PORTE SAINT-DENIS
Une suite non interrompue de victoires et de pros* pérités avait déjà fait élever deux arcs de triomphe à la gloire de Louis XIV. La rapidité de ses conquêtes en 1672 , le passage du Rhin/ quarante villes fortifiées et trois provinces soumises aux lois du vainqueur, dans Tespacè de deux mois, engagèrent la ville de Paris à lui consacrer un nouveau monument.
On choisit à cet effet Tune des plus belles entrées de la ville ^ la porte Saint-Denis, qui servait de temps immémorial aux réceptions solennelles des rois et des reines de France. Mais cette porte, bâtie sous Philippe-Auguste, vers l'endroit où est la rue Mauconseilj^ reculée, sous Charles IX, prèis de là rue S**-Apolline, fut alors définitivement reconstruite au-delà des boulevarts, afin de lui donner un isolement convenable.
François Blondel , qui fournit les dessins de cet arc de triomphe, lui a donné 72 pieds de largeur, sur une hauteur précisément égale ; puis , partageant cette largeur en trois parties de 24 pieds chacune, il en a assigné une à l'ouverture de Tare et les deux autres à ses piédroits.
Le nu de ces piédroits est décoré de grandes pyramides de bas-relief qui, posées sur des piédestaux,
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s'élèvent jusqu'au-dessous de Tentablement ; ces piédestaux et ces pyramides sont cbar^^és des trophées d'armes de la plus heureuse composition , et d*noe exécution qui ne le cède pas à celle de la colonne Trajane.
Du côté de la ville on voit assise au pied des pyramides, d'un côté la figure colossale de la Hollande^ de l'autre celle du Rhin; dans un renfoncement audessus de Tare, un bas-relief représente le passage du Rhin à Tholuys.
Dii côté du faubourg, les pyramides n'ont point de figures à leur base, elles posent sui>des lions couchés: le bas-relief placé au - dessus de l'arc représente la prise de la ville de Maëstricht. Des renommées occupent les tympans triangulaires de Tarcade, tant à la face du faubourg qu'à celle de Hi ville.
Tous les ornements de sculpture distribués sur ce monument sont dus au ciseau d'Auguier l'ainé, auquel ils font le plus grand honneur. Ces ouvrages avaient été commenc es par Girardon ; il avait même déjà achevé les rosaces du grand archivolte , lorsqu'il fut appelé à Versailles pour daùtres travaux, qui l'obligèrent de discontinuer ceux-ci.
L'ensemble de ce monument, soit pour rhaimonie de ses proportions» soit pour l'admirable exécutioiçi de toutes ses parties, ayant toujours été regardé comme l'un des plus beaux ouvrages du siècle de Louis XIV, le public et les artistes voyaîent avec peine son entretien totalement négligé et sa partie supérieure sur-tout réduite à un état de dégradation
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tel) que bientôt il aurait amené une ruine totale ; ils faisaient des vœux pour qu'un prompt remède vint arrêter les progrès du mal. Ces voeux, ne sont pas restés inutiles. Cette opération délicate a été parfaitement exécutée, il y a quelques années, sous la conduite de Cellerier, qui y a mis une intelligence et des soins dignes d'éloges. , .
Non seulement les parties de sculpture et d'or* neinent et lesmembres d'architecture .dégradés ont été rétablis scrupuleusement dans leur état primitif, mais, pour faire disparaître les traces de ces répara* tions , on a eu soin de teinter les parties neuves , de manière à les accorder avec les anciennes; exemple qui devrait être, suivi dans toutes les. opéra tions de ce.gei\re. Les inscriptions en l'honneur de, Louis XIV ont.aussi reparu dans la frise : quant à celles qu'on lit sur les piédestaux, le ciseau dévastateur les avait épargnées , peut-être parcequ'elles ne portaient pas le nom du monarque. Ces inscriptions d'un beau style ont été composées par François Blondel lui même, et .prouvent que l'habile architecte , le savant mathématicien était aussi un litté.rateur fort exercé. Ce fut aussi lui qui proposa de dédier le nouvel arc de triomphe , à Louis-lQ-,Grand , . et ce msignifique surnom ^ donné, par les contemporains, se perpétuera jusque dans les siècles les.plus reculés.
. • Malgré tout le mérite de cet ouvrage les critiques ne l'ont pas épargné^ sur-tout dans ces derniers temps; nous n'imitQrons pas ceux qui, né tenant aucun compte de l'originalité de la pensée, auraient voulu peut-être a. i5
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que Blondel nous eût reproduit une copie des arcs antiques : mais notre respect n*est point aveugle. Et si nous admirons dans la porte Saint-Denis l'unité de Tensemble, la simplicité des masses et la fierté des profils , nous sommes forcés, en même temps j de blâmer son peu d'épaisseur qui lut donne l'air d'une décpration théâtrale, et lui ôte cette solidité apparente qu'on doit trouver principalement dans un édifice de ce genre. Les pyramides sont des ornements postiches et de mauvais goût : il suffisait des trophées, qui auraient brillé bien davantage sur un fond lisse.
Nous ne critiquerons point les petits passages pratiqués dans les piédestaux, ils ne sont pas heureusement placés^ l'architecte lui-même en jugeait ainsi , et s'opposa fortement à cette addition, mais il fut obligé de céder à Tairtorité. Cest un des défauts de cette belle composition , et nous regrettons qu'on n*ait pas eu l'idée de les faire disparaître en restaurant cet arc de triomphe, conformément aux idées connues de son illustre auteur.
N'omettons pas , mais sans ikhos y arrêter , une cri^ tique de philologue. On tie devrait pas donnrer, dit*^ on, le nom de porte à un véritaUe arc de triomphe. Gela n'est vrai que jusqu'à un certain point : car les arcs de triomphe à Rome étaient primitivement des portes qu'un sentiment religieux avait conservées lors des agrandissements de la ville ; ainsi rien n^est contradictoire dans cette dénomination de la porte Saint- Denis, et l'usage l'autorise suffisammentr