‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 15 sur 72 · HOPITAL DE LA SALPETRIÈRE · texte numérisé non relu

HOPITAL DE LA SALPETRIÈRE

V><oMME la plupart des établissements de ce genre^ celui-ci doit son origine au besoin urgent de remëdier'àux maux de la société venus à leur comble. Les troubles qui acbompagitèréntià minorité de Louis XIV avaient attiré à Paris une si prodigieuse quantité de vagabonds y que quelques historiens en font monter le nombre à quarante mille. Leur audace s^étant ac-^ crue en proportion dé leurs forcés ^ ils demandaient impérieusement l'aumône, et souvent; pour Tobtekiir, ils se portaient aux derniers excès. Un tel état de choses exigeait un prompt remède ; mais la répression de cette multitude effrénée n'était pas sans danger sous un gouvernement encore faible. On redoutait, avec quelque raison , ces gens accoutumés depuis long-temps à se roidir contre toute autorité. Le premier président, Pompone de Bellièvre, eut le courage de vouloir les soumettre, et la gloire de réussir dans cette dangereuse entreprise. Il résolut de faire revivre un' arrêt du 16 juillet i632 que les troubles avaient laissé sans exécution, et qui ordonnait la formation d'un hôpital général. Le jeune roi appfaudit au zèle du premier président, et donna, le 27 avril i656, un arrêt confirmatif du précédent, qui

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portait règlement pour tout ce qui devait s^observer dans le nouvel hôpital. . .

Le cardinal Mazarin, le président de Bellièvre^ les personnes les plus distinguées, s'empressèrent de doter cet établissement , auquel on affecta remplacement d'une grande maison nommée la Salpétrière, parcequ'elle servait à la préparation du salpêtre. On commença les travaux en même temps^ et ils furent poussés avec une telle activité , que, le i4 na^i ^^^7» près de cinq mille mendiants étaient déjà renfermés dans ce vaste dépôt. Le nombre des individus qui lont habité s'est élevé depuis jusqu'à huit raille.

Cet Hôpital est aujourd'hui spécialement affecté aux femmes ; elles y forment deux classes distinctes : les femmes âgées de plus de soixante-dix ans, et les insensées. On y renfermait auparavant de jeunes orphelines et des femmes de mauvaise vie^ mais les bâtiments de la prison , qui contenaient douze cents femmes distribuées en quatre classes, ont été évacués en 1796, et l'on a transféré les détenues à S.*Lazare et aux Madelonnettes. Pepuis cette époque, l'Hôpital est devenu la demeure de gens libres.

Tout ce qui tient au siècle de Louis XIV porte un caractère de grandeur qu'on ne peut méconnaître nulle part; nous en avons déjà vu plusieurs exemples, et l'hôpital de la Salpétrière est encore une preuve de la justesse de cette observation. Il a de longueur 280 toises et 194 de largeur; sa superficie est de 54>32<> toises ; le$ dispositions en sont grandes et belles. La façade principale au nord-ouest a io5 toises; elle est

à la suite d^une première cour qui sert de promenoir; Un vestibule , à trois arcades dééoréé^ de quatre co^ tonnes ioniques et surmontées d'un attique , annonce l'entrée de l'église du côté qui est à Fusage du public. A droite et à gaucbe, quatre pavillons terminent deux longues ailes où sont les premiers dortoirs; trois rangs de croisées soutenus de plusieurs cours de plinthe forment la seule décoration de ces bâtiments^ qui sont percés à leur milieu d'une arcade ajustée dans uu avant-corps avec fronton. Le bàdment de Test est le plus ancien ; il a été construit des libéralités du cardinal Mazarin^ et l'on y voyait au-dessus de l'entrée lés armes de ce ministre soutenues par l'Espérance et la Charité. Il est heureux que ces deux figures aient été épargnées, car elles sont assez belles; nous ignorons quel en est l'auteur. Derrière ces bâtiments^ à une distance de 37 toises , il devait y en avoir deux semblables; un seul jusqu'à présent a été construit; il est du même côté, c'est-à-dirç sur la gauche.

L'église est placée au milieu de cet espace, et le Avise en deux cours ornées de verdure. Elle a la figure d'une croix grecque, dont les quatre branches qui forment autant de nefs, de lâ toiises de longueur^ se téutiissent à un dôme octogone de 10 toises de diamètre, par quatre grandes arcades d'une belle proportion. Les autres côtés dii dôme sont percés d'arcades Semblables , qui répondent à quatre vastes salles à huit pans, situées dans les angles de la croix, et ayant chacune leur entrée particulière comme les nefs avec lesquelles elles communiquent. Le tout est

couvert d'un lambris de menuiserie imitant des voâtes à plein cintre et en arcs de cloître. L'autel, placé sous le dôme, est ainsi vu, des nefs et des salles, sous huit aspects différents.

Cette église^ d'une composition si simple et si originale, nous parait un vrai chef-d'œuvre; mais à. qui faut-il en faire honneur? La tradition nomme Libéral Bruant; un auteur déjà ancien nous apprend que^ relativement à la construction de cet édifice, les opinions sont partagées entre Bruant et Louis Le Veau. Un style ferme et mâle qu'on peut observer ici, et qu'on ne retrouve pas dans les parties analogues des Invalides , ouvrage de Bruant , nous ferait attribuer les dessins de la Salpétrière à Le Veau qui, vers cette époque, fut nommé premier architecte du Roi. La postérité est injuste d'oublier ainsi l'auteur d'un beau monument ; mais elle commet une sorte de barbarie en dégradant son ouvrage, comme elle l'a fait dans cette église. Des administrateurs, à vues étroites^ ont retranché la nef du fond, pour en faire un magasin , qu'ils pouvaient tout aussi bien placer ailleurs. Qu'on nous permette de signaler cette mutilation ; il ne devient malheureusement que trop commun en France de voir disparaître ainsi de beaux effets d'architecture.

Nous ne décrirons rien de plus de cet Hôpital, oii M. Yiel a fait de grands travaux: ce sont des ouvrages fort importants, il est vrai, mais ils n'offrent que peu d'intérêt à la curiosité.

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Plan cle l'Hôpital St Loms . ^

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