‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 3 sur 72 · PLACE DES VICTOIRES · texte numérisé non relu

PLACE DES VICTOIRES

LtfE vicomte d'Aubossen , dac de La Feuillade, pair et maréchal de France , comUé des faveurs de Iiouis XIYy voulut laisser à la postérité un témoignage public de «a reconnaissance. Il fit faire d'abord une statue du Roi y en marbre, pour la placer dans un des endroits les plus fréquentés de la ville; mais, peu saâsfait de ce moyen y qui ne remplissait qu'imparfaitement ses intentions y il résolut de consacrer à la gloire du monarque une place publique au centre de la capitale. Pour cet effet, il acheta , en 1684, l'bôtel de la Ferté- Senecterre. Cet emplacement s'étant trouvé insuffisant, la Ville, voulant partager avec le duc de La FeuiUade là gloire d'une telle entreprise, fit Tacquisition de Vhôtel d'Émery et de plusieurs autres maisons et jardins qui s'étendaient le long de la rue du Petit-Reposoir et de la rue des Vieux-Augustins. La Ville traita, en i685, avec le sieur Predot, architecte, pour la construction des bâtiments qui devaient environner la place, dqnt J. H. Mansard, architecte du Roi, fournit les dessins, et le duc de La FeuiUade se chargea seul des dépenses relatives à l'érection du monument à Louis XIV.

ta DESCRIPTION

Cette place nià que 4o toises de diamètre. Une ligKie droite de bâtiments symëtriques la termiae da côté de la rue des Fossés-Montmartre. Elle est circulaire dans tout le reste. Les bâtiments qui Fentoarent dans cette partie sont décorés d'une ordonnance de pilastres ioniques élevés sur un soubassement composé d'arcades. Cette architecture n'est pas dépourvue de beautés; on regrette seulement qu'elle soit couronnée de ces combles avec ce» croisées isolées qui défiguent la plupart des somptueux édifices du dixseptième siècle, et auxquels Mansord a eu le malheur de donner son teom. Malgré que toutes ces^constmetions n'aient été terminées qu'en iG^i,. dès i685 le duc de La Feuillade avait fait faire, par Martin F^an-^ 4en Bogaêrt, dÂtDesgwdins^y aetilpieur habile, né à Bréda, uni modèle de la statue du Roi,, des figures allégoriquesi,. et awrtrea aceessoîres, qui devaient com^ poser le monument. Il fnt jeté en bronze, sous la di* rection du mâme artiste , et Ton en fit Finauguration en 1666 (r).

. Sur un piédestal de marbre blanc veiné, de vingtdeux pieds de haotenr, s'élevait la statue pédestre de Louis XIV, revêtu des. habits qu'S avait portés à ta cérémonie de son saci?e, et foirant aux pieds le chien Cerbère, qui faisait aUusioa à la oriple alliance formée par left ennemis de ia France. Derrière lui, la

(i) La statue «n marbre, que le duc de La Feuillade avait fait ëiire primitivement, fut placée à Porangerie de Versailles, où elle subsiste encore.

DE PARIS. xi

Victoilre, Broutée sur un globf , lui plaçait d'une main la couronne sur la tête^ et tenait 4eXa^<^tire.UA Ssûsceau de pakoes et de tMraticbe^ d'oUvie^r, Ce groupe^ avait treize piçds de bauteui:, et 4tail eiitièren^eBl dooré.Sur les <{u«tre corps avaucés dn soidNissemeoil étaient quatre figures d'ésolayes ^ncha^l^, .et eçrvi^ ironnes d'armes et autres attributs des uationa vaûneues. On voyait sur chacune des quatce &ce^ du pié-^ déstal et du soubassement un bas-i'dÂef représeiHaiit quelqu'une des actions glorieuses, de h^m ^V :: le tout était accompagné d'inscriplîofis^.

La capitale fut ornée alars^ pou? la preesi^re fois, d'un ouvrage &à bronze qui e^ût \m v^nvie aussi oou-» sidérable* La statxie du Iboî et eelW d^ Im ¥ictoira avaient été fendues d'un seul j^, et l'on m^tt^it justement alors ce monument au rang dies cbefs-d^ceiivrQ de l'art ;. du imoins aucune» des seulptures metnutsrein^ tali» qui Taraient précédé ne piQiuTsiiieoi: lui é^e m«h parées sous le rapport de 1* con^sition. L'MMndn du Monarque était j^ine de majesté^ ^t le groupa entier pyramidait avee une rare élégauee. (^u>ique les esclaives mia à ses. pieds fusasnl infiniment. plu% foru <pie nature, Toeil n'en était point blessé, peu*ce^ qu'il y avait un- rapport eixaet entre ces figure» Ot leua les accessoires qui acccoopagaaient la statue du béros } le £sire d'ailleurs en était savant et graoîew;^ QiMWno dans tout le reste de ce magnifiqua monument* il fus placé dans une enceinte pavée en marbre et entourée d'une grille de fer.

Le duc de La Feuillado; pour achever d'embellir

l4 DESCRIPTION

cette place ; y avait fait ériger quatre grands fanaux ornés de sculpture^ podi' éclairer cette place pendant la nuit. Us étaient élevés chacun sûr trois colonnes d'ordre dorique en marbre, disposées en triangle par leur plan , et entre lesquelles étaient suspendus pat des guirlandes de feuilles de chêne et de laurier, des médaillons dé bronze. Ils représentaient, en bas^relief, divers événements de la vie du Boi, avec des inscriptions.

Enfin on donna à cette place le nom de Place de^ ^ictoire^^ qu'elle porte encore.

• Mais, quelques soins que Thomme prenne pour éterniser ses travaux, ils ne seront jamais à Tabri des ravages*' du temps > et des événements imprévus qb'il. amène. Toutes les précautions prises par le duc de La Feuillade pour transmettre à la postérité h plus reculée ce témoignage de sa gratitude envers son bienfaiteur et* son Roi, n'ont pas empêché que le superbe monument qu'il lui avait' con^cré n'ait été détruit bien avant Fépoque d'un dépérissement naturel. ^ Les rues et places de Paris ayant été éclairées JNir des^ réverbères, il fut ordonné, par arrêt du conseil du 20 avril 169g, que les quatre fanaux ne seraient plus allumés. Par un autre arrêt du a3 octobre 17 17^ ces fanaux furent démolis : enfin , en septembre 1 79a, lé liïonument en son entier disparut, comme tant d'autres chefs*d'œùvré de l'art que la révolution de France a engloutis. Le groupe fut brisé et fondu. On ne conserva que les quatre figures des esclaves en* chaînés, placés sur les quatre corps av^nèés du sou*

DE PAftlS« iS

l)âs4ementy et les quatre bas-reliefs du piëdettal (i).

Cette place étant restée quelque teoips sans nuHiu* meut^ on y éleva » sur Tanciez piédestal de la statue de Iipuis XtVy le modèle d'uu obélisque à la gloire des armées; il n'eut pas son, exécution ^ et fut détruit quelque temps après ^ ainsi que le piédestal, sous lequel il ne s'est trpuvé aucune .médaille^ aucune pièce de monnaie ni inscription qui pât indiquer l'objet du môuument et l'époque à laquelle il ayait été placé.

Vers ce temps, on éleva au même endroitle modèle d'uQ autre monument à la gloire des généraux Desaix et Kléber^ morts le même jour, à la mêii^e beure^ l'un à la bataille de Mareqgo , l'autre assassiné en Egypte après la bataille d'Héliopolis.

Ce modèle , qui l^ut construit en cbarpente et en toile y représentait un te9iple égyptien : il renfermait un cippe portant les bustes d^ deux généraux fst une tribune pour un orateur. Il é^it décoré de quatre colonnes formant péristyle ouvert sur cbacune de. ses deux grandes faces^ et cbargé sur toutes les quatre de caractères byéroglyphiques. M. Cbalgrin, architecte, avait donné les dessins de ce monument II ne reçut pas son exécution , malgré que la première pierre en ait été posée le 27 septembre 1800.

A ce modèle 9 succéda une statue en bronze du

(i) Les quatre figures dVsdaves ornent aujourd'hui la grande cour des Invalides. Les bas-reliefe ont été adaptés au, soubassement d'une colonne triomphale qui orne le jardin du Musée de» ttonuments français.

l6 DESCRIPTION

^étièrsX t>esaiXy de 18 pieds de proportiob, qui fut f&o^àœ en 1B08 sur le modèle exécute par M. Dejouiç. La fonte ayant mail réussi, et la statue menaçant tioe ruine prochaine, en 181 5 on la descendit du piédestal sur lequel elle était plîacée.

Cette figure, quoique a^see bette, convenait peu aune place publique. Un guertier français^ rtepresenté iiu «t n'ayant qu'un matilieau jeté sur ses épaules^ offrait un anacbrotiismé de cMtutne, blàiii<é même )>ar le vulgaire^ qui ne valait t<Hr dans cette statue qfa'tm soldat àe rancièbse Rome, et non un général français 'du dix-nefuvièitife ^Âèele»

On s'occupe en ce moment de la réédifioation de la statue de Louis XIV. Les figures d'esclaves et les bas* reliefs en bronze qui ornaient le piédestal de celle détruite en 1792, doircnt étere employas dans la déeoration dé ce tiQiUv«aû mon^menu

Lëi iplaoe des yîctoiï*es pourrait paraître aujourd'hui peu prOfAre à recevoir un monument^ elle est très petite et très fMquentée. Depuis le règne de Louis XIV hi population ^ le nond^re des voitures se sont oon« rîdérabiement MîgttKentés , sur4out dans ce q«iartier, où le passage ^st dev^ttu dangereux.

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PtACE VENDOME.

LjE nom que |)orte cette placé loi vient originaire-* ment de Gésar^le Vendôme , fils lég^tmié de Henri IV et de Giabrièl d'Estrées , qui- posàcdait dans <ié quartier un h6tély connu précédemment «oùs le nom de Mercœup, et<^ occupait dix-^huit arpents dé terrain.

Le marquis dé Louvois, itiinistre eft éurintèridant des bàtinients «eus le règne de Louis JOIV;, 'TéivJant ouTrir une coiilimuntcatîon qui devenait isééessaire entre la rueSaint-Honoré etla rue des Petits-^^hamps^ conçut le projet de former une place en cet endroit^ et d'y éleyer dès édifices propres à recevoir de grands étabKsseménts.

Ce projet £bt adopté par le IU>i> q»i fit acheter en 1^5 rhé^-déV-CHadôme, moyennant 66o;000 livres, et en 1687^ fou» les bâtiments qui le. composaiéiïf furent <iém6lis. Le couvent des Capucins^ qui gênait ce grand pkn^^ot aussi abattu, et rebâti plus loin.

Cette place avait soixante-dix-buit toises de lar-' geur, sur quatre-vingt-six de profondeur; elle était environnée f^e^rois côtés seulement de bâtiments uniformes, qui offraient une galerie couverte , percée par des arcades. Le côté gauche, par la rue Saint-flonoré, était réservé pour la bibliothèque royale, qui devait avoir quatre-vingts toises de longueur. Le côté opposé a. 3

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était destiné aux académies , et celui du fond à un bôtel pour les ambassadeurs extraordinaires. Le quatrième côté restait ouvert entièrement sur la rue St!- Honoréy sans aucune construction. La décoration extérieure de ces façades était d*une ordonnance de pilastres ioniques, élevés sur une longue suite d'arcades qui en faisaient le soubassement.

Ce magnifique projet s'exécutait avec rapidité, déjà les façades étaient à la bauteur des combles, et un grand bôtél pour le bibliotbécaire était presque achevé , lorsque la mort enleva subitement le ministre Louvois : cet événement fit suspendre tous les travaux. Mais un plus grand obstacle encore,. la situation de» finances, et Tétat de malbeur où la Franpe était tombée sur la fin d'un si beau règne, ne permirent pas de les continuer : il fallut même. y renoncer entièrement.

Le terrain de cette superbe place, toutes les constructions commencées, et tous les matériaux amassés, furent donnés à la ville, le 7 avril 1699, à.condition qu'elle ferait construire à ses frais, et au même endroit, une nouvelle place sur d'autres dessias, et en outre un bôtel pour la seconde compagnie des Mousquetaires, dans le faubourg S.-Antoine. Cet bôtel coûta 800,000 1. à la ville qui, pour se libérer de cette somme, vendit la place Vendôme, et rétrocéda tous ses droits au sieur 'Masneuf , moyennant 620,000 livres, à la charge par lui de démolir tout ce qui existait, et de construire les . façades delà place qu'on voit aujourd'hui, en lui fixant pour terme de cette opération le i*^ octobre 1 701 ; ce qui fut exécuté.

DE PARIS. IQ

Sa forme est un carré presque parfait (70 sur ^5 toises ) , dont les quatre angles forment pans*coupés. Autrefois ses deux seules issues étaient bornées par les rues des Petits^Ghamps et S.-Honoré. Depuis quelques années y deux rues nouvelles, ouvertes sur le terrain des Capucines et des Feuillants, lui ont rendu les points de vue qui lui manquaient.

Jules-Hardouin Mansard, a donné les dessins de la décoration extérieure de cette place. Elle porte le caractère des productions de Tartiste, et présente le goût du temps. Un grand ordre de pilastres corinthiens embrassant deux étages, repose sur un soubassement formé d'arcades uniformes , ornées de refends.

Ce qu'on blâme dans Tarchitecture de cette place , dont Tâspect est d'ailleurs très satisfaisant, sont les avant-corps et les pans-coupés qui sont trop petits, comparés avec le diamètre de la place ; les colonnes jumelles pénétrées mutuellement Tune par l'autre avec leurs chapiteaux; enfin les colonnes engagées, qui auraient pu être détachées du nu du mur ou remplacées par des pilastres.

Les terrains derrière ces façades ayant été vendus partiellement, plusieurs grands hôtels y ont été construits par divers architectes. L'un des plus considérables, bâti par Bullet, renfermait une belle galerie, peinte par Paul Mattei, napolitain. Un autre, bâti par le même, contenait une bibliothèque composée de vingt-cinq à trente mille volumes ; de tableaux rares ; de médailles ; de pierres gravées , antiques et modernes ; d'estampes, de porcelaines et autres objets curieux.

La Statue équestre de Louis XIV fut élevée au milieu de la place, le i3 août 1699^ par le duc de Gesvres^ gouverneur de Paris , avec une pompe qui n^avait point encore eu d'exemple en pareille occasion.

Ce sùpeii>e morceau , de vingt pieds de hauteur y dont le modèle çst de Girardoa, qui en dirigea tous les travaux, fut jeté en bronze le i^^ décembre 1692 , par J. Baltazar Relier^ le plus habile fondeur de ce temps. On n'avait poitiit jusqu'alors tenté de fondre en une seule pièce Un ouvrage de cette grandeur, Vopération eut un succès complet : soixante-dix mil* liers pesant de matière y furent employés.

Ce monument colossal fut posé sur un piédestal de marbre blanc , de trente pieds de haut sur vingtquatre de long^ et treize de large ^ orné de cartels, de bas-reliefs et de trophées en bronze doré^ sculptés par Coustou» Sur ses quatre faces étaient des inscriptions latines, composées par Tacadémie des inscriptions et belles4ettre6) relatives aux grandes actions du monarque, et exprimant particulièrement la reconnaissance de la ville de Paris pour les bienfaits dont il l'avait €0&blé.

Cette statue, détruite en 179^^ est remplacée par une eolonâe triomphale en brodte, dont nous donqonâ l'élévation^ pladché 33 de ce vol orne.

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PE PARIS. ai

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