HOTEL DES MONNAIES
Un Hôtel des Monnaies^ dans là .capitale d'un puis* sant royaume, tient le premier raug parmi les édifices publics. 4^ près le palais, du. souverain et ceux des grands corps de l'état, il doi^ se distinguer par un caractère de sagesse et de magnificence qui annonce rimportance de sa destination : et quoiqu'il sorte de la classe des monuments pompeux , tejs que les arcs de triomphes ou d'autres édifiées de ce genre ^ il ne peut pas néanmoins être considéré comme un simple !^àtiment d'utilité publique.
Destiné à contenir des objets de nature fort différente, tels qu'une école et un cabinet de minéralogie , des salles et des bureaux pour une grande administration , de vastes ateliers^ des laboratoires, des fonderies, cet hôtel présentait à Tarchiteete de nombreuses difficultés, et il né semblait pas aisé de déterminer le genre de construction et de décoration qui pouvaient lui convenir. Antoine, dont cet édifice a confirmé la réputation, a résolu ce problème avec une habileté et un succès qui laissent peu de chose à désirer. .
Il a sa profiter avec beaucoup d'art des deux faces 2. x4
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que pouvait offrir ce monument , pour les accorder avec la nature des objets qu'il renferme , et combiner sa distribution intérieure avec Feffet extérieur de sa décoration.
Ayant déterminé^ comme il le devait , de placer les pièces d'apparat du côté du quai^ et les ateliers sur la rue Guénégaud, c'est sur le quai qu'il a élevé le principal bâtiment, et pratiqué la principale entrée. Il a décoré cette façade d'une ordonnance d'architecture et de figures allégoriques dont l'ensemble étale beaucoup de richesse , et pour les bâtiments secondaires il a fait choix d'un style plus sévère et plus ferme , qui , pour être privé de la présence des ordres , n'en a pas moins le caractère et le genre de beauté qui lui conviennent.
Oq a reproché à Antoine, et beaucoup de gens lui reprochent encore , d'avoir aligné le bâtiment principal de manière à rendre à-peu-près inutile la démolition long-temps demandée des pavillons des Quatre-Nations : mais en considérant la forme et le peu d'étendue du terrain qu'occupe l'Hôtel des Monnaies, on reconnaîtra que c'est une espèce de triangle très irrégulier; que, pour donner à cet endroit du quai une largeur telle qu'on l'eut désirée , il eût fallu rentrer parallèlement le bâtiment d'une grande partie de son épaisseur (car, en ne le rentrant que du côté des Quatre- Nations, l'angle que forme le quai avec la rue Guénégaud devenait encore plus aigu, et eût été insupportable dans la distribution comme dans l'élévation); enfin que l'un et l'autre
moyens eussent fait perdre une quantité considérable d*un terrain précieux sur cette face , et qu^il n*«n serait pas resté assez pour les besoins du service. Est-il bien vrai, d'ailleurs, qu'il soit nécessaire de démolir les deux pavillons des Quatre-Nations? Nous ne répéterons pas nos remarques sur le bel effet de la disposition pittoresque de ces bâtiments; il faudrait en tenir peu de compte , si Tintérét public l'exigeait impérieusement. Mais , plutôt que d'élargir le quai par cette démolition, il nous semble qu'il serait préférable d'ouvrir deux autres passages parallèlement à chacun de ceux qui existent. On obtiendrait , par ce moyen, tout le dégagement qu'on désire; et de plus on aurait de beaux portiques qui serviraient d'abri en cas de pluie.
Le vieil Hôtel de la Monnaie était situé, il y a environ quarante ans, dans la rue qui porte encore ce nom, en face du Pont -Neuf. Comme il menaçait ruine, le ministre Laverdi se décida à faire construire celui que nous voyons maintenant, et il choisit pour cet effet l'emplacement de l'ancien hôtel de Gonti , mais le choix le plus heureux fut celui d'un architecte habile , dont les rares talents ont tiré un si beau parti de distribution d'un terrain peu favorable. La première pierre fut posée le 3o avril 1771 , par Fabbé Terray, contrôleur-général des finances, sous LouisXV.
U ne présente, comme nous l'avons fait observer, qne deux faces d'un triangle, ayant chacune environ 60 toises. Il est divisé en trois grandes cours et pla-
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rieurs antres moins considérables , toutes entoorëei de bâtiments.
Le principal corps de Tédifice , ayant face sur le quai, renferme un superbe vestibule, orné de vingtquatre colouues doriques ; un bel escalier , que décorent enraiement seize colonnes ioniques; un immense et prétieux cabinet de minéralogie, que M. Sage a formé à ses propres frais , et où ce savant professeur tient iHie école; plusieurs cabinets de machines; des salles pour [^administration, et de vastes logements.
Au fond de la grande conr, est la salle du monbayage; elle a 62 pieds de long, sur 89 de largeur, L architecte a eu la précaution de Tisoler afin d^évi* ter anx autres bâtiments les effets de la secoUsse et de rébraniement produits par le jeu des balanciers» Au-dessus est la salle des ajusteurs ; à côté est une chapelle qui sert actuellement d'atelier. Le surplus des constructions est' employé aux fonderies, aux la* minoirs et à quanti té, d'au très dépendances. •
La décoration de la façade principale consisté en un avant-corps de six colonnes ioniques , élevées sur un soubassement de cinq arcades, orné de refends; un grand entablement , avec consoles et modillons, couronne l'édifice dans toute sa longueur; TavantcoKps est surmonté d'un attique, au-devant duquel sont six Kgures debout et isolées : elles sont de Pigale, Mouchy et Lecomte^ et représentent la Loi, la Pru-^ dénce, la Force, le Commerce, l'Abondance et la Paix.
La seconde façade, sur la rue Guéoégaud, offre
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un âttique snr un sonbasdement de même hauteur que celui de la première, et, comme celui-là, orné de bossages. Sur Tavant-corps du milieu sont quatre figures, représentant les quatre Éléments: elles sont de Caffieri et Dupré.
L'extrémité du grand bâtiment forme pavillon à Tun des bouts de cette façade : on Ta répété à l'autre bout, uniquement pour la régularité de la décoration.
La cour principale a 1 10 pieds de profondeur sur gii de^ largeur ; elle est entourée d'une galerie. La salle des balanciers s'annonce par un péristyle de quatre co'onnes doriques; la voûte intérieure est supportée par quatre colonnes toscanes: dans le fond est la statue de la Fortune , par Mouchy.
Le cabinet de minéralogie, qui occupe le pavillon du milieu au premier étage, est décoré de vingt colonnes corinthiennes d'un grand mpdule^ qui supportent une tribune régnant au pourtour, dans la hauteur du deuxième étage ; il est orné de bas-reliefs et d'arabesques. Les corniches , les chambranles des portes et des croisées sont enrichis d'ornements sculptés et dorés, mais distribués avec goût et sans confusion. Un lambris circulaire renferme des banquettes pour les personnes qui assistent au cours de minéralogie, et sert de fond aux armoires établies sur sa face extérieure, pour contenir la collection des minéraux.
Cette pièce est très noble, peut-être pèchfc-t-elle par un excès de richesse : ces dorures , cette variété de couleurs dont elle est parée, lui donnent plutôt Taspect d'une salle de concert ou de bal que d'un lieu
destiné à l'étude. Au surplus ^ ce dé&ut de conve* nance , si toutefois il existe , doit causer peu de regrets : cette salle magnifique est la plus belle que TEu* rope puisse offrir en ce genre.
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