‹ Description des collections d'antiquités conservées à l'Hôtel LambertChapitre 21 sur 128 · Monuments inédits de l’Inst. arch., vol. I, pl. u · texte numérisé non relu

Monuments inédits de l’Inst. arch., vol. I, pl. u

INTRODUCTION

dailles , sur laquelle est représenté le combat d’Hercule contre le triple Géryon *.

Les poteries noires de travail étrusque, les unes décorées de reliefs, les autres de sujets gravés à la pointe, se divisent en trois classes : 1° vases bruns ou d un ton gris; 2° vases noirs; 3° vases rouges ou jaunes de la couleur naturelle de la terre.

Ces vases se trouvent surtout en Toscane et dans quelques autres provinces de l’Italie. Salzmann en a rencontré aussi dans ses fouilles de Camiros, île de Rhodes. Le résultat de ces découvertes donne à connaître que le commerce transportait au loin les produits des fabriques étrusques, aussi bien que ceux des fabriques grecques.

Plusieurs passages des auteurs anciens semblent se rapporter à ces poteries étrusques. Dès le temps de Numa, 700 ans av. J.-C., il est question à Rome d’une corporation de potiers1 2.

Les vases les plus anciens, c’est-à-dire ceux de couleur brune ou grise, sont mal cuits; ils sont faits avec du sable volcanique, grossièrement modelés et décorés à l’extérieur de filets, de lignes gravées, de cercles tracés d’une manière maladroite. Tels sont les vases en forme de hutte ou de cabane (tugurium), trouvés sous des couches de lave ou plutôt à côté de la lave aux

1. Duc de Luynes, Description de quelques vases peints étrusques, italiotes, siciliens et grecs,

pl. viir.

2. Phn. Hist. nat., XXXV, 12, 46. — Cf. Juvenal. Sut., VI, 343. — Pers. Epigr., XIV, 98. — Martial. Epist., II, 2, 180.

INTRODUCTION

environs du lac d’Albano. On attribue à ces vases une haute antiquité et on les considère comme appartenant aux aborigènes ou premiers habitants du Latium *.

On a aussi d’autres vases de formes variées, de couleur brune ou grise, trouvés dans plusieurs localités de l’Étrurie. Il y a une ressemblance extraordinaire entre ces vases étrusques et certains vases péruviens et mexicains, et il faut quelque habileté pour les distinguer. Les poteries noires n’ont, les unes, aucun ornement; les autres sont décorées de bas-reliefs faits au moyen de moules ou d’estampilles, et de cylindres qu’on passait sur la terre encore molle : on obtenait ainsi des frises dans lesquelles se trouve plusieurs fois reproduit le même sujet. Les compositions en très bas-relief consistent en oiseaux, quadrupèdes, poissons, têtes humaines, génies ailés, etc. ; souvent ce sont des zones d’animaux (Çwf&ia) traitées comme dans les vases peints de style oriental, ou des processions de personnages qui s’avancent vers des divinités assises.

L’art étrusque et l’art primitif des Hellènes se rencontrent ici sur le même terrain. L’origine lydienne des Étrusques, attestée par Hérodote 2, confirmée par un grand nombre de témoignages anciens, est un fait admis par les archéologues les plus distingués, et qui semble aujourd’hui à l’abri de toute contestation sérieuse. Les monuments sont d’accord avec les témoignages écrits, et pour ceux qui ont étudié ces questions et qui ont l’habitude de voir des ouvrages d’art anciens, il est évident que les monuments appartenant aux temps reculés trouvés en Toscane ont été exécutés sous une influence orientale.

Ce que nous venons de dire des vases bruns s’applique aussi aux vases de pâte noire. Ils sont de formes beaucoup plus variées. On en rencontre des

1. Aless. Visconti, Sopra alcuni vasi sepolcrali rinvenuti nelle vicinanze délia antica Alba-Longa, Rome, 1817. — Duc de Blacas, Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXVIII, pp. 90 et suiv.

2. I, 94. — Cf. Noël des Vergers, VÉtrurie et les Étrusques ou dix ans de fouilles dans les maremnes toscanes, p. 90 et suiv. Paris, 1862, in-8°.

INTRODUCTION

plus bizarres; quelques-uns annoncent une époque très ancienne, par exemple ceux de Véies, ville détruite par les Romains en l’an 390 avant notre ère. D’autres au contraire appartiennent incontestablement à un âge de décadence et doivent avoir été faits vers les dernières années de la République romaine. Plusieurs de ces vases semblent avoir été fabriqués avec l’intention d’imiter des vases de métal; ils sont surchargés d’ornements de toute espèce, animaux naturels ou fantastiques, hommes, femmes, bustes, etc. Quelques produits de pâte noire sont décores de couleurs superposées legerement cuites ou même n’ayant subi aucune cuisson.

Quant à la poterie naturelle de la terre faite par les Étrusques, elle consiste surtout en de très grands vases, destinés à contenir le vin et l’huile. On a trouvé un certain nombre de ces grands vaisseaux de terre, dans des collines artificielles, destinées à servir de sépulture, aux environs de Cervetri. Dans aucun de ces tombeaux ne s’est rencontré un seul vase peint.

Quelques-uns de ces grands vases sont cannelés; d’autres sont décorés de zones en relief, dans lesquelles on voit des animaux, des processions, des jeux, des courses de chars, des combats, etc., le tout traité dans le goût oriental, comme les bas-reliefs qui décorent les vases noirs.

Les vases à peintures noires sur fond rouge, jaune ou blanc de travail grec sont très nombreux; la période de leur fabrication semble s’étendre du \ au iv siècle avant 1 ère chrétienne (490 environ à 340). Les amphores panathénaïques qui portent des noms d’archontes athéniens ont été fabriquées de 333 à 313 ans avant 1 ère chrétienne; ce sont les derniers exemples des vases

INTRODUCTION

à figures noires sur fond clair, et les peintures qui décorent ces sortes d'amphores annoncent la fin et la dégénérescence de cet art. Toutefois, il reste à savoir si, en Italie, on n’a pas continué la fabrication des vases à figures noires jusqu’à une époque postérieure à la mort d’Alexandre. On a donné aux vases à peintures noires le nom de vases d’ancien style pour les distinguer des vases à peintures rouges qui appartiennent à l’époque du plus grand développement des arts chez les Grecs. Le fond est rouge ou jaune, les figures se détachent en noir, les muscles, les plis et les détails des vêtements et des draperies sont gravés au moyen d’une pointe aiguë ; le blanc et le rouge pourpre ou violacé sont destinés à produire certains effets, à égayer la peinture, à faire ressortir des détails; ainsi les parties nues du corps des femmes sont toujours blanches 1 ; quelquefois aussi le corps des éphèbes est blanc 2. Les chevaux attelés aux chars ou montés par des éphèbes sont alternativement noirs et blancs; il en est de même des chiens dans les représentations de chasses. Les auriges sont constamment vêtus de longues tuniques blanches. La couleur blanche est également employée pour les cheveux et pour la barbe des vieillards ; les boucliers ont des bords blancs ou rouges ; les épisèmes sont également peints en blanc ou en rouge. On voit quelquefois des boucliers entièrement noirs à côté de boucliers blancs. Dans les vêtements, le blanc et le pourpre indiquent des étoffes brodées ou teintes de diverses couleurs. Les bandelettes, les baudriers, les armes, les aigrettes des casques, les bords des vêtements, les sièges, les harnais des chevaux et quantité d’autres détails sont rehaussés par le blanc ou par le pourpre.

Il semble que l’emploi de ces couleurs appliquées d’une manière toute conventionnelle était soumis aux règles adoptées dans la sculpture polychrome

1. On ne connaît que peu d’exemples de femmes ayant les chairs noires. Une peinture publiée par nous dans le Bulletin de l’ Académie royale de Bruxelles (t. VIII, 18il, 1 ro partie) montre les Hespérides, ayant le visage, les mains et les pieds noirs. Mais c’est avec intention que les nymphes du couchant ont été figurées noires.

Page 1