Diodor. Sicul., IV
INTRODUCTION
Homère, en décrivant la danse d’Ariadne, parle de la roue (vpo/ôç) du potier et compare les mouvements cadencés des jeunes gens et des jeunes lilles qui se livrent au plaisir de la danse, en formant des rondes, à la rapidité avec laquelle le potier fait tourner sa roue :
... wç ots ti; rpoyôv apgevov év nxlocaYiciv n ôpievoç xesxo.sù; re ipr^sTai.
[Iliad. , Z, 600.)
La céramographie est l’art de peindre les vases de terre, d’y tracer des dessins, art bien ancien et que les peuples de l’Asie ont connu et cultivé longtemps avant les Grecs. Des peintures égyptiennes de l’époque de Tlioutmès III, et par conséquent antérieures à l’ère chrétienne d’environ quatorze siècles, représentent divers peuples qui viennent apporter des présents au roi. Parmi ces présents on remarque des vases de diverses grandeurs dont les formes et les ornements, copiés par les Grecs, sept ou huit siècles plus tard, n’ont jamais été en usage chez les habitants de l’Égypte1. D’autres peintures égyptiennes nous offrent l’image d’une fabrique de poteries2. Des vases peints de travail grec montrent des potiers qui travaillent3, des fours destinés à la cuisson des vases4, des peintres occupés à décorer des monuments funéraires5.
Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians, t. I, pl. îv. — Cf. A. de Longpérier, Notice des antiquités assyriennes du Musée du Louvre, 3e édition, Paris, 1854, p. 17.
2. Wilkinson, l. cit., t. 111, p. 164. — Samuel Bircli, History of ancient pottery, London, 1858, t. 1, p. 46. — Une seconde édition de cet ouvrage a paru en 1873, un vol. in-8°.
3. Gerhard, Festgedanken an Winckelmann, Berlin, 1841, in-4°. — Samuel Bircli, l. cit., t. I, p. 233.
4. Samuel Bircb, l. cit., 1. 1, p. 219. — Otto Jalm, Berichle ùber die Verhandlungea der Kôniglich sâchsischcn GeselLchaft der Wissenschaften zu Leipzig, t. III, 1854, pl. i et p. 27. — Comparez la grande lampe de la collection Durand, décrite dans mon Catalogue sous le n° 1777 et reproduite dans la thèse latine publiée en 1838, par Ch. Lenormant : Quæstio cur Plato Aristophanem in convivium induxerit.
5. Gerhard, l. cit. — Muséum etruscum Gregorianum, II, tab. xvi, 1.
INTRODUCTION
vu
Que de questions se rattachent à l’étude des vases peints ! Que de problèmes à résoudre, quand on aborde l’examen de ces questions complexes! C’est dans l’étude des grandes collections que l’on apprend h connaître l’origine, les progrès et la décadence de l’art. Quoique la science, en suivant une marche progressive incontestable, ait, depuis un demi-siècle, soulevé bien des voiles, éclairci bien des incertitudes, il reste encore des points sur lesquels on hésite. Les savants les plus habiles reculent devant l’examen de certaines de ces questions, et attendent avec prudence que de nouvelles découvertes viennent dissiper les ténèbres.
En 1828 et 1829, les mémorables découvertes de Vulci ont changé la face de la science. Tous ceux qui se sont occupés de ces sortes d’études connaissent le Rapport sur les découvertes de Vulci du professeur Édouard Gerhard, un des plus illustres archéologues des temps modernes, connu par ses nombreux travaux, par ses voyages et par son immense érudition. Ce rapport qui parut en 1831 fit la plus vive sensation dans le monde savant, et tous les archéologues qui ont voulu, après Gerhard, étudier les questions ardues qui se rattachent à l’origine des vases peints, ont dû prendre pour guide et pour base de leurs recherches le travail du savant professeur allemand. Plus tard, les découvertes des antiquités de Ninive, les fouilles entreprises sur le sol et dans les environs de l’ancienne et opulente capitale de l’empire d’Assyrie par Botta, Flandin, Layard et Place, ont fourni des notions précieuses sur un art que l’on connaissait à peine : on a reconnu des rapports entre cet art et celui des Grecs, et dès lors tout un nouvel horizon s’est ouvert.
INTRODUCTION
Il semble hors de doute aujourd’hui que les Grecs, dès une époque très reculée, ont cherché à imiter les vases de terre ornés de peintures que les Phéniciens transportaient par le commerce jusqu’aux extrémités de la terre, soit que ces poteries fussent des produits de leur propre industrie, soit qu’ils les eussent tirées d’autres contrées de l’Asie antérieure. Dès le temps d’Homère, on voit ces hardis navigateurs trafiquer de tous côtés et apporter aux Grecs des vases faits de métaux précieux. Aux funérailles de Patrocle, Achille propose, pour prix de la course, un vase d’argent que d'habiles artistes sidoniens avaient fait avec une rare perfection; les Phéniciens l’avaient apporté par mer et offert en don au roi Thoas*. Au dire de Strabon1 2, ces intrépides commerçants dépassaient le détroit de Gadès, s’aventuraient sur l’Océan et vendaient de la poterie jusque dans les îles Cassitérides ou Sorlingues. Le géographe Scylax3 parle, à son tour, de vases de terre de fabrique athénienne transportés et vendus en divers pays par les navigateurs phéniciens.
De tous les monuments de l’antiquité, si l’on en excepte les monnaies ou médailles, les vases peints, avec figures ou ornements, constituent la classe la plus nombreuse. On peut évaluer au moins à cinquante ou soixante mille le nombre des vases peints successivement découverts depuis deux siècles.