‹ Description des cérémonies de la semaine sainteChapitre 8 sur 26 · LE MERCREDI SAINT DES MATINES, OU TENEBRES · texte numérisé non relu

LE MERCREDI SAINT DES MATINES, OU TENEBRES

Pendant la nuit, qui précédé le jeudi saint, et les deux autres suivantes, les premiers chrétiens avaient coutume de réciter dans l’église , matines, les ténèbres, ou nocturnes. Dans certains endroits on avait fixé cet office à la huitième heure de la nuit , dans d’autres à minuit , ou bien à l’espace de tems nécéssairè pour le terminer de nuit. Maintenant l’église, pour condescendre à la foiblesse commune et prévenir les désordres qui s’étaient introduits pendant les veilles nocturnes, permet, que dans ce jours et dans les deux suivants on le récite après midi; cependant il à conservé le nom de nocturne ou de ténèbres , parce que quoiqu’on le récite de jour, il finit cependant dans la nuit, et parce qu’on le considère comme un office de deuil, qui représenté la mort du Rédempteur.

des Matines ou Ténèbres 23 Outre les douze cierges de l'autel et de la balustrade, Ton place in cornu epistolae le triangle composé de quinze bougies, que le maître des Cérémonies éteint l’une après l’autre à la fin de chaque pseaume. Par cette Cérémonie Ion représente, le refroidissement des Apôtres et des Disciples, qui chancellèrent dans la foi , oublièrent leurs promesses , et abbanndonèrent leur maître par une fuite lâche et honteuse. Le cierge qui reste seul allumé, et que l’on cache derière l’autel, nous figure la sainte Vierge, qui resta ferme et inébranlable dans la foi de la résurection de J. C. bien refroidie et obscurcie parmi les Disciples; ou bien J. C. lui-même, que les hommes ingrats et pervers croyaient mort, lorsqu’il ressucita glorieux, après avoir resté trois jours dans le sépulchre. L’église pendant ces trois jours ne présente que des scènes de deuil; au lieu des sacrifices de louange , elle n’en offre que de pleurs. C est poui cela qu’elle ne commence pas l’office par la formule ordinaire : Domine labia mea aperies , pour chanter ses louanges, il n’y a point d’invitatoire, point de gloria patri ; aucun hymne; elle ne demande pas la bénédiction, ne lit point le capitule; elle termine les heures par une oraison humble , dans la quelle elle supplie Dieu de regarder d’un oeil de miséricorde ceux pour qui son fils souffre la mort.

Les étrangers accourent en foule à ces fon-

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étions. L’on dresse une tribune in cornu cpistolac pour les dames, séparée de celles des hommes, servies cependant par deux camériers d’honneur de S. S. en manteau court, et par un bussolante en soutane violette. Vers le mur, la première tribune, est destinée aux princes souvrains: au dessous se trouve la place pour le eorps diplomatique et pour les etrangers d’une distinction marquée.

Lés Cardinaux arrivent en soutane et chape violette, et le Pape en chape de drap d’or rouge, avec la mitre d’argent, s’il ne porte la chape de serge rouge avec le capuchon; le deux plus anciens évêques la lui relèvent par devant.

Les premier haute-contre entonne l’antienne: Zelusj le choeur continue, ainsi que le reste des matines , en plain-chant. On dit les pseaumes vitement , et battus. Après le verset , le Pape se lève, et dit à demi voix: Pater noster , et s’assied: on lui remet la mitre ou le capuchon de la chape, et l’on commence les lamentations, de la composition de Grégoire Alegri à quatre voix. Après le tendre intercalaire par le quel, sous l’allégorie de Jérusalem , l’on invite les fidèles à la conversion et à la pénitence, on chante les répons. Les 2 et 3, sont en plain-chant. La composition de ces lamentations, est appelée Acrostiche, parceque les lettres initiales de chaque strophe suivent 1’ ordre de ralpliabet hébraïque, Aleph , Beth, GkitncI;

des Matines ou Ténèbres 25 mais comme dans la traduction latine, on ne pouvait conserver le même ordre , l’cglisc a voulu que chaque verset fut précédé de la lettre hébraïque, par la quelle ils commençaient anciennement , pour les leçons des 2 et 3 nocturne ; le dernier chantre dit la première , Pavant dernier la 2, et successivement l’on continue suivant cet ordre pendant les trois jours, les hautres-contre hebdomadiers avertissent les musiciens qui doivent dire les répons. Les tailles entonnent les antiennes; le plus ancien entonne celles de chaque mâtine, des. l’audes , du Benedictus , cantique célébré, par le quel Zacharie, ayant recouvré l’usage de la voix , chante et bénit le seigneur à qui il a plu de nous visiter, et nous rendre dignes de la Rédemption.

Au verset: Ut sine timoré , le maître des cérémonies commence à éteindre les cierges de l’autel, et le bédeau ceux de la balustrade, et l’on termine lo dernier verset du Benedictus , lorsqu’on a éteint les deux derniers cierges de chaque côté , pour représenter les ténèbres prodigieuses , qui couvrirent toute la terre à la mort du Rédempteur, et l’aveuglement funeste et obstiné , dans le quel l’infortunée sinagogue, abbandonnée de Dieu, est demeurée. Dans la cathédrale de Pise, où les rits sont différons , on éteint au môme instant , tous les cierges avec une éponge: et tous les assistans, qui tiennent à la main une bougie jaune, l’étei-

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gnent aussi en meme tems. Deux tailles, des plus anciens, répètent encore immédiatement l’antienne: traditor autern , qui ne finit que lorsque le Pape étant descendu du trône, va se mettre à genou devant le fauteuil : peu de tems après l’on entonne: Christus fuctus est .

Lorsque le premier maître des cérémonies à fait signe que le Pape a fini de dire tout bas le pa ter noster , on commence le célébré Miserere d’Allegri à deux coeurs et à quatre voix; il enchante, il ravit famé. Dans le D. Placido, Dialogue du P. Juvenal §acchi dans le quel l’on recherche si la musique est convenable, ou dangereuse à un Religeux? (Pisel786) un philosophe qui connaît parfaitement la .musique , dit: que pour le bien de son aine, lorsqu’il sera sur le point de la rendre à Dieu, il désidererait qu’on lui chantât le miserere de la chapelle papale. Cette composition est si surprenante, qu’elle inspire la contrition et la dévotion. Aü dernier verset du pseaume les deux choeurs s’unissent , et avec tous les musiciens , ils le finissent piano, faisant diminuer peu-à-peu l’harmonie, qu’ils ne rehaussent qu’à la dernière parole.

Le P. Guillaume de la Valle, (Lett. senesi. 1. 27.) dit: Le fond de ce beau miserere , que Ton chante la semaine sainte à Rome, correspond parfaitement au travail des^ musiciens; sans le secours et le fracas des instrumens avec une connaissance

des Matines ou Ténèbres 27 solide du chant antique, iis conservent à la musique son ancienne simplicité. Quoique Joseph Sanlarclli confesse avec douleur , que , faute de J>on style, le célébré miserere d’Allegri, quoique chanté par les plus fameux musiciens à la cour de Léopold I, ne fit l’effet que d’un faux-bourdon très-simple.

Le Pape récite ensuite l’oraison: Respice quaes tonus Domine , après la quelle on fait un peu de bruit. Selon quelques auteurs il vient d’un rit de la sinagoguc, dans la quelle toutes les fois qu on proférait le nom d’Aman, les juif faisaient du bruit, et du fracas. 11 représente, selon d’autres, la marche des soldats qui, ayant Judas pour guide , allèrent se saisir du Sauveur pour l’emprisonner; mais il est plus vraisemblable, selon le sentiment de MazzineMi (dont les savantes explications sur la semnine sainte méritent d'être préférées à toutes les autres) que ce bruit exprime le trouble horrible et la confusion de la nature, à la mort dn Rédempteur , lorsque le soleil s’obscurcit, la terre trembla, le voile du temple se déchira, les tombeaux s’ouvrirent, les pierres se fendirent, que toute la nature se ressentit de la mort de son auteur, les juifs -seulement (appelés pour cela par saint Leon plus durs que les pierres mômes) restèrent dans leur incrédulité: il n’en fut pas de môme du centurion qui, se retira, baissant la tête, frappant sa poitrine, confessant pour

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fils de Dieu, celui qui ils avaient vu expirer sur la croix, au milieu de tant de prodiges; aussi après qu’on a retiré le cierge allumé de derrière l’autel, tout le monde se lève, et part en silence, et avec componction.

Aujourd’hui à 21 h. et demi, le grand Pénitencier va au collège des pp. Dominicains pénitenciers de sainte Marie Majeure; lorsqu’il descend du carosse, les religieux vout au devant de lui, avec l’étole: le premier qui est le vicaire, lui présente le Goupillon; il asperge les assistons; on l’accompagne dans la maison où pénitencerie; il se joint à eux pour tenir la signature dans la bibliothèque de ces Religieux qui a été bien augmentée par celle du P. maître Grégoire Scarinci; lorsque la séance est terminée, on l’accompagne jusqu’au portique de la basilique, ou il prend la chape violette: il est reçu par quatre chanoines qui lui présentent le goupillon; il fait prendere l’eau benite. aux prélats. Après une courte prière* devant l’autel du saint Sacrement, il monte sur son tribunal de pénitence, où il touche avec la baguette les prélats qui sont debout, et les ministres à genou; de même que ses gentils-hommes, les peres pénitenciers, et tous les assistans; il entend la confession de ceux qui se présentent.

Il y a ce soir grand concours à la Trinité des pèlerins, où, selon la pieuse et généreuse institution, durant toute l’année on donne le logement

des Matines ou Ténèbres 29 et la nouriturc, pendant (rois jours, aux. pauvres pèlerins qui y accourent en plus grand nombre , la semaine sainte. Les Cardinaux , et d’autres personages respectables les servent pendant ces trois jours avec la plus grande édification , leur rendent tous les services de charité, jusqu’à leur laver les pieds; le dames et les princesses exercent envers les pèlerines, dans un lieu séparé, les oeuvres de la charité la plus édifiante.

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