INSTRUCTION POUR L’USAGE CONVENARLE DES EAUX DE WIESRADE
■Avant de parler du temps et de la manière de se servir de nos eaux minérales, je ne dirai que deux mots sur la saison et la durée de la cure en général.
L’été, depuis le mois de Mai jusqu'au mois de Septembre est la saison la plus favorable aux bains d’eaux minérales; on y va surtout dans les mois de Juillet et d’Août, et c’est à juste titre, parce qu’alors la nature a déployé sa plus grande activité, et la vie externe de l’organisme terrestre stimule plus puissamment toutes les forces tant dans le règne végétal que dans le règne animal et notamment chez l’homme. De grands agens, connus peut-être aux naturalistes que dans leur moindre partie, aident le corps malade à combattre son ennemi ; sans parler du temps ordinairement plus constant et plus chaud à cette époque, des jours plus longs, des sociétés plus nombreuses et plus agréables aux bains etc.
Cependant la nature n’agit pas seulement d'après ces loix générales : beaucoup de Heurs que la chaleur de l’été dessèche poussent déjà sous la première neige de l’hiver, d’autres ne viennent qu’tà la fraîcheur de l’automne; ici des fruits mîirissent déjà dans les mois du printemps à côté d’autres qu’on ne peut manger qu’à l’époque d’une gelée blanche. Que le médecin suive, pour l’organisme malade, l’exemple de la nature dont il est le ministre , et qu’il ait toujours en vue l’individu, en n’oubliant pas les loix générales.
Quoique dans la plupart des cas on fasse usage de nos eaux dans la belle saison, ce traitement peut néanmoins aussi avoir lieu dans toute autre saison, et c’est à tort que beaucoup de malades se croient obligés de porter tristement leur fardeau pendant des mois entiers, eu attendant la soi-disant saison des bains , puisqu’alors le mal est invétéré , et parconséquent plus difficile à combattre que dans le principe sans le secours de la saison.
11 n’y a que les malades attaqués de goutte opiniâtre et ancienne , de paralysie etc. les vieillards ou les personnes qui leur ressemblent ' par la roideur de la fibre, par une constitution faible, peu irritable, chez lesquelles la somme des puissances excitantes ne saurait être assez grande , qui choisiront avec avantage les mois
d’clc les plus chauds. Celte saison est aussi préférée par ceux qui ne visitent ces lieux que pour leur plaisir et leur récréation; maisàl’cxw ception de ces cas, tous les autres malades peuvent recouvrer la santé à Wiesbade dans toutes les saisons de Tannée et quelque temps qu’il fasse; en elTet dans Tété pluvieux et désagréable de ibi() nous comptions ici , avec surprise, plus de malades guéris que, proportion gardée, dans toutes les autres années qui soient à ma connaissance. Mais, sans doute ceux qui viennent à Wiesbade dans ces conjonctures poursuivront leur but avec plus de fermeté, ils seront plus sévères à Tégard du régime et de la manière de yivre que dans la saison ordinaire, très-bruyante ; au lieu do rechercher les divertissemens , ils y renonceront plutôt dans Tintcrêt de leur santé. Aureste le temps et les circonstances dirigeront déjà les malades à cet égard; et telle était probablement la cause du grand nombre de guérisons obtenues en i8i6.
Mais pour prouver combien peu un temps doux et chaud, indépendamment d’une conduite convenable , est nécessaire pour éviter les maladies rhumatismales et autres analogues, ou pour les guérir, je citerai le fait que la véritable saison des bains chez les anglais, dans leur célèbre 13ath, est précisément en hiver.
Dans la plupart de nos maisons de bains on
li'ouvc aussi, comme il a été dit plus haut, l’occasion de prendre des bains en hiver avec plus ou moins de commodités et sans le moindre danger,
11 est vrai, qu’en hiver les rerroidisscmens sont plus à craindre; mais avec quelques précautions il est facile de les éviter, et les effets de notre source sont absolument les mêmes en hiver comme en été , ainsi qu’il est prouvé par la théorie et par l’expérience. Beaucoup d observations nous ont appris aussi, qu’un traitement commencé dans la bonne saison contre diverses maladies opiniâtres, telles que des paralysies, certaines dartres, la goutte très -invétérée etc., et exigeant pendant plusieurs mois l’usage non-interrompu de nos bains, a été continué avec succès en hiver. En conséquence dans les restes de goutte aigue, dans les métastases réelles ou probables de cette maladie sur des organes essentiels, dans les paralysies provenant de la goutte ou de l’apoplexie etc. en un mot dans , tous les cas urgens, il serait impardonnable de différer trop longtemps l’usage d’un remède aussi important.
Les personnes très-irritables, facilement disposées aux sueurs , et par-là à l’épuisement et aux refroidissemens, préfèrent même avec avantage le printemps et l’automne, à l’été. Celles qui ont les nerfs très-faibles et très-excitables
font mieux d’cvilcr le bruit et rcncombremcnt 'de nos bains aux mois de Juillet et d'AoTil.
Le printemps, où tout ce qui respire se rejouit de nouveau de la vie, et qui par la douce chaleur du soleil et le délicieux parfum de la végétation, dispose l’ame et le corps à la galle et les rend plus propres à recevoir toutes les impressions, le printemps, dis-je, pourquoi ne favoriserait - il pas souvent davantage le traitement d’une maladie aux bains , que la chaleur quoique plus forte de l’été ? La jouissance encore nouvelle de l’air libre, le plaisir tous les jours plus vif à l’aspect des beautés de la nature, raniment le courage et excitent les Ibrces assez puissamment, (si toutefois l’ennemi n’a pas pénétré trop en avant) pour pouvoir se passer de la chaleur brûlante de l’été et pour pouvoir quelquefois supporter la fraîcheur de l’air. Je recommanderais particulièrement le printemps à la plupart des personnes qui emploient nos eaux intérieurement comme remède principal. En buvant de l’eau thermale, et avec quelques précautions, on se préservera facilement des refroidissemens. Enfin le printemps , en dissipant les nuages devant le front, et en permettant plus de mouvement , contribue puissamment avec la boisson salutaire à résoudre les obstructions que l’hiver produisait on entretenait dans le système de la veine-porte j à cela se joint
encore une nourriture plus tendre iournic par la jeune verdure des jardins et des champs, la possibilité de faire usage de jus d’herbes ou des soi-disant cures printanières etc.
La durée d’un traitement dans nos bains dépend d’une infinité de circonstances; mais principalement de la nature de la maladie, de la susceptibilité et de la manière de vivre des malades, etc. pendant que l’un guérit dans huit à quinze jours, l’autre a besoin de plusieurs mois. On ne peut donc absolument rien dire de positif à cet égard; la cessation de la maladie, autant qu’on peut l’espérer ici , fournit le terme du départ qui arrivera d’autant plutôt que le malade était plus prudent et plus docile relativement au régime, à la conduite et à l’usage de notre remède. La plupart des malades restent trois à six semaines ici. Des cures partielles ne peuvent proprement être utiles que lorsqu’on fait usage de notre source pendant un temps suffisant et jusqu’à l’époque d’un effet déterminé, et qu’on attende ensuite à la maison les effets consécutifs , qu’on observe le repos , qu’on ne néglige ni les soins, ni les remèdes indiqués, et qu’on retourne ensuite l’année prochaine convenablement préparé. Cette méthode a souvent produit les meilleurs effets ; mais presque toute autre interruption fait que la cure ne devient qu’une mesure incomplète.
Pour ce qui regarde la manière d’administrer notre grand remède, ou peut lui appliquer ce qui s’applique naturellement à tout autre remède, savoir que celui-là parmi les médecins, fait les plus heureuses cures , qui sait le mieux et avec le plus de précision distinguer les cas individuels. Car toutes les règl<?s qui vont suivre, quoique calculées pour la plupart des cas, souffrent cependant des exceptions au cas particulier.
A. Instruction pour Vusage des bains de ff-^ieshade.
C’est sous la forme de bains qu’on tire le plus de parti de nos sources qui en portent même le nom, et la foule des maladies ou des inlirmités qui peuvent en espérer des secours, est très-considérable, ainsi jque nous l’avons vu au chapitre sixième.
Nous avons également traité la question de savoir : quelle source le malade doit choisir et si en général il convient de choisir, ainsi que celle, peu facile à décider, si le relroidissemcnt de l’eau thermale doit se faire dans le bain ou si 1 on doit préférer un mélange d’eau thermale entièrement refroidie et d’eau naturellcnicnt chaude i
A quelle hauteur du corps doit-on plonger dans le bain? c'est ce qui dépend de la maladie et de la manière dont elle doit être combattue etc. On fait usage ici de bains de pieds , de bains de genoux , de demi-bains et de bains entiers, de douches et de bains de vapeurs ; il en a déjà été question , en grande partie , dans le cinquième et sixième chapitre.
Les bains de pieds et de genoux sont employés soit comme dérivatifs de l’organe cérébral, soit dans les alï'ections locales des extrémités inferieures. A-t-on pour but une dérivation ou un efïct local énergique? on les prend assez chauds de 27 à 3o'*Il. Si l’on ne veut se baigner que jusqu’aux genoux, on n’a pas besoin d’aller dans un bain ; mais on se lait porter l’eau dans la chambre, dans une cuve particulière qui va jusqu'au pli du genou. C’est ce qu’on appelle des bains de bottes. On en fait le plus d’usage le soir, après avoir déjà pris le matin un demibain ou un bain entier.
JiCS demi -bains sont indiqués lorsque les extrémités inférieures sont préférablement affectées, et qu’il s’agit de détourner des congestions de la tête ; on les emploie encore lorsque, par le bain, on veut agir davantage sur le basventre, ou qu’une poitrine faible ou souffrante ne supporte pas l’immersion dans l'eau. Auresle cette matière a déjà été traitée précédemment,
ici il ne s’agit que de la manière de prendre les hains. Ou s’assied dans l’eau jusqu’à la moitié «lu corps, tout au plus jusqu’au creux de l’estomac, Potir cette espèce de bain, on recommande des chemises courtes de laine, parce qu’elles sont plus chaudes que celles de lin et qu’elles n’occasionnent pas si facilement des refroidissemens à la partie du corps située hors du bain, et mouillée par hazard. En général les cheniisps courtes pour les bains méritent la préférence, les chemises longues sont incommodes et donnent facilement lieu à des refroidissemens quand on retire la partie plongée, elles arrêtent aussi en quelque manière l’effet de l’eau. Des linges secs dont on se recouvre et qu’on peut souvent changer pendant le bain présentent également des avantages marqués. Mais si, comme c’est ordinairement le cas, l’air audessus du bain n’est pas trop frais , que la peau du malade n’est pas trop sensible, on fait mieux de prendre les demi-bains sans chemise. Cette fraicheur de la partie supérieure du corps sera surtout utile , si l’on a l’intention de faire une dérivation.
Des lotions et des fomentations froides sur la tête , ne sont mises en usage que pour des cas particuliers où cette partie est attaquée ou menacée de congestions, et alors elles exigent de la prudence.
Les bains entiei’s sont ceux dans lesquels on s’enfonce jusqu’au cou; ce sont, sans contredit, les plus clïicaces et les plus fréquemment employés. Je ne conseillcrois pas de mettre une chemise. Mais il est très-utile, pour toute espèce de bain, de s'envelopper, en sortant de l’eau, d’un manteau de laine bien chaufï'é et de se mettre ainsi au lit, on n’a besoin alors que de s’essuyer légèrement , opération pendant laquelle les refroidissemens arrivent si fréquemment, la chaleur égale et la légère friction de la laine augmentant les effets du bain.
H est bon de se donner toujours un peu de mouvement dans le bain , cela favorise la résorption et tous les effets du bain; qu’on frotte surtout les parties souffrantes avec la main ou avec des éponges, les porcs s’ouvrent parla et les effets de l’eau en sont augmentés. Mais si l’on a l’intention de faire une dérivation ou de calmer les nerfs, alors il vaut mieux de se tenir tranquille dans le bain et de ne pas irriter la peau.
11 est absolument dangereux de dormir dans le bain ; la lecture ne peut être accordée que dans quelques cas rares et avec des restrictions; le mieux c’est d’avoir de la société dans le voisinage ou des domestiques à ses ordres.
La température du bain diffère suivant l’excitabilité du malade, suivant le but qu’on se
])i’oposc, la durée du bain et autres circonstances. On prend le bain, en général, à une température de 36 à 28° R. mais cela varie; pendant que des sujets irritables et pléthoriques sont déjà trop écbaulïés de 26° R- des personnes phlegmatiqucs, surtout des vieillards, ont besoin de 29 à 3o°R. pour ne pas avoir froid ; certains hypocondriaques et hystériques ne se trouvent bien que d’un bain tout à fait frais, dans la goutte invétérée, au contraire, il faut qu’il soit aussi chaud qu’on puisse le supporter. Le tact, quand il est exaetement suivi, en est le meilleur guide. On peut admettre comme règle générale: que dans le bain, le malade doit sentir une chaleur agréable, à-peu-prés comme dans un lit chaud. S’il y ressent des frissons, c’est une preuve que le bain est trop froid pour lui, quelque soit le dégré du thermomètre ; mais il y a du danger si le bain est trop chaud et que le malade y sue etc. Les exceptions de cette règle doivent être déterminées par le médecin.
Le malade ayant trouvé de cette manière, la température qui lui convient , il est facile de la régler ensuite d’après le thermomètre, on acquiert aussi bientôt l’habitude d’essayer chaque fois le bain avant d’y descendre , en y plongeant le pied ou le coude. Mais quand on est échaufTé ou qu’on a extraordinairement froid, le tact ne peut pas servir exactement de mesure
de comparaison; souvent on est aussi difl’éremment disposé , et l’on trouve désagréable aujourd’hui, un degré de chaleur qui nous convenait encore fortement hier; il faut alors faire changer le bain, d’autant plus que la différence est peu considérable; mais les grandes déviations sont nuisibles , quand même le tact les exigerait.
Celui qui reste longtemps dans le bain, surtout dans un temps frais , est obligé de recevoir petit à petit un peu d’eau chaude , afin de conserver au bain le même degré de chaleur. Pour cet effet, on fait bien de se servir du thermomètre, car le tact, accoutumé depuis longtemps au stimulus de la chaleur , ne saurait plus être un guide assuré. •
Il est important encore de remuer convenablement le bain avant de s’y mettre , surtout si l’on a ajouté de l’eau chaude ou de l’eau froide, afin qu’il n'y ait pas une différence de température entre les couehes d’eau.
La durée du bain dépend encore de différentes circonstances dont nous avons déjà parlé. C’est toujours une règle générale, surtout à l’égard des eaux si énergiques de Wiesbade, de prendre les premiers bains ni trop longtemps ni trop chauds. Un quart d’heure à une demi-heure est assez pour le commencement ; s’il y a des motifs particuliers, le médecin en ordonnera autrement.
Les personnes irritables, affaiblies, sujettes aux spasmes et aux syncopes, ainsi que les pléthoriques et belles qui sont menacées de congestion agiront surtout avec prudence.
Peu à peu on prolongera le séjour dans le bain jusqu’à trois quarts d’heure ou une heure et au-delà, et l’on fera ensorte d’y rester chaque jour cinq à dix minutes plus longtemps.
Il ne faudra pas non plus , au commencement, se baigner ‘deux fois par jour avant d’avoir éprouvé les effets de l’eau sur le corps. Au reste, il en est du bain comme de tous les autres remèdes., même des alimens et des boissons; ce n’est pas le nombre et la quantité déterminée qui nous sont utiles ; mais ce que notre organisme est en état d’assimiler c’envenablement ; tout ce qui est au-delà, nous est contraire et nuisible.
(^uant aux heures du jour les plus propres à prendre les bains, on ne peut encore donner que quelques règles générales à ce sujet.
Ceux qui font usage de la boisson de nos eaux, se baignent ordinairement une demi-heure ou une heure après le déjeuner, suivant qu’il était copieux. Pour les autres qui n’en font point usage, le bain avant le déjeuner (où le corps, à la vérité, est plus excitable) convient particulièrement aux personnes accoutumées à rester le matin une heure ou deux à jeun, on prend alors le déjeuner au lit, et on le mange
ordinairement avec le meilleur appétit; mais quand on a l’habitude de prendre le cal’é en sortant du lit, il faut auparavant satisfaire à ce besoin.
Les bains d’après-midi sont ordonnés quand on se propose d’agir avec plus d’énergie. Ils passent plutôt pour exception que pour règle, et leur durée ne doit être que la moitié de celle des bains du matin; on commence par un quart d’heure, et on ne va rarement au-delà d’une demiheure. Dans ces cas, il est absolument nécessaire que la digestion soit faite avant d’aller au bain, car sans cela cette fonction en est troublée et il peut en résulter des accidens plus ou moins graves, notamment des vertiges, de l’assoupissement et même l’apoplexie. Après chaque bain on se couche un quart d’heure ou une demibeure; la transpiration insensible excitée par le bain , continue à se faire légèrement au lit, et la peau s’accoutume peu à peu à une température plus fraîche ; je compte ce coucher au Ht pour un second bain qui augmente essentiellement l’effet du premier, et je ne permettrais des exceptions que dans un temps très -chaud, et lorsque le malade peut, sans danger, se frustrer d’une partie des elTèts du bain.
Il est, sans contredit, très-nuisible de s’exposer au mauvais temps immédiatement après le Ijain où les porcs de la peau sont encore ouverts;
dans ce cas, on fera bien de rester encore une ou deux heures à la maison après le bain, d’éviter en général l’air humide de la soirée ou le serein, et de s’habiller toujours un peu plus chaudement pendant la saison des bains.
Après le bain et le repos qui doit le suivre, une petite promenade sans être fatigante ou échauffante, est très-utile, ainsi que la conversation avec des amis.
Ceux qui, ayant l’estomac faible et irritable, dînent tard, prendront après le bain, un déjeuner facile à digérer et tonique, cela s’applique surtout aux personnes qui font en même temps usage de la boisson, et qui se trouveraient trop affectées de l’eau, de la promenade et du bain, si un bon déjeuner ne venait s’y interposer.
Qu’on n’entre jamais dans le bain étant échauffé j mais qu’on se rafraîchisse au paravant convenablement ; le contraire a souvent occasionné des accidens graves ; il n’est pas moins nuisible de se baigner de suite après une vive affection de l’ame. |
Pendant le temps de la menstruation les femmes ne doivent pas se baigner^ il faut aussi s’en abstenir pei.dant le Ilux hémorroïdal , ce n’est que lorsque l’écoulement est moins abondant qu’à l’ordinaire, et qu’il a besoin d être favorisé, que le médecin peut, avec certaines règles de précaution, en permettre 1 usage.
Le signe que notre bain prolitc au malade, n’est pas, comme pour la boisson de l’eau thermale , un sentiment de soulagement immédiatement après l’avoir pris , ou quelque temps après; mais c’est au-contraire une augmentation de plusieurs phénomènes morbifiques; il excite des douleurs aux endroits où elles ont déjà disparu, il occasionne des incommodités et de légers mouvemens fébriles etc. on dit alors que le bain opère ou qu’il attaque; c’est ordinairement un symptôme souhaitable, c’est l’avantcoureur d’une crise générale ou locale, ou la crise elle-même, et fréquemment l’annonce d’une guérison prochaine et complète. Mais c’est précisément alors que l’usage des bains, le régime et la conduite du malade ont besoin d’une surveillance exacte et soignée, ayant toutefois égard à sa maladie, à sa constitution etc. C’est souvent le moment décisif de la guérison.
Je ne m’arrêterai point à parler de la manière de diriger cette crise ; cette têiche appartient essentiellement au médecin familiarisé avec les cfiets de son remède, avec son malade et les maux dont il est atteint; c’est à lui à déterminer les différences dans chaque cas particulier, (^ue le malade le consulte quand il se trouve attac[ué par le bain, qu’il lui explique clairement ce qu il éprouve, et qu’il l’aide sincèrement à découviir si la détérioration apparente a effec-
livemcnt été occasionnée par le bain ou par la maladie ou par des fautes dans le régime, par des irrégularités dans l’usage des bains ou d’autres remèdes.
De même que beaucoup de maladies se jugent sans crise, notre bain guérit souvent aussi sans qu’il attaque, seulement par la cessation insensible des souffrances. Pour ce qu’il y a à espérer des effets consécutifs du bain lors de son inefficacité apparente, voyez ce qui en a été dit dans le chapitre précédent.
On se sert de nos eaux en douches dans les cas où l’action du liquide doit particulièrement être concentrée sur un point donné ; cette action est encore renforcée par la friction et la pression du filet d’eau dirigé avec force sur la partie souffrante. C’est au médecin à déterminer, d’après l’état de la maladie et d’après la manière dont il veut agir, combien de temps doit durer la douche et où elle doit être appliquée. Une • règle générale pour le malade , est de ne pas commencer le traitement par la douche, et de ne la faire jouer d’abord que cinq à dix minutes, avec interruption et avec peu de force, en l’augmentant progressivement jusqu’à ce qu’on en ressente les bons effets. Des parties très-sensiblcs n’osent pas en être touchées de suite, on commencera par leur appliquer la douche à pluie, ou un filet très -menu d’une chute et d’une
i'orce irt s-médiocre. Si la douche opère comme on le désire, la partie qu’elle a touchée, ne doit se sentir après ni trop fatiguée ni douloureuse; une forte inüammation qu’elle excite, en défend absolument l’usage. Pour savoir s’il faut appliquer la douche verticale , horizontale ou ascendante, la pluie ou des filets divisés etc. on se réglera d’après la partie affectée, d’après sa mobilité etc. On peut admettre en thèse générale qu’il faut toujours employer l’espèce de douche par laquelle la partie se trouve convenablement f rappée dans la situation la moins gênée possible.
Dans les maux invétérés, les sqirres, les tophus , les anbyloses , les rhumatalgies opiniâtres et dans quelques autres cas où l’on espère tirer un avantage d’une forte commotion du bas-ventre, il faut appliquer une douche forte; pour les autres cas, surtout s’il y a grande sensibilité dans la partie souffrante, une douche plus faible, un filet divisé ou la douche à pluie méritent la préférence.
Les douches simples et les douches à pluie appliquées à toute la surface du corps, sont employées dans les cas où l’on a l’intention de jiroduire une irritation sur les nerfs de la peau. Au moyen d’un procédé particulier ou par un arrosoir , l’eau tombe d’une hauteur plus ou moins grande sur le malade et particulièrement sur la partie souffrante. La température n’est
pas ditïicile à ré gler ici, de même que dans toute autre espèce de douche, car on en est parfaitement le maître; elle est ordinairement tiède et analogue à celle du bain; cependant lorsque la douche doit être forte ou irritante on la rend plus chaude , enfin elle est froide dans d’autres cas qu’il serait trop long de spécifier.
Des injections dans l’anus et le vagin avec notre eau thermale se font mieux au moyen de seringues que par la douche.
Les bains à vapeurs et à gaz trouvent leur application dans les cas où la transpiration a besoin d’être plus fortement favorisée , où la sensibilité du malade, une inflammation encore existante ou la disposition à l’inflammation ne permettent pas encore l’usage des bains ordinaires. Des bains locaux à vapeurs ou des douches à vapeurs sont employées lorsqu’une partie seulement du corps se trouve dans le même cas et doit éprouver une forte transpiration. Dans ce cas on les prend plus chaudes que lorsqu’on les substitue aux bains d’eau à cause d’une plus grande sensibilité.
La manière de prendre les bains à vapeurs n’est pas difficile; on enferme le corps entier, ou la moitié du corps , ou seulement la partie qu’on veut exposer à la vapeur, dans un réceptacle particulier construit à cet effet, qu’on re-
couvre en haut par des linges, et on fait entrer les vapeurs par en-bàs jusqu’au degré de chaleur nécessaire. C’est encore ici une règle générale de faire en sorte qu’on éprouve une chaleur agréable , tant soit peu plus forte que dans le bain d’eau, il faut même un peu suer j mais on ne doit jamais ressentir la vapeur toute chaude, encore moins ne doit-elle se condenser en gouttes froides sur le corps.
Les douches à vapeurs consistent dans un filet de vapeurs dirigé sur la partie souffrante , enconséquence on peut leur appliquer engénéral ce qui a été dit plus haut des bains à douches, ayant égard à la nature particulière des bains à vapeurs.
Après le bain à vapeurs , il est encore plus important qu’après les autres bains de se mettre aussitôt dans un lit chauffé, d’y rester quelque temps et de faire usage de quelque boisson chaude , il est bon aussi de se frotter , après le bain à vapeurs, avec de la laine fine ou quelquechose de semblable.
Ce n’est pas le cas de parler ici des bains artificiels comme p. ex. des bains à vapeurs sulfureuses qu’on a établis à Wiesbade. Je renvoie, pour cet objet, aux ouvrages de GAtiÉs, de Ue- CARRo et autres.
B. Instruction pour V usage interne de nos eaux minérales.
Lorsqu’on se propose de faire usage de nos eaux intérieurement, il s’agit, avant tout, de savoir s’il entre dans le plan du médecin, d’opérer une légère résolution dans les viscères abdominaux et de favoriser la sécrétion de l’urine et de la transpiration insensible ou de provoquer les excrétions alvinesj dans le pTemiercas, on boit moins d’eau, en plus petites portions, en moins de temps et on n’a pas besoin d’autant de mouvement; dans le second cas, on ne la boit pas aussi chaude que dans le premier.
On boit l’eau principalement le matin à jeun, à la source même, ou fraicheraent tirée du puits de la maison de l)ains, en communication immédiate avec la source. On commence par deux ou trois verres de la contenance de trois ou quatre onces, en mettant des intervalles de cinq à vingt minutes, qu’on augmente peu à peu jusqu’à une ou deux bouteilles suivant le plan curatif, la disposition du malade et les effets du remède.
La quantité d’eau à boire dépend de la nature de la maladie, du but immédiat que le médecin se propose de remplir, de l’effet qu’elle produit, de la disposition corporelle très- variable du malade et de beaucoup d'autres circonstances ;
mais il faut toujours commencer par de petites portions , ne jamais boire trop brusquement et même, quand on augmente peu à peu, ne pas en boire avec excès. Dans la plupart des cas , on revient vers la bn de la cure à de plus petites portions.
On supporte mieux notre eau minérale quand on la boit à jeun , elle agit plus efficacement et avec moins de gêne que si les intestins sont déjà remplis ou irrités par des alimens ou des boissons. Etant chaude, elle convient parfaitement à jeun aux personnes dont les viscères sont très -sensibles et qui, après s’être levées, ne pourraient rester un quart d'heure sans café.
Même dans plusieurs cas , on en boit quelques verres au lit, notamment si une grande faiblesse ou d’autres souffrances empêchent le malade de se lever ou si une trop grande sensibilité de la peau pourrait faire craindre des refroidissemens par la fraîcheur du matin.
Ordinairement on la boit assez chaude, surtout si l’on veut agir par-là davantage sur les voies urinaires et la peau, et il est remarquable jusqu’à quel haut degré de température on peut la boire avec agrément, pendant que la même eau d’une température beaucoup moindre appliquée à l’extérieur du corps en blesserait la^ peau.
IjC mouvement pris avec modération est in-
dispensablement nécessaire pendant la boisson de r eau minérale; mais la fatigue trop forte est en général nuisible. La distraction dans une société agréable qui ne manque jamais ici, augmente sans cloute l’effet du remède.
Rélativement au temps, il est important cjue le malade ne se détourne pas trop de sa manière de vivre accoutumée. Le citadin p. ex. s’il se lève de trop grand matin, ne s’en trouve rarement aussi bien que lorsqu’il quitte son lit seulement une heure avant le temps accoutumé.
Ordinairement une demi-heure ou une heure après avoir fini la boisson de l’eau minérale, on déjeune, et une heure après le déjeuner, s’il est nécessaire , on se baigne. Dans la plupart des cas on en boit aussi l’après-midi , de la même manière que le matin ; mais seulement à peu près la moitié de la dose, et pas avant que la digestion ne soit faite , c. a, d. au moins trois heures après le repas.
On ajoute rarement à notre eau du lait ou autres ingrédiens; elle n’est point trop forte pour aucun organe, pour avoir besoin d’une addition adoucissante et le goût n’en devient que plus mauvais ; aureste ce goût n’est pas absolument désagréable pour peu qu’on y soit habitué, il approche comme il a été dit plus haut, celui d’un bouillon faible, légèrement salé. Des personnes très-faibles et très- irritables la boivent
quelquefois avec du bouillon ou en y laissant fondre des tablettes de bouillon.
On peut juger des bons effets opérés par la boisson de notre eau minérale, si l’estomac du malade n’en est aucunement molesté et s’il en éprouve plutôt une sensation agréable, si elle passe bientôt par les urines et qu’elle provoque plus tard des selles, si elle ne fait pas enller le ventre par des vents , mais qu’elle les chasse au contraire, si elle excite légèrement la transpiration cutanée, qu'elle augmente l’appétit et que le malade ne quitte point la source, fatigué ou accablé, mais fortilié et dans un état de bienêtre.
Si le contraire a lieu, cela tient le plus souvent à la manière de boire l’eau minérale , au régime ou à quelque autre cause , à laquelle il faudra tâcher de remédier. Cependant ce n’est pas une condition rigoureuse que tous ces phénomènes favorables soient réunis; même le contraire de l’un ou de l’autre ne prouve encore aucunément que l’eau n’opère pas convenablement ou qu’elle soit nuisible. Dans les cas où elle ne produit pas assez complètement les effets résolutifs et apéritifs désirés, il vaut mieux ordonner au malade , pour un temps ordinairement très-court, les remèdes nécessaires, sous une autre forme que de les mêler avec l’eau minérale dont les effets sont troublés ou arrêtés par tout mélange artificiel.
Dans quelques car il est utile do boire encore le soir avant de se coucher, un ou deux verres d’eau minérale; mais hors les temps indiqués, il ne faudra pas en boire communément. L’hahitade d’en boire un ou plusieurs verres dans le bain peut quelquefois ^tre avantageuse surtout si l'indication exige de porter fortement à la peau et aux voies urinaires. . Mais en général il n’est pas permis d’en boire beaucoup immédiatement avant ou dans le bain puisqu’elle affecte trop l’action des organes abdominaux et qu’elle trouble parla celle de la peau et parconséquent l’effet du bain, sans compter que l’organisme est hors 'd’état d’assimiler convenablement le remède qui lui est amené à la fois en trop grande quantité par le canal intestinal et par la résorption de la peau.