DE LA PLACE VENDOME
Xjes Grecs qu'on nous reproche de toujours citer ^ et qu'il faudra citer long-temps encore, ces peuples qui avaient un sentiment, si exquis de toutes les coiîvenances, ne voulaient i.pas .que le souvenir de leui^ victoires fât transmis à la postérité par des trophées de marbre ou d'airain. Craignant que ces témoins éternels des maux qu'éntratne la discorde ne perpétuassent dans leur seih,d^8 Mines nationales, ils se contentaient d'appendre. aux branches d'un arbre, aux parois d'un temple^ les armes qu'ils avaient enlevées à leurs ennemis , et ces marques de valeur glorieuses, mais peu durables, avertissaient assez les jeunes gens de se montrer dignes de leurs pères«
Les Romains n'eurentpoint cet esprit de modération : se croyant prédestinés à la conquête du mondé^ ils inventèrent pour éterniser leurs victoires, ces arcs de triomphe , ces colonnes monumentales , ces fastueux^ trophées qui attestent encore dans les différentes contrées l'asservissement successif des nations qui les habitaient. . ^
Kous les avons imités dans.leur orgueil; nous Français, comme tous les peuples' modernes qui, tour- 2. i6
%^k DESCRIPTION
à-tour, ont cherché à s'arroger Fempire de l'Europe.
Cette colonne delbronze, érigée à Tendroit même où était une statue du grand roi, présente à tous les yeux la suite des actions mémorables de Tarmée française ^ pendant les célèbres campagnes du Nord. La première assise en a été posée le 2i3 septembre 1806.
Elle est imitée de la colonne Trajane dont elle conserve les proportions sur une échelle plus grande dVn çiousième ; c'estnà-dire qu'elle a 4o mètres et den^ d'élévatian depuis le sol jusqu'au-dessus du couron» Bernent ; 3 mètres, 7 dixièmes de diamètre ^ et 3o âiètr^ de hauteur poisr le fut, la base tN: le chapiteau.
Ceci pô^, MM» Gotidouiïi tt Le Père qui ont pré'^ sidé à Te^éeutioù d^ iôe nïoiiuttieiit, n'ont rien à pré*' tendre c^mmeitit^âteâtis; mais ces de«:& archiiectes', M. Le Père sut^tôiit^ qm paratt «voir été ehal^ plus tpé<^ialehient déd détsaild, niiéritettt les plus gràtids éto^s pour les procédés iôgéâietit qu'il lear^ f^Uu remployer datis k ô<>i)«trm;fiOB. Noufr somôles loi a Ûè rïen exagérer, On en jugera ptir TêScpc^â suit^tit^ i
Le fioyau de la colonfie wx «u pierre et soû rotéteiHènt on brouze. Its'agiâSâit Aûm oèt as^ifnblage de ^tciùléf et do préron^r dètyt ofl^ Oppc^és $ )o tatto*ïneibt des tambotfrs dé plerfè mt l^urs lits^ 01 la dik^ tatîoh de ^74 plàquos de mêt dam toute réiendtto do k spirale. Beaucoup do Mi» dàieis la toillo ^ l'àppettèil et la pOdo dois bldc^ do le plus belle piotro éaro qu'on ait pu se procurer a obvié au prOmiok* do oes iUconiréniènl:^ ; pour n'avoir ri^n à craindre du seoOnd, ot pal^r aUM iiiàuou^e^ dé l'ÂtfUoq^ère^ H
^Uait éviter de soader eosemble ces 2174 plaques ^ comme 9U«8i de les fixer dans h pierre par ua moyen quelconque. £n con^équepce,. sur chacune des 98 assises en pierre qui composent la coloone^ on a réservé douze corps ^aiUanC^ ea forme de sabots^ sur lesquels sont agrafés les bas^-reliefs : le jeu laissé à ces agrafes et le soin qu'on a ^u d'isoler les bas-reliefs, préviennent tout accident. Il est impossible d'aper^^ cevoir les jonctions, qui ont toutes ét^ faites au-d^ssm des corps les plus saillants.
Après avoir décrit ce que ce monuptent tient de U science » examinons ce qu'il doit à Tart.
La mémoire cherche d'abord à se rappeler l'image de la colonne de Trajan et à établir un parallèle , non pour juger de l'agencement des trophées sur les facef ^u piédestal, ou du développement des bas -relief^ autour du fût, ces motifs d'ajustement seressenir blant beaucoup, mais pour savoir laquelle d^s deux colonnes l'emporte sur l'autre, soit par le choix de la matière, soit par la b^aut^ du travail. Les amateurs de l'antique n'hésitent pas : ils préfèrent le marbre au bronze, le cizeau grec.à l'ébaucboir français. Cett^ opinion est aussi la nôtre, mais elle ne nous empêche pas de reconnaître beaucoup de mérite dans tou( cet ouvrage.
Les piédestal représente des armures, des enseignes , des machines de guerre fprt l^ien ajustées , et sur I9 'porte de l'escalier deux Victoires qui tiennent une table d'inscription. Ce côté est de M. Gérard; M. Renaud a fait celui qui lui est oj^osé, M. Beauvallet les
deux autres. M. Gillë est l'auteur de tous les ornements* Trente-un sculpteurs ont coopéré au bas-relief qui entoure vingt-deux fois la colonne; cette longue histoire a été écrite y pour ainsi dire y par M. Bergeret , qui en a tracé tous les dessins; ils ont été exécutés par MM. Gallamar, CSardelli, Glodion, Gorbet, Bartoliniy Beauvallety Boicbot, Boizot, Boquet, Bosio, Bouillet , Bridan fils, Deseine y Dumont, Dupasquier^ Fortin y Foucou, Francia, Gaulle , Gérard, Gois fils, Lorta, Lucas, Moutoni , Petitot, Picard, Renaud, Ruxthiel, StoufF, Taunay, et M^ Charpentier.
Pour régulariser des travaux si' variés , et diriger vers le même but cette quantité d'artistes, il fallait à leur tête un homme accoutumé à voir en grand , instruit dans la théorie des arts, et familiarisé avec leur pratique : M. Denon a été chargé de cette tâche honorable, et s'en est acquitté à la satisfaction générale. Par sa masse importante et son heureuse position , cette colonne produit un effet étonnant : elle offre au centre d'un des plus beaux quartiers de Paris un point de vue superbe, lorsqu'on la regarde des Tuileries et du Boulevart ; et si l'on s'en approche pour en examiner les détails, l'oeil étonné reporte sur ce riche monument toute la magnificence des palais qui l'entourent. C'est un ensemble nouveau chez les peuples modernes^ et, si l'on excepte Borne, aucune capitale de l'Europe n'en offre même l'équivalent.*
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