Dans les chapitres I, v. 20 et 21, et ch. I, 1 à
il est dit que Tobie ensevelissait les corps des Juifs tués par ordre du roi. On le voit, en eflet, ici, aidé par un de ses serviteurs relevant le corps nu d’un Juif qu'il va ensevelir. On lit : vouar (voyant) ToBIE vVN IviF MORT PAR LES RVES.
11° Dans le verset 20 du chapitre, il est parlé d'un
chevreau apporté à la maison par Anne, femme de Tobie;
«il arriva done qu'ayant reçu un jour un chevreau, elle l'apporta à la maison. » Sur notre émail le chevreau est
devenu un agneau par une erreur qui n'étonnera pas au
milieu des légendes bizarres que l’on vient de lire; le moment choisi par l'artiste est celui où un homme présente Anne. On lit
12 Sara, fille de Raguel, qui devint plus tard la femme
l'agneau à : LA BONNE DAME
VN ANIEAV A.
du fils de Tobie, avait eu sept maris tous tués par le démon Asmodée. Or, un jour, une des servantes lui reprocha ces morts répétées : c’est le sujet de cette dernière peinture qu'explique fort bien la légende :
(Ch. INF, v.
LVNBLE SARA FV
I A CHAMBRIERE INIVRI
7 et suiv.) Sara,
accompagnée d'un jeune enfant, écoute avec douceur une
ante qui lui montre le poing et lui adresse des injures. — Haut., 11 cent. Longueur, 16 cent.
11 cent.
J'ai fini la description de ce monument exquis et com-
Largeur,
plet de l'art du xvi siècle; mais je me garderai d'en écrire moi-même l'éloge, puisque je le trouve fait de main de maitre dans la Vofice des émaux du Louvre, de
M. le comte de Laborde. Traitant la question des émaux
jointes. Dans les cieux Dieu le Père et le Saint-
anonymes, M. de Laborde (p. 143) dit qu'il en est où
l’on retrouve « le fini précieux et le sentiment délicat des plus habiles de nos miniaturistes. » A l'appui de cette
assertion, M. de Laborde cite dans la note 3 de cette
même page le coffret de M. Louis Fould. « Les compo-
« sitions en grisailles, ajoute-t-il, légèrement teintées,
«illustrent la vie touchante de Tobie. Du sentiment, de
« l'élégance, un peu de manière et beaucoup d’hésitation, « caractérisent le talent du peintre miniaturiste, qui s'est
« surpassé dans la petite scène intitulée : Voyant Tobie
«un Juif mort par les rues. Les petits tableaux de nos « meilleurs manuscrits de la première moitié du xvr siècle « sont égalés par ce fin pinceau dont je ne connais pas « d'autre ouvrage. »
Il n'y a rien à ajouter à cette appréciation; je dirai seulement que M. Louis Fould, qui affectionnait particulièrement ce joyau de sa collection, avait choisi ces petits sujets comme motifs de la décorætion des voussures de la galerie de son hôtel. Copiée en grand et librement
cette histoire de Tobie fait un excellent
par M. Frappaz effet.
1995. — Triptyque monumental en ébène doré, présentant une arcade de plein cintre dans la partie principale et une demi-arcade dans chacun des volets. Ce triptyque est le cadre de six plaques d'émail dont trois, de forme rectangulaire, occupent les parties droites aude
lissent les cintres. La peinture est en grisaille teintée
us des cintres, tandis que les trois autres rem-
sauts d'or sobrement distri-
ment et avec des
égè
bués. Partie centrale et principale : Prédication de saint Jean-Baptiste. Le saint s’est enfermé dans un épais fourré d'arbres; des hommes, des femmes et des enfants ‘entourent. Au-dessus, dans la partie cintrée, Dieu le Père, sorté sur les nues, bénissant. Sur le volet de gauche, en bas, le Baptème de Jésus-Christ. Saint Jean, agenouillé sur le rivage du Jourdain, verse l'eau sur la tête
de Notre-Seigneur, qui est debout dans le fleuve, les mains
sprit descendant sous la forme d’une colombe sur la tète du Fils de l'homme. Sur le volet de droite, la décollation
de saint Jean-Baptiste. Le saint est agenouillé, les mains
au lève le glaive sur
jointes, devant la prison; le bourr sa tête. Dans chacune des deux parties cintrées qui surmontent ces volets, un ange sonnant de la trompette. H. avec le cadre, 60 cent. L. 70 cent. H. du sujet central, 30 cent. L.
Ce magnifique triptyque est depuis longtemps connu
Larg. des volets, 11 cent.
parmi les amateurs comme provenant de l'atelier de l'émailleur si célèbre sous le nom de Pape auquel M. le comte de Laborde a récemment restitué les noms sous lesquels il fut célèbre au xvr° siècle. (Voyez La Renaissance des Arts à la Cour de France, &. 1, p. 246 et p. 280 de
l'excellent ouvrage du même auteur qui, sous le titre mo-
deste de Notice des Émaux ete., du Musée du Louvre, renferme un véritable traité de la matière.) M. de La-
borde, dans ces deux ouvrag à démontré que les signa-
tures MpPp, MppP avec un 1 dans le D, MPAPE, MDPApE désiguaient toutes un même artiste et que cet artiste n’était autre qu'un émailleur du roi dont il a découvert la mention sur des comptes royaux de l'an 1599. « À Martin Didier, émailleur de
. M., la somme de 30 livres tournois, à lui ordonnée pour ses gages. » M. le comte de Laborde n’a pas cru devoir chercher l'explication du mysière que cachent les lettres pp ou le mot pare qu'on rencontre sur les ouvrages de ce maitre. Je n'ai certes point la prétention de compléter la découverte du savant académicien; je me permettrai pourtant une simple conjecture. D'abord, les lettres pp ou le mot pare c’est tout un; évi-
demment »P est Pape en abrégé; il ne reste done qu'à
rendre compte de ce nom; pourquoi n'y verr.
ton pas le nom patronymique du fameux émailleur; dans cette hypo-
thèse, Martin et Didier seraient les noms de baptême de
cet artiste. On pourrait citer un grand nombre d'exemples
de l'habitude fort répandue au xvr siècle de désigner les
artistes très-connus soit par des surnoms qui faisaient ou=
blier leurs noms, soit par leurs noms de baptême. Mi-
chel-Ange et Raphaël en Italie, Jehannet en France, ne
sont-ils pas des noms plus familiers à toutes les oreilles que Sanzio, Buonarotti ou Clouet? Je ne m'étonnerais donc
nullement de voir désigné par les noms de Martin Didier,
sous lesquels il était universellement connu, un artiste qui
s'appelait sans doute Martin-Didier Pape.
M. Didier-Petit, de Lyon, le célèbre collectionneur, avait attribué notre triptyque à ce maître, et cette opi-
nion est constatée dans le Catalogue de sa vente, d'où il
est venu dans le cabinet de M. Louis
Fould. (Voyez p. 5,
n° 36.) M. Jules Labarte, qui parle de notre triptyque
dans sa description de la collection Debruge-Duménil,
p. 603, n° 749, ne paraît pas repousser cette attribution;
enfin, M. de Laborde la mentionne également avec appro-
bation dans sa Wotice des Émaux du Louvre, p. 282
> note 3, où il parle de l'entrée de ce triptyque dans la collection de M. Louis Fould. Cette attribution n'était pas fondée uniquement sur le style et sur la manière de Martin- Didier où de Pape, comme on voudra le nommer; elle avait des bases encore plus solides. Il existe à Venise, dans
le palais Manfrin, un triptyque offrant les mêmes sujets
que celui de la collection Louis Fould, avec cette seule différence que les sujets sont distribués eu cinq compar-
timents au lieu de six; or, ce triptyque est signé mor
avec Pr dans le p.; il est donc très-probable que l'émail de M. Louis Fould est comme celui-là l'ouvrage de Martin- Didier Pape, ainsi que celui qu'a décrit M. Labarte dans le Catalogue Debruge-Duménil, p. 603, n° 749. Ce dernier est beaucoup moins grand que le nôtre, et présente d'assez notables différences dans la disposition des groupes; on
peut le voir lithographié dans les Arts au moyen äge
MONUMENTS
DE
de Du Sommerard, dernière ligne du n° 1905. (Voyez
Album, NIK série, pl. XXI. Texte, t. V, p. 187.)
1996. — Plaque carrée, peinte en grisaille teintée,
représentant l'Astronomie sous les traits d’une belle jeune
femme uue;
elle est assise sur un cippe décoré d'un basrelief, et de l'index indique le ciel. Cinq enfants ou génies groupés autour d’elle écoutent ses leçons. L'un d'eux mesure le globe céleste. Dans le ciel, les neuf planètes. On lit le mot Asrroxomra en lettres d’or comme les planètes.
FE
cent. L. 16 cent.
Ce sujet fait partie d’une suite dont deux pièces se trouvent
dans la collection. (Voy. n° 1997.) On en trouve
ait peut-
être bien le modèle dans les œuvres des maîtres du
XVI le. J'attribue ces deux belles plaques à l'un des
plus célèbres émailleurs du xvr
siècle, malgré l'absence
de signature, circonstance qui s'explique fort naturelle-
ment; on sait qu'on ne signait pas toujours sur chacune
des pièces d’une série; or nous n'avons ici que deux
numéros d'une suite.
1997. — Pendant du n° 1996. — La Dialectique, représentée par une femme couronnée de laurier, nue et assise comme l’Astronomie sur un cippe décoré d'un bas-relief.
Elle fait avec ses doigts un geste qui indique qu’elle énu-
mère ses arguments. Six génies écoutent ses leçons. On
lit en haut, en lettres d’or, Dix
ica (sic). Voy. n° 1996.
1998. — Plaque convexe ovale. David et Bethsabée. La
femme d'Uri sort du bain; nue, sauf de légères draperies,
elle se tient debout dans un ba
n où trempent ses pieds.
Une de ses femmes arran
e sa coiffure ; deux autres placées
e celle ‘entretiennent ensemble. La me e de
derr
David remet une lettre à la belle baigneuse, près de laquelle on distingue un miroir. La scène se passe dans de magnifiques jardins décorés de vases précieux et de statues; la fontaine qui alimente le bassin est ornée de riches sculptures que surmonte un Pégase. Un paon est posé sur le bord du bassin supérieur, Dans l'éloignement on distingue la ville de Jérusalem, et, à gauche, un palais où l’on reconnaît David sur son balcon, la couronne en tête et le sceptre en main. Peinture en émaux de couleurs, avec rehaut d'or. H. 30 mill. L. 41 cent.
Cette magnifique plaque a é
attribué
à Jean Courtois par M. le comte de Laborde, qui la mentionne parmi les
œuvres non signées de cet artiste dans sa Mofice des
émaux du Louvre. NVoy. 265. L'opinion nettement formulée d'un juge aussi compétent me dispense de tout
commentaire sur ce précieux morceau, dont le coloris est arrivé jusqu’à nous avec sa fraicheur première. Le même sujet a été traité en plus grand sur un bassin attribué
par M. de Laborde à Jean Limosin.
1999. — Plaque ovale. La «
: Ops, entièrement nue,
pressant ses seins, debout, au milieu d'animaux divers,
LA
louve, lion, cerf, bouc, ours et âne. /
gauche, un cippe
sur lequel parait un bas-relief simplement esquissé, mai dans lequel figurent un cavalier et une femme couchée. Ops est placée au milieu d'un paysage verdoyant; dans l'éloignement une ville. On lit en lettres noires sur une
banderole d'or qui se déroule dans les airs, ce mauvai
vers hexamètre :
OPIS SATVRNI CONIUNX MA
ERQVE DEORUM.
Ops, épouse de Saturne et mère des dieux.
H°27cent 21
La déesse de la Fécondité, dont les mythographes latins
cent.
font la femme de Saturne, et qu'ils assimilent à Rhée et à
Ross
bèle, est représentée ici d'après une composition du
>, gravée plusieurs fois, d'abord par Jacques Caraglio de Vérone en 1526, par Jacobus Binck en 1530, et enfin par Jacques Androuet Du Cerceau. Le peintre émailleur n’a rien changé au type de la déesse cré
soires. Dans les
par le R
mais st donné carri
re pour les fonds et pour les
acce
ravures, On ne voit ni paysage, ni
cippe; la déesse est placée sous une sorte de niche, comme
une statu
Quant à la lég
nde qui figure sur notre émail, on la retrouve au bas des estampes, avec le n° 2 que porte le dessin du Rosso, dans la suite de vingt dieux de la fable dont il fait partie. Le n° 1 de cette suite est Saturne. Voyez Bartsch, Le Peintre-Gr.veur, t. XN, p. 77. Voyez aussi Vasari, qui donne des détails sur ces estampes qui avaient été commandées au Rosso par le Baviera. (T. I p. et suiv., édit. de Rome, 1759.)
Je répéterai à propos de cette plaque,
qui bien que remarquable à tous
gards n’est pas sig
née, que la signature du maitre auquel on la doit se trouvait sans doute sur un autre numéro de la série à laquelle elle appartient,
et qui existe peut-être encore dans quelque cabinet.
2000. — Plaque ovale. La Charité. Au milieu d’une prairie, une jeune femme debout allaite un enfant qu’elle
tient de la main droite ; elle pose la gauche avec un ges
et un regard bienveïllants sur un autre enfant qui la
par sa robe. Deux autres enfants, debout à ses pi
brassent. Dans le fond, à droite, une chaumière ; à gauche, 20 cent.
L'émailleur inconnu auquel on doit cette belle plaque
une ville. Émaux de couleurs. H. 26 cent. L.
dont je n'ai pas à faire l'éloge, car le comte de Laborde
s’est che de ce soin dans sa Voice des émaux du
Louvre, a copié textuellement une gravure de Jacques
Matham, qui est le n°3 d’une série des sept Vertus, exécu-
tée par cet habile homme d’après les dessins de H. Goltzius, son beau-père (Voyez Bartsch, €. IT, p. 199, n° 266.) On lit au bas de la gravure :