‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 7 sur 72 · HALLE AUX BLÉS · texte numérisé non relu

HALLE AUX BLÉS

L'hotel de Soissonsy qui remplaça l'hôtel de Nésle, et sur remplacement duquel on a construit la Halle aux Blés/avait été bâti, en 1572, par J. Bullant, lorsque Catherine de Médicis eut renoncé à terminer les Tuileries. Catherine occupa cet hôtel trente-six ans^ et après sa mort il passa à ses enfants, qui en jouirent jusqu'en i5q5. En 1601 , il fut vendu à Catherine de Bourbon, sœur de Henri TV, ensuite à Charles de Soissons, et depuis cette époque il a porté le nom ^ Hôtel de Soissons. Les héritiers du prince de Carignan le firent démolir en 1748, et il n'en serait resté aucun vestige, sans la générosité de Bachaumout qui acheta , à ses dépenâ*, et pour la conserver à la postérité, la colonne monumentale dont on a fait depuis une fontaine. Enfin, en i755, la ville de Paris fit l'acquisition du terrain, et se détermina, en 1762, à y faire construire la Halle aux Blés. Cet édifice, commencé aussitôt, fut achevé dans l'espace de trois ans par les soins de M. de Viarmes, prévôt-des-marcbands, d'après les dessins de Le Camus de Mézières, architecte du Roi (i).

(i) Le ministre Golbert. avait conçu un projet <l*un autre genre •sur cet emplacement. Au sommet d'un rocher fort ëlevë et entouré 4*uQ très grand bassin, on eût vu la statue en bronze de Louis XIV

38 DE80RIPTI0N

Ce monument, formé d'un vaste portique circulaire qui règne autour d'une cour de 120 pieds de diamètre, est le seul de ce genre que Ton connaisse. Il est parfaitement isolé, et sa décoration simple répond bien à Tobjet auquel il est destiné. Cette espèce de rptonde est percée de vingt-cinq arcades de 10 pieds et demi d'ouverture, dont six servent de passage et répondant à autant d^ rues, terminées par des carrefours, auxquels aboutissent cinq débouchés différents. Il n'est point entré de bois dans cet édifice, tout y est voûté, le toit même étant supporté par un berceau continu. Au rezrde-chaussée sont des voûtes d'arêtes, dont Les retombées portent sur des colonnes d ordre toscan. Au-dessus on a pratiqué de beaux et vastes greniers, voûtés en pierre et en brique ; on y communique par deux fort singuliers escaliers ; celui du côté de la rue du Four est à quatre révolutions jusqu'au premier pallier, et de là jusqu'au haut de l'édifice il n'est plvts qu'à 4eux rampes qui se croisent parallèlle* ment; l'autre, situé du coté de la rue de Grenelle, n'eat qu'à deux révolutions.

foulant aux pieds la Discorde et PHérésie. Quatre fleuves, également en bronze, et de proporiion colossale, devisuent ver^^er une inuneose quantité d^eau dans le bassin entouré dVne balustrade de marbre. Là se seraient rendues les eaux de Paquéduc d'Arcueil, pour être distribuées par des canaux dans dilférents endroits de la ville. Tout était disposé pour rexécution de ce grand dessein, mais la mort du ministre rompit ce projet, dont il n'est MSCé que le modèle en petit, qui orna long- temps le cabinet du eétèbre sculpteur Gùrardon.

La Halle aux Blés mérite d'être examinée par rapport à sa coastruction savante, à la légèreté de ses voûtes en briques et en pierre , à la forme recherchée et à l'appareil de ses deux escaliers; enfin par l'effet de son ensemble tant à Textériegr qu'à l'intérieur.

Dans le mur extérieur de cette Halle, se trouve ac^ tuellement engagée la belle colonne dont nous devons la conservation à l'ami des arts que nousi avons nommé plus haut. Elle est d'un ordre dorique, fort enrichi^ et elle a gS pieds de hauteur. Son intérieur renferme un escalier qui conduit à une espèce d'observatoire établi sur le chapiteau, et au-dessus duquel est un paratonnère. Ce corieiix monument fut dit- on ^ bâti par J. BuUant, pour serviraux observations astro* nomiques de Catherine de Médicîs. On peut raison* nablement douter de cette singulière destination et voir dans cette colonne un témoignage de la douleur de la reine après la mort de Heùri IL hes ba»-reliefs qui ornent l'escalier, et dans lesquels on voit des G et des H entrelacés, des miroirs cassés, et des kcs d'a<* mour déchirés, pourraient appuyer notre conjecture* A l'époque de la construction de la Halle, on a pratiqué au bas de cette colonne une fontaine pu-* blique ; et, dans le haut, on a tracé sur le fût un mé* ridien d'une exécution fort ingénieuse : il marque l'heure précise du soleil à chaque moment de la jourt née, et dans chaque saison. Il est de la composition du père Pingre, chanoine régulier de Mainte-Geneviève, et membre de l'académie des sciences*

Les portiques voûtés de la Halle aux Blés .lie pou-

Page 1