Façade postérieure (fig
moulure rampante de la corniche du fronton. Je pense que cette partie devait se raccorder par un petit fronton avec le reste de la toiture terminée par le pignon nord. Il est à remarquer que la baie A n’est qu’apparente (façade latérale, fig. 109). C’est simplement une partie
de la construction en blocage qui aura été détruite à l'époque où on construit le mur byzantin, pourménager à cet endroit une sorte de guérite ou petite chambre sur le chemin de ronde et au-dessus de la niche demicirculaire de la cello.
Le temple est orienté exactement du nord au sud, son portique antérieur et son entrée regardant vers le sud.
Il est situé sur la limite nord du village arabe et enclavé sur ses faces est, sud et ouest par des maisons arabes, dont les murs entourent ses colonnes et montent à certains endroits jusqu’au tiers de leur hauteur.
— La construction du mur byzantin qui tient à sa façade postérieure correspond à une autre partie de la même époque qui se trouve à peu près à 20 mètres en avant du temple. On peut dans cet ensemble fortifié voir le réduit de la citadelle byzantine de Dougga.
La partie du village qui regarde le sud-sud-ouest et par conséquent qui s’étend devant Je temple est légèrement en pente pendant une cinquantaine de mètres ; à partir de là, l’escarpement s’accentue et la pente est très rapide jusqu’aux jardins qui entourent Dougga. Le temple, par la conformation même de la colline sur laquelle il élait placé, se trouvait donc sur un point culminant et presque dégagé. On se rendtrès bien compte de l’aspect qu’il devait présenter lorsqu’en venant du Kef par Bordj-Messaoudi, on prend le chemin d’Aïn-Hedjah
'Dougga. temple ot jupitek»* juno:
PLAN KLSTITUTL
Fig. 1 r8. — Temple de Dougga, essai de restitution du plan.
et qu’on arrive à un kilomètre environ de Dougga. Le temple se dresse au-dessus du village arabe, ses colonnes et son fronton dorés par le soleil ; l’élégance de ses proportions paraît alors, sa fine silhouette se dessine sur le bleu du ciel pendant qu’à ses pieds s’étagent en gradins grisâtres les masures arabes qui recouvrent une partie de l’antique Thugga.
Lorsque des crédits suffisants pourront être consacrés à la préservation des plus beaux monuments que l’antiquilé nous a laissés en Tunisie, j’ose espérer que le premier auquel s’appliqueront ces ressources sera le temple de Dougga. Les matériaux dont il est construit, du moins dans la partie antérieure, la plus élégante et la plus belle au point de vue artistique, sont, il est vrai, d’une dureté et d’un grain presque semblables à ceux du marbre *, mais comme cet édifice est en grande partie enfoui dans des décombres et du fumier, toute la partie enterrée est constamment attaquée et salpêtrée par les infiltrations provenant du terrain environnant. Le sondage que j’ai pratiqué dans la partie ouest extérieure du pronaos me fa bien montré. Plus on tardera à déblayer cet édifice et plus ces dégâts s’accentueront ; d’un autre côté, les Arabes prennent tous les jours des matériaux, soit dans les murs de la cetla , soit dans les décombres qui la remplissent. Ils finiront par la démolir complètement. Il nous semble donc urgent d'appeler sur ce point l’attention du Ministère et de demander qu’on prenne les mesures nécessaires : i° pour acquérir le terrain où s’élève le temple ; 20 en exproprier les Arabes ; 3° dégager les restes de ce temple par des fouilles exécutées à 2m,5o au moins de distance des murs antiques et de l’escalier, afin d’isoler le monument.
Études sur les proportions du temple de Dougga.
La conservation parfaite de la façade du temple m’a fait entreprendre sur les proportions de cet édifice un travail assez compliqué, travail que j’ai fait à deux points de vue : i° Proportions suivant Vitruve ;
1. La pierre est un calcaire très dur, d’un grain fin dans les beaux morceaux (comme les fûts des colonnes par exemple) et dans certains échantillons perforés de petits trous provenant de coquilles fossiles. Un fragment de cette pierre (détaché d’un fragment de murs de la cella) a été poli, le ton de la pierre est légèrement jaunâtre, les coquilles sont translucides et le ton général se rapproche de celui de la pierre de Comblanchien, dans les beaux échantillons, mais tirant un peu moins sur le gris.
2» Proportions suivant un Iracé géométrique1.
Ces proportions seront parconséquent étudiées : i° au point de vue numér ique, en adoptant la coudée ou pied philétérien comme unité (om,52Ô), et en lui imposant la division italique en 12 onces, division qui a été adoptée par les artistes grecs qui ont élevé les temples de Pæstum, de Métaponte et d’Agrigente (Viollet-Leduc, Dict. d'architecture , tome VIII, p. 5 10, article Symétrie, note). D'un autre côté nous étudierons ces proportions, 20 au point de vue du tracé géométrique, car j’ai remarqué la coïncidence frappante des lignes issues de la construction du triangle de Pythagore (Vitr., lib. IX, préface, § 6 et suiv.), nommé aussi triangle égyptien, avec les points principaux et les dimensions de la façade du temple de Dougga.
Nous trouvons ici la distinction donnée par Vitruve, qui dit que l'édifice doit être ordonné : i° avec symétrie (ao[j.[j.£Tpéa)2, c’est-à-dire que ses différentes parties aient en nombres une mesure commune (le module) comme dans le corps humain (lib. I, cap. n) le rapport des pieds, des mains, etc., entre eux: 20 avec la proportion convenable (avaXeyi a), c'est-à-dire un rapport entre les parties de l’ouvrage et le tout, rapports qu’ils détermineront ensemble (lib. III, cap. 1) ; ceci posé, examinons d’abord l’édifice avec le texte de Vitruve à la main, et en remarquant si nous retrouvons ici quelquesunes des règles formulées par l'architecte romain d’après les traditions grecques qu’il connaissait.
« L’eustyle est la proportion d’entre-colonnement reconnue comme la palus convenable, et comme commodité, et comme aspect, et la plus raisonnable au point de vue de la solidité : les intervalles (de nu à nu) doivent être de 2 diamètres 1/4, et seul les entre-colonnements du milieu des façades antérieure et postérieure doivent avoir 3 diamètres3. » Ici, les entre-colonnements latéraux ont, à peu de chose parés, la proportion eustyle, mais ceux de la façade ont 2 diamètres 1/2
1. On sait l'importance des tracés géométriques dans la plantation des grands édifices du moyen âge et de l’antiquité (Viollet-Leduc, article Symétrie, tome VIH, Dict. d’architecture). La façade du temple de Dougga a exactement : 32 coudées de hauteur à paitir du sol et 29 de large à l'aplomb des doucine du fronton. C’est ce qui m’a porté à croire que cette mesure dont on s'est servi pour le mausolée, était restée en usage en Afrique et je l'ai vérifié sur ce temple.
2. Vitr., lib. III cap. 1 : « Namque non potest aedes ulla sine symmetriaatquie proportione rationem habere compositionis ni si uli ad hominis bene figurati membrorum habuerit exactam rationem. » J'ai déjà fait un travail analogue sur le mausolée punique (voir supra).