GENRE LII
STROMBE,, Strombus.
Caractères génériques. Coquille ventrue, terminée à sa base par un canal court, échancré ou tronqué; bord droit se dilatant avec l’âge en une aîle simple, lobée ou crénelée supérieurement, et ayant inférieurement un sinus séparé du canal ou de l’échancrure de sa base.
Testa ventricosa, basi desinens in canalem brevem, emarginatum vel truncatum; labrum ætate ampliatum in alam simplicem, integram, superne unilobatam vel crenatam , inferne lacund e canali distinctd interruptam.
Le mot Strombe, traduit littéralement du mot grec oreoulos, était, chez les anciens peuples de la Grece, vulgairement appliqué à tout corps tourné en spirale, et d’une manière plus spéciale à la plupart des coquilles univalves, marines ou terrestres. Ce mot est donc ch®z les anciens l'équivalent du mot Turbines des Latins, mot qui a conservé pendant long-temps son application générale à toute la classe des coquilles tournées en spirale. De généraux qu'ils étaient, ces mots Strombus et Turbo furent restreints par les auteurs du seizième siècle, auxquels on doit les premières recherches sur les écrits des anciens. Non-seulement alors les deux mots dont nous parlons furent appliqués à des choses différentes, mais encore ils furent resireints dans leur signification à certains objets comprenant une généralité beaucoup moins étendue. Cest ainsi que Rondelet appliqua la dénomination de Strombes aux seules coquilles dont la spire élancée est formée de tours bien distincts. Aldrovande a suivi cet exemple, et ces auteurs, en donnant des figures des coquilles qu'ils entendaient désigner, représentèrent, à ce qu'il nous paraît, une coquille du genre Triton de Lamarck. Wotionius, dans son excellent traité De differentiis animalium , avait conservé au mot Strombe une application plus générale que ne le firent les deux auteurs que nous avons d’abord cités. Wottonius se conformait alors à l'opinion des anciens, ce que ne firent ni Rondelet, ni Gesner, ni les autres commentateurs naturalistes de la même époque. Presque tous les auteurs qui, depuis cette époque, écrivirent sur les coquilles, conservèrent aux Sitrombes de leurs devanciers l'application qu'ils en avaient faite; mais Linné, dans la création de sa méthode, ne s'astreignit pas à accepter ce que ses devanciers avaient préparé. Ce grand homme, frappé du mauvais état de la nomenclature en histoire naturelle, fit table rase et construisit son immortel édifice sur de nouveaux fondemens. Il conserva le mot
Strombe seulement, et il le consacra à un genre particulier de coquilles, auxquelles les auteurs avant lui donnaient généralement le nom de Mureæx. Ainsi on peut regarder comme identiquement du même genre les Murex de Rondelet, d'Aldrovande, etc., et les Strombes de Linné. Linné, par une conséquence nécessaire, altéra ou plutôt changea l'application du nom de Murex, en le transportant aux coquilles que les anciens nommaïent Purpura, et abandonna ce nom de Purpura. Peut-être est-il ficheux que Linné ait suivi cette marche, car ces altérations dans la nomenclature ne laissent pas d'apporter des entraves sérieuses aux recherches historiques, et ont souvent contribué à jeter la confusion sur les questions les plus simples.
Long-temps avant Linné, Lister avait apprécié les caractères particuliers des coquilles nommées Strombes dans la nomenclature moderne, et en avait fait un groupe très-nettement séparé dans son grand ouvrage de conchyliologie. Il donne le nom de Purpuræ bilingues à ce groupe que Tournefort, dans Gualtieri, s'enfpressa d'adopter sous le nom de Murex que Rondelet lui avait d’abord imposé. Ainsi on peut dire que Linné n’est point en réalité le créateur du genre, mais seulement il l’a mis en harmonie avec le reste de sa méthode. Depuis Linné jusqu'au moment où Lamarck réforma le genre, tous les auteurs l’adopterent sans aucune modification. Lamarck en démembra les Ptérocères ( 4phorrais) des anciens, puis les Rostellaires, genres auxquels Montfort crut nécessaire d'ajouter celui qu'il nomma Hypocrène. De ces démembremens, ceux proposés par Lamarck furent seuls acceptés, comme nous l'avons vu précédemment. Nous avons également vu que presque tous les auteurs ont adopté la famille dans laquelle Lamarck a rassemblé les Strombes et ses démembremens. M. de Férussac fut le premier qui rejeta ce groupe, et il fit, dans ses Tableaux systématiques, une famille particulière pour le seul genre Strombe. Il plaça cette famille entre celle des Pourpres, terminée par le genre Rostellaire et celle des Cônes, composée du seul genre Cône. M. de Blainville imita à cet égard la méthode de M. de Férussac et alla peut-être encore plus loin que lui, puisqu'il réunit ces deux genres, ainsi que ceux de la famille des Enroulées de Lamarck, dans sa famille des Angyostomes. M. de Blainville se fonde, pour établir ces nouveaux rapports, sur la ressemblance des Cônes avec les jeunes Strombes. Cette ressemblance est réelle; mais il nous semble que la comparaison de jeunes coquilles, dont la forme change et s'altère avec l’âge, ne peut être rigoureusement faite avec des coquilles adultes et dont la forme est invariable à tous les âges.
Il a été difficile, jusque dans ces derniers temps, de déterminer rigou-
reusement les rapports naturels des Strombes avec les autres genres. Quoique répandu en grande abondance dans toutes les mers des pays chauds, l'animal des Strombes était resté inconnu, et c’est a MM. Quoy et Gaimard que l’on doit les premieres observations précises sur leur forme et leur organisation. M. de Blainville avait présumé la ressemblance des Strombes et des Ptérocères, et cette présomption est actuellement une certitude acquise depuis les observations de ces savans voyageurs, pendant leur dernier voyage scientifique; mais la ressemblance présumée entre les Cônes n’a point été confirmée, et un seul coup d'œil sur les planches 51 et 32 du bel ouvrage de MM. Quoy et Gaimard, suflira pour convaincre que les Cônes et les Strombes sont fort éloignés par leurs animaux.
Les Strombes sont des coquilles marines : elles peuplent en grande abondance les mers chaudes des deux continens; ce sont des coquilles d’une forme singulière, ayant le bord droit dilaté, épaissi, souvent séparé de la spire par une échancrure supérieure plus ou moins profonde; mais ce caracière ne se trouve pas dans toutes les espèces. Quelquefois, au lieu d'une échancrure, les deux levres de l'ouverture se prolongent le long de la spire, pour former une petite gouttière, comme dans les Rostellaires. Le bord gauche est presque toujours étalé, calleux, quelquefois il se continue avec une couche vernissée, recouvrant presque toute la face inférieure de la coquille. Les caractères les plus essentiels du genre qui nous occupe,se montrent particulièrement à la base de la coquille; ils consistent en deux échancrures plus ou moins profondes à l'extrémité antérieure du bord droit, et en un canal terminal de l’ouverture, fortement relevé vers le dos.
Le nombre des espèces vivantes est assez considérable; celui des fossiles est beaucoup moindre. Nous ne connaissons aucune espèce dans ce dernier état, dans les couches inférieures aux terrains tertiaires. En général, les Strombes fossiles sont rares; Lamarck n’en connut qu’une seule espèce aux environs de Paris. Nous pouvons actuellement en ajouter deux autres.