GENRE XLVI
FASCIOLAIRE. Fasciolaria.
Caractères génériques. Coquille subfusiforme, canaliculée à sa base, sans bourrelets persistans, ayant sur la columelle, près du canal, deux ou trois plis très-obliques.
Testa subfusiformis, basi canaliculata; varicibus nullis; columella plicis duabus seu tribus valde obliquis instructa.
Le petit nombre de Fasciolaires que Linné connut étaient rangées parmi ses Murezx et confondues avec les Fuseaux dansla même section. Bruguiere, comme nous le verrons, ayant extrait les Fuseaux des Murex, entraîna à leur suite les Fasciolaires, d'où Lamarck les fit sortir, pour en former un genre particulier. Ce genre, comme il le sentit dès qu'il établit, ne pouvait être éloigné des Fuseaux, et c’est en effet dans leur voisinage qu’il l’a toujours maintenu. Ce genre, fondé, à ce qu'il paraît, sur un caractère de peu de valeur, a été rejeté par la plupart des conchyliologues ou mentionné par eux à titre de sous-genre du genre Fuseau. C'est ainsi que l’a considéré Cuvier, dans la premiere et la seconde édition du Règne animal. M. de Férussac a adopté cette manière de voir, tandis que M. de Blainville, se conformant à l'opinion de Lamarck, a placé les Fasciolaires entre les Pyrules et les Turbinelles. M. de Blainville a appuyé probablement sa détermination sur ce que l'animal n’étant point encore connu, on pouvait conserver quelques doutes sur la non-validité du genre, et c’est dans ce même esprit de doute que nous avons cru convenable de le conserver dans l'Encyclopédie jusqu'au moment où son inutilité serait parfaitement démontrée.
MM. Quoy et Gaymard, dans l'important travail faisant partie de la z00logie du Voyage de l’Astrolabe, ont donné la figure de l'animal d’une Fasciolaire assez commune et lui ont trouvé exactement tous les caractères extérieurs des Fuseaux. Reste à savoir maintenant si l’organisation profonde ne donnera pas quelque différence caractéristique, mais cela nous paraît peu probable; ainsi les Fasciolaires devront donc par la suite rentrer dans
DES COQUILLES FOSSILES. $o7
les Fuseaux et former parmi eux une petite section particuliere ; au reste, nous nous attendions presque à ce résultat, car nous avions observé une sorte de passage entre les Fuseaux et le genre qui nous occupe. Il y a en effet des Fuseaux qui n’ont qu'un seul pli à la columelle, d’autres qui en ont deux, mais en général plus transverses et placés plus haut que dans les Fasciolaires; aussitôt qu’un troisième pli se présente, la coquille appartient au genre Fasciolaire, tandis que celles qui n’en ont qu'un ou deux, sont encore des Fuseaux. M. Defrance avait bien senti que, si on conservait un genre Fasciolaire, il fallait y comprendre toutes les coquilles fusiformes, ayant un ou plusieurs plis à la base de la columelle, et c’est pour cela qu'il mit dans ce genre ceux des Fuseaux dont il vient d'être question. La connaissance de l’animal nous fait conclure aujourd’hui d’une manière tout opposée, c’est-à-dire que nous regardons comme nécessaire la reunion des deux genres.
Les Fasciolaires, dont on ne connaît encore qu'un petit nombre d’espèces vivantes et fossiles, sont des coquilles marines, fusiformes, alongées et terminées antérieurement par un canal long et étroit, semblable à celui des Fuseaux. La columelle, légèrement arquée dans sa longueur, offre à l'origine du canal de la base quatre à cinq plis très-obliques, qui vont graduellement en diminuant d'avant en arrière. Cest la position de cesplis etleur forme qui distinguent essentiellement les Fasciolaires des Turbinelles, et c’est parce que nous trouvons ce caractère dans la coquille que nous allons décrire, que nous mentionnons ici ce genre; car, pour celles des espèces que M. Defrance propose d'y placer, nous les laissons parmi les Fuseaux, jusqu’à ce que la réunion dont nous avons parlé précédemment ait été faite et admise par les zoologistes. Parmi ses Fasciolaires fossiles, M. Defrance a compris la F’oluta bulbula de Lamarck; précédemment M. de Roissy, dans le Buffon de Sonnini, et M. Menard de la Groye l'avaient mentionnée au genre Turbinelle. Nous croyons que ces personnes ont eu tort dans leur manière de voir; il est à présumer que, pour se déterminer, elles ont oublié que la coquille en question est échancrée et non canaliculée, ce qui ne convient point aux Fasciolaires ou aux Turbinelles, et caractérise parfaitement les Volutes. Les vraies Fasciolaires sont restées rares jusqu’à ce jour à l’état fossile; nous en connaissons actuellement quelques-unes des falunières de la Touraine, des environs de Bordeaux, et la suivante est la seule jusqu’à présent que nous ayons à signaler aux environs de Paris.