THEATRE DE L'OPERA
Il faut arouer que si rarchiteçture moderne a pro* duit dans presque tous les genres des monuments com^ parables à ceux des anciens ^ elle est restée bien en arrière lorsqu'il s'est .agi d'élever' des édifices pour les réprésentations théâtrales. Nos villes s'enorgueillissent , arec raison ^ d'une multitude debàtiments consacrés à la magnificence autant qu'à Tutilité, et nulle part en France, ni même ailleurs, on ne trouve uiie salle de spectacle qui ait un véritable caractère de grandeur. De tout côté pourtant, des théâtres, des cirques, des amphithéâtres encore debout après vingt siècles, nous attestent avec quelle somptuosité les Grecs et les Romains traitaient tout ce qui a rapport au public, ne fût-ce que pour ses plaisirs et son amusement. Mais ces monuments prodigieux n'ont excité parmi nous qu'une admiration stérile ; près de leurs masses pompeuses^ de chétives constructions élevées à la hâte, de misérables jeux de paume décorés du nom de théâtre, ont long-temps servi d'abri à la meilleure compagnie rassemblée pour y voir jouer les pièces de Corneille et de.Mohère. Des planches posées sur des tréteaux, desdécorations en feuilles de paravent, des galeries en échafaudages; formaient l'ên- 2. i8
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semble de ces salles de spectacle dont le décor était complété par quelques pièces de tapisserie^ et deux ou trois lustres en bois doçé. C'est ainsi que par-tout, sous Louis XIV, on donnait Iç, comédie , niéme à la Cour, où toute la différence consistait dans la richesse des ameublements, la multiplicité des bougies; et, peut-être, dans une plus grande perfection des décorations et des machines. On fit quelque chose de plus vers le milieu du dix-huitième siècle ; la ville de Lyoa chargea Soufâot d'élever dans ses murs une salle de spectacle qui dès-lors fut regardée comme un chefd'œuvre ; et c'est bien sûrement de cette époque qu'il faut dater les améliorations sensibles qu'ont éprou* vées nos différents théâtres dans le syst^e général de leur composition. On commença par renoncer à cette forme longue et étroite que les salles de spectacle avaient retenue des endroits où elles furent primitivement établies : ces deux galeries parallèles s'écartèrent un peu en forme d'ellipse, et devinrent plus favorablesà l'acoustique, en même temps qu'elles facilitèrent l'aspect du théâtre : celui-ci fut débar-* rassé de tout ce qui l'obstruait, et pourvu de décorations mieux peintes, mises en mouvement par des machines savamment combinées. Chaque nouvelle entreprise théâtrale amena un perfectionnement dans quelque partie importante, et l'on peut dire aujourd'hui qu'il reste peu de chose à désirer pour tout ce qui tient au jeu des machines, à l'exactitude des tableaux scéniques , et à l'agrément du local destiné aux spectateurs; mais ces palais magiques n'ont qu'uue
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frêle existence; un souffle les renverse, et la mode en change l'aspect au moindre cajMrice. CTest là le vice radical de tous les théâtres modernes ; c'est ce qui les rejette dans la classe des bâtiments vnlgai* res, et les prive de ce caractère imposant qui subjugue notre imagination devant les restes du théâtre d'Orange et des arènes de Nimes. Qu'on ne s'étonne donc pas si mettant peu d'intérêt à ces constructions éphémères y nous décrivons brièvement les salles de spectacle de Paris, car ces fameux théâtres devront leur célébrité bien plus au génie de nos grands auteurs qu'aux talents de nos architectes.
Il est dans l'ordre de commencer par l'Opéra, puisqu'il porte le tidre d'Académie royale de Musique. .
Les Académiciens chantaient et dansaient dans la rue Mazarine en 167 x : dans la rue de Y augirard, près du Luxembourg, en 1672, éc, l'année suivante, au Palais-Royal ; cette dernière salle qui occupait la partie méridionale de la cour des Fontaines fut incendiée en 1 763. L'Opéra fut alors éubli aux Tuileries. Une nou^ velle salle élevée au Palais-Royal en 1 770 par Moreau, sur les débris dé l'ancienne, fut encore la proie des flammes le 8 juin 1781. Le 27 octobre delà même année , on fit à la porte Saint-Martin l'ouverture d'une salle composée, bâtie et décorée par Lenoir, dans l'espace de soixante-quinze jours. Nous prouvons quelque honte à dire que, pour démontrer sa solidité , on y donna une représentation g^ratîi , avant d'y admettre le public payant.
L'Opéra quitta ce diéâtre pour occuper celui dont
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nous donnons. les ileux plans principaux; et qui fut bâti sur les dessins de Louis. Cet édifice ^résultat d'une spéculation particulière, n'offre aucun intérêt sous le rapport de l'architecture , et ce n'est que comme une salle provisoire qu'il faut considérer ce bâtiment dont la forme et. la décoration intérieures ont déjà subi plusieurs changements remarquables.
Ce. théâtre a une façade sur chacune des quatre rues dont il est entouré. La face principale offre un grand portique de onze arcades, au-dessus duquel est le foyer. Les trois autres ressemblent à des maisons bourgeoises.
Le vestibule intérieur est décoré de colonnes doriques qui soutiennent le plafond. La salle , qui porte en partie. sur ce vestibule, a 60 pieds de diamètre* Derrière le parterre est ud rang de loges grillées ; audessus sont trois rangs de loges; un quatrième est sur la corniche ,, un cinquième sous le plafond. L'avantscène a 45 pieds d'ouverture. -
Le foyer du public est vaste et commode ; il forme une galerie divisée sur sa longueur, en trois parties par huit colonnes ioniques. On y arrive par deux escaliers très simples et très étroits qui conduisent aussi aux loges.
Ce que l'on voit ordinairement de cet édifice est , sans contredit, ce qu'il y a de moins curieux; pour en avoir une idée complète, il faudrait pénétrer dans ce labyrinthe à plusieurs étages qui portent le théâtre , et monter au cintre, où sont disposées toutes ces machines qui produisent des effets si merveilleux.
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