‹ Description de Rome (volume 3)Chapitre 20 sur 106 · DIT LE COLISÉE · texte numérisé non relu

DIT LE COLISÉE

Au milieu de Rome , là où Néron avait formé son étang , Vespasien construisit cet Am^

phitëâtre , après avoir triomphé de la Judée, afin d’exécuter le projet conçu par Auguste . Suétone dit : Amphitheatrum TJrbe mediâ ut destinasse compererat Augustwn . Toutefois, il fut achevé et dédié par Tite son fils , l’an de Rome 833 . On dit que le nom de Colisée vient du célèbre colosse de Néron qui du haut de la voie sacrée, où Vespasien l’avait érigé en le consacrant au Soleil , fut transporté ici dans la place près de l’Amphitéâtre : d’ ailleurs cet édifice est plus que colossal par lui même : il a i,6 10 pieds de tour,$8 1 dans son grand diamètre, 48 1 dans le petit , et 15g pieds de haut ; construction dont la magnificence surpassait celles des pyramides d’ Egypte , du temple d’ Ephèse et des autres merveilles du monde . Il est certain que ses ruines , dans l’état même où elles sont actuellement , donnent la plus haute idée de la puissance de celui qui le fit construire . On rapporte que douze mille Juifs , conduits en esclavage à Rome, y furent employés , sans interruption , pendant plusieurs années .

Ce superbe monument avait été destiné spécialement aux chasses des bêtes , aux combats des Gladiateurs , quelquefois aux Naumachies et aux autres spectacl s cruels des Romains. Il est de forme ovale , presque tout en travertin, avec deux portiques extérieurs qui en font le tour , et qui ont chacun 80 arcs soutenus par des piliers de six pieds en carré . Il a quatre étages: les arches des trois premiers sont décorées de colonnes d’ordres divers en demisaillie 5 celles du premier sont Doriques j cel-

les du second 5 Ioniques 9 et celles du troisième , Corinthiennes . Le quatrième étage consiste en un grand mur 3 avec un double rang , de 40 fenêtres chacun 3 placées entre les 80 pilastres d’ordre Corinthien ,

Les Arches extérieures du rez de chaussée étaient numérotées de Ivà LXXVLmais les quatre du milieu ne le furent pas : elles étaient un peu plus spacieuses : les deux qui correspondaient aux extrémités du petit diamètre de l’édifice 5 servaient d’entrées principales 3 et les deux qui se trouvaient aux extrémités du grand diamètre , étaient destinées à P introduction des machines5et à l’usage des hommes chargés de servir dans le Cirque . Les numéros du XXIII , à LIV existent encore : l’arc de l’entrée principale qui était sans numéro, fut placé entre les N. XXXVIII et XXXIX 3 et décoré de deux colonnes cannelées de marbre violet en saillie . Le N. I. était à la droite de ceux qui entraient par la porte du midi 3 et près de laquelle on a trouvé une entrée souterraine ornée 3 et faite postérieurement pour le passage de l’Empereur, quand il se rendait à sa loge .

Ces quatre étages étaient disposés intérieurement de manière , que le premier avait plus de saillie que le second , et ainsi des autres : les pierres étaient liées entre elles avec des goujons de métal , et les trous qu’on y voit , ont été faits par les barbares qui ont enlevé ces goujons ; ce qui a déformé cette construction. Le larmier, qui finit le quatrième ordre , était percé tout autour de 240 trous carrés , destinés à recevoir chacun une poutre 3 qui posait

sur une console placée à plomb au dessous de chaque trou . Au sommet de ces poutres était une poulie dans laquelle on passait une corde qui soutenait le Velarium avec lequel on couvrait 3 au besoin, l’Amphitéâtre , Au dessus de ce larmier posait un socle uni * faisant le tour, et servant d’abri , ainsi que le démontre cette partie qui en reste encore .

Il y avait trois ordres de doubles corridors les uns au dessus des autres : il en reste encore à l’extérieur un côté entier , et solide, dont quelques parties paraissent aussi beiles,que s’il était construit d'aujourd’huy : les deux corridors de chaque étage ont chacun 15 pieds de large : le pavé est d’un ciment qui a la dureté du marbre, et qui est couvert de petits carreaux posés à épine , ouvrage que les anciens ont appellé opus spicatum .

Les proportions de cet édifice sont si belles et si justes , qu’il n’y a rien hors de mesure 5 ni qui puisse être accusé de lourdeur . Pour bien juger de sa vaste grandeur , il faut monter dans la partie du haut qu’on a dernièrement rendue praticable , mais on doit y marcher avec précaution , à cause des nombreuses ouvertures qui ont été faites dans les voûtes , lorsque l’on en a ôté les chaînes et les escaliers de marbre .

Quant à l’intérieur , il est tout en ruines : il ne reste plus rien de la 'loge de l’Empereur, ni du podium , qui était une balustrade où siégeaient la famille Impériale , les Princes étrangers , les Consuls , les Vestales, les Magistrats et ks Sénateurs , On peut seulement in-

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férer des raines dès voûtes comment les gradins y furent appuyés^, et disposés en rond .

Les excavations récentes ont démontré évidemment que le -podium et 1’ arène étaient bâtis par dessous , et que les manœuvres nécessaires à la chasse des bêtes et à d’autres jeux 3 se préparaient dans les souterrains qui s’étendaient, dans quelque partie , même hors de l’Amphitéâtre . De là vient que le podium ou galerie , et encore plus l’arène , eurent besoin de continuelles réparations 3 qu’on a trouvées ou bonnes , ou plus ou moins mauvaises , suivant la diversité des tems où elles ont été exécutées .

L’intérieur de cet Amphitéàtre finissait dans le haut, au dessus des gradins, par un portique de 8© colonnes de marbre ; elles étaient placées directement à plomb , au dessus des piliers qui séparaient le premier , du second portique extérieur , au rez-de-chaussée . Les architraves et les ornemens de ces 8o colonnes étaient en bois doré , ainsi que le plafond . Les gradins , placés au dessus et au dessous de ce plafond , étaient également en bois : aussi les auteurs font mention d’incendies survenus à l’Amphitéâtre Flavien 3 et qui en suspendirent l’usage pendant quelque tems . Les Régionnaires rapportent que cet édifice pouvait contenir quatre vingt sept mille spectateurs .

Lorsque cet Amphitéàtre ne servit plus aux jeux 3 il fut abandonné , et on ne le considéra que comme une carrière de pierre que l’on employa 3 spécialement pendant les XV et XVL siècles 3 à la construction de plusieurs édifi-

ces modernes . Peut-être projettait-on la destruction du reste de l’intérieur , lorsque Clément X 3 touché de ce que l’arène , qui avait été arrosée du sang de tant de martyrs , était prostituée à des usages profanes , et souvent coupables , en fit réparer les portes , que Pon fermait la nuit , et boucher les arcs par de petits murs : il y fit ériger aussi quatorze petits autels découverts,en mémoire de la passion de Notre Seigneur, avec une petite chapelle . On y établit un hermite , qui devait habiter dans rAmphitéâtre , pour veiller à ce qu’ il ne s’ y commît aucune indécence . Benoit XVI , en 1750 3 fit restaurer l’œuvre de Clament X 5 y ajouta de nouveaux ornemens , et accorda des indulgences à ceux qui feraient des prières devant les dits autels, qu’on appella chemin de la croix ? Via Crucis »

Mais il était réservé à l’immortel Pie VII de garantir de la ruine une portion de l’édifice par uà mur, en contre-escarpe, de la plus grande solidité* et qui produit l’admiration des observateurs . C’est à ce Pontife qu’on doit le déblayement des terres , les restaurations nécessaires, que l’on continue à ÿ faire, et l’état présent d’un monument si respectable , ainsi que l’embellissement des jardins publics qui sont à coté .

D’ici , passant sous l’arc de Constantin , on voit les restes d’ un aqueduc de Septyme Sévère qui traversait le chemin , et qui du mont Cœlius,portait l’eau Claudia au mont Palatin . On trouve plus loin y sur la gauche , la place et

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