Duc de Luynes, Monnaies des Satrapies, pl. i, n03 2 et
INTRODUCTION
Les formes des vases sont très variées ; il y en a de simples et de compliquées. On connaît plus de cent formes principales. Je ne parle pas ici des variétés de chaque espèce de vases ; il y a des différences dans l’espèce amphore, dans l’espèce cratère, comme dans les formes œnochoê, canthare, aryballe , scyphos , co t y le, etc.
Ces différences ou nuances de formes se trouvent dans le galbe, dans les anses, dans le pied, dans l’embouchure du vase, etc. Je ne parle pas non plus des rhytons, des vases en forme de tête d’homme ou de femme, soit simple, soit double, des mille et une fantaisies que l’imagination des artistes produisait : vases en forme de figures d’hommes ou d’animaux, quadrupèdes, oiseaux, poissons, masques, figures grotesques, jambes, pieds, etc. Ces sortes de monuments, où les reliefs et la plastique sont combinés avec les couleurs, forment une classe à part.
Il y a des vases d’un mètre et demi de hauteur, comme il y en a qui n’ont que trois ou quatre centimètres. 11 y en a sans anse, d’autres à une, (a deux, h trois et même à quatre anses. Les dessins et les peintures sont tracés sur le corps même du vase, quelquefois sur le col et sur le pied ainsi que sur les anses; d’autres fois, mais rarement, la panse est entièrement noire et il n’y a qu’une frise peinte qui règne autour du col ; les anses sont alors décorées de bordures de lierre et de palmettes. Les coupes, de formes variées, et en général élégantes, sont décorées de sujets peints à l’extérieur et à l’intérieur; cependant cette règle a des exceptions et on a des coupes n’ayant qu’un médaillon peint placé à l’intérieur.
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La poterie la plus grossière, les vases noirs, quelques autres peints ont pu servir aux usages domestiques, mais le plus grand nombre ne semble avoir pu être destiné qu’à la décoration, soit des temples, soit des demeures particulières. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’bui on les trouve dans les tombeaux; c’est que quelques-uns, mais en petit nombre, ont servi à conserver la cendre des morts.
Ce qui prouve que la plupart des objets d’argile peints servaient uniquement de décoration, c’est qu’on en a de dimensions très grandes qui, par leur poids et leur forme, ne pouvaient que difficilement être déplacés et par conséquent devaient rester à la place où on les avait posés; d’autres n’ont même pas de fond, ils sont perforés d’un bout à l’autre, et ne pouvaient contenir aucun liquide. '
Les peintures qui décorent les vases représentent presque toutes des sujets mythologiques empruntés aux croyances religieuses des Grecs. On y voit toutes les divinités de l’Olympe. Les sujets bachiques sont les plus nombreux; ensuite viennent les travaux d’Hercule et les scènes de la guerre de Troie. Les faits historiques proprement dits sont jusqu’à ce jour en très petit nombre. Les
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cérémonies religieuses sont aussi figurées sur les vases ainsi que les exercices du gymnase ; on y voit des scènes de repas, des combats, des sujets nuptiaux, la danse, la musique, le bain, l’armement des guerriers, la toilette des femmes, la chasse, la pêche, des jeux, des compositions empruntées aux pièces de théâtre, etc. En général, on peut dire que les scènes de la vie privée ne forment qu’une série peu nombreuse, quand on la compare à celle des sujets mythologiques, et souvent même c’est faute de saisir le véritable sens de ces scènes qu’on les écarte de la série des représentations religieuses ou mythologiques.
Quant aux sujets funèbres, je veux dire des représentations d'enterrement, à quelques exceptions près, tous appartiennent à la dernière période de l’art de peindre les vases. Il en est de même des nombreux vases à sujets mystiques, série dont, jusqu’à ce jour, la science n’a pu tirer rien de satisfaisant.
Les inscriptions tracées dans le champ des peintures offrent le plus grand intérêt par rapport à l’épigraphie.
La plupart du temps, ces inscriptions sont écrites avec négligence; elles sont peintes en pourpre ou rouge violet, ou en blanc, ou bien gravées à la pointe. Le plus grand nombre de ces inscriptions sont des noms de personnages mythologiques; on a aussi quelques noms historiques comme ceux des rois Crésos, Darios, Arcésilas ; des poètes Alcée, Sapplio, Anacréon, Musée, Linos, etc.; des sentences, des acclamations, des dialogues, des alphabets, des noms do simples particuliers, des noms d’artistes peintres ou fabricants de
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vases, etc. On connaît aujourd’hui plus de cent noms d’artistes; quant aux inscriptions en langue et en caractères étrusques, elles sont rares; quelquefois elles sont gravées sur des vases de travail grec et ajoutées après coup, quand ces produits étaient livrés au commerce.
Ce ne fut guère que vers la fin du xvn8 siècle, ou au commencement du siècle suivant, que les vases peints attirèrent l’attention des savants.
La Chausse, dans le Muséum Romanum, publié en 1690, et Laurent Beger, dans le Trésor de Brandenbourg , imprimé en 1701, firent graver quelques vases peints. Dempster1, Buonaroti2, Guarnaci3, Gori4, Passeri5, dans les ouvrages qu’ils ont écrits sur les antiquités étrusques, sont les premiers qui se sont occupés des vases peints d’une manière spéciale. Ils les considèrent comme ayant été fabriqués par les Étrusques. C’est à l’époque des impostures d’Annius de Viterbe qu’il faut remonter, si l’on veut retrouver les premières traces de cet engouement et de cette admiration pour les Étrusques. Et qui le croirait ! l’enthousiasme pour les Étrusques alla si loin que des antiquaires italiens attribuèrent au ciseau étrusque le groupe du Laocoon et la famille de Niobé. En France, c’est surtout au comte de Caylus, zélé amateur d’antiquités, qu’on est redevable de la connaissance des vases peints. Son recueil en sept volumes
\. Etruria regalis, deux vol. in-folio, Florence, 1723.
2. Explicationes et conjecturæ cui monumenta etrusca, à la suite de l’ouvrage de Dempster.