections existent, ils guérissent une foule de maladies du bas-ventre, seulement par le conserisus qui a lieu entre ce dernier et la peau et en augmentant l’energie de ses fonctions. Saisissant , en quelque manière, l'autre bras du levier, ces effets arrivent souvent promptement, pendant qu’on avait auparavant, longtemps et sans succès, dirigé les moyens immédiatement sur l’organe malade,
2) Un autre effet principal est l’activité du système lymphatique. Si la chaleur, et, pour ainsi dire, la vie interne de l’eau minérale, ont, peut-être, la plus grande part à son effet sur les propriétés vitales delà peau, les riches principes chimiques jouent certainement ici, le rôle principal; mais sans qu’on puisse se figurer ces deux objets scparésl’nn de l’autre. Les effets de nos bains sont surprenans dans les cas d’affections scrophuleuses, rachitiques et hydropiques qui leur conviennent. Ici, comme pour la peau, ils tendent plutôt au rétablissement de l’action uniforme et normale du système lymphatique qu’à son excitation directe, le plus souvent inutile.
3) Les eaux de "YTiesbade agissent presque généralement comme excitant sur le système vasculo-sanguin , en augmentant son action,
surtout quand elles sont appliquées, dans un degré élevé de chaleur, c’est un moyen importantde stimuler latorpeur, de résoudre des obstructions etc. Mais comme les maladies du système sanguin dépendent en majeure partie d’une action augmentée, les bains de Wiesbade ne conviennent qu’à leur plus petit nombre, à moins qu’ils ne soient dirigés contre leur cause telle que l’arthritis, les scrophules etc.
Il est à remarquer qu’un bain pris faiblement chaud ou tiède, calme les mouvemens désordonnés du système sanguin, probablement par la sympathie de ce dernier avec la peau, il' diminue le nombre des pulsations, et contribue puissamment à rétablir l'harmonie dans les fonctions de se système, et parconséquent à modérer aussi son acti- A’ité locale. Je ne connois point d’expériences décisives pour savoir si Wiesbade présente, sous ce rapport, des avantages sur les bains tièdes d’eau commune ; ce qu’il y a de certain , c’est que nos bains agissent plus fortement sur la peau que les bains communs ; mais ils sont contraires dans les lièvres et les inllammations.
Ijes bains de vapeurs, en partie bien établis maintenant dans la plupart des maisons de bains, et la possibilité du mélange d’eau
commune avec <le l’eau thermale, pcimcllent l’usage tempéré, s’il est permis de s’exprimer ainsi, de nos sources dans beaucoup de cas, où seules, elles auraient agi trop l'orleraent. Cette méthode convient particulièrement à diverses espèces de goutte j)resqu’inllammatoire encore, avec une grande irritabilité, et dans beaucoup de maladies nerveuses qui, sans cela, se trouveroient pri vées de ces eaux salutaires. Des expériences faites avec des mélanges d’eau froide et d’eau chaude à divers degrés de température , ont fourni des résultats analogues à ceux des bains de mer, lorsque ces derniers sont pris toujours un ou plusieurs degrés plus froids,
4) Les bains de Wiesbade pris tièdes et de courte durée agissent sur le système nerveux comme adoucissans et comme caïmans — sans doute par la détente générale des nerfs de la peau. — Beaucoup d’espèces de crampes, de spasmes, d’affections hystériques, hypocondriaques et autres cèdent promptement à l’usage de ces bains. Pris plus chauds, au contraire, et plus longtemps, ils excitent fortement les propriétés vitales des nerfs, et si ceux-ci ne remplissent leurs fonctions qu’iinparfaitement ou trop lentement, ils les animent} en conséquence c’est
un moyen précieux dans plusieurs espèces d’hypocondrie et d’hystérie ; mais principalement dans les pai'alysies à la suite de l’apoplexie, de la goutte, ou de diverses autres causes, où je l’ai vu souvent opérer des effets presque miraculeux. La chaleur spécifique, la tension électrique ainsi que la mixtion chimique de l’eau paraissent, dans ces cas, surpasser les vertus de tous les autres remèdes.
5) Nos bains ont peu d’influence directe sur les systèmes musculaires et osseux, ainsi que sur la nutrition. Le bien-être, le délassement que les personnes épuisées par les fatigues ou la débauche en éprouvent, doit particulièrement être attribué au rallcntissement de la circulation, à la détente des nerfs dont il a été parlé plus haut, et surtout à leur action sur la peau Dans ce sens, il ne convient pas de leur donner le nom d’un tonique direct; ils méritent plutôt celui d’un tonique indirect, puisqu’ils réussissent dans la paralysie, les roideurs, les affections du bas-A^entre et dans une infinité d’autres maux qui abattent les forces et la nutrition. En général, la question si souvent reproduite, de savoir si un bain fortifie ou affaiblit? n’a aucun sens clair et rationnel , car la force d un organisme ne consiste que dans l’exercice régulier des fonctions de toutes ses
parlies, en tin mot, dans sa santé, de manière
c]ue le vin peut alïaiblir, et une saignée peut
f'orlilier.
6) Enfin nos bains exercent encore nn eflet presque spécifique sur le système utérin, dont ils excitent assez directement les fonctions, surtout celles de la circulation et des sécrétions qui lui sont propres, de manière qu’il ii’est pas permis de les administrer dans de iortes congestions vers la matrice ou dans des dispositions aux pertes de sang; mais iis conviennent particulièrement dans les congestions avec inaction de cet organe, ils guérissent un grand nombre de maladies qui en proviennent, et font cesser quelquefois la cause de la stéritité chez les femmes. Ces bains favorisent non seulement l’activité du système en général ; mais ils calment aussi bien des irritations morbifiques , comme p. ex. dans beaucoup de cas de fleurs blanches, de menstruation trop fréquente mais en trop petite quantité etc.
Telles sont les principales indications que remplissent les eaux de Wiesbade employées comme bains ; les bornes que je me suis prescrites dans cet ouvrage, ne me permettent pas de parler des combinaisons de ces effets principaux entre eux, des effets secondaires etc. Le nombre des maladies dans lesquelles l’une ou !
IFautre de ces indications trouve son application «est trè*s-grand et très-<^tendu, on pourrait y conijprcndro une partie considérable des mau>: dont U’espècc huniaine est al'fligée, si le chapitre suilyant n'indiquait pas les exceptions fondées sur lia nature de la chose même.
Je vais essayer maintenant d'énumérer les I maladies les plus importantes susceptibles d’être I guéries par les eaux de Wiesbade, en me bor- ! nant toutefois à celles qui se rencontrent le plus fréquemment. L’indication plus exacte des cas dans lesquels ces eaux ont été utiles, ou ont procuré du soulagement, et dans quelles circonstances elles ont opéré ces elfets, voilà ce qui est réservé à un ouvrage plus étendu dont s’occupe Mr. le conseiller Leur, médecin des bains, et ou il va déposer les fruits d’une pratique de près de trente ans.
Dans la plupart des maladies que je rapporte, j’ai eu occasion de recueillir, pendant douze ans que j’exerce la médecine à Wiesbade, un grand nombre d’observations particulières; mais je dois beaucoup, et notamment la conlirmation de tout ce que je dirai dans les pages suivantes, à mon respectable oncle ci-dessus nommé.
De tout temps nos bains ont joui d’une grande réputation dans les affections goutteuses et rhumatismales de toute espèce , maladies si fréquentes, si dilferenles dans leur essence et
certes dans leurs formes extrêmes; mais congénères dans la plupart des cas, passant souvent l’une dans l’autre. Le célèbre Dr. Hüfeuakd, dans son estimable ouvrage sur les bains de l’Allemagne, appelle Wiesbade «un des principaux, peut-être le premier contre la goutte» et en effet, quoique la plupart de ces naïades vantent leurs vertus contre les maladies goutteuses, il n’en est aucune qui puisse rivaliser avec la nôtre, pour le nombre des malades qu’elles guérissent annuellement de ces maux.
Les gouttes les plus opiniâtres, les plus compliquées et les plus invétérées ont déjà souvent cédé à l’usage de nos sources , après que tous les autres moyens avaient été inutilement essayés; tous les ans un grand nombre de malades afflue chez nous, et tous les ans ils laissent dans presque chaque maison de bains, comme autant de trophées, une quantité de béquilles et de bâtons qui servaient à leurs infirmités.
Des rhumatismes aigus , du moment qu’ils ne sont plus accompagnés de fièvre considérable, sont indubitablement guéris par nos bains, ainsi que des rhumatismes chroniques et des affections rhumatismales locales.
Qui pourrait rapporter ici cette foule de rhumatismes masqués, se montrant sous les apparences de maladies du bas-ventre, de la digestion, des nerfs etc. ces complications rhumatis-
males et iiutres que nos bains ont déjà si souyent fait disparaître ?
Combien ne sont pas nombreuses les diverses espèces de goutte, tant manifeste que cachée, simple ou compliquée, dans toutes les parties du corps humain, que les sources de Wiesbade guérissent ou au moins soulagent? Depuis la plus légère douleur dans les articulations jusqu’à l’inaction générale et au racornissement des membres, un grand nombre d’individus retournent chez eux, tous les ans, parfaitement rétablis, en bénissant ces lieux. Il en est de même des paralysies goutteuses , de la roideur des membres, des anhyloses , quand elles ne sont pas trop anciennes, et des autres maux qui produisent cette terrible maladie. Aucune forme, aucune espèce de goutte n’exclut l’usage de nos sources, à moins qu’il n’existe des contreindications dont nous parlerons plus bas. Employées dans les circonstances convenables, elles sont utiles tant dans la goutte régulière que dans la goutte irrégulière , dans la goutte atonique, incomplète, errante, répercutée sur des parties internes, ainsi que dans toutes les affections locales primitives et consécutives , occasionnées par cette maladie, les inflammations intenses et les hémorragies seules exceptées. Même les métastases paraissant sous la forme de goutte chronique sont fréquemment guéries à^Viesbade.
Pourvu que d’abord l’excitation générale, la lièvre et les symptômes inüammatoires soient éloignés, notre grand remède s’oppose au transport de virus et de matières morbifiques; il fait revenir les accès plus rarement et avec moins de violence , souvent il les chasse entièrement. Lorsque la goutte menaçait de détruire un organe essentiel, nous vimes souvent nos bains arrêter promptement le mal qui, sans ce secours, aurait fait bientôt des progrès funestes.
Dans la goutte de la tête, notre source, employée quelquefois en douches, est un remède presque souverain; souvent aussi elle fut utile dans le tic douloureux de la face provenant de cause goutteuse.
De même la plupart des autres affections goutteuses locales du tronc ou des extrémités sont, en général, susceptibles d’être guéries par nos bains, notamment des douleurs fixes rhumatiso- males ou goutteuses, des tumeurs, des ankylosés,
des roideurs ou des paralysies dans les articulations. Dans ces cas, les douches sont surtout très-efficaces. Je ne dois pas oublier de nommer encore les éruptions cutanées goutteuses , les dartres, les ulcères etc.
Dans les roideurs, les ankylosés et paralysies à la suite de blessures, dans les ulcères survenus' apres des luxations, des fractures, des métastases etc. Wiesbade, par sa vertu puissamment
résolutive, rétablit Iréqucmment la mobilité, et lait qu’annucllement un grand nombre de malades puisse se passer dq^béquilles.
Dans la goutte générale avec toplius, notre remède procure , si non la guérison complète, au moins presque toujours du soulagement^ et il est rare que le mal soit tellement opiniâtre pour lui résister. '
Si, comme dans la goutte podagre et autres accès périodiques de ce genre , la disposition goutteuse est déjà enracinée, au point que ces accès tiennent cà la santé, et que l’organisme ne saurait subsister, ni remplir avec aisance ses Ibnctions sans que , par des combats répétés, il n’obtint de temps en temps un ai’mistice de cet ennemi redoutable, attaquant la vie même ✓ de la machine, dans ces cas, dis-je, nos bains rendent encore des services trés-importans; par leur inlluence, le retour des accès arrive moins souvent, ils sont moins violens, l’organisme total en souffre moins, et, pendant que la goutte a été rendue plus régulière, et qu’elle a été dirigée plus vers les parties extérieures , les malades jouissent dans les intervalles libres, ordinairement plus longs, d’une santé plus parfaite, et souvent llorissante. Fréquemment nos bains ont changé une goutte anomale <iui tourmentait sans cesse le malade, ou menaçait des parties essentielles tà la vie, dans cet état inüniment plus
supportable, quoique sans ressource, qu’on voit beaucoup plus raremcuit de nos jours, qu’au temps de Sydenham. Un grand nol)^ d’hommes respectables, des Ibnctionnaires utiles, ont été, de cette manière, rendus à eux-mêmes et à leurs i’amilies, pour la plus grande partie de l’année. Ordinairement, après l’usage de nos bains, les premiers accès sont plus violens ; mais c’est pareeque la goutte devient normale ou régulière; des crises plus distinctes et une santé plus parfaite dans les irilervallcs libres, en sont prcscjuc toujours la suite.
Sans dou^e Wlcsbadc u’est pas toujours en état de rendre la goutte normale ; mais c’est déjà beaucoup gagné pour les malades, si leur mal s’approche de la goutte normale et surtout si scs progrès vers la goutte anomale et son transport sur les organes internes sont arrêtés. Beaucoup de ces malheureux sont contents si, par l’usage répété tous les ans de nos balirs, ils peuvent obtenir de leur ennemi acharné quelque repos pour l’hiver. Déjà souvent nous avons remarqué que des malades , longtemps conservés par notre source, ayant négligé de la IVéquenter, avalent -succombé l’année suivante, chez eux, par la violence des accès.
Quelquefois les affections goutteuses sont tellement masquées que leur véritable nature est diflicile a reconnaître, et il arrive souvent
que des malades, qui ne font usage qu’accidentel- Jement de notre source, voient disparaître avec étonnement des maux qu’ils avaient attribués à des causes tout-à- fait différentes. 11 faut y rapporter des diarrhées, des fleurs blanches, des névralgies, des inflammations revenant sans cesse, des ulcères *) et beaucoup d’autres maladies dont la nature est souvent méconnue.
La goutte héréditaire est aussi peu complètement guérie par nos bains que par d’autres remèdes ; mais le malade en éprouvra presque toujours un grand soulagement.
Quant aux diverses complications de la goutte, on peut, en général, établir la règle ; que, si dans la maladie qui la complique , le bain n’est pas contre-indiqué, le malade sera rétabli, ou au moins ses souffrances seront adoucies.
*) En général beaucoup de vieux ulcères de nature goutteuse, dartreuse, scrophuleuse, psorique ou qui ont leur foyer dans le système abdominal, sont guéris chez nous, et beaucoup de malades qui, par la suppression de ces ulcères, se sont attirés des métastases sur des organes essentiels à la vie, sont guéris, eu combattant la cause des ulcères, ou bien ceux-ci se rouvrent. Nos bains rétablissent aussi la sueur aux pieds, ou autres sueurs locales supprimées, ou les font cesser en détruisant leur cause.
Dans presque toutes les maladies de la peau, les bains de WIesbade sont utiles. Us melleiit plus de régularité, comme il a été dit, dansraclioii de cet organe en général, ils rétablissent en conséquence la transpiration supprimée et guérissent les maladies provenant de cette source ; comme p. ex. les allections rhumatismales IVéquentes et variées avec presque toutes leurs suites et complications, 'pourvû qu'il u’existe plus de lièvre ni inllammation ; ils diminuent aussi la disposition aux sueurs copieuses et détruisent par-là la cause de beaucoup de rhumatismes, pareeque avec une peau toujours moite, les relVoidissemens sont inévitables. Dans ces cas, les bains employés toujours plus lïolds, avec les précautions nécessaires, sont très- avantageux, surtout aux malades sujets aux rhumatismes, aux maux de dents , aux fluxions etc. Aussi notre source a-t-elle déjà recueilli les félicitations de beaucoup de belles qui étoient sur le point de perdre leurs dents par des douleurs rhumatismales ou des congestions dans le système utérin ou abdominal ; et certes la carie prématurée des dents doit presque toujours être attribuée à une de ces causes.
L’action générale et plus régulière des fonctions de la peau obtenue par nos bains, éloignent très- souvent les sueurs désagréables et la mauvaise odeur aux pieds , aux mains ou à d’autres
parties du corps, (naturclJemcnt sans danger) ou les rétablissent, quand elles ont été imprudemment supprimées, en dirigeant les humeurs vers la peau.
Je pourrais, si Je voulais être complet, nommer encore un grand nombre de maladies susceptibles d’être guéries par nos bains ; mais cette tâche est réservée à un autre ouvrage, Je ne ferai plus mention que de quelques-unes des maladies chroniques de la peau les plus importantes, sur lesquelles nos eaux exercent une inlluence salutaire plus ou moins marquée, car il n’est pas question des maladies aigues de cet organe, par les motifs indiqués plus haut.
Telles sont les pustules dans le visage ou les Imutons qui déligurent quclquclois le beau sexe et qui ont le plus souvent leur siège dans un -, dérangement des fonctions de la peau ou des viscères abdominaux, il en est de même de la «Hsposltion aux furoncles fréquemment dûs aux mêmes causes.
Les rougeurs cuivreuses dans la ligure, les éphélldes, les taches de rousseur ne sont guéries, chez nous, que lorsqu’elles dépendent de causes capables d’être détruites par nos bains ; licaucoup de cas de cette espèce cèdent à l’usage inlerue de nos eaux.
La plupart des espèces de la grande classe des dartres, maladies qui résistent souvent aux
secours de l’art les mieux appliqués, ont à espérer ici du soulagement et même la guérison. Les espèces qui forment le peu d’exceptions ne sont basées ni sur la forme ni sur les classes établies par Plenb ou par Willan, de cette maladie protéiforme ; mais sur les causes du mal, sur les systèmes de l’organisme dans lesquels elles prennent naissance, sur la constitution du malade etc. ainsi qu’il résulte de l’introduction de ce chapitre. Cependant on voit aussi des dartres, de diverses formes , très-opiniâtres et devenues idiopathiques , guérir d’elles-mêmes et sans égard à la cause , simplement par nos bains ; souvent dans ces cas nous renforçons ces derniers par l’addition de sel de cuisine, de soufre, de fer etc j mais ordinairement cela n’a pas lieu. L’inflammation des dartres, quand même elle est assez forte, exclut rarement l’usage de nos bains, il n’y a que l’existence d’une fièvre générale ou une grande disposition à la fièvre qui s’y opposent. Nous n’avons jusqu’à présent que peu d’observations sur l’usage des bains de vapeurs établis chez nous ; mais elles parlent en faveur de cette méthode de traitement des dartres. Je dois observer encore que dans cette maladie , qui se rencontre si fréquemment ici, l’usage interne de nos eaux thermales est aussi d’un grand secours; voyez la section suivante de ce chapitre.
La gale est pronipleincnt et radicalement guérie parles seuls bains de Wicsbade ; on abrège encore le traitement, en y associant l’usage interne et externe du soufre ou d’autres moyens convenables ; mais des observations répétées prouvent que l’union de notre eau thermale avec le soufre est beaucoup plus efficace contre la gale que la solution de ce remède dans l’eau commune. Si la maladie est simple et récente, elle pourra facilement être guérie sans bains, mais si elle est invétérée , comme c’est le cas lorsque des familles entières en sont attaquées , ou si elle a déjà occasionné un désordre général dans l’organe cutané, ou un état de cachexie, s’il y a des ulcères opiniâtres et sordides, les bains d’eaux minérales sont de la plus grande nécessité, et il n’y a pas de 'remède qui égale leurs vertus.
On peut appliquer aux exanthèmes répercutés, ce que j’ai dit plus haut de la suppression de la sueur aux pieds. Nos eaux thermales sont, dans les dillérentes maladies qui en résultent, un remède puissant, souvent le seul capable de les guérir. Parmi les Individus qui recouvrent tous les ans la santé chez nous, il y en a toujours beaucoup qui souffrent des suites d’une gale imprudemment rentrée et des douleurs de membres qui en proviennent, des aiîcctions de poitrine ou du bas-ventre ou des organes des sens. Ordinairement on voit paraître
simultanément avccla guérison une éruption plus ou moins analogue à la gale ; mais pas toujours.
A cette maladie se rattachent beaucoup d’espèces d'airections syphilitiques. Personne sans doute, ne jugera les bains d’eaux minérales nécessaires au traitement d’une maladie syphilitique récente et primitive; mais les nôtres rendent des services importans dans la syphilis invétérée et qui a jeté de profondes racines dans le système osseux ou cutané, où l’on a déjà fait usage de beaucoup de mercure, et où celui-ci ne fait plus d’effet; dans ces cas,' nos bains joints à un régime et à un traitement convenable, rendent de nouveau le corps propre à ce remède, de manière qu’ensuite de très-petites doses de mercure suffisent pour rétablir complètement la santé. Ils sont encore plus essentiels, souvent même indispensables , si la diathèse scrophuleuse s’en mêle et surtout dans la terrible complication de la vérole avec la goutte et la maladie mercurielle. Cette complication une fois éloignée, la maladie cède à très-peu de remèdes, après avoir, au paravant, résisté à des quantités extraordinaires de mercure.
lljtême dans la maladie mercurielle simple, qu’elle ait attaqué préférablement le système musculaire, lymphatique ou osseux, nous possédons ici, dans nos bains, un excellent moyen, dont l’efficacité est prouvée , surtout s’il est
renforcé par du soufre, non seulement chez ceux qui sont farcis de mercure par la médecine ; mais encore chez ceux qui, en s'occupant de la dorure et de divers autres travaux chimiques ou métallurgiques, ont reçu dans le corps une trop grande quantité de ce métal volatil. De même les personnes qui souffrent des suites d'un empoisonnement lent par le plomb, le cuivre oul'arsénic, ne quitteront rarement nos sources sans leur témoigner la plus grande reconnaissance.
Les bains de Wiesbade sont plus ou moins utiles dans la plupart des maladies du bas-ventre. Presque tous les hypocondriaques, dans le sens le plus étendu, le plus grand nombre des hystériques et des malades' atteints d’hémorroïdes, tous ceux chez lesquels la vie sédentaire, une disposition héréditaire, une éducation vicieuse ont occasionné des congestions et une plus grande irritabilité dans les organes hypogastriques, source de maux innombrables, toutes ces personnes, dis je, sont plus ou moins sujettes aux airections rhumatismales et goutteuses, et toujours avec le bas- ventre la peau est, au moins en quelque sorte, malade; or les bains agissent immédiatement sur celle-ci, pendant que l'usage interne de l’eau minérale dissout les obstructions, rétablit l’action normale des organes malades, excite les sécrétions et favorise les excrétions. Je n'ai pas besoin de remarquer que
tous les malades de celte espèce ne sont pas également propres à l’aire usage de nos l)ains, et que plusieurs d’entre eux sont même incurables. Dans ces sortes de maux, l'efï’el antispasmodique de nos bains, produit par le consensus, est très-puissant; mais directement ils combattent les dlfï'èrentes aH’cctions hystériques et hypocondriaques dans leur l’oyer; ils sont donc principalement utiles dans les cas où ces maladies reconnaissent pour cause une goutte non développée ou rentrée, une gale ou autres virus de la peau imprudemment répercutes, des sécrétions habituelles de cet organe supprimées etc.
Dans les alTcctions caîculeuses , nos bains, par leur vertu antispasmodique et par la sympathie de la peau avec la vessie, procurent ordinairement un grand soulagement aux douleurs souvent insupportables; quelquefois même , on voit partir, pendant leur usage bienfaisant, des calculs assez considérables.
Des catarrhes de la vessie, des écoulemens muqueux du canal de l’urètre ou de la matrice et autres affections du système uropoïétique, si elles proviennent de cause goutteuse, rhumatismale ou psorique, sont attaquées de front par nos bains qui les combattent presque toujours avec succès; il en est de même, mais déjà avec plus de chance, lorsqu’elles dépendent d’une
<liathèse scropliuleuse ou autre. Dans les rétrécissemens du canal de Turètre, après des gonorrhées mal guéries, ou autres inflammations, de nature goutteuse ou scrophuleuse de ces parties, nous avons vu souvent, par la vertu résolutive de nos bains, opérer de grands efl’ets.
Peut-être même le diabète, tant insipide que mielleux, trouverait quelquefois des secours dans nos bains; du moins la peau, constamment sèche dans cette maladie, invite à les essayer; mais je ne connais aucune observation à ce sujet; •un seul cas de diabète mielleux que j’avais occasion de traiter, ne permit pas d’en faire usage, à cause de la grande faiblesse du malade; mais outre les toniques , ce fut principalement par des moyens qui portaient à la peau, que je parvins à délivrer le malade de ce mal opiniâtre.
Une autre grande famille de maladies susceptibles d’être guéries par nos bains, sont celles du système lymphatique, parmi lesquelles les affections scrophuleuses et rachitiques occupent le premier rang, à moins qu’une trop grande faiblesse ou une irritabilité très-vive ne s’y opposent; mais comme dans la plupart des cas, il faut particulièrement avoir égard aux obstructions et à la torpeur, ils fournissent, au moins pour le commencement du traitement, un moyen extrêmement important. Au surplus, dans toutes les maladies du système lymphatique, les moyens
clirigt's sur I;i pcan, oiU ravantage d’agir plus imnicdiafcinCTil tM phis juiissaiiimoiit , sans avoir besoin d’êlrc modillés ]>ar les oi ganes de la digestion ordinairement allaiblis. Si l’on rellécliit maintenant combien d'ean est absorbée dans nn bain irritant la peau par ses ingrédiens, on peut calculer, d’après les principes consliluans de notre eaii minérale, indiqués dans le cluq)itre précédent, combien de subslanccs, connues la plupart comme résolutives, parviennent immédiatement dans le sysième lymphatique par un pareil bain. Si l'on ajoute encore l’elTet sympathique par l’action de la peau, et au besoin l’usage interne des eaux, on se rendra l’acilement raison des nombreuses guérisons que nous obtenons tous les ans de diverses aflections scrophuleuses, rachjiiqucs et autres.
Nous voyons disparaître la disposition scrophnl eiise, ainsi ([ue les incommodités qui précèdent l'éruption de la maladie, telles c[ue catarrhes, aigreurs, llatuosilés, vers, excoriations fréquentes , morosité etc. bref dans cet état, très -connu aux médecins, de scrophulcs non développées , nos bains ont souvent réussi à étoufler la disposition et à communiquer un cours plus régulier aux périodes de développement troublées par ces accidens ; mais ils possèdent des vertus non moins puissantes dans les dilTércntes alfections scrophuleuses entière-
ment développé os, notamment dans les tnmeui’s <ii-s glandes du cou ou d'autres parties du corps, dans les engorgenieiis des glandes du has- ventre, (associés à l'usage interne de l’eau) dans les divers ulcères scropliiileux , autant qu’ils ne sont pas accompagnés de lièvre hectique, dans les ophtalmies chronicpies de nature scrophulcuse, dans les psorophtalmies et les obscurcissemens de la cornée transparente, dans les diverses éruptions scrophulcuses, même dans la teigne, dans les désordres de la menstruation et les fleurs blanches provenant de cette cause , ainsi que dans les squirres au sein et à la matrice. Nos bains l'oiU diminuer des parotides scrophulcuses, même des goëtrcs. Les tubercules scrophuleux dans les poumons et les phthisies commençantes qui en dépendent exigent, à la vérité, beaucoup <le précautions; mais ces maladies sont fréquemment guéries chez nous, c’est bien la seule espèce de phthisie qui supporte nos bains,
L’étisie scrophulcuse autant qu’elle reconnaît pour cause des obstructions, et qu’elle n’est point accompagnée de lièvre hectique, est combattue avec succès par les sources de Wiesbade, ainsi que divers maux de nerfs provenant de cette maladie, et ses suites telles que roideur, contorsions des membres, paralysies, éruptions cutanées etc.
La tumeur blanche au genou, qu’elle soit de
uaturc scrophuleuse ou goutteuse, cède dans la plupart des cas, à la vertu pénétrante et résolutive de nos eaux thermales, pourvu que les os et les ligamens ne soient pas trop dégénérés et qu’il n’y ait pas de carie. 11 en est de même des tumeurs Ibngueuses analogues, des anhyloses et des dégénérations de la main ou des autres articulations.
Nous avons déjà vu dans le commencement de cette section, et nous l’exposerons encore avec plus de détails dans le chapitre suivant, que les bains de Wiesbade ne sont pas en état de guérir toutes les affections scrophuleuses , et que dans plusieurs cas ils sont même nuisibles. Au surplus ce n’est pas ici le lieu d’indiquer les remèdes internes qu’il faut associer à ce traitement.
Nos bains s’acquièrent, tous les ans, une réputation non moins grande dans divers cas de rachitis, maladie qui a beaucoup d’aflinité avec les scrophules; sans doute lorsque la maladie est formée, c’est déjà un grand avantage quand on parvient à l’arrêter dans ses progrès. Trèssouvent nos bains préviennent ou diminuent diverses excroissances osseuses, des courbures de l’épine du dos ou des os longs, des spinaventosa et autres difformités, ils favorisent l’exfoliation de la carie rachitique et procurent sa guérison, pourvu que cette maladie ne soit pas trop avancée ou accompagnée de fièvre hectique»
Nos bains sont surtout utiles dans le premier développement du rachitis, où ils réussissent souvent à borner tellement la disposition trèsprononcée , que le mal ne parvient jamais à se déclarer. Mais, malheureusement, ceux qui sont atteints des scropbules et du rachitis, arrivent trop tard chez nous, notamment les enfans que nous voyons rarement dans les premières périodes susceptibles de guérison.
Dans les hydropisies, les malades et beaucoup de médecins redoutent certainement trop souvent l’eau. Il n’est pas dit pour cela, que les hydropisies provenant de cause rhumatismale, de gale ou d’autres exanthèmes chroniques répercutés, même celles plus opiniâtres à la suite de phlegmasies cutanées, ou celles qui dépendent de certaines affections spasmodiques, trouvent précisément dans les bains, principalement les bains de vapeurs, le remède le plus efficace. Aureste, la chaleur propre très-pénétrante de notre eau thermale , les substances impondérables et les principes chimiques qu’elle renferme ont, sans contredit , des vertus spécifiques sur le système lymphatique et sur celui des voies urinaires; et les guérisons que nous obtenons fournissent presque tous les ans des preuves de cette assertion, quoique la plupart des hydropisies, au moins les espèces les plus fréquentes, ne soient pas pour nos bains, ainsi que je le dirai par la suite.
Je dois l’aire mention encore de l'iiydrorachis, cause assez l’réfiiieiite , quekjuel’ois seulement secondaire encore , de Lcaucoup de paralysies des cxlrêmilés inl'érieurcs. Dans celle triste maladie, souvent méconnue, les bains de Wiesbade pris avec précaution, et au besoin appuyés par des remèdes internes et externes, ont dans plusieurs cas, rendu d’importans services.
Le même remède, tant par l'action augmentée ’u système lymphatique que par rexcitalion du système nerveux qu’il opère, est très-utile dans les paralysies par suite d’apoplexie, de plaies de tête ou d’exsudation métastatique dans le cerveau, ainsi que dans celles proc^nites, par l’efTet de la l'oudrc, de la frayeur ou autre affection de l’ame. Beaucoup de malades de ce genre, bénissent avec reconnaissance nos sources, d’autres acquièrent au moins un peu plus de mobilité dans leurs membres'paralysés et retournent, tous les ans, soulagés dans leurs foyers. Chez quelquesuns on emploie encore, à la vérité, outre les douches, des frictions irritantes, le galvanisme etc. et on ne doit pas désespérer de la guérison, même s’il y a faiblesse considérable et atrophie de la partie paralysée. Des amauroses ou gouttesereines de diverses especes et degrés, surtout si leur cause résidait dans la goutte ou dans des alfectlons du bas-ventre etc. ont été guéries par nos bains, qui sont aussi très-avantageux dans
la dcbilité générale et la paralysie commençante des muscles, si toute t'ois la guérison est encore possible; d’un autre côté, pris tièdes , en vapeurs, ou en général administrés seulement avec précaution , ces bains calment les spasmes les jilus viol eus provenant de cause hypocondriaque, hystérique ou autre et sont souvent et'licaces, par sympathie , dans la catalepsie et la danse de St. Guy, pendant qu’ils combattent directement les causes telles que les engorgemens dans le bas -ventre, la goutte, les scrophules, les exanthèmes répercutés etc.
Dans l’épilepsie les bains de Wiesbade ne sauraient convenir qu’autant qu’ils sont en état de guérir la cause. Le projet de les administrer dans cette maladie, à la manière des bains de mer, n’a pas encore été essayé.
Parmi les maladies du système vasculaire, dont la plupart dépendent de l’excitation de ce système, il n’y en a que très peu qui soient en état de supporter des bains aussi énergiques que les nôtres; cependant pris tièdes et mêlés avec de l’eau douce ou appliqués sous l'orme de vapeurs , ils pourront encore calmer dans les cas où on les juge ordinairement contre-indiqués. Ils sont de plus un puissant dérivatif, abstraction faite des cas où il s’agit de combattre des causes goutteuses, exanthématiques et autres de leur compétence ; mais il faut principalement encore
avoir égard à l’excitation de la peau que provoquent ces bains pour éloigner des congestions notamment celles du bas -ventre.
L’effet salutaire de nos thermes est en outre très-remarquable dans toutes les maladies d’évolution, pourvû qu’elles ne soient pas accompagnées de lièvre.
Ici elles ne contribuent non seulement par l’excitation de la peau à rétablir l’équilibre dans l’organisme, à détourner les inflammations imminentes du cerveau, des organes de la poitrine ou du bas-ventre, à calmer l’irritation du système nerveux, à prévenir les spasmes ; mais elles agissent sur presque tous les systèmes de l’organisme, en portant de la régularité dans leurs actions, ce qui arrête les actions morbifiques de quelle nature qu’elles soient, et met le corps en état de continuer ses développemens naturels, sans crainte d’être troublé. Dans presque toutes les maladies d’évolution, depuis les congestions de la première dentition jusqu’aux ossifications de l’âge de la décrépitude, les bains chauds ont été recommandés comme un moyen principal par les meilleurs médecins de tous les temps. Les cas particulièrement applicables à nos bains sont v ceux où le mal reconn-ait pour cause l’inaction des systèmes glandulaire, abdominal ou sexuel, et spécialement les diverses affections qui surviennent à l’apparition des règles et à leur cessation,
telles que spasmes, douleurs, engorgemens, Heurs blanches etc. ' Outre les effets précédemment indiqués , nos bains augmentent directement l'action vasculaire du système utérin et ne conviennent pas parconséquent dans la menstruation trop abondante; mais ils sont utiles dans la suppression des règles , les pâles couleurs , l’hystérie etc. qui en dépendent; par leur action énergique sur le système lymphatique, ils empêchent , à l’âge critique , la cessation trop prompte et trop précoce des règles, ils s’opposent à l’obésité assez fréquente à cet âge, ainsi qu’à la disposition aux squirres aux seins ou à la matrice, et offrent un moyen important, lorsqu’à la même époque de la vie, chez les hommes d’un âge mur, la goutte ou les hémorroïdes commencent â se développer. C’est ici qu’il faut rapporter aussi en partie l’effet de notre source dans la phthisie scrophuleuse commençante, dont j’ai déjà parlé, et encore un nombre considérable de maux des différentes périodes de la vie humaine, •
11 résulte donc de ce qui vient d’être dit, que les sources de Wiesbade sont fréquemment utiles dans la menstruation supprimée ou diminuée, plus rarement dans celle trop abondante, irrégulière ou accompagnée de douleurs, qu’elles conviennent dans la stérilité , dans les fleurs blanches et les diverses autres maladies du sexe.
Nous avons aussi indiqué les cas où clics sont contraires dans ces maux.
Nos bains n’ont proprement aucune action immédiate sur le système respiratoire, à moins qu’il n’y ait des causes scrophuleuses, goutteuses ou psoriques à combattre. On a fait encore trop peu d’expériences avec le gaz qui s’élève de nos sources, pour que je puisse déterminer exactement ses effets sur les organes de la respiration et les maladies qui en dépendent.
B. Effets des eaux minérales de JVieshude^ prises intérieurement.
L’usage Interne de nos eaux, ne diffère point essentiellement, quant aux effets, de leur application extérieure comme bain. Tout ce que j’ai dit dans l’introduction de ce chapitre relativement à leurs vertus médicinales en général, trouve naturellement son application ici. Ce sont les mêmes systèmes de l’organisme qui en sont affectés par ce mode d’administration, et de la même manière, seulement en quelque façon modifiée. Les systèmes lymphatique, vasculaire, nerveux et même sexuel eu éprouvent à peu près le même effet par l’un ou l’autre mode d’administration, la différence essentielle ne consiste
qu’en ce que dans les bains, les eaux thermales agissent immédiatement et le plus puissamment sur la peau, tandis que dans l’usage interne, elles se mettent d’abord en contact avec le canal intestinal et ses dépendances. L’af’linité physiologique de cet organe avec celui de la peau et ses diÜérences, permettent facilement à celui qui les connaît , à déterminer les effets que produira ce remède employé des deux manières. Si la chaleur spécifique, la tension électrique particulière et les principes salins sont les principales conditions des vertus médicinales des bains , d’un autre coté les effets prédominans de nos eaux prises intérieurement sont basés sur la mixtion chimique, notamment sur la quantité d’acide carbonique et les carbonates terreux ; mais qu’on ne perde jamais de vue l’idée d’un tout animé, en quelque manière organique, c’est ce qui fait qu’après leur refroidissement, quand même on les chauffe de nouA'cau, elles ne rendent certainement plus les mêmes services, sans parler de leur décomposition chimique inévitable. Par la même raison elles ne seront jamais en état de remplacer p. ex. les eaux de Carlsbad, quoique par l’addition d’eau de Selters, de carbonate de soude et d’un peu de sulfate de soude, on pourrait fabriquer avec les nôtres, une eau de Carlsbad ai'tilicielle qui , sous l’inllueiicc du gaz vivifiant qui s’en échappe ,. dif-
forerait très-peu àe l’eau de Carisbad naturelle, Surtout aussi par rapport aux prineipes chimiques. Toutefois est-il plus utile pour celui qui en a besoin de visiter Carisbad même, quoique dans un grand nombre de cas, les deux sources guérissent les mêmes maladies, et une parallèle entre Carisbad et Wiesbade serait sans doute, une chose agréable à beaucoup de lecteurs; mais absolument étrangère à notre ouvrage.
Prises intérieurement , nos eaux thermales produisent les effets suivans :
1 ) Elles agissent sur le système abdominal, en général , comme légèrement irritantes , ex> citantes, provoquant l’énergie vitale de ces organes, en les mettant autant que possible, à l’unisson ; elles favorisent parconséquent les secrétions de l’estomac et de tout le canal intestinal, du foie, du pancréas etc. elles augmentent insensiblement le mouvement péristaltique, elles calment les spasmes principalement par leur chaleur pénétrante et constante, et par leur portion d’acide carbonique et d’alcali; elles absorbent, par le moyen des carbonates terreux, les acides et autres aigreurs , elles résolvent , par les sels, les engorgemens, les infarctus, même les légers squirres dans tous ces organes. Elles débarrassent le canal intestinal des saburres, des glaires, de la bile et des sub-
stances à moitié digérées; enfin elles s’opposent aux congestions ^abdominales et du système de la veine-porte, ou diminuent au moins cette pléthore, en lui procurant souvent un dégorgement naturel par les hémorroïdes etc. Tout cela, elles l’opèrent sans trop irriter , ou sans laisser subsister delà débilité, au contraire elles fortifient et reserrent les fibres par le fer qu’elles contiennent, quoique ce métal s’y trouve en très-petite quantité et qu’il se sépare facilement par le refroidissement. Mais d’un autre coté elles calment aussi et arrêtent la trop grande excitation dans ces organes et même dans d’autres parties du corps, si elle a sa source dans le bas-ventre, comme p. ex. dans un grand nombre d’alfections hy stériques et hypocondriaques.
îj) En outre nos eaux augmentent les propriétés vitales des voies urinaires, elles favorisent la secrétion et l’excrétion de l’urine et la sortie de concrétions pathologiques dans ces organes.
3 ) Elles augmentent l’action du système lymphatique et résolvent les obstructions quoique dans un moindre degré que lorsqu’elles sont employées comme bains.
4) Elles relèvent les fonctions de la peau et sont pour cela souvent mises en usage pour seconder les bains.
5) Elles opèrent, presqu’aii même degré que le bain, l’augmentation de l’actibn vasculaire et excitent la lièvre.
6) Elles animent de même les fonctions du système utérin.
7) Enfin elles agissent sur le système nerveux presqu’au même degré et de la même manière que nous l’avons vu ci-dessus à l’occasion du bain ; c. a. d. elles sont calmantes dans les excitations, quand on lesprendbien tièdes et en petite quantité ; mais prises chaudes et en plus grande dose elles sont vivibantès dans les paralysies et la grande débilité.
Les maladies, maintenant, dans lesquelles les indications, dont je viens de parler, sont à remplir, et où l’usage interne de nos eaux est utile, sont en très -grand nombre; je ne ferai connaître ici que quelques-unes des principales par des traits généraux, la description spéciale de ces maux n’étant point faite pour cet ouvrage.
Les eaux de Wiesbade, en éloignant les saburres glaireuses, tenaces, bilieuses ou autres, amassées dans le canal intestinal , délivrent, parconséquent , tous les ans une foule de malades de cette oppression désagréable , de ce sentiment de pesanteur et de réplétion de l’estomac et de l’abdomen , de ces éructations onéreuses, de cette disposition aux flatuosités et aux spasmes etc. ; en absoi’bant les acidités,
elles guei’isscnt le soda ou fer chaud et la faim canine qui en dépendent , et empêchent leur retour, elles font cesser les constipations, souvent aussi les diarrhées habituelles provenant de causes semblables , ou alternant aveè elles, enliii elles rétablissent les fonctions de la digestion et avec elle l’appétit, les forces et le bienêtre.
A la vertu purgative de nos eaux se rattachent leurs propriétés vermifuges ; non seulement elles éloignent les glaires, le foyer des vers, et empêchent leur réproduction par le ton qu’elles rendent au canal intestinal 5 mais elles possèdent aussi une vertu spécifique contre ces êtres parasites. Je les emploie souvent à cette fin dans ma pratique, et j’ai fréquemment observé que des enfans arrivés ici accidentellement, ayant bu quelques verres de notre eau thermale, ont été facilement délivrés de ces hôtes incommodes qu’on avait longtemps combattus sans succès, à la maison, par les moyens les plus efficaces; même des portions considérables de ténia sont déjà souvent parties après l’usage de ce même moyen.
Nos eaux sont très-utiles dans la paresse habituelle du ventre chez les adultes et les enfans, incommodité souvent très-désagréable qui, quoiqu’elle ne soit pas symptôme d’autres maladies, en devient cependant quelquefois l’avant -cou-
reur ■ oïdinairemcnl , par l’usage continué pendant quelques semaines de nos eaux, celle fonction se rélahlit, à moins que des causes particulières, étrangères à notre objet, ne s’y opposent.
Plus importante encore est la vertu de notre source thermale dans les engorgemens de la rate, du pancréas et particulièrement du foie, son usage interne produit les mêmes effets résolutifs et peut-être encore dans un plus haut degré que dans le canal intestinal, en favorisant les actions vitales et les secrétions. Ce même remède guérit, seul et sans autres secours, la plupart des jaunisses, il fond fréquemment des calculs biliaires ou les évacue, il rétablit la digestion et la liberté du ventre lorsque ces fonctions ont été troublées par une secrétion diminuée ou vicieuse de labile, il guérit l’atonie de l’estomac, l'inappétence, la mélancolie et, beaucoup d’autres maux qui en proviennent. Par sa vertu apéritive il fond aussi des obstructions considérables dans le foie, meme de légers squirres etc , et fait disparaître souvent ces tumeurs volumineuses de la rate qui surviennent pendant ou après les fièvres intermittentes, surtout après les lièvres quartes, et sans rechute de la fièvre.
Mais c’est surtout dans les affections fréquentes et multipliées dûes à l’inaction du système de la veine- porte , et parconsèquent à la
pléthore abdominale, que convient la boisson salutaire des eaux de Wiesliade. Outre les symptômes généraux cidessus mentionnés d’une digestion troublée, ces affections sont ordinairement caractérisées par des vertiges, de 1 assoupissement, par un obscurcissement périodique des yeux, par des maux de tête, des rougeurs réitérées de la face, parla chaleur de la tête et autres symptômes d’une congestion vers cette partie ; d’autrefois il y a aussi des symptômes d’une congestion de sang vers la poitrine , tels que palpitations de coeur, anxiété, toux, crachement de sang, difficulté de respirer etc. enfin on remarque de l’engourdissement et du froid aux extrémités, de la paresse, de la morosité; avec cela le bas-ventre est ordinairement enflé et la peau extraordinairement dans l’inaction ou couverte de sueurs sytnplômatiques qui affaiblissent encore davantage le corps déjà languissant. Il faut y rapporter encore les vomissemens de sang et divers autres accidens graves, surtout aussi les affections hémorroïdales, autant que leur présence (qui n’appartient qu’à la santé relative) est troublée d’une manière quelconque.
Des hémorroïdes commençantes, muqueuses* ou fermées disparaissent par l’usage interne de notre source, sans que la santé en souffre, ou bien il s’établit un flux régulier moins incommode ; si le flux hémorroïdal s’arrête, il est rappelé, s’il
est trop fort, il est limité par nos eaux. Pendant que la circulation dans le système hypogastrique est accélérée, que les congestions de sang ainsi que les amas de glaires et les infarctus, s’il y en a, disparaissent, l’action vitale de ces organes revient à son état naturel ou normal, autant que le corps en général en est susceptible, et le malade retrouve la santé, n’importe que ce soit par le rétablissement, la limitation ou l’éloignement des hémorroïdes sanguines, muqueuses ou fermées. On conçoit aussi que les bons effets de notre source minérale ne dépendent non plus de la fréquence ni de la quantité des selles qu’elle provoque, souvent même, comme il a été dit plus haut, la limitation de cette secrétion est le problème du rétablissement de la santé.
La rétention des règles, la menstruation irrégulière, douloureuse et parcimonieuse, et avec elle la stérilité, les lleuvs blanches etc. reconnaissent souvent pour cause une semblable pléthore abdominale, et trouvent alors ici d'autant plus leur remède que nos eaux minérales possèdent aussi des vertus spécifiques pour l’établissement régulier de cette fonction. Le même remède, par les raisons indiquées ci-dessus, pourra servir aussi contre la menstruation trop fréquente ou trop abondante provoquée par les mêmes causes.
Si nous ajoutons <à tout cela, la vci'tu antispasmodique et calmante que nos eaux minérales exercent sur rcxcitation partielle du système abdominal , nous trouverons que leur usage interne convient cà un grand nombre de malheureux qui, sans éprouver précisément des douleurs, soull'rent cependant cruellement; je veux: parler des hypocondriaques et des hystériques dans le sens le plus étendu; outre leur maladie réelle, ordinairement que trop sérieuse, ils multiplient encore leurs souffrances par une imagination malade, et au lieu de consolation et d’encouragement, ils ne trouvent malheureusement chez leurs semblables que de l’insouciance et une moquerie accablante.
<^ue ceux qui, par une vie sédentaire, par des travaux d’esprit excessifs, par une disposition héréditaire, par des écarts dans le régime ou autres causes, ont perdu la digestion, le sommeil et la gaité, se rendent à Wiesbade, ils seront bientôt guéris; qu’ils A'icnnent aussi ceux qui, au teint pâle et jaunâtre, aux joues enfoncées, au regard sombre et craintif, éprouvent souvent des éructations, des ardeurs d’estomac, des nausées, un goût aigre dans la bouche, des üatuosités, des douleurs spasmodiques dans le basventre, ou qui, avec un appétit déréglé, des selles dérangées , sont quelquefois tourmentés d’un étranglement spasmodique, d’un reserreraent de
la poitrine, de vertiges, d’assoupissement, d’eteincelJes devant les yeux et d’une foule d’autres maux, qu’ils viennent et certes, ils seront presque toujours soulagés ! i
Nos eaux, par leur vertu apéritive, en favorisant les sécrétions, en calmant les nerfs de l’abdomen, rétabliront l’équilibre dans les fonctions des viscères, résoudront les obstructions, éloigneront la pléthore abdominale avec lenteur de la circulation, reveilleront l’appétit et la digestion, relevront puissamment les forces et réconcilieront ainsi le misanthrope méliant et ennuyant avec lui-même et avec la société ^ en décidant le front de ce malheureux tourmenté par mille soucis, elles le ranimeront, elles fortifieront ses facultés intellectuelles et le rendront à ses occupations et à sa famille ! Tous les ans nous voyons ici une quantité de pareils exemples qui nous remplissent de joie.
On peut juger de ce qui a été dit précédemment ce qu’ont à espérer à Wiesbade, ceuxidont le mal a pour cause ou pour complication une goutte anomale ou répercutée, les scrophules, des vices de la peau, la cachexie mercurielle etc. et le chapitre suivant indiquera, autant que cet ouvrage le comporte, les maladies qui n’ont aucun secours à attendre ici. L’examen des cas particuliers où l’on peut si souvent se tromper , les remèdes qui leur conviennent et le mode d’admi-
nistration, doit absolument être abandonné au jugement d’un médecin instruit.
ÎNos eaux possèdent des vertus analogues dans l’hystérie, au moins dans cette espèce q^ui a sa source dans des congestions, des infarctus et des amas de glaires dans le bas-ventre, ou qui dépend de la pléthore du systèhie de la veineporte, bref dans l’espèce la plus fréquente, qui n’est qu’une hypocondrie modiliée par l’organisme plus tendre, plus irvitable, plus pléthorique de la femme ; mais elles procurent ordinairement aussi des secours efficaces lorsque des désordres dans le système sexuel , particulièrement une menstruation supprimée ou diminuée ou les Heurs blanches sont la cause de cette maladie multiforme, ou s’il faut en accuser le rhumatisme, la goutte, surtout la goutte non développée, la gale masquée ou répercutée, ou d’autres vices de la peau, les scrophules pt autres maladies du système lymphatique, maladies qui peuvent aussi compliquer l’hystérie. Leur vertu adoucissante et antispasmodique exerce encore une action salutaire sur les nerfs du bas-ventre lorsque le mal consiste plus particulièrenient dans une simple discordance du système nerveux : et tous les ans nous avons ici le plaisir de voir nombre de femmes en proie à divers chagrins et souffrant des maux variés d’une mauvaise digestion ou de crampes, se rétablir par nos eaux
et rctoui’ncr gales et bien contentes au sein de leur famille; l)caucoup de filles pâles, ayant les joues enfoncées, se plaignant sans cesse de maux divers et toujours nouveaux, rejoindre le cercle de leurs compagnes, belles et joyeuses avec toute l’amabilité de leur âge et de leur sexe.
Lorsque même l’une ou l’autre de ces deux maladies (l’hypocon.di'ie et l’hystérie) est déjà profondément enracinée, que l’action des systèmes abdominal, nerveux et vasculaire est totalement en désaccord, et qu’il n’est plus possible d’espérer un rétablissement complet, ou que des désorganisations des squirres considérables s’opposent à une guérison radicale , nos eaux thermales, pax; leurs vertus résolutives, toniques et calmantes ont déjà souvent procuré du soulagement, au moins encore pour quelque temps, et ont rendu la vie plus supportable à une foule de malheureux; enfin la maladie du bas-ventre OUI du système de la veine-porte (porta malorum) a -t- elle disposé l’ame jusqu’à la mélancolie ou à la manie, notre remède a encore été utile, en opérant la résolution des obstructions etc.
Si l’on réfléchit maintenant combien il est important pour tous les malades de cette espèce d’entretenir régulièrement les fonctions de la peau, et que, je dirai presque la plupart des maladies du bas-ventre sont déjà à moitié guéries si ces fonctions sont en règle, vû l’étroite liaison
entre la peau et le bas- ventre, en outre que tous ceux dont le siège de la maladie est dans le basventre, sont plus ou moins afïèctés de goutte, de rhumatisme, et certes au moins d’inaction et, de sécheresse de la peau ou de sueurs irrégulières, et si l’on considère encore l’action sympathique très-puissante de la peau sur le bas-ventre, on conçoit facilement les grands effets que notre source est capable de produire dans les maladies dont nous venons de parler , surtout quand on joint à son usage interne celui des bains.
Mais sans doute tous les sujets atteints d’hypocondrie, d’hystérie, d’hémorroïdes ou de pléthore abdominale ne sont pas également propres à l’usage interne de notre source; ceux-là principalement ont à espérer du secours, chez lesquels il existe dans le bas-ventre des obstructions matérielles , des infarctus , des amas de glaires, des congestions de sang, (hypocondrie avec matière) néanmoins aussi dans beaucoup de cas où le mal avait de préférence son siège dans le système nerveux , notre source fut encore salutaire , le plus souvent elle lit le passage aux remèdes plus toniques comme p. ex. aux eaux acidulés- ferrugineuses.
De même que dans les altérations considérables du système abdominal, les affections goutteuses et rhumatismales ne manquent rarement, de même il est rare de trouver une disposition
goutteuse prononcée sans que le système de la digestion ne sourtVe plus ou moins. I/inappétencc , ou un appétit dévorant , les aigreurs, les flatuosités, un sentiment de réplétion et d'incommodité dans le bas -ventre, des selles irrégulières etc. sont les symptômes ordinaires des accès de goutte, ou les précèdent aussi le plus souvent. Ce sont ces maux de la digestion que nos eaux , employées comme boisson et comme bains, combattent avec le plus heureux succès dans beaucoup de cas, en relevant l’action des viscères abdominaux et en calmant l'irritation qui y existe; imitant ainsi la méthode de Sydenham et des vieux médecins, dont les remèdes
contre la goutte ne consistaient presqu’uni-
quement qu’en toniques ou amers agissant fortement sur l’estomac et les intestins. Au reste les vertus diaphorétiques et diurétiques de nos eaux doivent aussi compter pour quelque chose, car on voit toujours qu’une grande partie de la matière goutteuse est évacuée par les urines, et sous ce rapport cette boisson est d'un puissant secours pour la guérison delà goutte et de beaucoup d'autres maladies provenant d’un dérangement dans les fonctions de la peau.
11 est certain qu’outre son action sur le basventre , c’est particulièrement celle sur la peau et les reins qui rend l’usage interne de nos eaux thermales si utile dans beaucoup d’ulcères aux
pieds , dans les dartres , les taches de rousseur, les boutons et autres vices de la peau, qui, comme on sait, ont fréquemment leur foyer dans le système de la veine-porte ou dans celui de l’uterus ; même la couperose et la rougeur si suspecte du nez tiennent souvent à une semblable cause, et disparaissent à l’usage du même remède.
Nos eaux ne sont point en état d’évacuer des calculs urinaires et rénaux d’une certaine grosseur, et cèdent le pas sous ce rapport aux eaux de Carlsbad, cependant elles ont déjà souvent dissous de petits calculs et, bues en grande quantité , elles ont fait sortir des matières sablonneuses et de petites concrétions, tant par la secrétion augmentée et l’aflluence de l’urine, que par leur propriété remarquable de calmer les spasmes dans les voies urinaires; elles adoucissent l’irritation, diminuent la secrétion des glaires et font cesser la rétention d’urine si fréquente et autres symptômes spasmodiques dans cette maladie. La vertu diurétique de nos eaux est surtout très-utile dans beaucoup de catarrhes delà vessie et autres maladies semblables du système uropoiétique, dans les démangeaisons nocturnes des vieillards et l’ophtalmie chronique provenant de la suppression des urines, même dans quelques espèces d’hydropisie.
J’ai déjà parlé ci-dessus, à l’occasion des bains, de la grande et salutaire vertu de nos eaux dans
les dilTerentcs affections ecrophuleuses et rachitiques; or leur usage interne, dans la plupart de ces cas, est au moins un puissant secours; mais il devient indispensable dans les amas de glaires et d’acidités , dans les engorgemens des glandes du mésentère où les malades ont ordinairement un gros ventre etc. On voit ici beaucoup d’entans pâles, paresseux, grogneurs , pouvant à peine supporter le poids de leur ventre sur leurs faibles jambes, se rétablir complètement par le seul usage interne de nos eaux. Même dans les désorganisations scrophuleuses delà poitrine et les plithisies commençantes provenant de cette source , elles sont encore salutaires.
Pans la menstruation supprimée, dérangée douloureuse , la boisson de nos thermes est le plus souvent un adjuvant puissant des bains, et un moyen principal si le mal tient à des congestions sanguines, à des spasmes dans le bas-ventre, à des engorgemens scrophuleux et autres causes semblables dont il a déjà été question.
Parmi les maladies du système vasculaire il y en a encore moins pour l’usage interne de nos eaux que pour les bains, à moins qu'on ne veuille rapporter ici la pléthore abdominale avec ses dépendances dont il a été parlé.
Les maladies du système nerveux que nos eaux thermales, prjses intérieurement, guérissent ou soulagent, ont déjà été indiquées plus haut;
ce remède agit ici principalcnient en calmant l’excitation et les spasmes dans les plexus nerveux de l’abdomen. J’ai déjà dit, comment par sa A Crtu admirablement vivifiante , il ramène à l’état sain, l’action diminuée ou rallentie de ces organes.
Au reste, il est certain que l’usage interne ou externe des eaux de Wiesbade ne convient pas à tous les cas particuliers des maladies indiquées ; c’est une cb’ose que je n’ai pas besoin de rappeler au médecin instruit auquel seul appartient le choix. Il resuite déjà en grande partie de ce que j’ai dit en général sur les propriétés de ce grand remède, dans quelles circonstances il est inutile ou nuisible, néanmoins j’ai cru de mon devoir, de traiter cette matière séparément dans un chapitre particulier; j’ai également consacré un chapitre à la question trés-importanle de savoir comment il faut s’en servir tant^comvuc bain que comme boisson.
11 est inutile d'examiner a laquelle de nos sources il convient de donner la préférence pour l’un ou l’autre de ces usages, attendu que la différence des principes fixes ou volatils, n’est ijue très-peu sensible d’après ce qui a été dit dans le chapitre précédent.
vu.
DÉSIGNATION DES CAS DAi\S LES(^>LEIiS X’USAGE INTERNE ET EXTERNE DES \:aEX DE WIESEADE EST NEISIRLE, SANS EEFET, OU NE PROCURE (;)UE PEU DE SOULAGEMENT.
womme il n’y a pas de remède universel capable de guérir toutes les maladies de notre frêle machine, la réputation d’un remède ne peut que gagner et la fréquentation d’une source minérale jie peut qu’augmenter, quand on décrit, avec le plus grand soin , les cas dans lesquels ils ne conviennent pas. Au lieu du petit nombre d'individus compris dans cette cathégorie , et qui d’ailleurs dépensant inutilement leur argent, et perdent leur temps, bientôt le nombre de ceux à qui la source est véritablement utile, augmentera, en proportion des malades qui la quitteront étant par faitement rétablis. En conséquence, je le dois non seulement à l’humanité souffrante , mais encore à ma patrie, d’indiquer avec la plus scrupuleuse exactitude les cas oùWiesbade ne procure aucun secours, et ceux où ce secours n’est qu im-
parfait, d'après ce que la théorie et l’expérience m'ont appris à ce sujet.
(Quoique j'aie déjà traité cette matière avec assez de détails dans le chapitre précédent, je crois néanmoins devoir offrir ici un apperçu général des différentes maladies formant ces exceptions.
Nos hains sont nuisibles d'abord dans la plupart des maladies aigues , ils conviennent rarement au rhumatisme et à la goutte tant que ces alfections sont encore accompagnées de lièvre intense et régulière; une eau minérale aussi énergique que la nôtre, ne ferait qu'augmenter l'excitation du système vasculaire, au désavantage du malade, c'est ainsi que des malades atteints d'une affection rhumatismale ou goutteuse locale encore fortement enllammée, doivent agir avec prudence, car pendant que les bains combattent peut-être très avantageusement la disposition générale, le mal principal et local en est augmenté.
Wiesbade n'est point convenable non plus à , beaucoup de malades qui possèdent une constitution si délicate que les moindres irritations internes ou externes excitent aussitôt de la lièvre, des inflammations ou des spasmes, quand même leur maladie proprement dite exigerait l'usage des eaux. Cependant souvent, dans ces cas, il est encore à espérer quelque chose de nos bains de vapeurs.
Dans la goullc entièrement invétérée avec tophus , ou lorsque la disposition goutteuse a jeté des racines trop profondes dans un corps épuisé — Arthrilis in sncctim et. sangiilnem versa — aucun moyen, et parconséquent aussi aucun bain n’est en état de procurer uu secours radical, quelquefois pas même du soulagement. Il en est de même des anciennes paralysies, où la vie est entièrement éteinte dans les nerfs , et où sou action se trouve pour toujours interrompue soit par une compression impossible à éloigner, soit par une lésion mécanique.
L’atropbie légère des membres paralysées n’exclut pas la possibilité de la guérison par l’emploi convenable de la source de Wiesbade; mais celle-ci n’a que peu d’effet dans la paralysie générale et incomplette qui se manifeste par le tremblement continuel des membres, par le begayement etc. à moins que ce mal ne soit fondé sur des causes susceptibles d’être guéries par nos eaux.
La plupart des épileptiques, si toutefois la cause ou la complication de leur maladie ne réclame la source de Wiesbade, ne retireront que peu d’effet de son usage.
C’est en vain qu’on en espérera du secours dans les maladies scrophuleuses et rachitiques trop profondément enracinées , avec des dilT'ormités considérables et des membres estropiés,
et s’il y a carie ou lièvre hectique , elle ne lait que hâter la mort.
Il y a (les especes de dartres qui, étant devenues une sorte de pseudo-organisme idiopathique de la peau, sont si rebelles que rien ne saurait les guérir ; dans ces cas, il n’y a que la destruction locale de la peau qui puisse porter remède, pourvu que le mal soit encore local et que la destruction soit possible. Mais j’ai vu aussi une gale invétérée et tellement opiniâtre qu’elle ne pût être guérie que par l'usage, continué pendant plusieurs années, de nos bains, indépendamment de beaucoup d’autres remèdes tant internes qu’externes.
Les inflammations érysipélateuses augmentent par nos bains, comme par l’application de tous les remèdes humides; et quelques espèecs de dartres très -sensibles qui s’en approchent, ne les supportent pas non plus, tout au plus les bains de vapeurs.
Qu’on se garde d’aller à Wiesbade , avec la maladie mercurielle accompagnée de fièvre hectique et d’une grande irritabilité, certes on ne s’en trouvera que plus mal.
Dans les fortes hémorragies soit par la matrice, soit par les hémorroïdes ou autres, même dans la disposition aux pertes de sang, nos eaux thermales, sauf les exceptions indiquées plus haut, ne produisent ordinairement que des efï’cts
contraires, surtout si la cause du mal lient à une atonie générale des solides ou à une décomposition des fluides ou à une irritabilité générale très- augmentée. Déjà pendant le flux hémorroïdal tant soit peu fort, même pendant le cours régulier de la menstruation, il n’est pas permis de prendre des bains, excepté quelques cas particuliers à déterminer par le médecin.
La grossesse n’exclut pas l’usage de nos eaux; cependant les bains demandent beaucoup de prudence, et n’osent point être employés s’il y a disposition à l’avortement et aux pertes de sang.
Nos bains peuvent avoir des suites fâcheuses 'dans la disposition au crachement de sang ou dans des maladies inflammatoires de la poitrine, dans la phthisie commençante, dans la disposition aux congestions vers la tête, aux apoplexies etc. Souvent ils sont indiqués dans ces maladies par rapport à la cause ou à la complication du mal ; mais il faut alors user d’une grande circonspection, et si le respectable S G. Vogel dit que les bains de Wiesbade sont si chauds que tous les ans plusieurs personnes y suffoquent, il veut parler des cas, heureusement très-rares, où des malades de ce genre, par une imprudence impardonnable relativement à la température du bain, ont éprouvé des accidens.
L’usage tant externe qu’interne de nos eaux est absolument défendu dans toutes les maladies
asthéniques considérables, dans l’atonie des organes digestifs, les diarrhées et autres déran* gemens qui en proviennent , s’il n'y a pas d’obstructions, dans le scorbut, dans les hydropisies dues à une décomposition ou à une faiblesse générale, ainsi que dans celles provenant de squîrres et autres désorganisations considérables de viscères internes. Les personnes atteintes d’hydropisie de poitrine ou d’une disposition à la phthisie fleurie doivent également s'abstenir à fréquenter notre source. !
Des engorgemens considérables, des squirres de mauvaise nature dans les organes du basventre, à l’exception de quelques maux scrophuleux particuliers qui s’y rapportent, attendront vainement des secours tant des bains que de la boisson de nos eaux, ces moyens ne sauraient non plus éloigner des calculs biliaires considérables ni des concrétions tant soit peu Aolumineuses dans les reins ou la vessie.
Nos eaux thermales sont partlcuHércinent nuisibles dans les suppurations internes, dans l’état hectique en général , dans les phlhisics laryngée, pulmonaire, hépatique, intestinale, dans le cancer ouvert ou occulte à telle partie du corps que ce soit, dans la carie considérable etc. Dans ces cas, les effets d’une eau minérale aussi énergique que la nôtre, ne peuvent qu’augmenter la maladie et favoriser la décomposition générale du corps.
La règle qu’une grande faiblesse ou une irritabilité excessive contre-indiquent iVsage de nos sources, est même applicable à beaucoup de cas de goutte ; mais particulièrement à l’hypocondrie, à l’hystérie, à la menstruation dérangée, aux fleurs blanches. Même diverses espèces d’affections scrophuleuses et autres auxquelles, d’ailleurs, nos sources seraient convenables, appartiennent dans cette cathégorie, si cette malheureuse complication d’irritabilité excessive s’y trouve. Mais je n’entre point dans de plus grands détails , ils seraient d’ailleurs étrangers à cet ouvrage ; il me suffit, comme dans le chapitre précédent, d’avoir indiqué les objets principaux de cette matière,
DE LA PRÉPARATION NÉCESSAIRE A L’USAGE EXTERNE OU INTERNE DES EAUX DE WIES- RADE, ET DES PRÉCAUTIONS A PRENDRE APRÈS LEUR USAGE.
J<e traitement préparatoire pour nos eaux ainsi que pour toutes les sources minérales en général, «lépend entièrement de la nature du mal à combattre et de la constitution du malade, par conséquent c’est absolument l’alFaire du médecin de la maison ; celui-ci n’a pas moins besoin, pour cet effet, de toutes ses connaissances et de tout le fruit de son expérience, que pour le traitement de la maladie même, ayant la double indication à remplir: i) de porter l’état de la maladie ou l’organisme au point que non seulement il n’y ait plus de contre-indication importante à l’usage de nos eaux; mais que cet usage ne dérange point la méthode de traitement ; 2) de donner au malade, par tous les moyens possibles, la plus grande susceptibilité pour le nouveau remède, en conséquence non seulement de disposer convenablement le corps et de le préparer de manière
à ce que l’cau minérale puisse produire complètement tous ses eiï'ets, mais encore de délivrer l’esprit du malade de toute crainte ou inquiétude exagérée et de le remplir d’un nouvel espoir, tantôt en combattant son indifl’érence et en gagnant sa conliance, tantôt en donnant à son attention la direction nécessaire à la réussite du traitement.
Dans les trois chapitres précédens, j’ai déjà l’ourni les indices nécessaires pour arriver à ce but, et je pense qu’il n’en faut pas davantage pour cet ouvrage ; car tous les préceptes que je pourrais donner ici, ne feraient qu’induire en erreur les personnes étrangères à la médecine ou les malades , et ceux-ci essayeroient d’être leur propre médecin dans le traitement préparatoire, au risque de compromettre leur santé. En conséquence le meilleur conseil à suivre, c’est de s’adresser, pour cet objet, à un médecin instruit , et de se conformer exactement à ses prescriptions.
Le médecin connaissant parfaitement la constitution de son malade et la nature de la maladie, aura soin, avant de commencer l’usage interne de nos eaux, d’éloigner les matières grossières qui remplissent le canal intestinal, et de calmer la trop grande irritabilité des viscères et notamment des intestins , si elle existe , il tâchera de relever la trop grande faiblesse et d’arrêter, autant que faire se peut, la diarrhée etc. H dé-
conseillera le bain tant que le mal sera encore accompagné d'inllammation ou d’une disposition « prononcée à l'inllammation , et n’en permettra l’usage qu’après avoir éloigné le danger des congestions, apres avoir diminué la trop grande irritabilité et relevé les forces trop abattues.
11 serait à souhaiter que chaque malade apportât, par écrit, l’histoire détaillée de sa maladie. En général , personne ne devrait fréquenter un bain sans s’être procuré de son médecin un rapport circonstancié sur la nature et la marche de la maladie, avec les vues sur le traitement à suivre.
lies eaux minérales ne pourront jamais être véritablement utiles que lorsqu’elles sont employées comme un moyen nouveau et puissant, choisi avec circonspection pour l'état actuel du malade, en continuation d’un plan curatif bien médité, et ce n’est que d’après cette idée, qu’on pourra , s’il est nécessaire , les appuyer par d’autres remèdes. Les modilications commandées par le changement de circonstances ou par d’autres motifs importans, doivent naturellement être toujours abandonnées au médecin du bain ; mais outre ce cas, le bienêtre du malade en souffrira le plus souvent, s’il marche longtemps en tâtonnant ou s’il s’éloigne essentiellement du plan tracé par son médecin ordinaire, en tant que celui-ci mérite sa confiance.
Au reste pendant que le médecin du bain étudie la maladie presque toujours compliquée, et la'susceptibilité du malade pour la source et les autres remèdes souvent nécessaires, on perd un temps^récieux, sans parler des méprises qui pourraient arriver au sujet d’idiosyncrasies particulières de quelques individus ( car il y* en a p. ex. qui ne peuvent supporter l’opium, à d’autres la rhubarbe est contraire etc.) C’est pourquoi celui qui ne pourra se procurer l’histoirc de la maladie, devra au moins apporter les ordonnances des remèdes dont il a, précédemment, l’ait usage, quoique cela ne soit pas une compensation suflisante.
De même si la guérison complète n’a pas lieu, le malade en quittant nos bains, a besoin de la part du médecin qui l’a traité, d’une notice détaillée sur l’état de sa maladie et les remèdes employés pendant son séjour.
Mais la préparation la plus importante, la plus indispensable à celui qui cherche la santé à notre source bienfaisante , est qu’il arrive bien disposé , rempli d’espoir et de confiance , après un voyage ni trop prompt, ni trop fatigant j que son temps ne soit pas trop restreint et qu’après la cure, il ne soit pas obligé de se soumettre de suite à des occupations pénibles ou désagréables. Les sacrifices, au prix desquels, il atteint son but, seront facilement remplacés sous tous les
rapports, car aucun capital ne porte des intérêts plus hauts que celui qu'on place sur la santé. Il n'est pas moins important au succès de la cure-, que le malade soit docile, qu'il observe la modé- ^ ration dans toutes les jouissances et passions; mais ce n'est pas seulement de son séjour aux bains que cette vertu doit dater; car celui-là serait mal conseillé qui croirait pouvoir se livrer encore à tous les excès , dans l'espoir que la source minérale en efïàcera toutes les traces,
Quelques malades ont besoin, avant de venir ici , de s’accoutumer un peu avec précaution à l’air libre, afin d’être en état de se donner les mouvemens nécessaires ; il n’est pas superflu de se pourvoir de vêtemens chauds pour ce garantir contre la fraîcheur de l’air du matin et du soir, ainsi que contre les changemens de température pour lesquels le corps excité par les bains et la boisson de l’eau minérale, est d’autant plus susceptible. Dans beaucoup de cas quelques bains tièdes domestiques sont une préparation convenable pour ceux de Wlesbade.
Le traitement à suivre après l’usage des eaux est encore essentiellement de la compétence du médecin de la maison , car il s’agit des soins à donner au malade après son retour de nos bains ; ce traitement doit être modlJié, ainsi que le traitement préparatoire, d’après la nature, le dégré et les complications de la maladie , d’après la
constitution et la susceptibilité du malade, d’après le temps et la manière dont il a l'ait usage des eaux, enlln d’après les clï’ets qu’elles ont produits. Sans doute tous les malades ne quittent pas nos sources complètement guéris. Il y en a beaucoup chez lesquels la plus grande partie de leurs soulï'rances se trouve enlevée , chez plusieurs c’est seulement le commencement du traitement, souvent ce n’est qu’au retour dans les foyers qu’on voit paraître des évacuations critiques, des éruptions etc. ; d’autrefois la guérison arrive sans crise distincte par une amélioration insensible. Parconséquent après avoir terminé le traitement aux bains , et jusqu’à son parfait rétablissement, le malade sentira la nécessité de continuer à recevoir les soins, ou au moins à se faire observer par un médecin instruit, et celui-ci trouvera dans les trois chapitres précédons les indications concernant spécialement les sources de Wiesbade j le médecin des bains dans la notice qu’il remettra à chaque malade, communiquera ses vues sur le traitement à suivre ultérieurement , de manière qu’il ne me reste plus à donner dans cet ouvrage, plus particulièrement destiné aux malades, que quelques règles diététiques à observer après l’usage des bains.
Le malade de retour dans ses foyers, aura soin dç ne pas faire des changeniens trop grands
ni trop brusques clans le régime et la manière de vivre qu’il a observés aux bains. On a vu souvent un voyage trop fatigant, la reprise subite d'occupations accumulées accompagnées quelquefois de travaux excessil’s ou de fautes dans le régime , anéantir le fruit de tout le traitement aux bains, aussi bien que le retour aux pêchés favoris, source de la maladie. La plupart des malades revenant de nos eaux , ont besoin encore à la maison de quelque temps de repos, et ne doivent reprendre que peu à peu le régime et les occupations antérieures. Aux personnes faibles et encore attaquées par le bain, il faut , outre le repos et les soins, un régime l’ortiliant , mais pas trop excitant.
On évitera surtout les causes occasionnelles de la maladie, notamment les excès de table. Les malades sujets aux rhumatismes se garderont des refroidissemens, ceux qui éprouvent des embarras dans le bas -ventre observeront une alternative convenable entre le mouvement et le repos etc.
Qu’on ne se lasse pas si la maladie, en apparence encore peu changée, exige la continuation des remèdes, et ne diminue que lentement. Ce n’est le plus souvent qu’au retour dans les foyers, qu’est posé le clausoir au batiment dont la perfection et la solidité ne pourront être reconnues que par le connaisseur dans les fondemens.
C’est à tort, sans doute, qu'on l'ait passer pour une vaine consolation les elï’ets consécutifs des eaux minérales ; car dans mille et mille cas l’observation en a constaté la vérité aux plus incrédules, et la théorie ne se refuse pas d’admettre que la nature ne puisse fort bien achever seule l’opération de la guérison une fois commencée, sans avoir besoin à Ift lin, des secours du remède principal. Je connais un grand nombre d’exemples où les béquilles ne furent déposées qu’en revenant à la maison, et où le malade qui commençait déjà à désespérer, y a recouvré sa parfaite santé! •— Même la plupart des malades guéris par notre source , ne sentent complètement les elfets salutaires du traitement que lorsqu’ils ont repris peu à peu leur manière de vivre et leurs occupations accoutumées; mais pour être assuré de ce sentiment vraiment délicieux, il est indispensable d’observer un régime et un genre de vie convenable, le mieux sous la direction d’un médecin qui connait la maladie.
Ce serait le cas de parler ici de la nécessité de répéter souvent le même traitement à Wiesbade; mais cela me conduirait trop loin, aureste on trouve dans les chapitres précédens tout ce ' qui est relatif à cet objet, autant que le but de cet ouvrage le comporte.
Je termine parconséquent ce chapitre avec l’observation très-importante que tous les malades
en apparence parlaltcmcnt guéris , ont encore Jiesoin pendant quelque temps de grandes précautions , s’ils veulent atteindre complètement le but de leur voyage. Les organes de la peau et des voies urinaires ainsi que tous les organes sécrétoires continuent encore d’être dans un état d’excitation, le corps ayant toujours encore besoin de ces excrétions; d’un autre côté l’irritabilité est augmentée , la susceptibilité pour les refroidissemens et les fautes dans le régime est beaucoup plus grande ; qu’on évite parconséquent toutes les causes de maladie pendant quelque temps avec des soins redoublés, et qu’on ne passe que peu à peu au genre de vie accoutumé, surtout si celui-ci menace la santé de quelque manière que ce soit.