‹ Description de quelques peintures antiques qui existent au cabinet du Royal Musee Bourbon de Portici; du chanoine André de IorioChapitre 4 sur 20 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Jupiter.

Herculanum. (a).

Que d’idées ne nous retrace pas cette peinture, trouvée au commencement des fouilles d’Herculanum ! !

Jupiter étendu sur un nuage, entouré d’un arc-en-ciel , tient d’une main la foudre , et de l’autre le sceptre. Un amour aîlé, qui se trouve derrière lui , cherche à arrêter son bras droit , et semble lui montrer le sceptre qu’il a dans la main gauche , ce qui a donné lieu aux Académiciens Erculanesi de tirer de ce sujet de trèsjustes conjectures.

Quelques-uns ont supposé que c’est l’Amour, qui, désarmant Jupiter, lui montre le sceptre pour le prévenir que les hommes se gouver-

(») Vol. IV , pas. l.

nent mieux par l’amour que par la crainte.

D’autres ont pensé, que c’est une allusion à l’empire que l’amour a sur tout, puisqu’il a même la force de désarmer Jupiter.

En s'attachant à cette dernière idée , et se rappellant que l’amour, (surtout chez les anciens, et particulièrement h Jupiter,) ne donnait pas les meilleurs conseils , et remontant au penchant qu’avaient les anciens pour les choses joviales , ne pourrait-on pas hasarder une autre conjecture?

En observant attentivement la figure de Jupiter, on n’y remarque, ni cette gravité, ni cet air majestueux et imposant qui conviennent à semblable divinité. La figure moins sévère, semble au contraire témoigner le désir qu’il a de s’approcher de l’amour; ce qui pourrait, avec raison, faire supposer que le peintre a voulu représenter quelqu’autre sujet. On dirait qu’il a voulu exprimer un de ces momens de faiblesse humaine dont Jupiter n’était pas exempt, malgré sa qualité de divinité. L’amour, au lieu de désigner à ce Dieu le sceptre et l’empire du monde, semble lui indiquer ici bas quelqu’autre objet vague. .... ; ce qui pourrait autoriser à faire dire à Jupiter ... : « Voyez ce que prétend

ce petit fripon , célèbre auteur de tant et tant de larcins. »

. Cérémonie Isiaque.

Hcrculanum. (a).

Cette peinture n’est pas moins intéressante que celle désignée sous le n.° CXLVH : elle représente une des cérémonies que l’on fait à. la déesse Isis. Il serait cependant difficile de décider si l’auteur a voulu désigner dans cette cérémonie , la prière que l’on faisait à la clôture du temple d’Isis , et d’Osiris.

L’intérieur du temple, et la manière avec laquelle y sont groupés les prêtres et les assistants, tout contribue à- attirer l’attention de l’observateur.

(«) Vol. Il , pag. 517,

Soupe.

Pompcï. (a).

Le sujet que nous offre cette peinture, est un homme et une femme prenant un repas , et une domestique qui les sert à table.

Pour avoir une juste idée de la manière dont mangeaient les anciens, il est nécessaire de se rappeler des divers triclinium qui existaient à Pomper , et que l’on trouve représentés sur le vase qui est déposé dans l’avant-dernière pièce du Musée Bourbon.

L’homme qui boit dans une corne percée , ou dans un vase de la même forme, rappelle l’usage que l’on faisait alors de cette espèce de vase au lieu de verre de table , et nous reconduit à la manière dont le bas peuple boit de nos jours , qui est vulgairement dite à cannella , c’est-à-dire en éloignant le gouleau de la bouteille à une certaine distance de la bouche.

(»} Vo!. I, pag. 75.

Didon. ....

. Pompe ï. (a).

Didon abandonnée par Ænée , semble être représentée dans ce tableau. La fierté qui est peinte sur son -visage , quoique triste, ses yeux égarés et le glaive qu’elle porte, sont les indices qui ont fait supposer aux Académiciens Erculanesi , que cette peinture représentait la malheureuse Didon au moment de se donner la

mort/

Méléagre.

Hcrculanum. (b).

Si on interprète le sujet de cette peinture, aussi intéressante qu’ancienne , d’après le Sanglier , dont on n’aperçoit qu’une partie du

(a) Vol. II , pag. 6 g.

(b) Vol. III , pag. 75.

corps , on peut croire qu’il a rapport h la fameuse chasse de Calydon , dont fait mention Homère.

D’après cette supposition , on pourrait reconnaître dans le vieillard représenté nu, assis sur un trône, le bras droit appuyé sur le dossier du siège, et tenant de la main gauche une lance et un sceptre, Œnée, roi de Calydon, qui écoute un homme qui est debout à côté de lui , et qui semble être le messager des Ætoliens.

Le chien qui a au col un collier rouge armé de pointes de fer , peut avoir quelque rapport & la chasse qui fut la conséquence de la guerre ; il semble appartenir au jeune homme qui est derrière le trône , et qui est supposé Méléagre. L’on croit que la femme qu’il fixe attentivement est Cléopâtre qui le supplie de combattre.

Pelée , père d’Achille.

Hcrculanum. (a).

La tristesse qui est peinte sur la figure de la jeune femme , assise dans un fauteuil d’un

(«) Vol. III , pag. 79.

élégant travail , ajustant sa robo sur son épaule gauche , et ayant le bras droit appuyé sur le dossier de ce fauteuil ; l’intérêt avec lequel on voit une vieille femme s’entretenir avec un jeune homme qui a les épaules couvertes d’un manteau , et l’émotion que semble faire sur ce jeune homme le discours de cette femme ; toutes ces indices avaient porté k croire que cette peinture représentait la surprise d’Hypolite, k la déclaration qu’on lui fait de l’amour de Phèdre, sa marâtre , pour lui. Mais la longue lance dé laquelle le jeune homme est armé , et le cheval tout équipé que l’on aperçoit hors de la salle où se passe l’action , fait supposer que ce soit Pelée qui rejette la déclaration d’amour envers la femme de son hôte.

CCXXVIU.

Chœurs de Bacchantes. ,

Herculanum. (a).

Cette cérémonie de Bacchus est désignée sous le nom de Tiaei .

(«) Vol. II , pag. i33.

Une jeune fille ouvre le chœur, en jouant à la fois de deux musettes. La femme qui la suit porte deux oïnemens sacrés. La troisième personne qui occupe le milieu du tableau , semble être un jeune homme : il porte sur l’épaule gauche une caisse, qui bien que destinée à renfermer les ; , prnemcns sacrés et les instrumens, semble aussi contenir le symbole si cpnnu de Baçcbus. , i

L’homme assis, paraît être le maître du chœur, et la femme , une des Gérées qui le préside. .>

Apollon et Marsyas.

Uerculanuni. (a).

Cette composition, aussi intéressante par le sujet qu’elle représente, que par la touche hardie du pinceau , est très-facile dans son interprétation.

Apollon, superbe d’avoir vaincu le trop hardi Marsyas , est représenté assis tenant en main une

(a) Vot. Il, pag. lai.

lyre, qui est ornée d’une couronne par une des muscs spectatrices , en honneur de la victoire qu’il a remportée.

Le jeune Olympus , élève de Marsyas , prosterné aux pieds d’Apollon , demande le pardon de son malheureux maître , qui, attaché è un arbre, est au moment de subir sa condamnation. Le ministre chargé de l’exécuter , a la main droite armée d’un couteau.

ccxxxin.

Cassa ndre et Apollon.

Herculanum 17 49 ( a ) 4 . , « [

Le sujet de cette peinture, aussi intéressant; pour le savant que pour l’amateur „ semble représenter Cassandrc , qui promet sa main à Apollon à condition qu’il l’initiera préalablement aux mystères de la prophétie. On peut aussi interpréter cet entretien h un tout autre sujet.

(a) Vol. II , jjag. lo5,

La auivante d’une indiscrète curiosité.

Hcr cul anum (a).

Cette peinture qui représente une femme, tenant d’une main des tablettes , nous rappelle que les Grecs et les Romains en faisaient usage pour écrire des billets galants.

La pointe du style qu’elle tient appuyée sur ses lèvres, est une allégorie qui convient, parfaitement au sujet , soit sous le rapport de l’indécision de ce qu’elle doit écrire , soit sous celui du silence.

La suivante, qui a déjà compris l'intention de sa maîtresse, prête h la servir, et poussée par la curiosité, porte furtivement les yeux sur la tablette. Cela prouve que de tous temps les stipendiés, pour la plupart des ames vénales, ne se sont jamais démentis.

(•) Vol. III , pag. *89.

Le Cyclope.

llerculanum (a).

Plus ou observe ce tableau, plus ou admire l’heureux succès avec lequel l’artiste a su tirer parti du sujet qu’il représente.

Qu’elle attitude expressive ne remarque-t-on pas dans le Cyclopc qui est dans l’attente de recevoir une lettre ! Que sa figure caractérise bien la perplexité où. il se trouve !

Ce Cyelope est Polyphénie qui reçoit , d’un amour porté par un Dauphin , un billet de l'indécise Galatée.

Mystères tic Bacchus.

Hcrculunum (b).

Après avoir gémi sur la misère de la raison humaine , abandonnée à elle-même, le specta-

t Li

{*) I P P»S- 49- (h) Vol. II , pug. 147.

teur pourra se livrer h toutes les autres réflexions -que la belle composition de ce tableau lui suggérera ; et le savant ne sera pas moins satisfait de ce qu’en ont dit les Académiciens au sujet de cette peinture. Pour moi , prenant pour modèle la figure qui se trouve assise dans ce tableau , je mets mes doigts sur ma bouche et je «ne tais.

Emprisonnement tic Pylade cl d’Orestc.

Hcrculanum (a).

Orcste et Pylade , les mains liées derrière le dos, et conduits pour. être sacrifiés, forment le triste sujet de ce tableau.

La statue de la Déesse placée sur la table, les vases sacrés ainsi que les prêtresses et les autres instrumens nécessaires pour cette religieuse fonction, à laquelle assiste aussi la prêtresse Iphigénie, tout nous rappelle lestratagème ingénieux dont fit usage cette prêtresse pour sauver la vie h scs deux frères innoccus.

(a) Vol. I , png. G5.

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