‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 443 sur 678 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

1. FASCIOLAIRE CORDELÉE. Fasciolaria funiculosa. Nob. PI. LXXIX, fig. 12, 13.

F. testà elongato-fusiformi, subcontabulatä, longitudinaliter costatd et enuè striatd, transversim rugosd; stris exilibus alteris decussantibus ; anfractibus convexis, supernè subdepressis; ultimo anfractu spird æquali, canali longo, terminato; aperturä ovatä; columell& arcuatd, basi plicis tribus inæqualibus instructd; labro tenui, simplici.

Localité : Beyne, près Grignon, C. G.

Coquille alongée, fusiforme, un peu ventrue dans le milieu, composée de sept tours très-convexes, dont le dernier est aussi long que la spire. Ces tours sont pourvus de côtes longitudinales assez grosses, subrégulières et traversées sur les premiers tours par deux ou trois gros sillons. Ces sillons se continuent sur le dernier tour jusqu'a la base, et l’on voit entre eux un réseau trés-fin, mais non très-régulier, formé par les stries longitudinales d’accroissement et des stries transverses; le canal terminal est presque aussi long que l'ouverture; il est profond, assez large et un peu contourné dans sa longueur. L'ouverture est ovale-oblongue; la columelle, courbée sur elle-même, est accompagnée d'un bord gauche très-mince, appliqué dans presque toute son étendue et se détachant au-dessus d’une petite fente ombilicale. Le bord droit est mince et tranchant; il est simple, sans rides ni dentelures à l'intérieur.

Nous ne connaissons jusqu’à présent que le seul individu de notre collection; il est long de trente-trois millimètres et large de quatorze.

GENRE XLVII, FUSEAU. Fusus.

Caractères génériques. Coquille fusiforme ou subfusiforme, canaliculée à sa base, ventrue dans sa partie moyenne ou inférieurement, sans bourrelets extérieurs, et ayant la spire élevée et alongée; bord droit sans échancrure; columelle lisse; un opercule corné.

Testa fusiformis aut subfusiformis, basi canaliculata, medio vel inferne ventricosa; varicibus nullis ; spira elongata, labrum non fissum; columella lævis; operculum corneum.

DES COQUILLES FOSSILES. 5og

Avant les travaux de Linné, les coquilles du genre dont nous allons nous occuper avaient été figurées dans plusieurs ouvrages et asseznettement distinguées pour donner l’idée d'établir pour elles un genre particulier. Lister, dans son Synopsis conchyliorum, les avait séparées, en les caractérisant par cette courte phrase : Buccinis rostratis, clavicula productiore. Bien que dans ce groupe l’auteur, outre des Fuseaux, y ait introduit des coquilles d’autres genres, cependant, en les éliminant, on pourrait arriver à un genre assez naturel. Gualtieri fut plus heureux dans le choix des espèces ; il les rangea dans une section qu'il caractérisa de la maniere suivante : Strombus canaliculatus , rostratus, ore simplici. Lorsque Linné forma son genre Murex, il le divisa en plusieurs sections, correspondant assez nettement à celles des auteurs dont nous venons de rappeler les ouvrages, et il est à présumer que si ses idées sur la valeur du genre eussent été moins générales, il aurait fait des groupes de Lister et de Gualtieri des genres distincts de celui dans lequel il les confondit. Bruguiere, dans son Tableau méthodique de l'Encyclopédie, fut le premier qui sentit le besoin de réformer le grand genre Murex de Linné, et il en sépara d’abord le genre des Fuseaux, auxquels, quelques années après, Lamarck joignit plusieurs autres démembremens non moins nécessaires. Depuis sa création, le genre Fuseau a été adopté par tous les zoologistes et placé par eux dans le voisinage des Murex, suivant en cela les indications données par Bruguiere et Lamarck. Les variations que ce genre a éprouvées dans les méthodes, ont réellement peu d'importance, et on pense que ses rapports sont définitivement arrêtés.

Il est à présumer que Bruguière laissa parmi ses Fuseaux un grand nombre de coquilles qui en offraient bien les caractères principaux, mais qui pouvaient sen distinguer par l’appréciation plus rigoureuse de certains caractères négligés jusqu'à cette époque. Cest en effet parmi eux que durent se trouver les Pleurotomes et très-probablement aussi les Fasciolaires et les Pyrules. Ces derniers genres, sanctionnés autant par l'habitude de les trouver dans les méthodes, que parce que l’on a manqué à leur égard d'observations suflisantes, doivent être comparés ici avec les Fuseaux, pour qu'il soit possible plus tard de mieux apprécier leur valeur zoologique.

En rassemblant le plus grand nombre d'espèces vivantes ou fossiles appartenant aux Fuseaux, aux Fasciolaires, aux Pyrules, aux Rochers et même aux Buccins, on s'aperçoit que ces genres se lient les uns aux autres par un grand nombre de nuances, et qu'il est presque impossible de déter-

miner leurs limites d'une manière rationnelle. On s'aperçoit aussi qu'il est impossible d'établir les rapports de ces genres, en suivant la méthode ordinaire, c'est-à-dire en les disposant sur une seule ligne droite. Il nous semble que l’on pourrait parvenir à une classification convenable, en prenant un groupe central, duquel partiraient des embranchemens latéraux. C'est ainsi qu'en prenant les Fuseaux comme type principal, nous les voyons d’un côté passer aux Rochers par l'apparition insensible des varices; d'un autre côté ils passent évidemment aux Pyrules par le raccourcissement insensible et gradué de la spire. Nous les voyons également se confondre avec les Buccins par la diminution successive du canal termiual; enfin, nous les voyons produire un quatrième embranchement, servant de lien aux Fasciolaires par l'apparition dans certaines espèces d’un ou de deux plis columellaires. C’est en établissant ainsi les rapports des genres que nous venons de mentionner, qu'il devient facile d'expliquer l'embarras que l’on doit éprouver pour placer certaines espèces dans un genre plutôt que dans un autre, Toutes celles qui ont dans un développement convenable les caracteres du genre tels qu'ils ont été exposés dans nos méthodes artificielles, n’offrent aucun embarras dans leur classification ; mais celles qui servent de passage ou de liaison entre les genres, présentant des caracières ambigus, peuvent être classées arbitrairement. Les personnes qui n'ont guère l'habitude de l'observation en histoire naturelle, ne manquent pas, lorsqu'elles aperçoivent ces imperfections, de les attribuer à la science même, au lieu de les rejeter, soit sur la méthode encore inparfaite, soit sur l'insuffisance des observations.

Si nous voulions appliquer ici dans toute la rigueur le principe qui nous a souvent utilement guidé dans la réforme et une plus juste délimination des genres, nous dépasserions peut-être la limite convenable, puisque nous serions entrainé à réunir en un seul genre les Fasciolaires, les Fuseaux, les Pyrules, les Rochers et même une partie des Buccins, ce qui reconstituerait le grand genre Murex de Linné, sans que la méthode y gagnät beaucoup. La connaissance des animaux donnera par la suite le moyen de séparer plus nettement les Buccins et les Fuseaux, et il est à croire que l’on ne parviendra à placer définitivement certaines espèces dans l’un ou dans l’autre genre, que quand les observations à cet égard seront plus nombreuses. Déja à l’aide des beaux et grands ouvrages de MM. Quoi et Gaymard et de Poli, on peut trouver dans la position des yeux un moyen facile, car les Fuseaux proprement dits ont les yeux à la base des tentacules, tandis qu'ils sont vers le milieu dans les Fuseaux buccinoïdes. Dans les Rochers

la position des yeux est la même que dans les Fuseaux buccinoïdes; mais la forme du pied est différente, du moins dans les espèces dont les animaux sont actuellement connus. Parmi les genres que nous venons de mentionner, celui des Buccins se distingue le plus nettement des Fuseaux. Toute coquille non canaliculée ou à peine canaliculée, et ayant une véritable échancrure terminale, appartient aux Buccins.

La distinction des Fuseaux et des Rochers est beaucoup plus difficile, parce qu'elle repose sur des caractères d’une moindre valeur; car il sufñrait d’un peu plus d’élévation dans les côtes de certains Fuseaux pour les faire admettre dans les Rochers. Les varices sont si variables dans les Rochers pour le nombre et la forme, qu'il est impossible de se servir utilement de ces caractères pour certaines espèces; ainsi, les coquilles qui ont des lamelles saillantes, nombreuses, longitudinales, comme le Murex peruvianus de Lamarck, sont-elles de vrais Rochers? doit-on considérer ces lamelles comme des varices très-nombreuses, et partager ainsi l’opinion de Lamarck? Nous ne le pensons pas, car des varices, à ce qu’il nous semble, doivent avoir plus d'épaisseur; aussi nous sommes entraîné à placer parmi les Fuseaux les coquilles lamelleuses, voisines de celle que nous venons de mentionner, quoique Lamarck les comprit au nombre des Rochers. Les efforts que nous faisons ici pour rendre plus facile la séparation des deux genres, prouve qu'elle ne repose, comme nous nous empressons au reste de l'avouer, que sur des caracteres artificiels, dont l'emploi est arbitraire.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit sur les rapports des Fuseaux et des Fasciolaires; nous avons vu que ce genre se liait aux Fuseaux par quelques espèces qui ont à la columelle un ou deux plis obliques. Quant aux Pyrules, il.est encore plus difficile peut-être de les distinguer des Fuseaux que ceux-ci des Rochers. Lamarck, ayant donné aux Pyrules pour caractère essentiel d’avoir la spire plus courte que le canal terminal, ce qui est le contraire dans les Fuseaux, du moins dans le plus grand nombre, a rendu presque impossible le classement de cerlaines espèces, qui, selon des variétés individuelles, ont la spire tantôt plus courte, tantôt égale, ou un peu plus longue que le canal de la base; c’est ainsi que, si l’on suit rigoureusement les caractères de Lamarck, on placera des individus de même espèce dans deux genres; cela prouve, à ce qu'il nous semble, de la manière la plus positive, ou le mauvais choix des caractères génériques, ou leur insuffisance. Les observations précédentes nous font conclure qu'il est nécessaire de réunir en un seul genre les Fuseaux, les Pyrules et les Fasciolaires, et de consacrer pour chacun d'eux une section dans le genre nature] qui les comprendra.

5x DESCRIPTION

Le genre Fuseau, tel qu’il est actuellement limité par Lamarck, est certainement l’un des plus beaux et des plus nombreux; les coquilles qu'il renferme sont marines, la plupart sont alongées, élancées et droites; leur spire est plus longue ou égale au canal terminal, en exceptant cependant un petitnombre d'espèces passant aux Pyrules : la plupartsont ornés de côtes, de stries, de tubercules, etc., qui leur donnent de l'élégance. Il est facile de diviser ce genre en plusieurs sections, selon qu’ils sont tout-àa-fait fusiformes ou qu'ils se rapprochent, les uns de la forme des Pyrules, les autres de celle des Buccins; on pourrait ajouter deux autres sections aux trois premieres, l’une pour les espèces voisines des Rochers, et la seconde pour celles qui ont un ou deux plis sur la columelle.

Ces cinq sections pourraient être utilement employées, lorsque l’on fera une monographie complete du genre : elles rendraient plus facile la recherche et la détermination de l'espèce. N'ayant ici à décrire qu'un nombre d'espèces très-petit, comparativement à ce que le genre en renferme, nous nous bornerons à les ranger en une série unique, en commençant par celles qui sont fusiformes, pour arriver par degrés insensibles aux espèces pyriformes, puis aux buccinoïdes.

Dans les Mémoires du Muséum, Lamarck a inscrit trente-trois espèces fossiles des environs de Paris dans le genre Fuseau; ce nombre devra se réduire, parce qu'il est nécessaire aujourd'hui de supprimer plusieurs espèces faites sur des jeunes individus d'espèces déja connues ou sur des variétés que Lamarck avait cru nécessaire de distinguer, manquant alors des observations nécessaires. Ce qui nous a surpris en examinant les espèces fossiles de Fuseaux décrits par Lamarck, c’est de trouver parmi eux des coquilles qui leur sont entièrement étrangéres, etsi nous nous étions douté de ce fait, nous aurions pu améliorer la synonymie des espèces dans les genres auxquels elles appartiennent et où elles ont été décrites. Les indications suivantes serviront à faire les rectifications nécessaires à cet égard. 1. Le Fusus plicatus est notre Pleurotoma simplexæ. 2.° Le Fusus alligatus a été fait sur un seul individu à queue cassée du Fusus funiculosus. 3.° Le Fusus marginatus est un très-jeune individu du Fusus polygonus. 4.° Le Fusus nodulun est une coquille singuliere, qui a plutôt les caractères des Pleurotomes que des Fuseaux; nous l'avons décrite sous le nom de Pleurotoma nodularis. 5° Le Fusus terebralis est un double emploi fait par Lamarck pour la coquille qu'il nomma aussi Pleurotoma terebralis; elle est en effet du genre Pleurotome. 6. Le Fusus citharellus est une petite espèce de Pleurotome à laquelle nous avons donné le nom de Pleurotoma harpula; il con-

viendra donc de donner à l'avenir le nom de Pleurotoma citharella à cette coquille. 7.° Le Fusus striatulatus estune jolie espèce de Pleurotoma à laquelle nous avons donné le nom de Pleurotoma fragilis; cette coquille devra prendre le nom de Pleurotoma striatulata. 8° Le Fusus biplicatus, que nous avons vainement cherché long-temps, a été fait avec deux jeunes individus d'une variété alongée de la Cancellaria evulsa. Si à ces rectifications principales on en ajoute quelques autres moins importantes, que l’on remarquera dans la synonymie, on pourra réduire à vingt et un le nombre des Fuseaux de Lamarck que l’on peut actuellement conserver; en ajoutant les trente-sept espèces nouvelles que nous allons décrire, on aura le nombre total des especes de Fuseaux connus maintenant dans le bassin de Paris.

+5 1. FUSEAU À DENTS DE SCIE. Fusus serratus. Nob.

PI. LXXV, fig. 12, 13.

F. testä elongato-angustd, fusiformi, prælongd ; caudé gracili; spird longiore; anfractibus convexis, rari-sulcatis, in medio carinatis; carind serratodentatd.

Nob., Dict. class. d’hist. nat., Atlas, n. 7, fig. 3.

Idem, Enc. méth., Vers, t. 2, p. 153, n. 16.

Localités: Parnes, Mouchy, C. G.

On peut comparer cette espèce pour sa forme au Fusus colus. Il est en effet alongé, assez étroit; sa spire, très-pointue, est à peu près aussi longue que le canal terminal; elle se compose de onze à douze tours, dont les premiers sont régulièrement convexes et chargés de petites côtes longitudinales égales et régulières, sur lesquelles passent des stries transverses; sur le quatrième ou cinquième tour, l’une de ces stries, celle qui est placée sur le milieu, devient un peu plus grosse et plus saillante que les autres, et s'accroissant plus rapidement qu’elles, produit bientôt sur tous les tours suivans une carène médiane tranchante. Les côtes longitudinales, d'abord rapprochées et s'étendant d’une suture à l’autre sur les premiers tours, se raccourcissent peu à peu et finissent par être remplacées par une série de tubercules comprimés et aigus, qui, placés sur la carène, la découpent en dentelures assez régulières. Le nombre des stries transverses ne s’est point accru depuis le jeune âge, et, réparties sur les derniers tours sur une plus grande surface, elles paraissent beaucoup plus écartées. On compte ordi-

nairement trois de ces stries au-dessus de la carène; une seule et rarement deux au-dessous. Le dernier tour est fort court; il est convexe en dessous, et la seconde des deux stries est toujours plus saillante que l’autre. De la base de ce tour s'élève un canal grêle, subcylindrique, fort étroit et tresfragile, couvert en dehors de stries très-obliques et présentant en dessous une gouttière assez profonde et très-étroite. L'ouverture est subarrondie; la columelle est droite, simple, dépourvue de bord gauche; le bord droit est mince, tranchant et légèrement sinueux sur le côté.

Le plus grand individu que nous connaissions de cette espece est long de dix centimètres et large de trente-deux millimètres.

Mon cabinet.

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