MARCHÉ SAINT-GERMAIN
C4HSZ leB t>lu8 anciens peuples on trouve les marches, les feire»^ les grands rendez-vous de commerce^ presque toujours esaexà^iellenient liés aux établissements religieux^; e^est une ohserràtîon générale qui ne peut éohappet lorsqu'on étudie Fliistoire de la civilisation. Ileti^fti^de tnêmé en Franèe, dans ces temps reculés où s!élèvèrent un grand notnbré de monastères. Bientôt (lufour dés basiliques et des monastères qui ks prpti^j^aiwti des marchands de toute espèce vinrent otirir^y à Tépoque des grandes fêtes ^ tout ce qui pouvait éjtre utile ou menve agréable à ces foules de péjeriiis qui abandonnaient momentanément leurs foyers pour visiter les saints lieux. Afin d'y attirer plus sûremebt les vendeurs, ces champs de foire furent privilégiés» et peu-à^eu ils formèrent un revenu- considérable aUx abbayes y sous la protection desqueUea ils 6e trouvaient. De temps immémorial Tabbaye de S.« Germaiti jouissait de ce droit de foire ; mais, en 1 176, les i^ligieux se dessaisirent , en faveur du Roi, de la moitié du revenu qu'ils en tiraient, et même iU lui abandonnèrent l'autre moitié en ia84« Cette foire ayant été supprimée par Philippe4e-Harâi, Louis XI, qui fit beaucoup pour le commerce, là rétablit au
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faubourg Saint-Germain dans remplacement qu'elle a occupé jusqu'à nos jours. En considération des grandes pertes que l'abbaye avait éprouvées, sous Charles VI et Charles VII,' les religieux obtinrent les mêmes franchises qui avaient été accordées aux bénédictins de Saint-Denis, privilèges qne Louis XIV confirma en 171 1. Par la richesse et la variété de ses étalages, cette foire attirait tous les ans, une grande quantité d'acheteurs, mais une plus grande affluencè d'oisifs et de curieux de toutes les classes de la société, y était amenée par le plaisir. Là se trouvaient en effet réunis des spectacles de tous les genres, les choses 1er plus extraordinaires, les hommes les plus adroits, les chanteurs les plus habiles. Les jouissances de l'esprit ne furent pas étrangères à cet assemblage de tout ce qui pouvait charmer et plaire; personne n'ignore que rOp^ra-Comique, qui fit depuis les délices de la capitale, naquit dans cette enceinte, où Fuzelier, Pannard et Piron, firent entendre les accords de. leur muse ingénieuse et badine.
£n j 762 , les halles sous lesquelles se tenait cette foire furent la proie d'un violent incendie qui détruisit tout en moins de cinq heures, et qui faillit embraser l'église de Saint-Sulpice, dont quelques parties de la charpente furent même attaquées. Ce Marché était divisé en deux halles contiguës, comprises dans une même enceinte. Chacune de ces halles avait cent trente pas de long sur cent de large. Neuf rues, qui se coupaient à angles droits , les partageaient en vingtquatre parties. Les loges qui formaient ces rues
étaient composées d'une boutique au rez^-de-chaussée, et d^une chambre au-dessus. On vantait comme un chef-d'œuvre la cbar[>ente de ces halles. Les constructions qui les remplacèrent après riucendié n ont au contraire rien laiss^ à regretter, lorsqu'elles furent détruites pour faire place au nouveau Marché dont nous allons parler.
La première pierre de cet édifice a été posée, le i5 août i8i3, à Tun des angles intérieurs de ia cour^ du côté de la rue de Seine ; on y a incrusté une boite de cèdre y recouverte en plomb, dans laquelle sont des pièces de toutes les monnaies en circulation àcécte époque. La principale entrée de ce Marché, en le considérant comme terminé; est la même que ran-^ cienne; c'est celle qui est a la tétecle la rue du Four. En partant de ce point, on trouve d'abord le Marché proprement dit, dont le plan présente un parallélogramme rectangle, de 92 mètres de largeur sur 7 5 de profondeur ; toutes les fayadefl extérieureset intérieurses de ce grand corps de bâtiment sont percées d'arcades semblables, et cette décoration uniforme n'est interrompue qu'aux pavillons d'angle, où les arcades laté*^ raies sont seulement ouvertes dans leur partie cintrée. L'arcade du milieu se trouve ainsi «ur l'axe de chacune des quatre grandes galeries, dont elle fait l'entrée particulière, tandis qu'au milieu des quatre fa^* çades, trois arcades sont plus spétialeroent réservées au passage [des voitures qui doivent pénétrer dans la cour du Marché. Sous ces galeries, près de quatre cenXB étalages de marchands^ disposés sur quatre
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rangées, laissent par-tout une circulation libre et commode. Des jalousies fixées dans les arcades ferment ce Marché, et en obscurciraient peut-être un peu l'in* térieur, si Ton n'avait disposé la toiture de la manière la plus favorable à Feffusion de la lumière et au renouvellement de Tair, deux points extrêmement im* portants dans ce genre de construction. Pour obtenir de beaux jours, on a réservé des espèces de fenêtres barlongues au-dessus de chaque arcade y elles sont pratiquées entre le plinthe qui couronne ces arcades dans toute Tétendue des façades, et Tarchitrave en bois qui porte la saillie des combles, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ces combles sont à deux égoûts ; mais les deux pentes ne se joignent pas en un faitage; elles laissent entre elles un intervalle assez large, qui est recouvert iui-*même par un petit toit continu , un peu élevé au-dessus du grand, et supporté par des potelets au droit de chaque ferme. Par cette heureuse dispo-* sition, l'air vicié qui tendrait à séjourner dans la partie la plus élevée en est constamment chassé, et fait place à un air plus pur qui afflue de toutes paris. Cette toiture est, au reste, couverte en tuiles creuses, et la charpente en est fort bien traitée.
A la suite de ce grand carré de bâtiments, et dans un emplacement abrité au midi par les maisons de la rue du Petit-<Bourbon, est un corps de boucheries isolé, semblable à l'un des côtés du Marché qui lui est parallèle. Pour assainir le sol de cette boucherie, on l'a élevé de quelques. marches, et Ton a pratiqué en dessous des c^ves qui sont éclairées dans la hau«
teur de la retraite. Ces caves , dont les divisions /au noinbre de yingt-une/ correspondent à celles du dessaSy ont été distribuées en cent cinquante cases grillëes; qui forment autant dé serres ou magasins. On y airrivè par un grand vestibule qui coupe le corps de la boucherie eh deux parties égales. Au fond de ce vestibule , à l'extrémité du grand axe du Marché, est une niche où Ton Toit une statue de TAbondance, par M. Milhbmme. Cette figure colossale est d'un fort bon style; elle est élevée sur un socle ortié d'une tête de Ut>h y d*où' Teau tombe dans une vasque de pierre de Ghâteaù«Landôn. Un corps-de-garde, des bureaux pour rihspecteur, et des latrines publiques, ont été ménagés dans quelques parties irrégulières du terrain.
Le milieu de la cour du Marché doit être occupé par une fontaine : on a proposé d'y transporter cell« que l'on voit maintenant devant l'église de S.-Sulpice. Nous applaudissons d'autant plus volontiers à cetta idée , que l'intérêt de l'art se trouve ici d'accord avec la convenance , et nous n'avons pas hésité à indiquer ce changement sur notre plan , le regardant déjà comme arrêté. On ne peut en effet se dissimuler que ce petit monument, où l'on remarque une certaine élégance, ne perde infiniment vis-à-vis d'une architecture colossale comme celle du portail de S.-Sulpice : placé au centre de fabriques moins riches et moins élevées, il gagnera beaucoup , et deviendra une meilleure preuve du talent de Détournelle, qui en est Fauteur.^
Les travaux de ce Marché se poursuivent avec activité; les boucheries sont achevées; une moitié du 2. 7
$p DESCRIPTION
grand carré est termmée, et le public en a pris possession le i^** juillet de cette année; ainsi, dès à présent , il est permis d'apprécier le mérite de cet édifice important, et le talent de M« !• B. Blondel, qui en est Tarchitecte. Il faut louer ici une distribution de terrain bien ménagée, une disposition générale simple et commode, une exécution soignée, et un styW d.e décoration très bien approprié à la cbose. Peutêtre ces murs, un peu minces, accusent-ils une parcimonie, toujours déplacée lorsqu'il s'agit de monu* ments publics; peut-être. cette cour, ou l'op n'entrera * guère, sera-t*elle encombrée d'échoppes dans quelque» apnée?. Ce sont des réflexions amenées par uniç pré* Toyançe que M. Blondel trouvera sans doute trop mi* Qutieqse, mais au moins elles ne sauraient diminuer le cas et l'estime qu'on doit faire aujourd'hui d^ talents de cctt architecte.
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