‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 12 sur 72 · ABATTOIR DU MÉNIL-MONTANT · texte numérisé non relu

ABATTOIR DU MÉNIL-MONTANT

J^£ mot abat^>ir neet pa^ fraio^t^i^; il déaigp^ cet endroit d*une boucherie où le bétail 0$t égorgé et coupé en qu^rtiiQrs 9iy«iQt <{y'oii eq £9i9$e ailleurs la di$triI>^tji.on 9u publie; ç'e0t proprement up# twri^^y et c'çst aip4 qii'il fallait dire> maiâ la délicatesse mo*. derne se sevarévottéed^iH^tte eg^acûtude grammati<^ale, et elle aura fait préférer lUQ m^t igioùveau, qui né tardera pas à deyemr d'au U9age géaércd. Dans sa'sîgni*. fication actuelle y Qn doit entendre par abattoir une ▼aste enceinte reqfermant divers corps de b&timent où, sous les jw\ dé qyelqulps préposés > p^iiaieur^ boucbers am^ueot le bétail qu'ils ont adbeté, Yaiot^y f eut et le partagent pour la consommatioo journalièife, met^nt leurs cuirs en réserre, et fondent leurs suifs avant d^ les livrer w coônnerce»

Les ger^ qui s'occupent d'économie politique oiit; loog-*téiï)ps agité la question de savoir sHl convenaifi de. rejeter hors des villes tous les établissements qu^ peuvent nuire k leur salubrité , et sur-tout les bou-^ chfiKi«i»f AmX l'aspect offre de plus qiuelque chose d'affreux. Les opinions se balançaient : on convenait bien de tous les inconvénients attachés aux usagea dont on se plaignait, mais on faisait valoir le droit

56 DESCBIPTION

que chacun doit conserver 'd'exercer son industrie par-tout où il le juge convenable : on opposait au projet d'établir de grandes boucheries quelques craintes plus chimériques que réelles sur le danger qu'il y aurait à réunir ainsi des hommes accoutumés à répandre le sang.

Il n'y a plus aujourd'hui à discuter; on a senti enfin que les considérations particulières devaient céder à l'intérêt général, et l'on s'est décidé à détruire ces foyers d'infection dont quelques individus faisaient eux seuls un objet de lucre personnel. On a choisi, vers les extrémités de la ville ^ des emplacements aérés sur lesquels on élève d'immenses boucheries, sans craindre qu'il puisse en résulter jamais aucun sujet d'inquiétude^pour la tranquillité publique.

Ces abattoirs, puisqu'il faut ainsi les nommer, sont au nombre de cinq : leur grandeur respective a été détermiuée d'après les besoins des différentes parties de la ville auxquelles ils correspondent. Ceux du MéniUMontant. et de Montmartre ont le même degré d'importance et sont les plus étendus: celui de Grenelle vient ensuite, et tient le milieu entre les premiers et ceux de Mousseaux et de Villejuif qui soîat les nM)ins considérables. Comme ils ont tous été projetés dans un même système et qu'ils se ressemblent beaucoup, nous avons jugé suffisant de donner le plan d'un seul , celui du Ménil-Montânt, nous réservant de faire ailleurs une courte description des autres , afin de ne rien omettre d'essentiel , sans toutefois surcharger ce volume.

L'abattoir duldéniUMontant est situé comme TiQ-» Inique son nom sur an terrain incliné, dont la pente ^ quoique douce , contribue pourtant avec avantage à la salubrité de cet établissement, et à Teffet général des fabriques qui le composent. Tout Téspace comprit entre les quatre rues qui l'isolent, est un trap'jzotd(B[ dans lequel est inscrit un parallélogramme de %ii mètres de face sur 190 de profondeur,. Tarcbitecte ayant sagement négligé des irrégularités qu'il lui sçni facile de masquer soit par des plantations, soit par quelques bâtiments de service. . Une grille, de plus de 100 pieds, appuyée surd^ux pavillons (a)^^!! sont les bureaux de l'administration forme la principale entil||||[e cet édifice. Elle ouvre sur un espace libre (b) dont l'aspect ^t: moins d'une cour que d'une place publique : il est possible en effet, du centre de ce lieu, d'apercevoir la. totalité des bâtiments qui, au nombre de viiigt^trois, composent Teiisemible de l'a* battoir. . . *

A droite et à gauche de cette cour (mmeûse, large de 9*7 mètres, et, sur ses grands côtés, longs de 1^6 on voit quatre bâtiments doubles C«) séparés par une voie qui traverse tout le terrain parallèlement à la façade principale. Çé sontces bâtiments qui reçoivent plus particulièrement le nom d'abattoirs : ils ont cha* cun 47 mètres de longueur sur Sa de largeur ; une cour dallée en pente pour Uécoulément des immûn«-> dices, les sépare dans le sens de leur longueur ^ eu deux corps semblables, dont l'un comme l'autre reu* ferme huit abattoirs k l'usage particulier des bouchers* a. 8

Chaque abattoir reçoit Tair et le jour par deux grandes arcades percées en opposition dans les murs de face. On a ménagé au-dessus de vastes abris pour y sécher les peaux et y déposer les suifs en branche, et afin que ces lieux fussent toujours frais , quoique grande-* ment aérés, on a donné une projection considérable à la saillie des toitures plates qui les recouvrent.

On trouve derrière ces abattoirs deux bergeries (d) qui leur sont parallèles, et à leurs extrémités deux étables (0 en retour d'équerre : ces bâtiments ren-> ferment chacun leur grenier à fourrages, et com-* plètent de chaque càté de la cour les deux principales masses d'édifices qui forment l'établissement.

Au fond de la cour, dans laquelle il y aura un abreuvoir commode (f ) et deux parcs (g) pour la pre-mière distribution du bétail, on aperçoit deux pavil-» Ions isolés (k), destinés à la fonte des suife. Ils sont traversés dans leur longueur par un large corridor qui donne accès à quatre fonderies séparées, au* dessous desquelles sont des caves voûtées, servant de rafratchissoirs.

Au-delà de ces fondoirs, et sur une ligne parallèle au mur de clôture, on a construit deux longs bâti* ments (&) divisés en un assez grand nombre de magasins particuliers, tant au rez-de-chaussée quau premier étage; ils sont élevés sur des caves où Ton tien-* dra les cuirs en vert; la partie supérieure est destinée aux peaux de veaux et de moutons.

Enfin, dans la partie la plus éleviée du terrain, pré* ciiémeiit en face.de l'entrée^ oa a établi un double

réservoir (fc) tout en maçonnerie : il est porté sur deux suites de voûtes en berceau y sous lesquelles sont des remises; les eaux y seront montées au moyen d'une machine à feu placée entre les deux bassins^ qui ont ensemble 76 mëtres de longueur.

Ces constructions furent commencées au mois d'avril 1 810 sur les dessins de M. Happe y qui en est Tarchitecte : elles éprouvèrent quelque interruption lorsqu'elles étaient déjà fort avancées ; mais on vient d'en reprendre les travaux, et tout fait présumer qu'avant peu nous jouirons des avantages qu'on a lieu d'at* tendre d'un établissement aussi utile.

On sent bien qu'il ne faut pas chercher ici de grands détails de décoration y un édifice de ce genre n'en est point susceptible ; mais il est à propos de dire à ceux qui n'ont pas vu cet abattoir qu'on y aura dépensé plus de trois millions. Cette somme leur donnera une idée juste de l'importance de tout l'ensemble, car on n'y trouve d'autre luxe que celui qu'on a mis dans le choix et l'emploi des matériaux» excellents moellons liés avec un bon mortier, belles^ pierres bien appareillées , bois satns coup^ à vivearrête, c'est avec ces éléments mis à la disposition, d'un habile homme qu'on fait par-tout des édifices vraiment remarquables, quelle que soit d'ailleurs^ leur destinatioa, nous dirions presque aussi quel que soit le goât de leur architecture. Sans doute l'abattoir dont nous parlons est largement distribué; il est disposé d'une manière commode et avantageuse ;; et de plus il tire\ine beauté réelle de la concordanc«;r

6o DESCRIPTION

de se» masses, et tout à->la-fois.4€ leur varié^të pittoresque; mais que Ton suppose la même composition exécutée d'une manière pauvre et .mesquine, son plus grand effet va disparaîtra; il en résultera pour l'observateur iin sentiment désagréable et pénible, à la place de cette > satisfaction intérieure qu ici Tobi éprouve à laspect d'un monument public dont Tutilité présente s'étendra encore jusqu'aux générations .les plus reculées.

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