Ibid.. 38p
naos et recevait les degrés qui se trouvaient devant est incrustée l’inscripfion 392 de Guérin.
70 Enfin dans la partie nord-est extrême de !a ville , les traces d’une enceinte fortifiée.
8° Au sud du temple, un édifice demi circulaire dont le mur d’enceinte est encore debout. L’aire inférieure a été déblayée récemment et on y avait conslruit lors de l’occupation par les troupes, un batiment pour les officiers. Aucun reste ne permet de voir dans cette ruine celle d’un théâtre, à moins d’admettre que les gradins en étaient faits de bois; nous n’avons cependant remarqué aucune trace des dispositions par lesquelles la construction en charpente aurait été reliée à la maçonnerie. Peut-être est- ce une enceinte analogue à celle de Dougga (fig. 124).
90 Au sud-est de cet hémicyle une salle carrée accompagnée de deux hémicycles. Nous pourrions peut-être y voir une église.
io° La citadelle byzantine.
De nombreux restes de constructions voûtées et de pans de mur, et des fragments nombreux aussi de cippes funéraires, de membres d’architecture, bases, colonnes, chapiteaux et corniches, et de nombreux débris de poterie.
n° Une source antique qui sort du sol probablement un peu audessus de la citadelle, un conduit antique l’y amenait.
i2° Des statues antiques ont été trouvées à Aïn-Teunga1. L’une d’elles a été transportée au Kef où elle était encore lors du passage de M. Poinssot dans cette ville en 1 8 83, c’est probablement le fragment que je mentionne dans mon Rapport, p. 216, ligne 22. Ce morceau a dû être transporté à Tunis, au Musée du Bardo.
La seconde statue était au milieu du camp des Chasseurs à Teboursouk ; à l’époque de mon passage dans celte ville je n’ai pas pu en retrouver de trace.
Je vais reprendre la description de chacun de ces monuments dans l’ordre dans lequel j’en ai parlé.
Les inscriptions du macellum et du lavacrum sont encastrées dans les murs de la citadelle, je n’ai donc pas à chercher à en reconstituer ou l'emplacement ou l’aspect. Néanmoins un détail curieux de la citadelle nous permet d’imaginer approximativement une restitution du lavacrum. Dans l’angle intérieur de la citadelle formé par la tour 4 (voir plan de la citadelle) se trouve une porte r., assez élevée et qui
1. Bull, des Antiquités africaines , 3° année, t. VJ T 1 , avril 1884, page 142,
note de J. Poinssot.
donnait entrée dans la tour à la fois par le bas, à l’étage inférieur et par le haut, à l’étage à hauteur du chemin de ron le de la courtine. Cette porte, dont les murs latéraux sont grossièrement construits, est formée dans la partie supérieure par une arcade en bel appareil (arcade démontée dans un édifice, nous en trouverons encore un autre exemple dans cette citadelle). Cette arcade a été démontée avec soin
Fig. 139. — Citadelle d’Aïn-Tounga, porte II dans la tour 11, fig. i5i.
pour être, de l’éditice où elle existait, portée dans cette nouvelle place. Lesvoussoirs s’ajustent avec précision *, la courbe est pleine, la clef meme existe et est décorée d’un masque de femme en bas-relief, et d’un assez bon travail; la tête est coiffée d’une sorte de perruque (comme les masques de comédie et de tragédie) dont les boucles re-
1. La preuve eu est dans le raccord du B de l’inscription du sommier de droite. Cette tôle est d'une bonne exécution et appartenait sans doute à l’édifice primitif taudis que la restauration faite à une basse époque (caractère des lettres) n’a pas dû être traitée avec autant de soin. En L, trous des pinces qui ont servi à lever les voussoirs. En B, trous de scellement des barreaux de la grille qui fermait cette fenêtre (fig. 139). '
tombent à droite et à gauche. Les sommiers de l’arc portent l’un :
à droite BENEFICIO S V M T V
à gauche OVISIONIS FDD
ces mots appartiennent à l’inscription du lavacrum (Berbrugger, Revue africaine, 1, p. 383 ; C. I. L., "VIII, i5oo et sqq.).
Il semble donc que l’inscription ornait loute la façade composée d’arcades soutenues par des pieds-droits, et que les lignes du commencement se lisaient sur la frise au-dessus des clefs, tandis que celles de la fin se lisaient sur les parties des tympans situés près des naissances. On voit sur ce fragment les trous ménagés pour le levage des pierres au moyen de pinces dont le serrage s’opérait par le poids même delà pierre (comme à El-Djem, Rapport , p. 25, I. 3o et suiv.). les trous sont conlemporains de la construction de l’édifice, et non pas du transport de cet arc dans la citadelle byzantine ; ce qui le prouve, c’est, dans le fragment de droite, l’écartement ménagé entre l’E et l’F de façon à éviter le trou.
3° et 4° Les deux arcs. — Le premier est orné, sur son pilier nord, d’un fragment d’inscription. Malgré son état de dégradation, puisqu’il est plus qu’à moitié démoli, on peut chercher, dans la face est de la citadelle byzantine, parmi les fragments encastrés dans cette face, quels sont ceux qui ont appartenu à cet arc de triomphe, et en tenter ainsi une restitution, quoique l’indication de la corniche manque. C’était probablement un arc comme Bab-er-Roumia à Dougga, sans les colonnes dégagées. Je n’en ai pas fait de dessin, pas plus que du deuxième arc qui offre d’ailleurs peu d’intérêt si l’on ne fait pas de fouilles en ce point.
5° Colonnes et bases. — M. Darré, dans le travail cité plus haut, dit que « dans les fouilles faites en cet endroit, on a trouvé une couche de cendres mêlées de charbon de om,io à om,i5 d’épaisseur, ce qui indique la destruction de l’édifice par un incendie ». Le dallage trouvé dans ces fouilles, autour des colonnes, peut appartenir ou bien au sol d’un petit forum entourant le temple, ou bien à des galeries formées par ces colonnes et faisant partie d’un édifice qu’on n’a pu déterminer puisqu’on n’a pas fouillé la parlie située de l’autre côlé de ces colonnes et qui seule aurait pu déterminer la destination de cet édifice; on a dit que la cella mesurait n mètres sur chaque face, mais ces murs ont-ils appartenu au même édifice que le portique? Comme on n’a pas fait de fouilles suffisantes, on ne peut pas le savoir.
6° Grand temple (fig. i4o). — Ce grand édifice offre un intérêt tout spécial par son mode de construction et l’indication de sa porte,
aussi vais-je en détailler l’étude de façon à bien en faire sentir les particularités.
Ce temple, situé à l’est de la citadelle et un peu au sud de son axe, n’a jamais été achevé, croyons-nous, car les colonnes qui se trouvent
AiN-TOVWQA PL AM DU ÇJ^AND TEMPLE
à la droite du temple sont inachevées comme celles que nous avons signalées ( Rapport , p. 85, note) près du Ihéâfre de Sbeïtla. La façon dont elles sont épanneléesest assez particulière : on a d’abord dégrossi la colonne, puis par des coups d’outil donnés sur celle-ci, on a tracé (fig. i4i) des indications de tranches commesi la colonne placée sur le
Fig. i/j i . — Aïn-Tounga. — Colonnes inachevées du temple.
tour avait reçu des coups d’outil successifs. Ces indications déterminant le nu de la colonne, les ouvriers n’ont plus eu qu'à rabattre l’excédent de matière jusqu’à arriver à ce nu, pour déterminer le galbe définitif de la colonne.
Ce temple se compose d’une cella (de i2m,4o de longueur sur iom, 20 de large), formée de murs en moellons, aujourd’hui ruinés complètement, et d’un quillage en grands matériaux formant huit piles dont sept sont debout actuellement. Celte cella était précédée d’un portique tétrastyle (analogue à ceux des temples de Sbeïtla, Rapport , p. 69, pl. Il, et à celui du lemple de Douggacité plus haut), précédé d’un perron ou emmarchement de i3m,4° de profondeur.
Ce temple, d’ordre corinthien, est d’une bonne époque, probablement de la même époque que ceux de Sheïtla et de Dougga (car les
Fig. 142. — Temple d’Aïn-Tounga. Plan de la corniche.
chapiteaux sont d’une exécution parfaite) ; c’est, par conséquent probablement celui auquel se rapporte l’inscription C. I . L., t. VIII,
n° 1399 ; Mercurio Augusto sacrum. Imp. Caes.M. Aure lio Antonino Aug. Armeniaco Medico Parthico, pont, max., trib. pot. XX/1J,
imp. Il, cos. III , p. p. (169 de J. -G.) il est par conséquent aussi un peu postérieur au temple de Dougga.
L’ordre est d’un beau caractère; les entablements, le fronton gisent
à terre en morceaux épars, les corniches sont terminées mais les architraves ne le sont que plus ou moins. Sur les unes les moulures sont seulement ravalées,, sur d’autres les ornements des baguettes ou
Fig. i/|5. — Sofûte de la porte du temple.
des talons sont dessinés par un trait gravé en creux ; sur d’autres l’épannelage est plus complet ; sur d’autres enfin les ornements sont sculptés el complètement achevés.
Les soffites sous les architraves sont bien traités aussi. Les colonnes sont, les unes terminées, les autres dégrossies en partie par des coups d’outil espacés de om,5o à om,6o (comme nous l’avons dit plus haut). Les chapiteaux1 sont d’un travail très ferme et
1. Les colonnes étaient assemblées aux chapiteaux et aux bases par des goujons en métal scellés au plomb (fig. 1/17).
très soigné. Les bases encore en place en partie (une seulement à gauche) sont indiquées en B (fig. 1 4(>) sur le sol du porlique par un cercle légèrement en saillie sur ce sol et par quatre traits amorcés sur ce cercle et dont les prolongements donnent les axes des colonnes correspondantes. La porte, au lieu d’ètre formée par un chambranle continu surmonté d’une corniche, consistait en deux pilastres corinthiens, supportant des chapiteaux d’un fort beau travail, surmontés d’un soffite décoré de rinceaux enlaçant des fleurs à larges pétales (fig. i45 et 1 46) . — La porte est indiquée sur le dallage, par un trou carré (G, fig. i4o)de om,29 de côté, dans lequel se scellait un des gonds de bronze de la porte. — Nous remarquerons qu’ici, comme à Dougga,
la construction se compose d'une ossature en grands matériaux et remplissage en maçonnerie. Seulement ici, au lieu d’avoir comme à Dougga des matériaux en délit alternant avec des blocs posés sur leur lit de carrière, les piles sont maçonnées de matériaux réguliers et formaient probablement pilastres sur les faces latérales de la cella. Les frises comme à Dougga ont leur partie inférieure entaillée pour le montage. — La méthode de construction par ossature et remplissage a élé généralement appliquée dans la Régence de Tunis à l’époque romaine ; elle l’est encore de nos jours, nous l’avons vu, à Gafsa. C’est d’ailleurs une méthode très logique, eu égard à la nature des matériaux, pierre de taille splendide et abondance de petits matériaux pourvu que les piles soient liaisonnées avec les remplissages-
Ce mode de construction qu’on attribuait généralement au Bas- Empire a été employé dans les édifices delà belle époque (M. Cagnat a cité un monument ainsi construit des premières années de l’Empire), comme nous l’avons prouvé plus haut.
Ceci nous permet d’insister sur un point important d’archéologie monumentale : On est trop porté généralement à systématiser les
méthodes de construction et à en faire un signe chronologique. Il y a du vrai dans cette méthode, mais elle n’est applicable qu’à une région
limitée, région dans laquelle les conditions de constructibilité sont les mêmes, eu égard aux matériaux naturels.
Le signe déterminant pour fixer l’âge d’une construction est avant tout une inscription ; à défaut d’inscription, un fragment de sculpture ou d’architecture sculptée; à défaut de cela, l’appareil, mais comparé aux édifices de la même région et non pas à des édifices d’une contrée éloignée. Les erreurs commises en Tunisie au sujet de nom-
Fig. 148 - Chimère stuquée au Musée de Saint-Louis de Carthage.
breux monuments, à commencer par la partie postérieure de la celia du grand, temple de Dougga, sont un exemple du vice de la généralisation de cette méthode.
Les conditions matérielles de constructibilité, c’est-à-dire les moyens et les matériaux naturels de construction du pays, voilà les véritables éléments constanls de l’aichitecture de la région.
Pierre rare ou moellons (ou main-d’œuvre peu habile), emploi de briques ou de petits matériaux ou même pisé, — architecture voûtée.
Pierre abondante, grands matériaux, — architecture à platesbandes.
Si des fouilles bien entreprises à Carthage font découvrir des monuments carthaginois, nous aurons probablement à examiner deux écoles en présence : l’école autochtone construisant en pisé1 2 et en blocage avec la mollasse de la côte (cette pierre si tendre et si altérable aux vents du large que les façades des maisons de Carlhage étaient peintes avec du goudron ou du bitume)*, et l’école égyptienne
d’abord, puis dorienne de Sicile, employant les grands matériaux et ceux de l’intérieur, les marbres de Chemtou (comme nous l’avons prouvé plus haut) et les pierres si belles de cette formation jurassique, qui dans le massif central de la Tunisie présente une série complète des plus belles sortes de pierre à bâtir qu’on puisse voir.
La première école construisant les maisons, les édifices d’utilité publique, magasins, etc.... la seconde construisant les édifices de
1. Ce pisé a été employé certainement sur toute i'éteudue des colonies de de Carthage et dans l'Afrique carthaginoise, car Pline (lib. XXXV, c. xiv) parle avec admiration des « murailles moulées » si solides et si résistantes que les Romains rencontrèrent en Afrique et en Espagne.
2. A Carthage, comme en Sicile, on revêtait fréquemment de stuc les sculptures en pierre teudre, autant pour en protéger la surface que pour pouvoir traiter avec finesse le modelé de l'objet. Je donne ici le croquis d’une Chimère en pierre tendre recouverte d’un stuc très flu trouvée à Carthage (fig. xZj8) .
luxe, les temples, les mausolées, les palais, soit en style égyptien (stèles d’Hadrumète), soit en style égypto-grec (mausolée de Dougga), soit enfin en style grec pur (chapiteau composé architrave dorique frise à Chemtou, chapiteau ionique en marbre à Carthage, Rapport , p. 218, tig. 366). Ici, à Aïn-Tounga, comme dans toute la région que nous parcourons, jusqu’à El-Kef, la pierre est si belle et se taille si bien que partout s’élèvent des constructions où elle n’est pas ménagée. Nous avons, au contraire, vu en 1882, au sud de Kérouan, combien, dans cette contrée si pauvre en grands matériaux, mais où abondent les débris de toute sorte, on a su généraliser la construction en moellons, blocage, et mème^en béton, avec ou sans enduits.
Nous donnons ici avec les plans et les détails du temple d’Atn-
Fig. i5o. Aïn-Tunga, basilique chrétienne (?). Plan.
Tounga la restitution de l’ensemble d’aprè^ les parties existantes (fig. i4o à 109).
70 Enceinte fortifiée. Les vestiges sont peu considérables et n’otfrent que peu d’intérêt ;
8° Salle carrée avec deux hémicycles, peut-être une église (fig. i5o). — Cet édifice, situé tout à fait à l’ouest des ruines, est complètement enterré. Lescolonnes qui ont om, 58 de diamètre moyen nous indiquent donc une hauteur d’ordre, base, colonne, chapiteau, de 5'”, 80 à peu près; elles sont actuellement privées de leur chapiteau et leur section supérieure, c’est-à-dire le plan de l’astragale, est à im,5o au-dessus du sol; on voit donc que si l’on compte le chapiteau pour 1 diamètre i/4 il restera 8 diamètres 3/4 pour la hauteur de la colonne privée de son chapiteau, mais dressée sur sa base, c’est-à-dire 8, 3/4 X °)58 = 5m,o75 dont nous déduirons im,5o de saillie au-dessus du sol, et nous aurons 3 n) , 5 7 pour la distance entre le sol actuel et le sol antique.
L’édifice orienté de l’est à l’ouest dans sa grande dimension se compose d’une nef de i3m,35 de longueur sur i3"',4o de large, terminée carrément à chaque extrémité par un mur de plus de 1 mètre d’épaisseur. Ce mur est percé vers l’est d une grande arcade dont quelques voussoirs sont encore en place. A 1 est et à l’ouest se trouvent deux absides dont l’une à l’est a iom,3o et l’autre à l’ouest a 1 4ra? 7 ° de long. Ces deux absides, probablement voûtées en blocage, sont ruinées presque complètement, les colonnes qui les décoraient sont debout et enterrées jusqu’à im,5o de leur partie supérieure. La partie de la nef comprise entre ces deux absides est percée de deux portes latérales sur la face nord, mais l’appareil de leurs faces latérales ne laisse aucun doute sur leur destination.
Nous n’avons pas besoin de dire que l’étude que nous avons pu faire de cet intéressant monument n’a pu être que très sommaire, faute de moyens pour faire un sondage, et je regrette une fois de plus que les ressources dont je dispose pour cette mission ne me permettent pas de faire sur ce point un travail plus complet. Je dois rapprocher cette église de celle de Chemtou qui a deux absides, des constructions chrétiennes de la Syrie centrale dessinées si élégamment par M. Duthoit et décrites par M. de Vogüé. Nous y retrouverons (comme à Aïn-Tounga) les entrées latérales dans les églises de Baqouza, de Kalb-Louzeh, de Tourmanin et dans la grande église de Kalaât-es-Semân.
Nous voyons donc, à mesure que se multiplient nos investigations en Tunisie, se confirmer la réalité de la conception que nous nous étions faite de l’évolution de l’art architectural à la fin de l’Empire romain. Au moment où le christianisme fut officiellement reconnu, les traditions d’art dans l’Empire romain s’étaientunifiées et codifiées depuis longtemps. Les mêmes exigences du nouveau culte agirent de la même façon sur les éléments essentiels des traditions architecturales, et de l’unité des programmes et de leurs exigences partout les mêmes, naquirent un certain nombre de types d’édifices qui formèrent en quelque sorte un patrimoine commun dans lequel tous les architectes chrétiens puisèrent leurs inspirations.
Aux pays pauvres en bois de construction, les voûtes en briques ou en poterie triomphèrent des autres formes. Dans les contrées aux grands matériaux, les voûtes d’appareil, les grands berceaux, ou les arcs supportant des dallages furent les éléments constitutifs de l’école si ingénieuse du Haourân. Partout enfin où le bois existait encore en quantité suffisante, la basilique persista avec ses nefs terminées par des absides plus ou moins riches. C’est généralement le cas en Tu-
nisie, à l’époque antérieure à la conquête musulmane. Depuis cette époque, au contraire, à la suite des invasions, la destruction des forêts (par les incendies causés soit par les guerres, soit par les Arabes pour convertir les forêts en pâturages), rendit les bois de charpente excessivement rares dans la plus grande partie de la Régence. Aussi
Fig. i5j . — Plan de la citadelle d’Am-Tounga.
la construction en charpente disparut-elle, sauf dans les oasis, et ce sont les variétés de la coupole sur pendentifs et sur tambours, les voûtes d’arête, en berceau et en arc de cloître, les plafonds de petite portée reposant sur des arcs, qui ont dans cette contrée fourni aux Arabes les motifs invariables des constructions civiles ou religieuses.
9° La citadelle byzantine. — C’est l’édifice le plus considérable d’Aïn-Tounga. Elle a été vraisemblablement construite à la hâte, au
moment de la conquête byzantine, pour défendre la route de Carthage à Théveste, à l’endroit où celle-ci traverse le massif montagneux qui sépare Testeur de Teboursouk; elle ferme, le seul passage praticable à un corps d’année. Cette citadelle est bâtie de matériaux empruntés à la ville antique dont on a certainement détruit une partie des édifices encore debout à cette époque, afin de trouver des matériaux pour la forteresse. Les arcs démontés avec soin et remontés ici pour servir de portes à la citadelle en sont une preuve. On n'aurait pas pu, si les édifices delà ville avaient été déjà détruits, reconstituer ainsi ces arcs afin de s'en servir. C’est donc une construction d’une
Fig. i5i. — Face nord de la citadelle d’Aïn-Tounga.
fort basse époque, contemporaine probablement de la citadelle byzantine de Teboursouk, et construite avec plus de hâte encore que celleci. Les pierres employées ici sont fort belles, et l’on peut remarquer dans les façades de nombreux fragments d’architecture, corniches, pilastres, moulures de soubassement, etc.. Nous les mentionnerons en examinant successivement les différentes faces de la citadelle.
Les murs sont généralement doubles en épaisseur avec maçonnerie en blocage à l’intérieur, et ont de rm,7o à am,5o d'épaisseur ; sauf en un point ils sont construits en blocs posés plus ou moins régulièrement les uns sur les autres. L’ordre dans lequel je vais examiner les différents fronts de la citadelle est celui dans lequel sont numérotées les tours. La face 1, 2, est la face ouest, tournée vers la route de Teboursouk à Testour. Cette face est presque complètement ruinée jusqu’en son milieu; la tour 1 mesure 7 mètres sur 5,u,4o, extérieurement la partie droite de la courtine est encore assez élevée; on a suivi une certaine régularité dans la disposition des assises et les différences de hauteur des blocs, quand il s’en présente, sont rachetées au moyen d’un lit de mortier. 11 est probable que plusieurs des blocs
les plus longs et sur lesquels on remarque un petit trou vers le milieu delà longueur, sont des morceaux d’archilrave dont ce trou est le trou de louve. Le retour AB contient quelques fragments d’inscriptions. L’angle A est ainsi que l’angle R' dans le tour 2, construit en pierres taillées en bossage assez régulièrement disposées. Devant ce front, le front sud, le front nord, le front est et le front ouest, des constructions de tout genre maintenant en ruines ont été élevées par
les troupes françaises qui ont récemment occupé Atn-Tounga. La tour 2 mesure iom,o5 sur 6m,()o.
La face sud compte trois tours et deux courtines. La tour 2 séparée de la tour 3 par une courtine de 23™, 5o. La face IJ de la tour 3 est percée d’une porte fort bien appareillée. Cette porte donne lieu à la même observation que l’arc de la porte t: dans la tour 4 citée plus haut (lig. 139). C’est une porte qui appartient à un ancien édifice d’Aïn-Tounga et qui a été démontée, voussoir par voussoir, pour être placée dans la tour 3 et servir de porte à la citadelle. Ce qui prouve ce fait, c’est la difficulté que les constructeurs ont eue à
raccorder les assises horizontales de la tour avec les parties en tas de charge de cet arc; aussi s’est-on servi, pour ces raccords, de pierres de petite dimension disposées irrégulièrement. Ces voussoirs portent aussi sur leur face antérieure la trace des pinces qui ont servi à les lever. Sous la ligne de naissance de cet arc était une porte carrée dont l’angle droit (fig. i53) du linteau et une partie du chambranle sont encore visibles; le reste de cette face IJ est assez bien construit en grands matériaux. Celte tour 3 est ouverte sur l'intérieur de la citadelle par une porte de 3m,2o d’ouverture, en plein cintre, et qui a aussi été démontée, puis remontée à cette place. C’est la face antérieure d’un arc qui était accosté de pilastres et faisait partie très probablement d’un arc de triomphe semblable à Bab-er-Roumia de Dougga (peut-être celui du sud-ouest de la citadelle, arc n° 1). Les pilastres n’existent que sur le premier sommier de l’arc1.
On voit, par l’aspect de la porte extérieure, comme celte partie de la citadelle est actuellement enterrée, puisque la partie rectangulaire de cette porte est enterrée presque jusqu’au linteau. C’est l’angle H de cette tour qui aura probablement, lors du siège de la forteresse, été le point le plus fortement attaqué et battu en brèche, car tout cet angle est écroulé. On aura cherché non seulement à faire la brèche en cet endroit, mais encore à condamner par la chute des décombres provenant de brèche la seule porte par laquelle les assiégés auraient pu s’enfuir. La courtine GZ" mesure 33 mètres et la tour 3, 7m,iosur 9m,7o. La tour 4 qui est avec la tour 5 la partie la mieux conservée delà forteresse mesure iom,(5o sur 9m,i5. Cette tour est celle où se trouve la porte t:. Cette porte r. porte comme les arcs d’Haïdra (Rapport, p. 17 1, note 2) une saillie sous la naissance de l’arc pour appuyer le cintrage de l'arc (fig. 139). Cette tour 4 mesure iom,6o sur 9m,iô et a ses faces sud, nord et est, percées : la première de cinq meurtrières ou archères, la seconde de trois archères, la troisième de deux, quelques-unes dans l’angle ZZ\ Il y a eu dans cette tour différents étages correspondant à ces archères; une partie du revêtement intérieur de cette tour est formée de remplissages tombés ou non, compris dans des harpes de pierres alternativement en délit et horizontales (comme les murs de Teboursouk). La face ZZ'Z" de cette tour porte de plus, dans le haut, une fenêtre fermée par un arc grossièrement appareillé en segment de cercle au moyen de voussoirs rapportés (fig. 139). La face WX porte une fenêtre analogue à peu près à la même hauteur,
1. L’intérieur de cette tour était voûté en voûte d’arête ^iont les quatre retombées sont indiquées par des renforts angulaires.
un peu moins large et fermée par un linteau La face ZZ' est grossièrement appareillée et construite de pierres de hauteur inégale dont les ditférences sont rachetées par des joints épais en mortier dans lesquels on a intercalé de très petits fragments de pierre. La face YZ est assez régulièrement construite en grands matériaux. La face est de la forteresse est complètement ruinée sauf les tours 4 et 5. Cette tour 5, moins haute que la tour 4? a conservé les / voûtes de sa partie supérieure. Cette tour était aussi divisée dans
sa hauteur en plusieurs étages; des archères y sont pratiquées, en t moins grand nombre que dans la tour 4- Les planchers reposaient
sur des saillies formées de moulures empruntées à des édifices d’époque antérieure. La voûte qui existe encore esten berceau, renforcée aux reins et construite en blocage. La base de la tour est formée par une retraite sur laquelle on a disposé régulièrement les assises de soubassement d’un édifice antérieur. Le reste est appareillé et construit sans soin; de nombreux fragments d’architraves et surtout de pilastres engagés ont servi à cette partie de la construction. Ils sont parfaitement visibles et au nombre de huit environ; la tour 5 mesure 7m,73 sur 8m,4o- La courtine nord est brisée vers le milieu de sa longueur et aboutit à la tour î (pl. VII, VIII et IX).
De nombreux fragments d’inscriptions sont, on le sait, encastrés dans les murs de cette citadelle. Vers la face ouest, à l’intérieur, j’ai trouvé un fragment assez grand portant en relief un médaillon décoré de sculptures; au milieu, assez fruste était probablement un buste; autour, un rang d’oves et ensuite un rang de rinceaux assez élégants, mais très frustes. Le long de la face sud et à l’extérieur j’ai aussi dessiné un chapiteau probablement d’époque byzantine. Ce chapiteau est assez singulier : comme style de feuillages il est d’esprit assurément byzantin, mais ses proportions basses et sa masse lui donnent un caractère tout particulier. Il a dû être épannelé au tour; il mesure om,27 de diamètre, à la partie inférieure om,34 de haut et «•“,44 à la partie supérieure, on pourrait le rapprocher des chapiteaux de Bir-Oum-Ali {Rapport, p. 1 48, fig. 263).
L’intérieur de cette citadelle complètement encombré de cactus, de lauriers roses, de grenadiers et d’oliviers sauvages, est dans un état de bouleversement difficile à décrire. Aussi est-il actuellement impossible de déterminer la distribution intérieure de cet édifice dont les voûtes écroulées sont visibles surtout vers la partie ouest. Lorsqu’on arrive de Teboursouk à Aïn-Tunga, par la route, on est évidemment frappé d’étonnement à la vue de cette grande forteresse dont la masse encore debout étincelle d’un éclat doré, aux rayons de
soleil. Mais réellement quoique au point de vue pittoresque elle offre un certain intérêt, il est néanmoins indiscutable que dans les ruines de l’antique Thignica, seuls le temple et l'église (?) présentent encore des sujets d’étude intéressants. La citadelle est beaucoup moins curieuse que la grande forteresse d’Haïdra et on ne pourrait avoir la chance d’y faire quelque découverte, que si l’on cédait les matériaux qui l’encombrent à l’un des entrepreneurs de la route, à charge par lui de déblayer l’intérieur. Ce procédé de déblaiement, que j’ai conseillé pour certains édifices d’Haïdra, ne devra être tenté que lorsqu’on se sera assuré d’une surveillance compétente et efficace pendant toute la durée du déblaiement.
En regagnant le Kef, depuis Teboursouk par Dougga, je m’arrête un instant à
SIDI-ABD-ER-REBBOU (Mustï),
où, malgré le peu de temps dont je puis disposer, je relève complètement les vestiges d’un arc de triomphe, La vue que j’en donne montre dans quel état de ruine nous avons trouvé ce monument.
Le couronnement est tombé, mais il reste un fragment d'architrave
en place, les autres éléments de restitution sont en place ou bien à terre, la restitution de l’arc est donc possible. Il consistait en un arc dont l’ouverture avait 4"V 45. Les deux pieds-droits étaient décorés d’une colonne d’ordre corinthien dégagée, portant sur un piédestal de tm,i8 de haut, dont le fût était lisse, l'imposte de l’arc filait derrière la colonne; l'archivolte se composait d’un talon surmonté
d’un listel et de deux faces légèrement inclinées l’une sur l’autre séparées par un talon. L'architrave assez fine se composait d’une face verticale interrompue dans son milieu par un rang de perles
AJKC de ÇORDLEN 111 a 51 Di A ED -XKr XDBBOIJ (MUSTl)
Fig. 1 55. — Arc de Gordien à Sidi-Abd-er-Rebbou, plan et restauration.
et de pirouettes surmontées d’un talon et d'un listel. La corniche avec denticules, doucine, oves et modillons surmontés d’une légère moulure. Les deux faces de l’arc sont symétriques. Il est probable qu’une attique recevant l’inscription surmontait cet arc. C’est l’arc de Gordien que décrit M. Guérin et dont J. Poinssot {Bull, des Antiquilés africaines, t. 111, fasc. xii, an. 4, juillet 1 885, p. io5) a publié
une vue Irès exacte en phofotypie. Cet arc a ceci de fort intéressant qu’il est le premier de ce type que je rencontre en Tunisie 1 ; il était d’ailleurs, comme on peut s’en rendre compte sur le dessin ci-joint, assez élégant de forme (tous les éléments de la restitution sont certains, sauf la dimension de l’attique). Les aulres que j’ai décrits déjà possédaient deux colonnes dégagées de chaque côté de l’arche centrale, celui-ci n’en possède qu’une.
Fig. i56. — Détails de l’arc de Gordien à Sidi-Abd-er-Rebbon.
1, architrave. ï, imposte. 3, piédestal. 4, arhchivolte. 5, corniche.
BOR D.T-M ESSA OUDI ( T/tacia).
Ces ruines ont été décrites dans le Bulletin des Antiquités africaines qui (t. III, p. 107 et pl. XIII) a donné le dessin de divers fragments qui y ont été trouvés et qui sont au Musée du Kef, et dont j’avais cité certains morceaux dans mon prenber rapport ( Rapport , p. 211 et suivantes). Dans un autre numéro du Bulletin des Antiquités africaines (t. III, 1 885, pl. XVII bis , p. 170), M. Poinssot a donné une vue trèsexacte du mausolée de Cornélius Rufus dont je donne ici une monographie complète; quoique ce petit monument soit en assez mauvais état de conservation il offre néanmoins un grand intérêt à cause des dispositions particulières qu’il a conservées. Les Arabes l’appellent actuellement Hanout el-Hadjern (boutique du barbier), il a la forme carrée et présente, vu de Bord j-Messaoudi, deux arcades à angle droit l’une sur l’autre soutenant une voûte d’arête,
1. L’arc de Zanfour est construit sur ce type (Poinssot, Bulletin des Antiquités africaines), mais avec pilastres derrière les colonnes. — En Algérie, l’arc de Dana est identiquement semblable à celui de Musti. L’arc que j’ai dessiné à Médeïna en i883 ( Rapport , flg. 34o) peut aussi en être rapproché.
Au nord, le mur extérieur subsiste encore, comme le montre le dessin ci-joint (fig. 167 et fig. 1 58).
Ce monument consiste donc en une salle carrée, couverte en voûte d’arête et entourée de murs en pierre de taille formant chemise de
Fig. 157. — Mausolée de Bordj-Messaoudi, face antérieure, sur la route.
oin.5o d’épaisseur de façon à donner à cet étage inférieur l’aspect d’un cube. La face nord de cetle sorte d’enveloppe cubiqùe porte sous la corniche A un long cartouche terminé à ses extrémités en queue d’aronde et portant cette inscription (fig. 1 58) :
0 M 0 CORNELIVS RVFVS VIXIT AN 0 LV 0 E
Cette face porte sur un soubassement formé d’un listel et d’une doucine renversée.
Au-dessus de cette partie carrée, s’élevait, sur la voûte d’arète elle-
Fig. i58. — Mausolée de Bordj-Messaoudi, face postérieure.
même, une partie cylindrique dont un huitième est indiqué par le huitième du soubassement de cette partie cylindrique en C (plan, fig. 1 69) .