Ç. IV
Ordre de la procession .
L’on voit défiler les ecuyers, les procureurs gèneraux, les chapelains secrets, les Avocats Consistoriaux, le Camériers secrets et les honoraires, les chantres de la chapelle, les abbréviateurs, les Auditeurs de Rote, le Thuriféraire, votant portant l’encensoir, le Maître de l’hospice apostolique , le sous-diacre auditeur de Rote en Dalmatiqye, portant la croix voilée sur le bras droit de la quelle est attaché un Rameau d’olivier avec une petite croix de palmier au milieu, entre deux accolytes votans avec leurs chandeliers, les Pénitenciers, les Abbés mitrés , les Evêques assistans et non assistans.
Suivent les Cardinaux diacres, prêtres, et evêques, tous ayant la mitre sur la tête, et la palme à la main, accompagnés de leurs maîtres de chambre qui portent leurs bonnet carré, et de leurs Caudataires; enfin viennent, le garde-robe, l’écuyer, le capitaine, et les officiers nobles de la garde suisse; les adjudants, les exempts, les brigadiers, les lieutenans généraux de la garde noble ( l’Ambassadeur de Bologne ou de Ferrare lorsqu’il y en avait): près du chef des quartiers, le conservateurs, le Connétable, ou le Sénateur, le Gouverneur de Rome , les deux Cardinaux assistans, les deux primiers maîtres des Cérémonies, qui precedent la chaise de S. Sainteté.
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Le Pape avec la mitre sur la tôle, est porté dans une chaise par douze palefreniers sous un dais, soutenu par huit référendaires de signature en rochet et Mantellctta.
Suivent le Doyen de la Rote entre deux Camériers assistans, F Auditeur de la Chambre, le Tiésorier, le Majordome, les Protonotaires partecipans et les honoraires, et enfin les Généraux des ordres.
Désquc le sous-diacre portant la croix sort entre les deux Céroféraires, les haute-contres entonnent la première antienne! quum appvopinquaret , et le choeur continue en procession par toute la salle royale, en chant posé, celleci et le reste, que Ton doit terminer lorsque le tour de la salle étant fini, la croix est arrivée devant la porte de la chapelle.
Lorsque le Pape, environné des cadet, et des communs de la garde noble, est entré dans la salle royale avec les prélats de sa suite, deux haute-contres des plus anciens, entrent dans la chapelle, en ayant fermé la porte, ils entonnent aussi-tôt l’hymne: gloria laus et honor etc. et 'alternativement, avec ceux qui sont dans la salle, ils continuent les autres versets.
Quelques personnes attribuent cette hymne a Renaud, evèque de Langres, mais plus communément à Thèodolphe abbé de Florac, ensuite evêque d’Orléans dans le neuvième siècle; on dit qu’il la composa à Angers où il était en prison: on le croyait complice avec ses frères d’une conjuration contre
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leur père Louis le Pieux, il la chantait tandisque 1’ empereur accompaguait la processsion des Rameaux, qui passait devant la prison, elle lui plût, et celte hymne ne contribua pas peu à lui obtenir son pardon et la liberté.
Dans certains endroits l’on avait le coutume de faire chanter les paroles: Cui puerile decus, à de jeunes enfans, et dans d’autres, le verset: Caetus in excelsis te laudat , sur des sites élevés, ainsi à Paris, c’était sur la porte qui introduisait aux prisons.
L’entrée triomphante de J. C. dans Jérusalem, fut une figure de son ascension au ciel, dont il était venu ouvrir les portes, qui en avaient été fermées après le péché d’Adam, à la légion fortunée des élus, couronnés des palmes de la victoire, qu’ils avaient remportée sur les ennemis communs. C’est pour cela qu’au retour de cette mystérieuse procession l’on trouve les portes de la chapelle fermées , qui s’ouvrent lorsque le sous-diacre frappe avec le Bâton de la croix, par la quelle les portes du Ciel nous sont ouvertes.
Les choristes entrent après, et s’arrêtent à la porte de la balustrade. Les plus anciens hautes-contre entonnent le Répons: Ingrediente Domino , qui termine lorsque les Cardinaux diacres entrent dans- la chapelle; alors le deux plus anciens chantres disent tout le verset: Quum audisset populus , et le choeur continué: Cum Ramis , qui finit lorsque le Pape entre dans la balustrade de la chapelle.
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Cérémonies de la messe , chant de la passion exécuté par trois Choristes de la Chapelle.
Les Cardinaux étant de retour de la procession , en entrant dans la chapelle remettaient les palmes aux Caudataires, otoient la mître, et faisant la révérence à l’autel, ils allaient à leurs places, ils restaient debout jusqu’à ce que S. Sainteté fût passée. Arrivés au trône, les gentils-hommes de la chambre, et les Camériers, venôient leur oter les ornemens sacrés, et leur remettre la chape violette, pour assister à la messe chantée par un Cardinal prêtre. Celuici, au lieu d’aller à la procession avec les autres , après avoir reçu la palme , se rendait dans la sacristie pour se préparer.
Maintenant, il n’y a que ceux qui ne doivent pas changer d’habit qui restent à leur place dans la chapelle. Les Cardinaux, les evêques, les abbés, les prélats, passent au milieu de la chapelle, montent l’ escalier vers l’autel, et descendent dans les salles où ils ont pris les ornemens, et le surplis; et ayant mis la chape, chacun retourne à son poste dans la chapelle.
L’Introït se dit sans contrepoint; le célébrant encense l’autel, le premier Cardinal prêtre, le Pape: le Kirie est en plain-chant.
Ensuite on chante l’Epître, fléchissant le genou
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à ces paroles: in nomine Jesu omne genuflectat'ur ; ce que l’on ne faisait pas avant, au grand étonnement de Paris de Grassis , qui (p. IL Act. Cacrem. Gattico p. 59) écrivit: admiratus sum, quod Capella non observet , quod in epistola hodierna, ad versum , in nomine etc . ipsa tota Capella genuflectat .
Le graduel, et le Irait sont ayssi en plein-chant. L’on chante le dernier verset du trait, lorsque les trois musiciens, qui doivent chanter la passion scions S. Mathieu, en aube et avec l’étole diaconale, vont baiser les pieds du Pape; celui qui chante les paroles du texte, et une taille, le second, qu’on appelle la servante, est un haute-contre; le troisième qui représènte J. G. est une Basse-taille. Ils doivent être prêtres. Le livre des évangiles est soutenu par deux des Céroféraires de la chapelle, assistés d’un maître des Cérémonies.
On ne demande point de bénédiction pour chanter cet évangile, parce qu’on y décrit la mort de l’auteur de toute bénédiction; l’on ne porte point de cierges allumés, parce que J. C., la véritable lumière du monde, est éteint; l’on n’encense point pour marquer, que la piété des fidèles se refroidit; au commencement, on ne répond pas: gloria tibi Domine, ni: Dominas Vobiscum , en exécration du perfide salut du traitre Judas.
Le choeur chante les paroles, qui sont attribuées à la tourbe; cette passion est la plus belle, qu’on puisse cntendere; et comme cette fonction nous re-
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présente l’entrée triomphante des élus dans la gloire, ainsi tandis qu’on chante la passion, chacun tient à la main le Rameau béni: les Cardinaux les remettent après, à leurs Caudataires:
Lorsqu’on se rapclie ce grand moment si désiré des patriarches, prédit par les prophètes, figuré par les allusions mystérieuses de l’ancien testament, dans le quel le Sauveur expirant sur la croix, v Consomma le Rédemption du genre humain, le souverain Pontife qui reste toujours debout pendant la passion, ainsi que tous les assistans, fait la génuflection, et l’on fait une ptitc pause; anciennement les ministres et les fidèles baisaient la terre, comme le pratiquent encore quelques Religieux, qui disent, prosternés jusqu’à terre: Adoramus te ■Christe, et bemdicimus te, quia per Cruccm tuant redemisti mundiim. S. Louis Roi de France s’efforça d’introduire cette pratique bien louable dans sa chapelle Royale.
La passion étant finie, les trois choristes se retirent, faisant la génuflexion devant le Pape èt à l’autel. Le diacre prend la bénédiction du Pape; l’on porte l’encensoir, sans cierges: il encense le livre des Evangiles; ensuite, sans dire: Do'minus vobiscum, et sans faire le signe de la Croix, ni sur lui, ni sur le livre, il dit le reste sur le ton de l’Evangile, et va le faire baiser au Pape, et non au célébrant. Le Pape est encensé par le premier Cardinal prêtre. L’on suit le même cérémonial le vendredi saint lorsqu’on
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chante la passion, mais avec quelque changement que l’on indiquera.
Le célébrant entonne ensuite le credo , que . récitent les Cardinaux au milieu de la chapalfe, en formant un cercle. Après qu’ils se sont assis à leur place, tandis que les musiciens chantent resurrexit , les caudataires sortent de l’enceinte de la chapelle, pour donner aux domestiques leurs Rameaux, et ceux de Cardinaux, ils retournent après à leur poste; il ne reste dans la chapelle, que le prince assistant, avec la palme, et l’écuyer avec celle du Pape, qu’il consigne au premier Cardinal diacre; celui-ci la pose sur le fauteuil, lorsque le Pape s’y met à genou pendant l’élévation.
On chante l’offertoire en contrepoint, ainsi que le Stabat mater dolorosay que l’on croit de st. Grégoire lé grand, ou de st. Bonaventure; la musique à deux choeurs, avec un second dessus, est du Palestrina. La communion est sans contrepoint, le Deo gratias, ne se chante pas.
L’on ne prononce point le matin après la pas* sion le discours, ainsi que cela se pratiquait sous Alexandre VI.. Cependant le Cardinal célébrant à la fin de la messe , publie l’indulgence de trente ans , accordée par le Pape à tous les assistons.
La fonction étant finie , chacun emporte chez lui les palmes, où par une -pieuse coutume on les conserve à côté de son lit, ou à la fenêtre pour
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préserver les champs, les maisons, cl les personnes de tout accident fâcheux.
L’on conserve jusqu’à l’Ascension sur le lit des ornemens (nous en avons marqué l’usage antique, et la dénomination) deux palmes plus grandes que les autres qui étaient restées sur l’autel, au milieu des quelles est suspendue l’armoirie du Pape.
Fulvio Servanzio, raporte un témoignage de ce rit (dans le Diario de Concl. et elect, Clementis IX. apud Gattico, Acta Caer. 361 ):Die 30 maii fuerunt benedictae pahnae in Dom. pahnarum, palmae intromissae sunt in Conclave cutn raims ohvarum , Qinatis Crucibus ex foins pahnarum , fuerunt dicte duae praegrandes , et supra alias omnes majores, servandae , casu, quo Ponttfex creatur ante festuvn Àdscensionis Domini, prout consuetum, supra lectutn, paramentorum. Supra medium earum superposituui erat stemma pontificium, ut dicitur , la targa, eu ni suis ornamentis, media ilia parte quant vocant, lo scudo relicta in albis sine ullo signo, ut ibi unprimi possint insignia gentilitia futuri Pontifias.
Dans ce matin, le étrangers, après avoir vu la procession de Rameaux dans la capelle du Pape, allaient à Péglise des Maronites, à la via Posa, (qui dans les malheurs passés , à été réduite en greniers, et autres usages profanes) pour y assister à la fonction du rit Syrien.
Aujourd’hui, à vingt-une heure et demi, le grand
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Pénitencier se trouve à st. Jean de Latran. Avant d’entrer dans le collège les PP. Pénilencieres mi* neurs observantins, fondé dans cet endroit par S. Pie V, vont tous an devant de lui. Le P. president lui présente, à genoux le goupillon. Il ôte le manteau court, et étant en rochet, il bénit tous les assistans. Il monte ensuite à l’oratoire de s. Nicolas de Bari , fabriqué par Caliste II , et restauré par Anastase VI. Dans la partie interne ou retirée du palais de s. Jean de Latran , qui pendant plusieurs siècles servit de résidence aux Souverains Pontifes, ayant été ensuite réparé par l’architecte Ferdinand Fuga sous Clément XII, et consacré par Joachin Porlocarrero, patriarche d’An-r tioche le 28 avril 1747, et nouvellement restauré par Benoit XIV leur insigne bienfaiteur ; il sert aujourd’hui de chapelle privée à ces même religieux. Le Card. y entre, et y fait une courte prière étant accompagné du prélat Régent, du Dataire, du Canoniste, duUorrectcur, du garde des sceaux, et du théologien (qui est toujours un religieux de la compagnie de Jésus); il est servi par les autres ministres de la pénitencerie, qui viennent au devant de lui au haut de l’escalier. De là il passe à la bibliothèque où l’on garde la signature ; il prend alors la chape violette, et accompagné par les dix Pénitenciers, il entre par la grande porte dans la basilique, où il est reçu par quatre chanoines en chape. Un d’eux lui présente l’aspersoire,
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qu’il présenté à chaque prélat, qui prend de l’eau bénite; ayant fait une courte prière devant le S. Sacre* ment, il passe à son tribunal de pénitence, où pendant que son caudatairc lui cnleve la chape, il s’assied et met le bonnet carré de Cardinal sur la tête. Ensuité le Régent (qui est toujours le 'doyen de la Rote, ou le plus ancien des Auditeurs à sa place) lui présente la baguette, dont il le frappe sur la tête, ainsi que les autres prélats, qui sont debout; le théologien faisant ensuite la génuflexion, les secrétaires, les ministres, ses gentils-hommes, et les PP. Pénitenciers restent assis, jusqu’à ce - que le Cardinal ait achevé de toucher avec la baguette tous les assistans qui accourent pour gagner l'indulgence de cent jours, accordée à cet acte d’humilité. Cette Cérémonie étant terminée, il confesse ceux qui se présentent à son tribunal; s’il n’y a personne, il se retire, en remerciant les prélats qui l’ont servi.