PONT DES INVALIDES
(jE pont, commencé en 1806, sous la conduite et sur lés dessins de M. Lamandé^ ingénieur en chef des ponts et chaussées, fut terminé ed 181 3. Il devait être primitivement en fer fondu, et les piles et Culées en pierre de taille; mais, eu 1808, un devis comparatif des dépenses à faire pour le terminer en fer ou eioi pierre ayant été présenté au ministre de Tintérieur, par le directeur général des ponts et chaussées, un arrêté du 27 juillet de la même année ordonna que ce pont serait totalement eh pierre. Le nom d'Iéna lui fut donné par un décret rendu à Varsovie, le i3 janvier 1807, en ménioire de la fameuse bataille gagnée par les Français sur les Prussiens le 1 4 octobre 1806 : mais le» armées alliées s'étant emparées de Paris, en juillet 181 5, et les Prussiens ayant tenté de détruire ce monu* men t , dont Imiôm leur rappelait des souvenirs fôcheux^ 'le Roi, par une ordonnance du même mois, le fit appeler Pont des Im^alideSj quoiqu'il* soit situé en face de rÉcole Militaire.
Le pont des Invalides a i55 mètres de développement d'une culée à l'autre. Cet espace est rempli par cinq arches, dont deux ont une de leurs naissances qui repose sur un corps carré engagé dans la culée* a. 5
34 OESCKIPTION
Chacune des quatre piles a 3 oûètres d'épaisseur inesurée sous le cordon ^ et se compose d'un corps carré de i4 mètres de longueur, terminé par des avant et arrière-becs demi-circulaires/
Les voûtes ont toutes 28 mètres d'ouverture, 3 mètres 3o centimètres de flèche; leur courbure génératrice est un arc de cercle de 3 1 mètres 347 millimètres de rayon. Les naissances des voûtes sont toutes prises au-^dessus des plus fortes eaux, et leur épaisseur à la clef est d'un mètre 44 centimètres.
Les culées sont formées d'un corps carré de 18 mètres, élevé verticalement, sur 12 mètres 5 décimètres de hauteur, depuis l'étiage jusqu'au-dessus de la plinthe. Elles ne devaient avoir primitivement que 10 mètres d^épaisseur; mais, afin d'qppôser une résistance suffisante à la poussée des voûtes en pierre, on leur a donné 1 5 mètres. L'une dé ces culées étant élevée de toute sa hauteur et l'autre de quelques assises seulement, lorsqu'il fut arrêté que le pont serait totalement en pierre, cette augmentation d'épaisseur fut opérée après coup, et de deux manières différentes. Ces détails intéressants pour les constructeurs se trouvent très bien développés dans le devis de ce pont, publié à Booen par M. Lamandé.
Une corniche, imitée du temple de Mars-le-Ven» geur à Rome , et des couronnes de lauriers et de chêne sculptées au-dessus des piles, sont jusqu^à présent les seuls ornements appelés à sa décoration. On a élevé aux extrémités des parapets quatre piédestaux en pierre polie de Château-Landon^ mais ils attendent
^ DE PAftIS. 35
encore les figures iéquestres de généraux français qui doivent compléter Tensemble de ee pont.
Les ponts sont, de tous les monuments publics^ ceux qui réclament un plus b^ut degré de solidité. Les difficultés de leur premier établissement, ou celles que présentent presque toujours leur réparation, exigent que l'on ne néglige aucune des précautions qui peuventles rendre, si Ton peut dire, éternels.
Ceux que Perronet a construits dans le siècle dernier sont des modèles d'élégance et de légèreté ; mais cet ingénieur a atteint le but où il convenait de s'arrêter, et l'on ne saurait le dépasser sans sacrifier la solidité et la durée de l'édifice à un effet plus étonnant que beau. Aussi doit-ôn savoir gré à M. Lamandé de n'a> voir pas cherché à enchérir sur la hardiesse des constructions de cet homme habile, et de s'être contenté de se rapprocher de Tun des plus beaux modèles qu'il nous ait laissés. Au pont des Invalides comme au pont Louis XVI, l'épaisseur des piles, l'ouverture des arches, la courbe de leurs voûtes, et leur épaisseur à la clef sont à-peu-près les mêmes. Quant au choix des matériaux, objet si important dans un édifice de ce genre, où la force de la pierre doit être calculée suivant sa qualité particulière, il est respectivement le même pour chaque partie de ces deux édifices. Cette espèce de ressemblance entre deux monuments si rapprochés, loin d'être un motif de critique, nous parait au contraire un sujet d'éloge. Les données étant les mêmes, M. Lamandé a fait preuve d'un excellent esprit en restant dans les mêmes limites.
Uae belle simplicité et. une exécution soignée as^ surent au ppqt des Invalides un rang très distingué parmi les ponts modernes. II est le premier à. Paris .qui.se développe sur une ligne horizontale et qui ait sa chaussée de niveau avec les abords. On voit quel bon effet cela, produit; mais ce sont des circonstances rares, et Ton doit féliciter Tingénieur de les avoir reacontrées, ou d'avoir su les faire naitre.
Tcmt^U.